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Tome 1, Chapitre 3 « L’Éveil des Gardiennes » Tome 1, Chapitre 3
— Topaz, le Maître veut te voir immédiatement, résonna la voix de l’homme en armure.
    — Je comptais le voir, ça tombe plutôt bien, répliqua aussitôt le concerné, le sourire aux lèvres.
    
    Les deux gardes postés devant l’imposante porte en chêne l’ouvrirent et le jeune Démon entra, l’air confiant. Il savait parfaitement pourquoi il avait été appelé auprès de son supérieur et il avait d’ores et déjà préparé la réponse à l’unique question qu’il allait lui poser. Il était hors de question qu’il soit mis sur le banc de touche et que son travail soit confié à Pearl. Elle avait beau être sa sœur, les Gardiens restaient sa priorité.
    
    La pièce ressemblait à une salle du trône grossièrement aménagée. D’immenses piliers semblaient retenir la montagne dans laquelle la forteresse avait été bâtie. Topaz se demandait parfois comment ce vulgaire amas de pierres ne s’était pas encore effondré. Lorsqu’il fut assez près de son patron, il s’inclina :
    
    — Vous m’avez fait demander, Seigneur ?
    — Topaz, j’ai toute confiance en toi et en tes capacités, mais ton récent échec commence à me faire douter.
    — J’ai simplement été pris par surprise, votre Seigneurie, mais je peux vous garantir que cela ne se reproduira pas. Maintenant que nous avons l’identité de la Gardienne, il sera plus facile pour nous de l’éliminer.
    — J’espère que tu es sûr de toi. Je te rappelle que tu es le fruit de ma magie et que je peux rapidement te faire redevenir de la poussière de magie. Je n’aimerais pas devoir confier ton poste à quelqu’un d’autre, ce serait regrettable.
    — En effet, ce serait même désagréable, répondit Topaz qui le fusillait du regard.
    — Va, et tâche de ne pas me décevoir à nouveau.
    
    Il s’inclina tout en reculant puis disparut dans un nuage de fumée verte.
    
    
    
***

    
    07h30
    Institut Edelweiss
    (Planète Terre)

    
    L’Institut commençait tout juste à se remplir. Un premier troupeau d’élèves arriva, chahutant, brisant le silence qui régnait. Laila entra en se frottant les mains pour se les réchauffer, l’hiver arrivait à grands pas et le froid se faisait déjà ressentir. Elle se faufila rapidement entre les personnes jusqu’à son casier et se débarrassa des affaires dont elle n’avait pas encore l’utilité. Puis, elle se dirigea vers le bureau de sa mère : Emily Alario, la proviseure de l’établissement depuis bientôt cinq ans. Ce matin-là, elle était venue plus tôt qu’à son habitude pour accueillir le remplaçant du professeur de sport subitement tombé malade. Elle toqua à la porte et entra au signal de celle-ci. Le bureau était une petite pièce simplement composée d’un bureau, de deux chaises placées devant celui-ci, d’une plante grimpante et de bibliothèques métalliques sur la droite. Sa mère était installée derrière son bureau et discutait avec le remplaçant.
    
    — Laila, tu es arrivée ! Laisse-moi te présenter Monsieur Lawrence. Il travaillera à l’Institut pendant quelques semaines, dit-elle en se levant de sa chaise à roulette.
    
    L’homme était étrangement vêtu : il portait une sorte d’imperméable complètement délavé et beaucoup trop grand pour lui, avait le visage caché par une sorte de chapeau et le peu de visible semblait ravagé par d’étranges marques. Il se leva, un sourire forcé se dessina sur ses lèvres. Il tendit la main vers la jeune fille qui l’accepta par politesse. À son contact, elle sentit un étrange et léger frisson la parcourir, comme si elle pouvait ressentir que cet homme cachait un lourd et sombre secret puis elle eut soudain comme un flash. Elle voyait ce professeur avec une étrange cape noire qui lui retombait jusqu’aux pieds. Son instinct lui disait de ne pas faire confiance à cet homme.
    
