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Tome 2, Chapitre 22 « Pimp - Proxénète » Tome 2, Chapitre 22

— Aya ! Où cours-tu ainsi, ma skönhet ?!

La vestale avait jeté un regard suspicieux au jeune homme qui la fixait avec appétence et dont le poing s’était affermi sur son poignet, l’empêchait de se dérober. Son cœur palpitait, non plus avec fougue mais avec une terreur animale qui lui tordait le ventre. Elle était submergée soudain par une angoisse nouvelle, instinctive, brute.

À nouveau, elle s’était essayée à se dégager, mais l’homme soudain lui avait saisi le menton, serrant sa mâchoire entre ses doigts. Ses yeux allaient et venaient, inspectaient son nez fin, ses lèvres, sa peau de porcelaine. Il était resté un long moment à contempler avidement ses iris azurites, et son sourire torve s’était accentué.

— Alors, skönhet, qu’est-c’que tu fais là, toute seulette ? T’cherches quelqu’chose ?

— Un petit garçon...

Magdala avait dégluti. Sa gorge était sèche et sa voix rendue rauque par la peur.

— Eh, tu trouveras pas d’enfant dans c’faubourg-là ! Vaut mieux pas, c’pas un endroit pour les p’tits lardons !

Elle n’y comprenait rien, cherchait autour d’elle un indice, un visage amical pouvant l’aider, la sortir de cette déroutante situation.

— D’où es’qu’tu viens ? Une fille pareille, ça s’remarque et j’t’ai jamais vue. T’veux pas répondre ? J’te fais peur ? Timide et silencieuse avec ça, parfait, parfait…

L’inconnu ne cessait de l’examiner, touchant ses boucles, palpant sa peau et cela lui déplaisait tout à fait : elle avait l’

impression que l’on la traitait comme du bétail, qu’il se jouait là, sous ses yeux de sombres projets à son sujet.

— T’es pucelle ?

Le cœur de Magdala avait raté un battement. Tout son corps s’était figé, le rouge avait empourpré violemment ses joues. Comment osait-il ?! Comment pouvait-il se permettre de l’entretenir de la sorte, avec autant de familiarité et de condescendance, sur pareil sujet ? De quel droit la questionnait-il ainsi sur sa vertu ?

Rageusement, elle s’était dégagée de son emprise, les lèvres pincées de dédain. Mais l’étranger l’avait à nouveau saisie par le bras, l’empêchant de se dérober. Son autre main avait agrippé sa gorge, lui arrachant un couinement de surprise.

— N’aies pas peur, fais pas ta farouche ! J’ai un travail pour toi. Un bon travail, lui murmurait-il d’une voix enjôleuse. Un travail qui rapporte, ça t’intéresse pas ? C’facile, rapide…T’auras besoin que de t’servir d’ça.

Et joignant les gestes à la parole, il l’avait coincée contre le porche d’une taverne, laissant ses doigts glisser sur ses courbes discrètes. Magdala était tétanisée. Chaque parcelle de son corps hurlait, semblait à l’agonie, s’échauffait pour se glacer l’instant d’après.

— Avec des yeux pareils, t’vas valoir cher. T’verras, tu vas aimer ça, j’te traiterai bien…

Son souffle s’était raccourci, ses forces l’abandonnaient. Une léthargie soudaine avait saisi sa chair. Elle avait clos ses yeux pour ne plus voir le visage monstrueux qui l’observait avec lascivité, pour ne plus voir l’éclat dérangeant qu’elle percevait dans ses iris sombres.

— J’ferai d’toi la catin la plus d’mandée du marché.

À cet instant, Magdala s’était mise à hurler.

Ses poings fendaient l’air, assenaient au proxénète des coups rageurs et désespérés.

Jamais ! Jamais elle ne serait réduite à cela ! Plutôt mourir que de devenir l’esclave d’un homme pareil !

La vestale était envahie par la terreur. Sa gorge se déchirait en des hurlements plus puissants qu’alors, hystériques, bestiaux.

— Arrête de gueuler !

Elle s’était sentie soulevée puis plaquée violemment contre le porche de pierre. Encore. Et encore. Et encore. Sa tête la lançait, la douleur vive de dos avait irradié tout son tronc. Elle sentait sa voix faiblir et, avec elle, ses chances de se défaire de cet homme et de s’enfuir. Elle se savait sur le point de tomber en pâmoison, agrippait le mur de toutes ses forces pour demeurer alerte, pour ne pas sombrer dans l'inconscience. Car si son esprit la quittait, que lui arriverait-il alors? Où se réveillerait-elle? Dans un endroit sale où les filles sont prises contre de l'argent? Dans ces lieux de vices, de débauche, royaume du péché desquels l'on l'avait mise en garde tant de fois?

« Dehors, les vertueuses sont enlevées, battues, salies dans des sanctuaires souillés où le Malin est maître. Le Très-Haut détourne les yeux de ceux et celles qui demeurent dans ces lieux de luxure. ».

Les enseignements des religieuses lui revenaient en mémoire, résonnaient dans sa tête pour mieux attiser sa terreur et faire monter les larmes à ses yeux. Un sanglot lui avait échappé tandis qu'elle implorait de toute ces forces le Ciel de lui venir en aide.

— J’crois qu’elle n’est pas intéressée.

Et enfin, il l’avait lâchée.


Texte publié par Yukino Yuri, 24 novembre 2020 à 22h56
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