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Tome 1, Chapitre 6 « Entraide » Tome 1, Chapitre 6
21h41
    Prison d’Herael
    (Neacia)

    
    Pour rendre la prison d’Herael impénétrable, elle avait été construite sur une lune située dans une autre dimension, la rendant ainsi quasi introuvable. Possédant d’innombrables tours dont certaines pouvaient atteindre les trois mètres de haut, elles étaient elles-mêmes séparées par de hauts remparts avec comme unique moyen de communication des faucons qui avaient été apprivoisés ainsi qu’un réseau de tunnels connu uniquement des Chevaliers.
    
    Cette incroyable forteresse permettait par la même occasion de dissuader les criminels de s’en échapper au risque de mourir de froid, de faim et d’être tué dans d’atroces souffrances par des créatures encore inconnues même des Démons. L’endroit était réputé pour être humide, glacial et avait pour seul parfum d’ambiance : une odeur de cadavres en décomposition.
    
    L’unité spéciale de Chevaliers qui surveillaient la prison possédait des compétences de combat hors norme, mais également des connaissances en magies très anciennes, inconnues des néaciens et surtout très dangereuses. Ils avaient l’autorisation de blesser voire de tuer si l’un des détenus s’échappait ou si la situation les y obligeait.
    
    Le gardien de l’Aile Ouest s’approcha de son collègue, les traits du visage tirés, fatigués. L’heure de sa pause sonnait enfin.
    — Les nouveaux prisonniers sont arrivés ? demanda-t-il en s’étirant.
    — Oui, ils sont arrivés à l’aube. La garde royale a réussi à mettre la main sur Topaz. Plus qu’à coincer ce « Seigneur » de pacotille et nous aurons enfin la paix !
    
    Un rire forcé résonna à travers l’aile. Le Chevalier haussa les épaules tout en levant les yeux au ciel.
    — Ne t’inquiète pas, il fait souvent ça. Il est persuadé qu’il va réussir à s’échapper d’ici.
    — Ils le pensent tous au début.
    
    Il mit sa main droite sur la poitrine au niveau de son cœur et s’exclama :
    — Gloire et honneur, Chevalier !
    
    C’était le rituel que les Chevaliers travaillant à Herael avaient choisi. Beaucoup trouvaient ce métier ingrat, trop compliqué et finissaient bien souvent sur une dépression, voire une phase de démence pour certains. Ce rituel leur permettait de leur redonner le moral et surtout de garder en tête que ce travail était malgré tout gratifiant : ils participaient au maintien de la paix et non seulement sur Neacia. Il fit le geste à son tour et s’éloigna vers la salle de repos, un repos qu’il avait grandement mérité après une dure journée de labeur. Son collègue inspecta chaque cellule et lorsqu’il arriva à hauteur de celle de Topaz, le Démon se mit à rire.
    — Tremblez pauvres mortels. Vos jours sont comptés, bientôt… Bientôt il sera là et vos misérables vies seront le tribut à verser pour sa victoire.
    — C’est ça, cause toujours ! répliqua le garde en donnant un coup de pied dans les barreaux.
    
    09h45
    Mairie
    (Heaven City)

    
    Éléa regarda discrètement l’heure sur son téléphone portable une nouvelle fois. Elle était là depuis trente minutes seulement et le temps lui semblait défiler trop lentement. Installée dans l’une des nombreuses chaises qui étaient autour de la table, elle écoutait les conseillers, le Maire et son très cher père en train de débattre sur divers sujets qui l’ennuyaient. Son père avait eu la « gentillesse » de la réveiller à sept heures un samedi matin avec comme excuse qu’elle était trop jeune pour rester seule à la maison et l’avait alors obligé à l’accompagner au conseil municipal. Elle n’avait pas dit son dernier mot et elle ne comptait pas se laisser faire. Il voulait jouer au plus idiot, soit ! Mais il allait très rapidement perdre. Éléa n’était jamais à court d’idées pour ça. C’était un petit jeu qui remontait déjà au collège.
    
    Elle se serait bien téléportée en prétextant une envie pressante, mais elle n’avait pas envie de gâcher son énergie pour un type comme lui.
    — Les jeunes ne passent pas assez de temps dans les écoles. La moitié du temps, ils sont à l’extérieur à faire n’importe quoi. Ils finissent par devenir délinquants, commença M. Foster.
    — Tu te bases sur quels faits, quels chiffres ? répondit derechef Éléa qui s’amusait à faire tourner son siège à roulette.
    
    Les six membres furent surpris par sa soudaine intervention et se tournèrent vers la jeune fille. Son père se redressa dans son fauteuil, agacé.
    — Les enfants n’ont pas besoin de plus d’heures de cours. Il a été déjà prouvé que surcharger un enfant en cours ou en devoirs était mauvais, qu’ils ne retenaient pas plus.
    — Que proposes-tu donc puisque tu sembles être mieux avancée sur le sujet que le conseil ? ajouta son père pensant qu’elle allait être à court d’arguments.
    — Un enfant doit être encadré et ce peu importe son âge. Si on lui montre et l’encourage dans ses efforts, il continuera dans ses progrès.
    — Ça ne les empêche pas de vandaliser les magasins, ni de laisser des graffitis dont nous payons les frais de nettoyage à chaque fois.
    — Ce n’est pas parce que tu as un diplôme en poche que tu maîtrises ta licence.
    