    — J’espère que vous vous plairez parmi nous, lui dit Laila en le regardant droit dans les yeux, un peu méfiante. Nous fonctionnons différemment des écoles publiques, mais je suis certaine que vous vous y ferez très vite.
    — Ne vous en faites pas pour moi, je peux m’adapter à n’importe quelle situation, répliqua le professeur. J’espère avoir le privilège de vous avoir en tant qu’élève, Mademoiselle Alario.
    
    Il quitta le bureau abruptement laissant Laila et sa mère seules.
    — Est-ce que tes visions sont revenues ? demanda Emily en s’approchant de sa fille.
    — Non, je ne crois pas que c’en était une. J’ai reçu comme un choc électrique à son contact et je l’ai vu habillé d’une façon totalement différente. C’était plus comme un ressenti qu’une vision.
    — Monsieur Lawrence est un Démon ? demanda à nouveau sa mère inquiète.
    — Je ne suis pas sûre, mais je garderai un œil sur lui au cas où.
    
    
***

    
    La journée s’annonçait maussade et ennuyeuse. L’orage de la veille était parti depuis bien longtemps, mais le sol goudronné de l’Institut portait encore les traces du déluge. La matinée avait été relativement calme. Le cours de maths et les deux heures de physique s’étaient enchaînés à une lenteur insurmontable, ou du moins c’était ce qu’avait ressenti Éléa. Au final, ce fut en cours d’Histoire que la journée prit un tournant des plus intéressants lorsque la principale arriva accompagnée d’un nouvel élève. Lorsqu’elle reconnut Cirth, Éléa se mordit la lèvre inférieure pour ne pas se mettre à rire en pleine classe alors que l’envie se faisait de plus en plus pressante.
    
    Le jeune homme portait un t-shirt bleu marine trop large, un bermuda beige et une affreuse casquette rouge délavé. Comment pouvait-il être aussi calme dans une situation aussi anormale ? Il s’était brièvement présenté à ses nouveaux camarades, s’inventant une vie, des passions, qu’il expliquait au minimum. Cirth qui avait pris comme nom d’emprunt « Mathieu », avait ensuite passé l’heure de cours à débattre avec leur professeur sur la possible existence de l’Atlantide et sur le mystère du Triangle des Bermudes sous le regard amusé d’Éléa qui s’était, pour une fois, contentée de sourire, mais qui était déterminée à creuser davantage le sujet lors de la prochaine pause.
    
    — La cité a bien existé, expliqua-t-il en croquant dans sa pomme. Mais elle n’est pas au fond de l’océan, du moins pas dans le sens où les terriens l’entendent. Les atlantes ont développé une magie et une technologie bien plus avancées pour l’époque de Platon. Elle l’est toujours d’ailleurs pour votre époque actuelle. Ils avaient la capacité de téléporter une ville entière d’un monde à l’autre. D’où ladite disparition, mais si ça peut te rassurer, elle est aussi au rang de « légende » sur Neacia.
    — N’empêche que ça reste super cool ! s’exclama Éléa. Et pour le triangle des Bermudes alors ?
    — Pour celui-là, c’est bien réel, c’est même véridique. Il s’agit juste d’un Téléporteur dont le mécanisme est resté bloqué. L’un des vestiges d’une guerre passée certainement.
    — Ce n’est pas croyable le nombre d’éléments magiques dans notre monde et pour la plupart, soit personne n’est au courant, soit on a une explication soi-disant « scientifique ».
    
    Au bruit infernal de la sonnerie, les deux amis s’étaient séparés, allant chacun dans leur classe respective. Pour une fois, Éléa avait un peu de temps libre et avait décidé d’en profiter à la bibliothèque. Elle avait trouvé un coin légèrement reculé, avait attrapé quelques coussins et s’y était confortablement installée. Elle sortit de son sac à bandoulière un livre d’une centaine de pages et l’ouvrit au hasard. Le matin même, elle avait réussi à dénicher une copie de l’almanach de l’Institut. Elle espérait y trouver quelques informations pouvant la guider vers la prochaine Gardienne et ainsi la trouver le plus vite possible avant les Démons. Or, elle avait beau lire les annotations, rien ne semblait la mener sur une quelconque piste. La majorité des informations qu’elle avait indiqué dans quel club les élèves étaient inscrits ou quelle activité ils pratiquaient.
    — C’est vraiment désespérant… se lamenta Éléa en soupirant.
    — Qu’est-ce qui est désespérant ? interrogea une voix étrangère.
    
