Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 12 « Dü häxen- La sorcière » Tome 1, Chapitre 12
Ana s'éveilla en sursaut, se dégagea de sa cape en toussant . Tout était calme autour d'elle, l'obscurité enveloppait la forêt alentour. La chaleur dans l'étable lui était insupportable, la sueur ruisselait sur son cou. Elle toussa à nouveau, se dépêcha d'aller jusqu'au portillon à doubles battants pour y reprendre souffle. Elle avait l'impression que l'on lui déchirait le thorax, avait la gorge en feu. L'air peinait à aller jusqu'à ses poumons, et il lui semblait qu'à tout instant son asthme allait l'emporter pour de bon.
    La douleur qui irradiait sa poitrine la rappelait à une nuit passée, lorsqu'elle vivait encore à Sollnästeå. Cette nuit-là, une violente crise l'avait éveillée et fait tousser longtemps, à tel point que sa mère en avait été réveillée. Par crainte que toute la maisonnée ne soit tirée de son sommeil par sa toux rauque, Solveig l'avait menée jusque dans la cour et était restée là, un long moment, à la tenir serrée contre son sein, la berçant afin de soulager quelque peu son mal. Collées l'une contre l'autre, elles avaient laissé la neige les recouvrir de son manteau immaculé. Dans le vent d'hiver, la voix douce de sa mère qui chantait des ballades pour la distraire avait réchauffée Ana plus encore que toutes les couvertures du monde.
    
    — Là, doucement, lui souffla Linnea que la toux d’Ana avait éveillée. Voilà, respire.
    
    Elle lui frottait lentement le dos, baisait maladroitement ses tempes. Ana, que le souvenir de sa mère avait ébranlée, voulut se blottir contre elle, chercher dans les bras de la prêtresse cette chaleur qui lui manquait tant à cet instant. Mais la Raison l'en dissuada, lui murmura de rester à sa place, de tenir loin d'elle toutes ses pensée d'impure dépendance.
    
    — Je suis navrée de vous avoir éveillée...
    — Je t'en prie, tais-toi ! Ce n'est rien du tout. Un peu de sommeil sacrifié pour toi, c'est une bien agréable peine.
    — Vous parlez comme un preux chevalier ! s'amusa Ana. Est-ce bien convenable ?
    — Je l'espère !
    
    Doucement, Linnea reconduisit Ana jusqu'à sa couche, la fit s'allonger sur la courtepointe que le prêtre leur avait cédée. Leurs doigts restèrent scellés un instant, le temps que la crise passe.
    La nuit se teintait de lait, le chant des oiseaux s'éveillant accueillait la venue du soleil érubescent. Ana et Linnea, le visage tourné vers la charpente de l'étable, tendaient l'oreille. La rosée glissait sur l’herbe. La petite chèvre de Klara et Svea ronflait doucement. Ana se sentait peu à peu sombrer dans le sommeil lorsque le fracas de plusieurs sabots ferrés la fit sursauter, la ramenant vivement à la réalité. Elle se redressa d'un bond, les sens aux aguets.
    
    — Ma Mère..., murmura-t-elle d'une voix étouffée.
    
    Linnea s'était levée, portait sa main à ses flèches, s'approchait du battant pour jeter un coup d’œil furtif dans la cour. Une cavalerie s'y tenait. Plusieurs destriers étaient tenus à l'arrêt par des membres de la milice dans leur uniforme d'or et de pourpre. Au-devant d'eux, toujours en selle, trois membres haut-placés de l'Inquisition.
    
     Klara courut à la porte, tira avec appréhension le verrou. Svea se tenait assise dans sa couche, l'interrogeait craintivement, troublée d'être réveillée en sursaut par les coups tambourinés au battant. Klara resta silencieuse, la main lourde sur la poignée, écoutant avec attention les sons du dehors.
    On chuchotait devant sa demeure. Non pas en patois, comme elle s'y était d'abord attendue, mais en Swalüet, ce qui traduisait de l'importance et de l'officialité de la troupe qui demandait après elle. Son cœur battait fort en son sein, ses doigts étaient mous, sans force. Une grande inspiration lui souleva la poitrine. D'une fausse assurance, elle ouvrit la porte pour se présenter devant la horde armée qui l'attendait.
    