    Sur ses mots, Éléa se mit à sourire à son père et croisa les bras. Ce n’était pas aujourd’hui qu’il aurait le dernier mot. Il l’avait suffisamment traînée dans la boue ces dernières semaines que ce soit en public comme en privé. Désormais, plus personne ne semblait vouloir prendre la parole comme touché par la dernière remarque qu’elle venait de faire.
    
    Soudain, elle remarqua que les verres d’eau posés en face de chacun commençaient à trembler légèrement puis ce fut au tour du bâtiment. Elle se leva aussitôt et regarda si tout le monde avait eu le réflexe de se mettre en sécurité sous la table. La grande bibliothèque positionnée derrière son père basculait d’avant en arrière et n’allait pas tarder à se décider dans quel sens tomber. Elle se précipita vers lui et lorsqu’elle tomba vers l’avant, elle l’agrippa aussi fort qu’elle put. Les deux furent projetés au sol et se relevèrent lorsque les secousses cessèrent.
    — Tu n’as rien Éléa ? demanda-t-il inquiet.
    — Non, je vais bien et toi ?
    — Ça va, grâce à toi ! Depuis quand est-ce Heaven City est sur une zone sismique ?
    — Allumez la télévision ! ordonna la jeune fille en se retournant vers les conseillers.
    
    Le Maire se releva, réajusta sa veste de costume tâchée de café et alluma le poste, tremblant. Toutes les chaînes avaient arrêté leur programme pour un flash d’infos spécial. Une seconde secousse un peu plus forte fit trembler à nouveau la terre. Lorsqu’elle s’arrêta au bout de ce qui semblait être une longue minute, le téléphone du Maire se mit à retentir.
    — Tu m’excuses Éléa, je vais avoir du boulot pour un bon paquet d’heures, si ce n’est pas quelques jours. Va voir à la boutique si ta mère va bien. Prends ma voiture si elle n’a pas été touchée, je rentrerai en taxi.
    
    Éléa n’en revenait pas. Où était passé l’homme colérique et désagréable d’il y a quelques minutes ? S’il fallait une catastrophe pour qu’il prenne enfin son rôle de père au sérieux, la Terre serait en miettes à l’heure qu’il est. Elle ne discuta pas ses ordres et attrapa le trousseau de clés qu’il lui tendait.
    
    En sortant de la mairie, elle aida les quelques personnes à terre, sous le choc ou sous quelques décombres. Est-ce que ce tremblement de terre était dû à une cause naturelle ? Non, elle ne devait pas céder à la paranoïa et mettre chaque accident sur le dos de la magie ni sur celui des Démons.
    
    Sur le parking, la majorité des voitures étaient endommagées et celle de son père n’y avait pas échappée. La vitre arrière avait explosé, le capot de devant était cabossé à divers endroits et le rétroviseur droit traînait désormais par terre. Elle monta et enclencha le contact. Au bout de la rue, elle remarqua une enfant d’une dizaine d’années en train de pleurer, visiblement sous le choc. Elle s’arrêta à sa hauteur et lui proposa de monter. Le commissariat était à un pâté de maisons du salon de thé et elle irait beaucoup plus vite en voiture.
    
    Durant le trajet, elle essaya de l’occuper le plus possible. Mettre la radio ne servait à rien, toutes les ondes étaient, elles aussi en train de couvrir l’événement. Elle l’occupa alors en lui posant des questions : à quelle école elle allait, dans quel quartier elle résidait, ce qu’elle aimait faire pendant son temps libre. La jeune qui répondait du nom d’Emma hésitait à lui parler, mais au fur et à mesure, sa peur s’envola et l’enfant était plus apte à discuter.
    
    Une fois devant le commissariat, Emma descendit de la voiture et entra. Éléa avança de quelques mètres et alla se garer là où elle le pouvait. La rue semblait avoir subi d’importants dégâts. Des alarmes de voitures et de maison retentissaient à tout bout de champ et un bâtiment était en train de s’écrouler dans un nuage de poussière. Cette vision de la ville avait une allure de fin du monde ou d’apocalypse. Elle se précipita vers la boutique de sa mère et s’aperçut qu’elle n’avait que des dégâts mineurs. La vitrine principale était en morceaux tandis que la seconde avait une vilaine craquelure qui descendait le long de celle-ci. Elle entra dans le magasin et trouva les clients qui parlaient entre eux, aussi surpris et choqués. Elle repéra sa mère au fond de la grande salle en train de soigner une grand-mère qui saignait de la tête.
    — Tout va bien maman ? s’inquiéta la jeune fille.
    — Oui, nous avons reçu quelques dégâts minimes à comparaison de la boutique voisine. Tu n’as rien ? Et ton père ?
    — Il va bien ne t’inquiète pas. On était dans la Mairie quand ça s’est produit. Tu as besoin d’un coup de main par ici ? Tu as appelé les pompiers pour les blessés ?
    — Oui, mais les lignes sont saturées. C’est un miracle si on arrive à avoir un opérateur. Le Maire a décrété il y a quelques minutes à la télévision qu’il allait envoyer l’armée comme aide supplémentaire.
    