    Elle sursauta et dévisagea son interlocuteur. À peine plus grande qu’elle, l’inconnue avait des cheveux courts et bouclés blonds cendrés, encadrant son visage ovale. Elle remonta machinalement ses lunettes rondes.
    — Je disais juste… que… Que ce n’est pas normal que seuls les membres du club de lecture aient accès à l’intégralité de la bibliothèque et à la salle des archives.
    
    La blonde se mit à lui sourire et posa ses mains sur les hanches.
    — Ça fait deux ans que je me bats pour que le conseil change les choses. Il faut croire que c’est un combat sans fin, mais si tu te sens prête à me rejoindre, je serais ravie de t’accepter dans mes rangs !
    — Génial ! Ça mettra un peu d’animation par ici, parce que c’est relativement calme.
    
    La bibliothécaire s’approcha des filles, l’air furieuse, les observant par-dessus ses lunettes rectangulaires. Arrivée devant les deux élèves, elle croisa les bras et se racla le fond de la gorge, intimant de façon indirecte de baisser le ton de leur voix :
    — Ceci est une bibliothèque et non un salon de thé, s’exclama-t-elle en pointant la sortie du doigt.
    
    Laila s’était excusée puis avait fait signe à sa camarade de la suivre. Elles se dirigèrent vers le fond de la bibliothèque. Laila compta les allées puis s’arrêta près de l’avant-dernière. Là, elle se mit à compter les livres de l’étagère et appuya sur un épais ouvrage bleu. Le mur sur leur gauche se déroba légèrement laissant apparaître un sombre et étroit couloir.
    — C’est une salle secrète. Elle est occasionnellement utilisée par le club de lecture et de jeux vidéo.
    — Je ne savais pas que l’Institut renfermait des salles secrètes !
    — Le bâtiment a l’air récent quand il est vu de l’extérieur, mais il est assez vieux pour détenir quelques secrets. Au fait, je ne me suis pas présentée : je suis Laila, ajouta la jeune fille en ajustant son sac à dos beige.
    — Tu es la fille de la proviseure, c’est bien ça ?
    — Bingo ! Je suis les yeux et les oreilles de cet établissement ! Je sais tout sur tout le monde, ce qui peut être un avantage… parfois.
    
    Les murs en briques grises avaient été décorés avec diverses affiches mélangeant à la fois héros de littérature et de jeux vidéo. Le reste de la salle avait été aménagé par les élèves avec les moyens du bord. D’anciens canapés et fauteuils étaient installés un peu partout, sans compter les quelques bibliothèques qui servaient de débarras à une quantité incroyable de dossiers désordonnés.
    Les filles avaient passé le reste de l’heure à bavarder de choses et d’autres, à découvrir des points communs, comme celui d’être constamment ignorées par leurs camarades. L’une parce que sa mère était à la tête de l’école et la seconde parce que son père cherchait à tout prix a arrêté le Croesau Arian.
    Laila ne voyait pas comment on arrivait à détester quelqu’un pour les agissements d’une autre personne. Sa nouvelle amie l’avait rassurée lui disant qu’elle était habituée à ce genre de comportement depuis le collège et le début de son cycle de lycée.
    — Mon père pense s’inscrire aux prochaines élections municipales. Imagine le bazar que ça va faire, ce sera pire que la situation actuelle.
    — Tu es la bienvenue dans mon cercle d’amis, même s’il est plutôt réduit.
    — C’est gentil, répondit Éléa en souriant.
    
    Éléa consulta sa montre et bondit d’un coup :
    — Mince, il est déjà midi ! La sonnerie ne doit pas s’entendre d’ici. Tu as quelqu’un avec qui déjeuner ?
    — Non, mais j’accepte volontiers ta future invitation, continua Laila en ouvrant la porte.
    