     Linnea se plaqua contre le mur de l'étable, se déroba vivement aux yeux des miliciens. Son arc lui échappa et s'écrasa mollement dans la paille. À la tête de la milice, elle avait reconnu son frère aîné, Abel.
    
    — Pourquoi est-il ici ? Très-Haut tout puissant, pourquoi faut-il que lui soit ici ?
    
    Il n'avait guère changé depuis ces dix dernières années. Le temps avait posé sur son visage les marques de son passage mais elle le reconnaissait malgré tout cela à son air orgueilleux, ce regard intelligent qu'ils partageaient, son port altier. Il avait gardé cette carrure athlétique, cette présence charismatique qui lui avaient valu tant de demandes en fiançailles avant son entrée dans les ordres ; et bien que le roux de ses cheveux se soit terni, Linnea n'aurait guère pu s'y tromper. À la pensée que ce frère qu'elle répugnait ne se tenait qu'à quelques pas d'elle, elle frémit violemment.
    
    — Ma Mère, tout va bien ?
    — Mon frère...Ana...Il est dehors !
    
     — Miss Klara de Hédar, n'est-ce pas ?
    — Oui, c'est bien moi.
    — Grand inquisiteur Abel, de la Sainte Église de Lathium.
    
    Il lui présenta l'insigne qui pendait à sa ceinture. Klara se figea. Un frisson remonta lentement le long de son épine dorsale.
    
    — Votre chaumière est bien curieuse, constata Abel en laissant son regard s'égarer sur les plantes qui séchaient, les flacons, la verrerie étrange. Est-ce un arc que je vois là ? Vous chassez ?
    
    Sans attendre quelque invitation, il s'introduit dans la pièce de vie pour en inspecter chaque parcelle. Il n'accorda à Svea aucun regard, la laissant embarrassée par le simple appareil dans lequel elle se présentait à un haut-placé du clergé.
    
    — Je vois que vous avez de nombreux livres, remarqua Abel en faisant l'inventaire de la bibliothèque. Herboristerie, anatomie...Voilà des lectures inhabituelles. J'ai ouï dire que feus vos parents vous ont formée à la médecine.
    — C'est exact...
    — Vous avez donc pratiqué la médecine après leur disparition ?
    — Oui, mon Père.
    — Sans diplôme reconnu par notre Église ?
    — Non, mon Père. J'ai reçu bien assez d'enseignements de mes parents pour la pratiquer, dans l'honneur de la profession. Et, hélas, l'université de médecine de Västerbott n'est pas encore ouverte aux femmes de ma caste.
    — Je vois. Je serais bien curieux de parcourir ces ouvrages. Certains sont d'une qualité qui ne laisse pas indifférent. Mais hélas, c'est autre chose qui m'amène aujourd'hui. J'ai une question à vous poser, miss.
    
    Abel s'était approché de Klara qui, restée sur le pas de la porte, tremblait de tous ses membres. Elle sentait dans son ton mielleux une pointe de vicieuse satisfaction.
    
    — Klara de Hédar, êtes-vous une sorcière ? C'est ce que tout le monde raconte, par ici.
    — Non...Non, je...
    
    Sa gorge lui faisait mal, sa voix manquait d'assurance.
    
    — C'est ce que tous affirment. Je vais devoir vous interroger. Afin de dissiper tout malentendu, bien évidemment.
    
    Le sourire d’Abel, qui se voulait aimable afin de la contraindre, lui glaça le sang.
    
     La cour de la maison curiale était investie par une foule de badauds que la milice avait attirée. L'on y murmurait de folles rumeurs sur la venue de l'Inquisition, le nom de Klara était sur toutes les lèvres. Certains se réjouissaient, d'autres s'attristaient.
    Abel de Vaastiriäs considérait les curieux avec dédain. D'ordinaire, la foule l'indisposait. Il avait une sainte horreur des rassemblements, et fuyait les célébrations religieuses et leurs banquets autant qu'il le lui était permis. Mais cette foule-là, contrairement à celles que formaient les clercs lors des offices et pour lesquelles il n'éprouvait aucune animosité particulière, ne lui inspirait que du mépris. Fallait-il que les citoyens se laissent ainsi aller à l'indiscrétion, comme si son devoir n'était qu'une fantasque attraction de foire ?
    
    — Je n'ai pas désobéi à l’Église. Simplement, je pense que cette épidémie doit être contrée par des soins rapides et...
    — Klara.
    