    C’était une bonne idée. Peut-être que le Maire n’était pas si incompétent après tout. Elle aida à soigner les blessés les plus légers tandis qu’un médecin entra dans la boutique pour prendre en charge les autres comme il le pouvait. Sa mère la libéra rapidement. Elle savait que sa fille était aussi inquiète pour ses collègues et son employeur.
    
    
***

    
    Le musée Oceana avait subi d’importants dommages sur la façade gauche, mais la droite semblait avoir été épargnée. Éléa entra précipitamment et se dirigea vers le bureau d’Auranor. Elle le trouva assis derrière son bureau en se tenant un chiffon sur le côté gauche du front. Deux Chevaliers s’occupaient de lui. En voyant Éléa, il lui sourit et fit signe de s’approcher.
    
    — Qu’est-ce qui vous êtes arrivés ? demanda Éléa.
    — Oh, juste quelques pochettes un peu trop lourdes que j’aurai dû ranger depuis longtemps sont tombées de l’étagère. Avec la hauteur, je peux te dire que ça fait sacrément mal !
    
    Elle se sentait rassurée. S’il trouvait encore le moyen de plaisanter, c’est que ce n’était pas aussi grave. Les Chevaliers qui étaient en réalité des Mages-Médecins décidèrent de repartir sur Neacia. Éléa en profita pour sortir une bouteille d’eau du petit réfrigérateur et de s’affaler sur la seconde chaise, en face de l’Analyste.
    — Qu’en pensez-vous ? interrogea l’adolescente entre deux gorgées.
    — Ma foi, un séisme peut arriver. Il faudrait une quantité incroyable de magie pour déclencher une catastrophe naturelle. Je ne pense pas que Topaz ait autant de pouvoir que ça. Il est puissant, certes, mais pas à ce point. Et puis, il est toujours en train de moisir au fond d’une cellule.
    — Et son soi-disant « Seigneur » ? Il ne s’est pas encore présenté à nous de façon officielle, mais agir dans l’ombre semble être quelque chose qu’il ferait.
    
    Auranor réfléchissait tout en remettant un peu d’ordre dans son bureau. C’était une suggestion folle, mais qui ne méritait pas d’être écartée.
    
    L’Analyste demanda à Lidakil et à Cirth de venir les rejoindre sur Terre afin d’analyser la théorie qu’avait avancée leur jeune amie. Pendant ce temps, elle s’était éclipsée pour se changer les idées et aider les bénévoles qui nettoyaient les décombres dans les différentes allées. Elle prit celle dont elle s’occupait la plupart du temps : celle de la Renaissance. Elle ramassa les plantes tombées au sol, attrapa un balai et balaya la poussière qui s’accumulait un peu partout.
    — Un coup de main ?
    
    Laila s’était elle aussi armée d’un balai, bien décidée à aider. Des vitres avaient explosé à l’Institut et les alarmes incendie s’étaient déclenchées, inondant certaines zones. À part cela, rien d’autre n’avait été endommagé. Laila avait avancé les mêmes arguments qu’Éléa : elle était persuadée que quelqu’un avait délibérément fait apparaître un tremblement de terre sur Heaven City. Après une dizaine de minutes, elle posa son balai, sortit un ordinateur portable de son sac à dos et l’alluma. Éléa s’approcha. L’écran montrait différents graphiques qu’elles regardaient attentivement.
    — L’épicentre était en plein milieu du centre-ville et les secousses ont été ressenties sur un rayon comprenant uniquement la ville. J’ai déjà vérifié les sites internet de Rosean relayant les informations et rien n’a été ressenti là-bas, pourtant elle n’est qu’à une trentaine de minutes d’ici.
    — Et je suppose qu’avec une secousse aussi importante, elle aurait dû atteindre Rosean, continua Éléa.
    — Exactement ! Je ne sais pas si tu as remarqué, mais nous n’avons eu aucune réplique. Pourtant elles surviennent très peu de temps après la première vague.
    — Je crois qu’il est temps d’aller engager la conversation avec nos Chevaliers préférés, termina la brune, déterminée à savoir.
    
    Laila leur montra les schémas et les graphiques expliquant à nouveau ses découvertes. Plus la discussion avançait et plus Lidakil montrait un intérêt soudain au séisme, même si cela le dépassait un peu. Les sciences n’étaient visiblement pas son point fort. Auranor préférait croire à un phénomène naturel. Savoir qu’une telle chose avait été ordonnée par des Démons le faisait frissonner. Ils étaient sûrement capables de bien pire que cela.
    
    Le reste de la matinée fut passé à rassembler le plus d’informations possible sur les formations de tremblements de terre et ce qui en suivait les jours suivants, à la boutique de Merus. Celui-ci était complètement fou depuis l’incident. Le sortilège de sa boutique ne le protégeait pas des accidents tels que celui-ci et sa librairie était désormais dans un bazar monstrueux en plus d’une épaisse couche de poussière qui stagnait à l’intérieur. Ils avaient dû laisser les portes et fenêtres ouvertes pour ne pas finir étouffés. Il s’était finalement calmé quand Laila l’avait aidé à nettoyer un peu. Il était soudainement devenu sympathique et avait donné aux autres des indications sur les livres pouvant les aider. Il était même, lui aussi, déterminé à attraper le type qui avait osé mettre le désordre dans son lieu sacré.
    
