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Tome 1, Chapitre 6 « Klöstere- Le couvent » Tome 1, Chapitre 6

— Attachez-la, que l'on en finisse ! ordonna la mère supérieure à ses subordonnées.

Les novices s'étaient approchées de la postulante terrorisée, lui imposaient de force de rester assise sur son siège. Deux d'entre elles lui écartèrent les jambes, les lièrent aux accoudoirs tandis qu'une autre maintenait férocement ses mains derrière le dossier. La postulante poussa un cri d'horreur, effrayée de se retrouver de force ainsi exposée, tenta de se défaire des liens et des mains qui l'immobilisaient. Elle se débattit davantage lorsque l'on souleva son jupon, dévoilant aux yeux de toutes son sexe.

— Cessez donc ! s'écria l'une des religieuses. Vous compliquez les choses !

La mère supérieure avait approché une chandelle de l'intimité de la jeune fille, y avait introduit ses doigts sans aucune douceur. Des cris de douleur retentirent, remplaçant les protestations.

Ana avait détourné les yeux, le souffle court. La crainte que cet impudique attouchement lui inspirait se fit plus mordante qu'alors. Elle serait la prochaine à s'y soumettre ; et bien qu'elle n'ait rien à se reprocher, la seule idée d'être ainsi exposée et fouillée la tétanisait.

Elles avaient été accueillies au couvent de Hjalmar situé face au centre administratif, introduites à la mère supérieure puis on les avait menées jusqu'à l'infirmerie. Là, les religieuses avaient déclaré que chaque jeune fille allait passer un examen gynécologique obligatoire. Elles pouvaient se dérober, mais cela impliquait abandonner tout espoir d'entrer un jour au séminaire.

Toutes s'étaient alors soumises à cette observation, rouges de honte, écartant les jambes et dévoilant leur vulve aux yeux inquisiteurs des moniales et embarrassés des autres postulantes. Sur trente demoiselles reçues, deux furent priées de s'en aller.

— Je n'ai jamais eu de rapports avec un homme ! s'était furieusement indignée l'une d'elles. Toute ma famille peut témoigner de ma chasteté ! Je n'ai jamais été seule sans chaperon ! Vous cherchez une preuve dont je suis peut-être dépourvue de naissance ! Comment osez-vous me punir pour ce que le Très-Haut a fait ?!

Celle-là, les sœurs l'avaient expulsée sans ménagement hors du couvent.

— Vous n'êtes pas pure, déclara sévèrement la mère supérieure en essuyant ses doigts.

— Non...Non, c'est faux !

La postulante gesticulait sur la chaise gynécologique, sanglotait hystériquement. Les moniales l'avaient libérée, la laissant recroquevillée sur son siège.

— Vous pouvez partir. Vous n'avez pas les conditions morales requises pour...

— Attendez ! Attendez ! C'est faux ! Je voulais pas ! Je voulais pas ! C'était la nuit, il m'a prise...Il m'a menacée avec sa lame...Je voulais pas !

Elle sanglotait toujours plus, hurlait de désespoir, s'agrippait aux soutanes des sœurs pour les empêcher de se détourner d'elle et de sa malheureuse histoire. Toutes se dégageaient sans pitié, reculaient pour se protéger de cette folle déshonorée et qui perdait pied en voyant sa vocation contrariée définitivement.

— Allez, ma fille. Vous pourrez toujours prendre le voile. Cela vaudra mieux...que de vivre en société, dans votre situation.

— Je ne veux pas croupir dans un couvent !

— Dans ce cas, il ne vous reste que la maison close. Faites la sortir.

La chaise gynécologique fut libérée. Ana restait figée, glacée jusqu'à l'âme par les cris et les sanglots qui résonnaient dans le cloître, s'éloignaient à mesure que les sœurs menaient leur victime jusqu'à la rue. Son cœur s'emballait dans sa poitrine.