    Se tournant vers sa proie qui, encerclée par deux inquisiteurs ainsi que par le clerc du village qui témoignait contre elle, n'avait de cesse de se défendre, il la fit taire d'un geste sec de la main.
    
    — Je sais ce que tu te dis. Mais cet enfant, comment peux-tu m'assurer que tu ne l'as pas ensorcelé ou empoisonné?
    — Je n'ai jamais empoisonné personne...
    — Certes, certes. Un doute subsiste néanmoins à ce sujet, au vu des témoignages que nous avons récoltés. Sais-tu comment l'on nomme ce mal qui terrasse Örebörnen ?
    — Je l'ignore.
    — Et vous, ma Mère ?
    
    Abel avait adressé à sa jeune sœur un regard moqueur, un rictus goguenard.
    Au début, il ne l'avait pas reconnue. Dès lors qu'il avait ordonné l'arrestation de Klara, Linnea lui était apparue comme une chimère furibonde, un esprit s'arrachant à l'étable pour s'interposer entre la médicastre et lui, scandant avec une vivacité déconcertante de banales paroles moralisatrices pour tenter de disculper l'accusée. Habitué à pareilles scènes, surtout de la part d'élèves de ces sages-femmes ou de proches un peu trop présomptueux, il n'en avait fait cas. Puis ses yeux l'avaient rappelé à ses souvenirs. Ce n'était plus cette enfant à peine majeure qu'il avait renié, ni cette sœur qui le suivait à la trace et avec laquelle il partageait ses souvenirs d'enfance ; pourtant le sang qu'ils avaient en commun s'étaient répondus de concert lors de leurs retrouvailles.
    
    Maintenue par des soldats, Linnea lui adressa un regard glacial. Ses traits trahissaient la révulsion qu'il lui inspirait, sa bouche avait cessé de saigner bien que sa joue soit rouge et enflée. C'était là un faible tribut pour avoir osé s'opposer à l'arrestation de Klara, constata Abel avec satisfaction. Une simple paysanne se serait fait abattre sans pitié.
    
    — Hélas, je l'ignore également.
    
    Linnea eut un petit rire, montra à Abel son plus condescendant sourire.
    
    — Mais vous me semblez jubiler à l'idée de nous entretenir à ce sujet. Alors allez-y, monsieur « le grand inquisiteur » !
    — Mesure tes paroles, prêtresse !
    
    Le coup que l'on lui asséna dans le ventre lui ôta le souffle.
    
    — Ergotisme. Une maladie incurable face à laquelle les hospices ont abandonné et sur laquelle les universités de médecine dissertent à loisir. Mais son origine est bien moins fabuleuse que l'on pourrait le croire.
    
    Il avait extrait de la poche de sa chasuble un épi de seigle qu'il avait cueilli en entrant dans Hédar. Les épillets étaient attaqués, noirs comme s'ils avaient brûlé.
    
    — Elle vient en vérité de ce champignon parasite du seigle, que l'on appelle ergot. Le gosse a dû s'intoxiquer avec du pain noir. Il y en avait près de son lit, et sa mère a confessé qu'elle lui en avait fait prendre malgré le jeune de dix jours, quand il a contracté un simple rhume.
    — Vous le saviez ? s'étrangla Klara sans parvenir à détourner le regard de cet épi souillé.
    — Il est de notre devoir de nous informer.
    — Pourquoi ne rien en dire ?
    — Réfléchis un peu. Crois-tu que si on dévoilait la vérité maintenant, le peuple l'accepterait raisonnablement ?
    — Il éviterait de contracter la maladie ! objecta Linnea avec emportement.
    — Ils ne peuvent pas en faire autrement. Certains meurent de faim tout l'an, plus encore en hiver. Si nous les privons du seigle, la céréale la moins coûteuse du marché, que leur restera-t-il ?
    — Il suffirait sans doute que la noblesse et le clergé partagent un peu de leur assiette dorée.
    — Ah mais Klara, c'est impossible ! Jamais nous ne pourrons nourrir tout le monde ! Jetez un quignon de pain à des gosses affamés et vous avez toute la racaille qui vous colle aux talons. Et si nous décidions d'officiellement déclarer qu'intoxication il y a plutôt que sorcellerie, comment penses-tu que le peuple réagirait ? Comment pourront-ils encore confier leurs espoirs et leur foi à l’Église, si celle-ci admet être impuissante face à ce désastre ? Comment le Saint Siège de Lathium pourrait conserver son pouvoir, le Chef de l’Eglise son titre d’envoyé du Très-Haut ?
    