    Aux alentours de midi, ils continuaient de lire pour certains et de déchiffrer le néacien pour d’autres, mais ils n’étaient pas plus avancés. Ils furent surpris de voir la mère de Laila franchir le seuil de la boutique, des sacs à la main. Elle se présenta à Lidakil en parlant un néacien un peu maladroit et voyant son regard surpris, elle lui expliqua que sa famille avait des origines neaciennes. Elle distribua ensuite les sandwiches qu’elle avait amenés et déjeuna en leur compagnie. Éléa alluma le poste de télé afin de suivre le développement à travers la ville. Un flash spécial était en direct :
    — Le métro semble totalement paralysé au moment où je vous parle, commença la reporter l’air grave, son microphone à la main. Plusieurs anciennes rames se sont écroulées au passage des trains à une heure de pointe. Les secours font ce qu’ils peuvent pour se déployer à travers les différents quartiers, mais sont en sous-effectif et totalement déborder. Rosean a proposé de nous prêter main-forte et des équipes de pompiers et une centaine de militaires arriveront en début d’après-midi afin d’aider les citoyens encore bloqués sous les décombres. C’était Natasha pour Canal 9.
    
    Laila avait proposé d’envoyer des Chevaliers participer aux secours. Tout le monde avait trouvé l’idée judicieuse, mais Lidakil semblait perplexe. Si un Démon avait fait exprès de les toucher avec ce type d’événement est-ce qu’il ne comptait pas les attaquer à nouveau ?
    
    Plusieurs Chevaliers, en groupes, trop occupés à aider des innocents seraient la cerise sur le gâteau pour faire des victimes supplémentaires. Malgré tout, il accepta d’en toucher deux mots à Estella. Il partit sur-le-champ pour Neacia qui était aussi en état d’alerte : quelqu’un avait essayé de pénétrer dans la prison d’Herael. Voilà qu’il devait faire face à un problème supplémentaire.
    
    
***

    
    15h40
    Neacia
    (Continent Ouest ; Royaume Veradia)

    
    Estella était en train de congédier les Sages qui tenaient absolument à assister la réunion de crise alors qu’elle avait seulement convoqué les hauts gradés. Lidakil entra en même temps qu’elle dans la salle de réunion et un garde ferma les portes derrière eux.
    — Quelle est la situation sur Terre ? demanda-t-elle en faisant signe aux hauts gradés de s’asseoir.
    — Des civils sont bloqués un peu partout et tout le monde est débordé. C’est au bord de la panique générale. Laila a suggéré qu’on envoie des Chevaliers les aider.
    
    Elle réfléchit quelques instants puis tourna la tête vers un homme aux cheveux longs poivre et sel, dont l’armure semblait avoir traversé les époques.
    — Général, occupez-vous de sélectionner vos meilleurs soldats et préparez-les à les envoyer sur Terre.
    
    Il se leva, s’inclina et partit sur-le-champ. Personne ne contredisait la reine en situation de crise. Elle maîtrisait le tout sans le moindre signe de faiblesse. Le sujet de la conversation bascula rapidement sur le cas de la prison d’Herael.
    — Est-ce que nous savons qui a essayé d’y pénétrer et pourquoi ? elle demanda en regardant un jeune Chevalier.
    — Il semblerait que l’Aile Ouest ait été forcée à l’aide d’une bombe. Personne n’a été blessé.
    — Qu’en est-il du bouclier ?
    
    Elle fit apparaître une image holographique du bâtiment.
    — Une brèche a été repérée quelques secondes avant l’explosion. Un système anti-électromagnétique a été trouvé au pied d’un des piliers du bouclier.
    — La cellule de Topaz se situe pas très loin de la brèche, ajouta Lidakil.
    — Très bien, faites renforcer la sécurité à ce niveau-là et demandez à ce qu’une équipe de Techno-Mages se rende sur place pour réparer le bouclier.
    — Que faites-vous des Sages ? demanda Lidakil.
    — Une piqûre de rappel ne leur fera pas de mal. L’Alliance a laissé la prison d’Herael sous ma juridiction. Leur avis m’importe peu à ce stade d’alerte.
    
    L’un des Généraux fit remarquer que l’attaque sur Terre pouvait être une simple diversion pour envoyer le maximum de Chevaliers sur Terre pour réduire les effectifs sur Neacia. De ce fait, une attaque plus directe sur le Palais pouvait être envisagée. Lidakil acquiesça avec son supérieur. Ils ne pouvaient se battre que sur un seul front et non à deux endroits à la fois. Ils allaient devoir faire un choix ou organiser leur plan minutieusement.
    
    Au bout d’une heure de débat, il avait été convenu que la sécurité de la prison était malgré tout plus importante. Des Démons très puissants y étaient enfermés parfois depuis des millénaires et les savoir en liberté serait catastrophique pour l’univers entier.
    
    Quand Lidakil était revenu sur Terre et avait annoncé aux Gardiennes que la prison était devenue leur priorité, elles avaient protesté. Même le vieux Merus avait montré son mécontentement. Cirth eut alors une idée :
    — Pourquoi les Gardiennes n’iraient pas elles-mêmes donner un coup de main aux terriens ? Vous avez aussi de la magie, dit-il en regardant Éléa. Je suis sûr qu’il y a moyen de vous fournir des capes que l’on pourrait superposer sur vos armures.
    — Ça reste risqué quand même, répliqua Lidakil en faisant une moue hésitante.
    — On prend le risque ! s’exclamèrent Éléa et Laila en cœur.
    