Elle retira son bagage de son dos, se défit en tremblant de son pantalon du dessous. La popeline de son jupon caressait les courbes charnues de ses hanches, le froid s'insinuait jusqu'au creux de ses cuisses. Remonta ses jupes en s'asseyant, écarta ses jambes pour les poser sur les accoudoirs. Une religieuse lui conseilla de rester calme afin que l'examen se passe dans les meilleures conditions possibles, puis se saisit du jupon d’Ana, le releva pour la découvrir jusqu'au nombril.

Ana contrôlait sa respiration de son mieux, embarrassée par sa nudité et sa posture, gênée que toutes les femmes présentes puissent voir la plus intime partie de son corps. Elle sentait ses lèvres s'entrouvrir, dégager l'entrée vers son vagin. Elle se voyait dans la même position obscène que les autres jeunes filles avant elle, et cette vision faisait affluer les larmes à ses yeux.

L'humiliation qu'elle subissait était nouvelle pour elle. Elle portait atteinte à sa dignité physique, celle-là même que personne n'avait jamais pu salir. Perdre le contrôle, se laisser faire pour son propre intérêt lui était insupportable.

— Écartez davantage.

La mère supérieure s'était abaissée au niveau de son sexe. Ana pouvait sentir la chaleur de la flamme sur sa cuisse gauche et le souffle de la moniale se glisser sur sa peau. Puis les doigts s'étaient introduits en elle, se glissaient plus profond, arrachaient à Ana des gémissements d'horreur.

— Vous avez mal ?

— Oui, ma sœur...

— Alors c'est bon signe. Détendez-vous.

La douleur s’amplifia. La révérende avait écarté l'entrée de son sexe, approché la bougie pour y voir davantage. Puis son index avait heurté son hymen, arraché à Ana un cri de surprise. Son vagin lui faisait mal, son hymen la brûlait. On tenta de forcer le passage. Ana gémit plus fort qu'alors, malade de dégoût.

— Calmez-vous, lui souffla la sœur qui se tenait près d'elle.

La douleur devenait insupportable. Ana, instinctivement, essayait d'expulser ce corps étranger de son intimité, sentait ses muscles se contracter de plus en plus. Puis après quelques minutes, on la laissa en paix, les doigts se retirèrent et la mère supérieure se redressa, un sourire aimable au visage.

— Vous êtes bien vierge. Voilà qui est parfait. Eh bien, ma fille ! ajouta-t-elle en constatant qu’Ana restait assise, les bras croisés sur sa poitrine. Réajustez votre tenue ! Personne ne désire vous voir davantage dans un tel appareil !

Sans se faire prier, Ana s'était redressée, avait vivement rabattu ses jupes. Passé son pantalon, récupéré ses affaires. Les dernières passèrent à leur tour, puis les religieuses en charge de l'accueil les menèrent jusqu'à la salle d'hygiène. Là, l'on leur proposa de se laver, de faire examiner les blessures et de les soigner.

Recroquevillée dans un baquet, Ana profitait de l'eau agréablement chaude, frottait sa peau à l'aide d'un gant de crin pour la débarrasser de la crasse. Tous les quarts d'heure, une sœur faisait tinter sa cloche. De concert, les jeunes filles dans les bains en sortaient, ruisselantes sur le sol dallé. Les bacs étaient vidés puis remplis d'eau propre, de nouvelles baigneuses prenaient place. Les chemises et les corsets étaient envoyés à la buanderie, passés à la repasseuse afin que les propriétaires les récupèrent propres une fois sorties de l'eau.

— Bon sang, maugréa Ana en enlevant une énième feuille de ses cheveux. Combien en ai-je encore ?

— Il vous en reste derrière l'oreille, dans votre tresse.

La novice au voile blanc qui l'en avait informée lui renversa sur la tête une pleine cruche d'eau.

— Dépêchez-vous, la sœur va bientôt sonner la cloche. Je vous ai mis de quoi vous sécher.