    
***

    
    La cafétéria était en effervescence. Le personnel voyait des dizaines d’élèves venir et repartir depuis onze heures et demie. Cela leur donnait très peu de temps pour remettre le réfectoire dans un état présentable pour la prochaine vague d’étudiants. Cirth avait rejoint Éléa qui était en train de se servir et lorsqu’elle lui avait présenté sa nouvelle amie, ils s’étaient tous les deux montrés d’une timidité surprenante. Le déjeuner semblait être une épreuve un peu plus difficile pour le jeune Chevalier. Il regardait surpris certains plats et semblait dégoûté par d’autres. Visiblement la formation sur la Terre et les terriens possédaient quelques lacunes. Observant discrètement Éléa, il prit le même repas, ne voulant pas aller en terrain inconnu.
    — Il va falloir dire à Lidakil qu’il manque quelques points à sa formation lui murmura Éléa amusée.
    — Disons qu’on nous a aussi appris à nous méfier de la nourriture des cafétérias.
    — Ah ça, c’est sûr ! Ce n’est pas la cuisine du siècle ! s’exclama la Gardienne en s’approchant d’une table.
    
    Le repas se déroula dans la bonne humeur. Laila avait simplement pris une salade et quelques légumes frais pour pouvoir tenir l’après-midi tandis qu’Éléa et Cirth avaient choisi des spaghettis accompagnés d’une sauce aux champignons. Laila s’était dépêchée de manger et avait quitté la table ayant une course urgente à faire pour sa mère.
    — Tu devrais venir passer plus de temps sur Neacia. On a des plats avec des champignons qui sont un régal et il faut que tu voies certains de nos animaux de compagnie, les chiens et chats font pâle figure à côté.
    
    La cafétéria fut soudainement plongée dans l’obscurité. Cirth se tut. Alors que les élèves s’interrogeaient du regard en silence, ils remarquèrent que le disjoncteur situé au fond de la salle faisait des étincelles. Des flammes apparurent et prirent rapidement de l’ampleur. Elles se mirent à fuser de partout tel un feu d’artifice créant un mouvement de panique. Sans plus attendre, Cirth décida d’abandonner quelques instants cette grotesque mascarade et reprit enfin son métier véritable.
    — Fais sortir le maximum d’élèves que tu peux, je me charge de la panne ! s’écria le jeune homme.
    
    Éléa obéit sans plus attendre. Même si son rôle était de protéger les personnes sans défense (personnes sans magie la plupart du temps), elle avait très peu d’expérience dans ce domaine en comparaison de Cirth. Le jeune homme sauta par-dessus leur table et se fraya un chemin parmi les élèves qui ne savaient pas où se réfugier et dont certains étaient violemment bousculés. Lorsqu’il parvint jusqu’au boîtier, la masse d’élèves avait réussi à sortir de la cafétéria.
    — Tu t’y connais en électricité ? demanda Éléa en s’approchant.
    — En règle générale, pas vraiment, mais quand la magie y est mêlée, ça change tout de suite les choses.
    — Comment ça ? Les Démons peuvent contrôler ce genre de choses ?
    
    Il sortit une petite machine qui émit un « bip » lorsqu’elle démarra.
    — Heureusement pour nous ils ne le peuvent pas. Par contre, pour éviter de se salir les mains, ils peuvent invoquer des créatures invisibles pour l’œil humain et elles, elles ont la capacité de se fondre n’importe où.
    — Je suppose que cette machine sert à les détecter ?
    
    Éléa s’approcha et observa attentivement le cadran. À cause du néacien présent sur l’engin, elle n’y comprenait pas grand-chose, mais elle savait néanmoins, que si l’aiguille positionnée eu centre s’affolait, l’une de ces choses devait être dans les parages.
    — C’est étrange, j’étais persuadé que c’était l’œuvre d’un Spectra pourtant l’appareil n’indique plus rien, dit Cirth pensif.
    — Si c’est vraiment l’une de ses choses, elle se manifestera à nouveau certainement.
    — Espérons qu’elle ne fasse pas davantage de dégâts dans le réseau électrique la prochaine fois, ajouta Cirth en rangeant l’appareil dans son sac à dos.
    