    Les préparatifs avaient été rapides. Lidakil leur avait fourni des capes noires et Cirth avait été chercher une carte du métro afin de repérer les stations endommagées. Laila était installée derrière le comptoir et recopiée sur un bout de papier les incantations susceptibles de les aider. Prendre le grimoire serait trop risqué.
    — D’après les informations, commença Éléa en attrapant le crayon à papier que Merus lui tendait, les stations Washington et Paris sont celles qui ont subi le plus de dégâts. Ce sont aussi celles où il y a le plus d’affluence en général. Il faudrait commencer par-là, je pense.
    — N’oublie pas Oceana Avenue, il y a pas mal d’étudiants avec l’université pas très loin, ajouta Laila en s’approchant.
    — Allez-y, je vous guiderai à distance, ordonna Lidakil.
    
    
***

    
    Plus elles se rapprochaient de la zone sinistrée et plus elles se demandaient si elles allaient avoir la force nécessaire pour une telle mission. Combattre un Démon ou une créature relevait presque de la routine désormais, mais effectuer une mission sans pouvoir montrer la moindre trace de magie, ni même leurs armures était une autre paire de manche.
    
    Aux abords de l’entrée de la station Washington, un périmètre de sécurité avait été établi, rendant l’accès difficile. Elle était étroitement surveillée par des policiers qui filtraient les entrées.
    — Une idée ? demanda Éléa en observant aux alentours.
    — J’ai bien envie de proposer l’idée de jouer la comédie en disant qu’un de nos parents est coincé à l’intérieur, mais il faudrait beaucoup de chance pour qu’ils avalent ça, répondit son amie.
    — Regardez dans le livre de magie, il doit y avoir une incantation pour l’invisibilité si j’ai bonne mémoire, suggéra Lidakil à travers leurs oreillettes.
    — Il est resté à la boutique de Merus, souviens-toi, répliqua à son tour Laila.
    
    Lidakil venait de pousser un juron. Elles venaient à peine de commencer et les problèmes survenaient déjà. Pendant qu’Éléa surveillait les policiers pour ne pas paraître trop suspectes, Laila sortait une carte des souterrains de la ville.
    — Où as-tu trouvé la carte ? demanda Éléa curieuse.
    — Oh, disons que je l’ai emprunté à la mairie en piratant leur base de données, répondit Laila en lui faisant un clin d’œil.
    
    L’un des croisements principaux se trouvait dans la rue adjacente où elles étaient situées et rejoignait l’une des stations de métro. Après s’être rapidement concertées, elles en avaient conclu que c’était le seul choix possible. Elles marchèrent vers la rue en question. Laila jeta un coup d’œil aux environs et une fois qu’elle s’était assurée qu’elles étaient seules, elle aida son amie à soulever une plaque d’égout.
    
    Les souterrains étaient humides et étouffants lorsqu’Éléa descendit. Elle retint sa respiration pendant quelques secondes et quand elle jugea qu’elle allait pouvoir s’habituer à l’odeur nauséabonde des canalisations. Elle commençait à regretter cette mission, toute la journée semblait être placée sous le signe de catastrophes.
    — Je te jure que si je trouve celui qui a eu la brillante idée de nous donner une journée aussi pourrie… marmonna la jeune fille en allumant sa lampe torche.
    
    Laila descendit à son tour et à la vue de la grimace qui se dessinait sur son visage, elle n’en pensait pas moins non plus. Après quelques minutes à patauger dans ce qu’elles espéraient être uniquement de l’eau, elles débouchèrent sur la station de métro qui se séparait en deux longs couloirs. De part et d’autre, des cris, des pleurs et des appels à l’aide fusaient.
    — Prends le tunnel de gauche, je prends le droit ! lui ordonna soudainement Laila.
    
    Quand il s’agissait de vies humaines en jeu, rien ne pouvait arrêter Laila. Plus déterminée que jamais, elle s’approcha d’un enfant dont la jambe était coincée sous un rocher. D’abord, elle le rassura, puis récita tout bas une incantation et fit mine de soulever le rocher comme s’il ne pesait presque rien.
    — Va rejoindre les autres à la surface et fais attention en prenant les marches sur ta droite, certaines n’ont pas l’air très solides, lui précisa la Gardienne.
    
    L’enfant la gratifia d’une accolade et partit en boitillant vers la sortie. Au bout de quelques minutes, Éléa revint vers elle, le visage en sueur.
    — Je vais me charger de la station juste après, on ira sûrement plus vite. Tu penses t’en sortir seule ?
    — Ne t’en fais pas, j’ai l’impression d’avoir soudainement mangé du lion ! Rien ne peut se mettre en travers de mon chemin pour l’instant !
    
    Éléa partit de son côté, soucieuse malgré tout. Est-ce que Laila s’en sortirait à réciter les incantations en néacien ? Est-ce qu’un Démon viendrait l’attaquer par surprise ? Elle secoua la tête de droite à gauche. Ce n’était pas le moment de s’inquiéter à tout va. Elle aussi avait du pain sur la planche.
    
    La rame de métro était plongée dans le noir total et quelques cris s’élevaient de tous les côtés. Utiliser ses pouvoirs dans ce chaos était peut-être une bonne idée finalement. Tout le monde était plus ou moins occupé et personne ne prendrait le temps de remarquer quoi que ce soit d’anormal dans une situation pareille.
    
