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Tome 2, Chapitre 23 « Moea från Ystead - Moea d'Ystead » Tome 2, Chapitre 23

Lorsqu’elle s’était réveillée chez son client habituel ce matin-là, Moea d'Ystead s’était dérobée discrètement de la couche aux draps frais, avait récupéré sa toilette qui gisait à quelques pas en désordre sur le sol. De sa sacoche où elle gardait des sels et des herbes médicinales, elle avait extrait une petite pochette et en avait avalé le contenu. Puis ayant récupéré une fine quantité de pommade de guarana et de sauge, elle en avait enduit son intimité avec attention. Elle préférait cela à l’aiguille de l’accoucheuse.

Les fenêtres à croisillons laissaient filtrer la lueur douce du soleil et elle entendait au-dessous le tumulte habituel de la taverne déjà prise d’assaut par les premiers buveurs. Tout en se vêtant, elle avait jeté un regard à l’homme nu qui somnolait dans le lit : allait-il ou non s’éveiller avant qu’elle ne s’esquive ? Telle était toujours la question, le petit jeu auquel ils s’adonnaient à chaque fois.

Quand il ne se réveillait pas, elle pouvait être sûre qu’il la manderait le soir-même dans la taverne habituelle où elle dansait. S’il avait l’occasion de la saluer avant son départ, elle était au fait qu’elle ne verrait point le jour passer dans ses bras.

Mais aujourd’hui, Moea ne voulait pas rester. Elle était lasse, sans en comprendre la raison. Elle s’était faite discrète ces derniers temps, depuis que la milice l’avait poursuivie et surveillait toutes les places, tous les gitans. Danser lui manquait. L’euphorie de la foule, l’allégresse qui l’inondait, l’impression de légèreté ; sans cela elle se sentait vidée. Elle dansait de temps à autre dans quelques tavernes des bas-quartiers mais la clandestinité ne lui permettait ni d’apprécier son public –souvent ivre et vulgaire-, ni d’apprécier à juste titre son art. Elle vivait d’un autre art, que sa réputation favorisait et qui rapportait bien davantage que ses pirouettes et ses arabesques. Pourtant, voilà qu’elle s’ennuyait. Elle n’était pas femme à enfermer, ni à dépendre des besoins d’autrui pour vivre.

Moea, en ce chaud matin de Quintiliera, soupirait après l’existence nomade qu’elle s’était choisie et avait depuis toujours observée.

— Tu pars ?

Son client lui souriait, calant sa tête sur son bras tanné. Il était charmant, toujours respectueux et, de par sa régularité, une relation de confiance s’était bâtie entre eux. S’il n’avait point été père de famille et homme marié, Moea aurait aimé devenir sa favorite. Jamais son épouse, sans doute sa concubine ? Il était aimable et fortuné, elle l’aurait voulu son mécène.

Mais cela n’était pas possible, et Moea s’en était fait une raison. De ceci également, elle était lasse. Il était temps de quitter Lunthveit, songeait-elle en ramassant son tambourin, son cœur enveloppé d’un voile de tristesse. Cette cité ne lui apportait plus rien.

— Je pense, oui. J’ai des affaires à régler.

— Je vois… Quand nous reverrons-nous ?

Moea s’était mollement assise sur le matelas.

— Je l’ignore.

— Comment cela ?

L’homme avait doucement caressé sa main, puis ses bras entourés sa taille athlétique. Moea s’était laissé faire, se lovant contre lui.

— Tu le sais bien…Je déteste rester au même endroit. Et à Lunthveit, danser devient de plus en plus difficile. Il est temps, je crois…

— Quel dommage.

— Tu aurais pu être mon protecteur si nous avions été libres de tout engagement.

— M’en veux-tu ?

— Non.

— Je pourrais tout quitter si tu me le demandais.

— Tu sais bien que non, avait souri Moea. Ta femme ne mérite pas d’être répudiée. C’est une femme respectable, et être mère abandonnée n’est point un sort que je lui souhaite. Surtout pas pour notre relation.

Elle s’était glissée hors de la couche, rabattant ses cheveux noirs sur sa nuque.

— Où iras-tu ?

— Qu’en sais-je ? Soit j’irai à l’ouest, soit à l’est vers Västerbott…

— Tu reviendras ?

— Peut-être.

Moea avait récupéré sa paie sur le guéridon. Son client s’était levé, avait passé à la hâte son pantalon.

— Adieu alors, avait-il murmuré en posant sur son front un baiser tendre.

— Oui, adieu…

Ses doigts avaient quitté ceux de son client tandis qu’elle s’engouffrait vitement dans les escaliers de l’auberge.


Texte publié par Yukino Yuri, 24 novembre 2020 à 23h01
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