    Klara lui adressa un regard lourd de reproche, tout son corps dressé par le mépris.
    
    — Ainsi, vous taisez la vérité...Pour de simples raisons politiques ?
    — Le problème, vois-tu, ce sont les gêneurs comme toi, spécifia Abel sans prêter oreille aux admonestations de l'accusée. Ceux qui parlent, qui investiguent en se dérobant au contrôle de l’Église. Ceux qui se laissent porter par les doctrines païennes des pays voisins, qui se mettent sur le chemin de l’Église.
    — Que voulez-vous dire ?
    
    Abel s'était dangereusement approché de Klara, avait susurré à son oreille.
    
    — Nous ne voulons pas verser le sang d'innocents. Celui des sorcières en revanche...
    — Vous voulez me contraindre....
    — Je sais que ta sœur s'adonne au stupre avec un membre du clergé.
    
    La voix d’Abel s'était faite plus dure, plus menaçante.
    
    — Tu sais ce que cela implique, n'est-ce pas ?
    
    La jeune femme fit volte-face, confuse, chercha le regard du père Jonathan. Sa tête basse face aux inquisiteurs lui donna confirmation des faits qui lui étaient reprochés.
    
    — Svea...Avec vous ? Vous avez osé...Avec ma sœur !
    
    Elle s'était levée d'un bond rageur, avait saisi son aube sombre furieusement.
    
    — T'avais pas le droit ! T'es prêtre, bon sang ! T'as défloré ma sœur et tu oses l'accuser ensuite de t’avoir sauté dessus?! Alors que c’est juste ta queue qui te guide dans tout ce que tu fais ?! Sale enfant de...
    
    L'insulte s'égara au fond de sa gorge. Elle porta la main à son nez, gémit piteusement en constatant le sang qui coulait de ses narines. L'inquisiteur qui l'avait violentée la fit rasseoir, tirant ses longs cheveux blancs pour la contraindre.
    
    — Assez ! exigea Linnea en se débattant. Laissez-la en paix !
    — Ne vous mêlez pas de cela, prêtresse. Si vous protégez une sorcière comme elle, alors vous ne valez guère mieux ! Faut-il vous arrêter, vous aussi ?
    — Alors Klara, comprends-tu ? Tu as tout intérêt à confesser tes péchés dès à présent. Ils te seront remis, et ta petite sœur sera lavée de sa faute aux yeux de l’Église.
    
    Les lèvres d’Abel étaient proches de son oreille. Elle posa des yeux effrayés sur la confession que l'on avait rédigée pour elle, et qui n'attendait que sa signature pour devenir un aveu officiel. On saurait l'obliger à y poser la plume, elle le savait. L'Inquisition n'aurait qu'à la torturer pour la faire plier, il n'y avait guère de meilleurs maîtres en la matière. On lui broierait les os, la noierait, on aurait tôt fait de brûler chaque parcelle de sa chair, de disloquer ses membres pour obtenir d'elle le moindre aveu. Et elle parlerait. Personne ne pouvait prétendre rester impassible et muet face à la question ; certainement pas elle.
    Mais si elle acceptait de bonne volonté d'être cette sorcière que tous craignaient, elle s'évitait toute cette peine. Mieux, elle assurait l'absolution de Svea pour le sacrilège auquel elle s'était jointe, et c'était là son devoir d'aînée que de protéger sa cadette.
    
    — Si je signe ici, vous laisserez ma sœur ?
    — Ce n'est guère à moi d'en décider, mais au Très-Haut de m'inspirer pour que Sa Justice soit faite.
    — Promettez-moi de l'absoudre.
    — Reconnaissez-vous être une sorcière ?
    — Ma sœur...
    — Oui ou non ? la pressa Abel avec un détachement froid.
    