    Elle fit apparaître de minuscules boules de feu de la taille de lucioles qui allèrent se placer un peu partout, éclairant suffisamment les lieux. En deux heures et demie tout le monde avait été évacué et les blessés pris en charge à la sortie du métro. Seuls quelques enfants lui avaient posé des questions sur ces étranges lucioles et Éléa avait répondu qu’elles étaient des fées venues leur porter secours. Après s’être assurée qu’elle était désormais seule, elle retira sa cape et s’affala sur la première marche venue.
    — Je suis complètement épuisée, dit-elle en s’essuyant le front.
    — Bon travail à vous deux ! s’exclama Lidakil dans l’oreillette.
    — Ça arrive souvent les situations critiques de ce genre ?
    — Non, ça reste relativement rare. Celle-ci est due à ce « Seigneur » que nous essayons de démasquer. Rentrez à la librairie, vous avez mérité de vous reposer.
    
    Éléa se releva et s’étira quelques instants. Un grognement très léger et un souffle dans son dos attira son attention, mais bien trop tard.
    — Et merde… lâcha Éléa tout bas.
    
    Elle n’eut pas le temps de se retourner que la créature lança son attaque. Elle donna un violent coup de patte qui la fit décoller de plusieurs mètres en arrière. Dans l’oreillette, Laila était en train de crier.
    
    À la boutique de Merus, Lidakil semblait perdu.
    — Laila ? Éléa ? demanda Lidakil.
    
    Aucune réponse. Merus s’approcha de son neveu et observa sur une carte holographique deux points rouges qui venaient de s’approcher des localisations des filles.
    — Vous m’entendez ? Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda à nouveau le Chevalier.
    — Regarde ! Des Changeurs sont dans le métro ! Elles ne peuvent pas les combattre seules, même les Chevaliers ne sont pas assez entraînés pour ce type de créatures !
    — Je vais les rejoindre, s’exclama Lidakil en se levant.
    — Non ! J’y vais, continue de me guider à travers l’oreillette, ordonna son oncle en mettant l’oreillette en place.
    
    Surpris, le Chevalier ne répondit pas. Depuis quand est-ce que son oncle se proposait pour aller sur le terrain ? Lui qui ne voulait jamais utiliser sa magie, ni même sortir de sa librairie. Quelque chose l’avait finalement motivé après une trentaine d’années.
    
    
***

    
    Éléa se releva complètement sonnée, saignant à l’arcade gauche et ayant le bras gauche entaillé. La station était désormais dans le noir total. La créature lui avait fait perdre sa concentration et ses « lucioles » avaient disparu. Elle essaya de calmer les battements de son cœur et invoqua deux boules de feu pour lui éclairer le chemin. Quelle était la créature qui l’avait attaquée ? Un Démon ? Quelque chose de plus puissant ?
    
    La créature se matérialisa devant elle sous la forme d’un humanoïde portant une robe en lambeau. Son bras se déforma et une lame apparut à la place de sa main. Éléa recula, se mettant sur ses gardes.
    — Je suppose que Topaz t’envoie ?
    
    Elle ne répondit pas et attaqua à nouveau. Elle fut sur la Gardienne en un rien de temps qui tomba à la renverse, maintenue au sol par le poids du monstre qui essayait de lui trancher la gorge. Pourquoi son armure ne s’était-elle pas déclenchée ?
    
    Quelqu’un dégagea la jeune fille de son assaillant qui atterrit dans le mur d’en face dans un violent fracas. L’inconnu tendit sa main et aida Éléa à se relever. Elle fut surprise de découvrir celui qui était venu à son secours : le Croesau Arian se tenait devant elle, portant la cape noire qu’il avait l’habitude de mettre. Même en étant aussi près de lui, elle n’arrivait toujours pas à voir son visage.
    — Qu’est-ce que c’est que cette créature ? demanda-t-il.
    — Je ne sais pas, elle est sortie de nulle part.
    — Très bien. Mets-toi en sécurité, je me charge d’elle.
    
    Éléa s’exécuta rapidement en boitillant et entra dans le wagon qui lui semblait être le moins abîmé de la rame. Elle poussa un sac à dos qui avait été oublié et s’installa sur le siège, de sorte à pouvoir suivre le combat. Est-ce que Laila avait elle aussi à faire à une créature dans le même genre ? Est-ce qu’elle allait bien ?
    
    Le Croesau Arian se mit en garde et fit face à la créature qui se métamorphosa en griffon. Voilà ce qui l’avait attaquée un peu plus tôt. Elle était même surprise d’être encore en vie après ce méchant coup de patte. Le héros sortit un pistolet argenté de sa veste noire et le pointa sur le griffon qui prit son envol. Le vaincre n’allait pas être une partie de plaisir. Puis, tout s’accéléra soudainement. Le Croesau Arian possédait une vitesse surhumaine qu’Éléa n’arrivait presque pas à suivre. Un coup, il était sur la créature, quelques secondes après il s’était écarté et continuait à lui tirer dessus. Le griffon s’écroula lourdement au sol.
    