    Ils étaient rapidement sortis à leur tour de la cafétéria et s’étaient posés sur l’un des espaces verts profitant des quelques rayons de soleil. Le proviseur avait été alerté de l’incident et avait fait venir d’urgence un électricien. Éléa était allongée dans l’herbe, le nez plongé dans un roman victorien du XIXe siècle, pendant que Cirth était assis en tailleur à côté et cherchait à comprendre pourquoi son capteur n’avait pas réussi à repérer la créature.
    — C’est peut-être à cause des ondes que vous utilisez sur Terre. Ce genre d’appareil émet aussi des ondes, mais elles sont produites par un type de magie particulier. Ça l’a peut-être détraqué…
    — Tu ne peux pas le réparer par la magie ? interrogea Éléa sans pour autant quitter son livre des yeux.
    — Malheureusement, tout ne s’arrange pas par la magie.
    
    
***

    
    La pause déjeuner étant terminée, les deux amis avaient retrouvé Laila qui les attendait à l’entrée du gymnase pour deux heures intensives de sport, puis ils s’étaient à nouveau séparés allant chacun à leurs vestiaires respectifs.
    Le vestiaire des filles était dans une constante vague de chaleur en plus d’un mélange nauséabond de parfums provenant de divers déodorants précédemment utilisés. Elles étaient entrées dans la pièce en se pinçant le nez. Une fenêtre ou deux n’aurait pas été de refus, mais non, les odeurs se mélangeaient ici du matin au soir.
    Les élèves arrivaient chacune leur tour en se plaignant elles aussi pour la même raison. Cela ne les empêcha pas d’éviter leurs deux camarades. Alors qu’elles avaient décidé de se mettre là où il y avait le plus de place, les autres n’avaient pas hésité à s’écarter et à s’entasser les unes sur les autres. Éléa avait levé les yeux au ciel tandis que Laila s’était contentée de lui sourire, signe qu’elle était habituée à ce genre de comportement.
    Les élèves se réunirent dans la salle principale du gymnase et attendirent leur professeur qui arriva quelques minutes après eux.
    — Bonjour tout le monde, dit le professeur qui sortait une feuille de son classeur.
    
    Quelques minutes lui suffirent pour faire l’appel.
    — Aujourd’hui, vous aurez la possibilité entre deux ateliers : le basket ou la gymnastique. Je m’en fiche de celui que vous choisissez du moment que vous participez. Sortez le matériel et faites descendre les paniers et hop au boulot ! dit-il en donnant un coup de sifflet.
    
    Tout le monde se mit au travail et les ateliers furent rapidement installés. Éléa, Laila et Cirth décidèrent de prendre l’atelier gymnastique. Le jeune homme avait expliqué à ses amies que cela remplacerait la session d’entraînement quotidienne qu’il avait manqué.
    Tandis que les paniers de basket peinaient à descendre, Laila revenait avec la feuille d’inscription pour les différents ateliers. Soudainement, la salle fut plongée dans le noir tout comme l’avait été le réfectoire quelques heures auparavant. Cirth en était désormais certain, un Spectra était responsable de tous ces incidents et un autre n’allait pas tarder à se produire. Le professeur se dirigea vers un vieux téléphone mural et expliquait dans les moindres détails la situation au concierge qui lui répondit en maugréant qu’il allait faire revenir l’électricien.
    