Ana se frotta la tête, la débarrassa des dernières feuilles puis se leva dès le premier tintement, attrapant le linge sec. Ses yeux s'égarèrent sur sa voisine de bain. Sa tenue du dessous lui collait à la peau, dévoilant des fesses rondes et une poitrine généreuse. Sa chevelure ruisselait d'eau, tombait jusqu'à ses cuisses. Elle ressemblait à Hawa, la première femme du Monde, telle qu'elle était décrite dans les Écritures. Ana se détourna, honteuse de s'adonner à pareille indiscrétion. Son cœur battait à tout rompre, le rouge lui montait aux joues tandis qu'elle se rhabillait au plus vite, quittait la salle d'hygiène prestement.

Au réfectoire, elle avait pu bénéficier d'un repas complet auquel elle avait fait honneur dans le silence qu'imposait la règle. Seule une sœur lectrice laissait entendre le son de sa voix, lisant un passage des Textes en prenant soin d'articuler chaque mot. De temps en temps, la mère supérieure l'interrompait de la main, posait une question de réflexion à la communauté. La réponse donnée, le silence retombait.

L'heure de récréation qui venait après le repas permis aux postulantes de se laisser aller aux conversations et aux jeux afin de se dégourdir les jambes. Certaines s'étaient improvisées chanteuses, entonnaient en chœur des chansons de leur village, d'autres dansaient en rythme en gloussant. Celles qui tenaient le rôle des hommes singeaient leurs manières et leur démarche, faisant pouffer leur partenaire. Les moniales allaient et venaient, s'entretenaient les unes les autres de sujets qui les amusaient, riaient avec retenue sans jamais se mêler à celles qui ne portaient encore aucun habit religieux.

Ana s'était exilée dans un coin du jardin, se tenant à bonne distance de ses camarades. L'air était frais en cette soirée d'été, glissait entre les grappes de lilas qui poussaient en arche au-dessus de sa tête. Elle avait besoin d'être seule, de réfléchir à son aise loin des regards. De surcroît, elle n'avait adressé la parole à aucune postulante depuis leur arrivée au couvent, et trouvait ardu de commencer à s'intégrer, maintenant que des petits groupes s'étaient formés. Elle préférait rester exilée, avec pour seuls amis son imagination et ses livres.

Elle sortit de la poche liée à sa hanche un ouvrage qu'elle avait emporté à son départ. Sur les pages, Linnea y avait fait des annotations, souligné certaines lettres. Ana avait appris à perfectionner son Swalüet sur ce recueil de nouvelles romantiques, et chaque inscription renvoyait à une difficulté surmontée à force de travail.

Revoir l'écriture ronde de son professeur lui serrait le cœur. Ses échanges avec Linnea lui manquaient. À cet instant, elle ressentait le besoin dévorant de lui confier ses pensées et d'écouter ses conseils. Tant de choses l'avaient ébranlée, tant de choses sur lesquelles elle souhaitait s'épancher, pour lesquelles elle voulait être épaulée et guidée.

Dans un même temps, elle s'interrogeait à propos de Linnea. Avait-elle pris place sur la même chaise qu'elle ? S'était-elle dénudée, montrée dans le plus simple appareil ? Comment s'était-elle sentie après cela ? Pourquoi ne l'en avait-elle pas avertie quand le rite de passage était au cœur de la conversation ? Linnea aurait répondu à tout cela avec l’honnêteté qui la caractérisait, elle aurait su calmer ses états d'âme avec douceur et patience. Linnea lui manquait, et tout était dépeuplé.

Une novice vint la trouver dans son alcôve fleurie, lui appris que l'heure de la récréation n'était pas celle de la lecture, et que la mère supérieure l’exhortait de revenir avec les autres demoiselles.

— Sautez-vous à la corde pendant les récréations ?

— Non, du tout.

— C'est dommage, j'aime bien tourner la corde, soupira Ana en glissant son livre dans sa poche.


Texte publié par Yukino Yuri, 22 août 2020 à 00h54
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