    Klara haleta, tendit la main vers la plume, la trempa dans l'encrier. Quelques gouttes d'encre vinrent s'écraser sur le papier, formaient un chapelet de taches noires tandis qu'elle hésitait, considérait les différentes options qui s'offraient à elle. Aucune néanmoins ne lui permettait de se défaire des chaînes dont l'Inquisition l'avait entravée. La mort était à chaque fois le dénouement auquel elle ne pouvait se soustraire. La plume rencontra le document. Si c'était pour protéger Svea, Klara était prête à tout. Même à admettre le pire.
    
    — Je l'ai manipulée en l’ensorcelant. C'est moi qui ai poussé Svea à se donner au Père Jonathan. L'enfant de Margaret, je lui ai fait boire un filtre démoniaque pour le tuer. Je reconnais les accusations de sorcellerie...
    — Klara ! Protesta vivement Linnea, qui ne pouvait admettre que pareil chantage soit opéré sous ces yeux. Vous ne pouvez dire cela ! Vous n'avez rien fait !
     Mais déjà, la sage-femme était saisie par deux miliciens, traînée dehors sans aucune considération.
     Les inquisiteurs, le prêtre leur avaient emboîté le pas, laissant à sa demande Abel seul avec Linnea.
    
    — Ne te mêle plus de cette histoire, Linnea. La justice du Très-Haut a été faite.
    — Ta justice, Abel ! Pas celle du Très-Haut !
    — La justice de notre sainte mère l’Église est celle du Ciel. Je n'ai fait que mon devoir.
    — Et quel beau devoir ! invectiva Linnea avec sarcasme. Condamner des innocents pour préserver notre ordre, voilà une mission respectable ! Tu as seulement omis, frère aîné, la tolérance, l'amour d'autrui, l'intégrité et l’honnêteté que nous avons promis d'observer dans notre emploi.
    — Cela te sert bien, pourtant.
    — Comment oses-tu ?!
    
    Abel s’approcha de sa cadette, posa une main protectrice sur sa tête. Linnea voulut se dégager, révulsée par ce contact. La poigne de son frère cependant était bien trop puissante pour qu’elle puisse s’en défaire.
    
    —Crois-tu qu’une prêtresse qui s’oppose à l’Inquisition comme tu l’as fait ne mérite aucun blâme ? Penses-tu que la Maison-Mère te pardonnerait gentiment cet affront, sans te traduire devant le Conseil Judiciaire, sans te relever de tes fonctions cléricales ? Pourquoi penses-tu que la milice t’a épargnée ? Pourquoi crois-tu que tu n’es guère déjà poings liés, au fond d’une charrette miteuse en direction de Lathium ? Pourquoi mes hommes t’ont-ils ménagée, d’après toi ? S’opposer à nous, l’Inquisition de la Sainte Église de Lathium, revient à signer son arrêt de mort. Alors pourquoi n’es-tu pas déjà sur la potence ?
    
    Linnea le dévisageait, ses yeux brûlants d’incompréhension.
    
    —Avoir un membre de sa famille hautement placé ouvre bien des portes et permet de belles opportunités.
    —Pourquoi m’avoir… ?
    —Je ne tiens pas à ce que mon nom soit entaché par les sottises de ma sœur. Acoquine-toi selon ton bon plaisir, roule-toi dans la fange à loisir mais cesse de me faire honte. Je ne m’abaisserai pas à te protéger une seconde fois.
    
    Il la repoussa vivement, comme si elle le répugnait soudain.
    
    —Tu as une jeune élève, me semble-t-il. Je l'ai vue qui se dérobait aux regards de mes hommes dans l'étable. Il serait bien dommage que l’Église lui soit hostile alors qu’elle n’est même pas entrée au séminaire. Ne ruine pas sa réputation en nous obligeant à la considérer comme une débauchée.
    — Je te défends de calomnier Ana auprès de tes pairs !
    — Tu n'es guère en mesure de me défendre quoique ce soit, ma chère sœur. Il ne tient qu’à ta conduite que je considère ton élève comme un modèle de vertu ou comme une putain. Que le Ciel m’en soit témoin et que nos chemins n'aient plus à se recroiser à l’avenir.
    

Texte publié par Yukino Yuri, 4 septembre 2020 à 01h13
© tous droits réservés.
«
»
Tome 1, Chapitre 12 « Dü häxen- La sorcière » Tome 1, Chapitre 12
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1653 histoires publiées
748 membres inscrits
Notre membre le plus récent est elitajazz
LeConteur.fr 2013-2021 © Tous droits réservés