    La Gardienne attendit quelques secondes par précaution et sortit lentement du wagon, son genou lui faisant un peu plus mal. Elle s’arrêta net quand elle vit la créature prendre à nouveau son envol. Elle n’avait été assommée que brièvement et fonçait sur Éléa qui instinctivement se baissa pour l’éviter. Elle se releva et s’approcha du Croesau Arian quand elle sentit une lame venir contre son cou. Le griffon venait de se transformer en cette étrange humanoïde.
    — Lâche-la ! s’exclama le Croesau Arian en pointant son pistolet dans leur direction. Ton combat est avec moi, pas avec elle. Blesse-la et je te traquerai sans relâche.
    
    La créature se mit à sourire puis fit glisser lentement la lame sur la peau d’Éléa, l’entaillant légèrement. Aussitôt, le jeune homme utilisa sa vitesse surhumaine pour foncer dans leur direction. Il attrapa Éléa et s’arrêta quelques mètres plus loin. Une fois en sûreté, il était reparti dans le combat contre la créature qui était redevenue un griffon. Éléa ne le voyait quasiment pas, elle apercevait parfois comme une ombre qu’elle devinait être le héros puis le griffon qui semblait être déboussolé, ne pouvant pas le suivre du regard. Lorsqu’il s’arrêta, le Croesau Arian était face à la créature qui l’attrapa avec l’une de ses énormes pattes, le coinçant contre la paroi.
    
    C’était au tour d’Éléa de réagir. Il lui restait un peu d’énergie pour tenter une dernière incantation. Elle ferma les yeux et se concentra. Son sceau rouge réussi à se déployer, mais un peu plus lentement qu’en temps normal. Lorsqu’elle entendit un bruit métallique et des paroles en néacien, elle sourit puis ouvrit les yeux. Une dizaine de Chevaliers étaient sur place. Quand ils aperçurent le griffon, ils l’attaquèrent sans poser de question. Quand une flèche réussit à toucher sa patte, elle lâcha sa proie. Le jeune homme gisait au sol, inconscient et ayant du mal à respirer. À la demande insistante d’Éléa, il fut pris en charge par des Mages-Médecins et transporté sur Neacia avec le reste du groupe.
    
    La jeune Gardienne était sous la protection d’une Chevaleresse Elfe qui l’accompagnait jusqu’à Sa Majesté qui avait demandé à la voir. En chemin, la jeune fille ne put retenir sa curiosité :
    — Ne le prenez pas mal surtout, mais ce n’est pas trop difficile d’être une femme au sein de l’Armée ? demanda Éléa en observant l’armure scintillante blanche.
    — Au début, c’est un peu intimidant. Ils vous taquinent, certains vous montrent clairement que votre place n’est pas ici, car vous n’avez pas les mêmes moyens de reproduction, mais dès que les entraînements commencent, d’autres ont le visage qui change rapidement de couleur en voyant nos capacités, mais ils ne sont pas tous comme ça. Le fait d’avoir une reine leur montre que le sexe opposé est tout aussi capable de gouverner comme de combattre.
    — Si ça pouvait être aussi comme ça sur Terre. Le jour où nous verrons une femme au pouvoir est encore très loin, répliqua Éléa.
    — Le jour viendra, ne t’en fais pas. Tu ne le sais peut-être pas, mais Estella a dû se battre corps et âme pour récupérer le trône de son père. Son histoire n’est pas des plus joyeuses et il faut parfois du temps et beaucoup de courage pour y arriver.
    
    Éléa était complètement subjuguée par les explications de la jeune femme. Elle n’aurait jamais imaginé qu’Estella puisse cacher un passé aussi lourd et tragique. Si elle avait dû récupérer le trône du roi, cela signifiait qu’un imposteur avait pris la place pendant un temps.
    — Je ne te raconte pas ça pour le côté dramatique, mais seulement pour te dire qu’un grand changement tel que celui-ci peut parfois prendre du temps, mais ne t’en fait pas, je suis certaine que la Terre trouvera bientôt quelqu’un capable d’agir de cette façon et de montrer que les deux sexes sont égaux.
    
    Elles étaient déjà arrivées au Palais et Éléa ne s’en était même pas aperçue. Elle essayait d’imaginer l’imposant et magnifique château sous le règne d’une autre personne. Aucune trace d’une quelconque bataille n’était visible. Seul des tableaux, tapisseries et des fleurs étaient disposés à travers celui-ci pour égayer l’endroit. L’harmonie et la sérénité régnaient dans les lieux.
    
    Un garde prit la relève à l’Elfe qui s’inclina, puis Éléa fut emmenée directement dans les quartiers privés d’Estella qui l’attendait confortablement installée dans un fauteuil en rotin face à une corbeille de fruits, l’air indécise. Quand elle vit la Gardienne, elle se leva et un large sourire se dessina sur son visage.
    — Je suis contente de voir que tu vas bien. Je viens d’avoir un rapport de Lidakil. Laila est elle aussi saine et sauve, expliqua-t-elle.
    — Je suis contente qu’il ait réussi à aller la secourir à temps.
    — Non, en fait c’est Merus qui est allé à son secours, expliqua à nouveau Estella en invitant son amie à s’asseoir.
    — Je croyais qu’il n’avait pas de magie ? répliqua Éléa surprise.
    — Oh, crois-moi il en a. Il a appris une magie très ancienne, mais l’utilise rarement. Sa sœur aînée était une alchimiste renommée dans sa région natale, mais un jour, une expérience a mal tourné et elle en est malheureusement décédée. Depuis, il ne veut plus se servir de sa magie sauf dans des cas exceptionnels.
    
    Décidément, c’était le moment que tout le monde avait choisi pour des événements tragiques ou funestes. Éléa appréciait que les gens viennent se confier à elle, mais ce n’était pas la bonne journée pour ça. Un coup à la porte mit fin à la conversation et un Mage-Médecin entra. C’était une femme d’une trentaine d’années. Elle s’avança et s’inclina poliment.
    — Je suis désolée de vous interrompre, mais je tenais à vous donner des nouvelles du jeune homme que nous avons rapatrié de Terre. Il va s’en remettre. Ses blessures ne sont que superficielles et sa perte de conscience provient en partie à cause d’un manque d’énergie sûrement une utilisation trop intense de sa magie. Il semblerait par ailleurs qu’un des Artefacts restants réagisse à sa présence, mais les spécialistes n’en sont pas encore certains.
    
    Enfin une bonne nouvelle ! Comme ça, le Croesau Arian, le fameux héros d’Heaven City avait de grandes chances de faire partie des Gardiens ? Éléa était plus que ravie.
    
    
***

    
    Haden avait été placé dans une chambre de l’Aile Est qui avait été réaménagée en hôpital. Depuis le début des attaques de Topaz et de son maître, Estella avait pris les devants et l’avait fait transformer pour qu’en cas d’attaque, les blessés puissent être pris en charge rapidement.
    
    La chambre d’Haden était relativement basique. Elle était composée d’un lit simple, d’une table de chevet où reposait un bouquet de fleurs jaunes, d’une armoire en face du lit et d’un fauteuil qui avait été placé devant la fenêtre. Il ouvrit péniblement les yeux et grimaça de douleur lorsqu’il essaya de se redresser. Il remarqua alors qu’une perfusion lui avait été faite et qu’un étrange liquide bleuâtre coulait d’une poche en plastique jusqu’à ses veines.
    — Qu’est-ce que… dit-il le regard paniqué.
    — C’est un mélange qui va t’aider à retrouver tes forces et ta magie, répondit une voix masculine.
    
    Lidakil venait d’entrer dans la chambre avec Éléa sur ses talons, un peu intimidée et qui pouvait désormais mettre un visage sur le Croesau Arian.
    — Je n’ai pas demandé d’aide de votre part, pesta le jeune homme en retirant l’aiguille d’un coup.
    — On t’aurait aidé même si tu avais refusé, répliqua Éléa en croisant les bras.
    
    Elle n’aimait pas le ton qu’il employait.
    — Haden… commença le Chevalier.
    — Écoutez, je suis au courant pour votre petit groupe de super héros et je n’ai nullement l’intention d’en faire partie.
    — Tu protèges les habitants d’Heaven City, en quoi protéger ceux de Neacia serait différent ? demanda Éléa.
    — C’est simple : ma mission et la vôtre sont différentes. Nous n’avons pas les mêmes buts.
    — Très bien, explique-nous dans ce cas ! s’exclama Éléa.
    
    En une fraction de seconde, le lit était vide. Le jeune homme avait récupéré ses affaires personnelles de l’armoire qu’il avait laissée ouverte et avait disparu sans qu’Éléa ni Lidakil ne puissent le suivre.
    — C’est frustrant… s’agaça Éléa tremblante. Je pensais que ça se passerait un peu mieux.
    — Laissons-le réfléchir. Il changera peut-être d’avis.
    
    Soudainement, Éléa observa son poignet droit où une étrange marque semblable à un tatouage apparaissait progressivement.
    — Lidakil ? L’appela la jeune fille en lui montrant son bras.
    — Il s’agit de la marque des « Gardiens ». Personne ne peut douter de ton statut désormais, expliqua le Chevalier.
    
    Il releva la manche de sa tunique et lui montra la marque qu’il avait lui aussi au poignet : la marque des « Chevaliers ».
    — Selon tes capacités magiques et la voie que tu empruntes ta marque diffère. Les Démons, les Sorciers et les Assassins ont leur symbole apparent sur le poignet gauche. Les Mages, les Chevaliers, les Guérisseurs, les Alchimistes et les Invocateurs ont la leur sur le poignet droit. Par contre, ce qui est curieux, c’est que ta marque est légèrement décalée.
    — Qu’est-ce que ça signifie ? demanda Éléa curieuse.
    — Cela voudrait dire qu’il te manque une marque. En général, la première marque, celle qui est au début de ton poignet signifie que la personne fait partie de la royauté. Tu as l’espace qui lui est réservé, mais elle n’est pas apparue… Je me renseignerai auprès d’Auranor.
    
    Éléa fit une moue approbatrice et soupira intérieurement. Plus les jours défilaient et plus de nouveaux mystères semblaient apparaître. En plus d’être une Gardienne, il y avait une chance qu’elle ait du sang royal ? Est-ce que ses parents étaient au courant ? Est-ce qu’ils lui avaient caché la vérité ? Et pour quelle raison ?
    
    Éléa avait de plus en plus le sentiment que Neacia était sa véritable maison et les preuves commençaient à s’accumuler. Mais dans ce cas, de quel royaume faisait-elle partie ?
    
    

Texte publié par AURORA, 20 novembre 2020 à 13h50
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