    Laila continuait de marcher vers ses amis et s’arrêta net quand elle entendit un étrange bruit provenant des conduits d’aération accrochés au plafond. D’un coup, toute l’installation céda, manquant de l’écraser. Cirth, qui avait anticipé l’action, se précipitait déjà vers elle. Il plongea, l’écartant juste à temps avant que des kilos de tuyaux ne tombent sur eux. Déjà, la foule se formait autour d’eux, félicitant le jeune homme pour le comportement héroïque dont il avait fait preuve. Il aida Laila à se relever voyant qu’elle tremblait de tous ses membres, surprise par les événements et chercha à avancer vers Éléa, mais il était complètement bloqué et son amie avait disparu.
    La Gardienne courait vers les vestiaires, ouvrit la porte précipitamment et fonça vers son sac à dos. Après avoir farfouillé parmi ses livres, cahiers et feuilles volantes, elle en sortit son livre de magie qui ne la quittait quasiment plus depuis qu’Estella le lui avait confié. Elle le feuilleta à la hâte et s’arrêta quand elle trouva l’incantation qu’elle cherchait.
    
    
Incantation de protection (invisible)

    
    
Se mettre debout, fermer les yeux et se concentrer sur la personne ou l’objet ayant besoin de protection puis réciter :

    
    
« praesidium »

    
    Une fois l’incantation récitée, le bâtiment fut entouré par une espèce de barrière bleue, invisible pour les humains ne possédant aucune magie.
    Sur ordre du proviseure, l’Institut fut fermé jusqu’à ce que des travaux soient entrepris pour réparer le gymnase et trouver ce qui avait causé ce début d’incendie à la cafétéria. Elle ne voulait pas mettre davantage de monde en danger.
    
    
***

    
    Cirth avait décidé d’informer son supérieur qu’un Spectra avait infiltré l’établissement scolaire et une réunion fut rapidement organisée au Musée Oceana. Le groupe s’était réuni dans le bureau d’Auranor pour pouvoir discuter librement, sans avoir à choisir leurs mots. Éléa était adossée au mur, Cirth assis sur une chaise. Ils écoutaient les explications de l’Analyste et du Capitaine.
    — Les Spectras sont de viles créatures, capables de créer tout type d’incident et pouvant le faire passer pour quelque chose de « naturel » comme une panne de courant, personne n’irait penser que c’est une espèce de fantôme qui s’est introduit dans le réseau électrique, expliqua Auranor en montrant l’image d’un Spectra sur un parchemin.
    
    Le Spectra ressemblait à une espèce de tâche noirâtre dont le corps possédait deux énormes yeux globuleux rouges et ondulait dans les airs.
    — Le détecteur n’a remarqué aucune trace, aucun signal, pourtant je suis certain que c’était l’un d’eux, ajouta Cirth agacé.
    — De la façon dont tu as décrit ce qui s’est passé ce midi et cette après-midi, je suis aussi persuadé que c’en était un aussi, ne t’en fais pas, le rassura Lidakil en lui donnant une tape amicale sur l’épaule.
    — Très bien, on est sûr qu’il s’agit d’une de ces choses, comment est-ce qu’on s’en débarrasse et qui l’a introduit dans l’Institut ? demanda Cirth.
    
    La Gardienne s’était levée et s’approcha de la fenêtre pour regarder à travers celle-ci.
    — La seule personne à ma connaissance qui souhaite me tuer serait Topaz. Si, bien sûr, on ne compte pas les Assassins qui avaient été mandatés par quelqu’un d’autre, le patron de Topaz… dit-elle en comptant sur ses doigts à mesure que la liste s’agrandissait. De plus, Topaz sait qu’on l’attend au tournant. S’il veut agir en toute discrétion, les Spectras sont l’une des solutions.
    — Ça reste tout à fait plausible… répondit à son tour Auranor qui croisait les bras comme pour l’aider à réfléchir. Et puis, les Spectras sont réputés pour passer des contrats avec les Démons…
    
    L’Analyste fut interrompu par l’hologramme de Topaz qui apparut en plein milieu de la pièce. Tout le monde recula surprit. Le Démon se mit à ricaner :
    — Ne vous en faites pas, je ne peux pas vous tuer par message holographique, ce qui est fort regrettable… J’espère que vous avez apprécié mon petit cadeau. Le Spectra a fait un travail remarquable, complimenta Topaz.
    — Qu’est-ce que tu veux ? interrogea Éléa en s’approchant de lui.
    — Je vois que la Gardienne a pris de l’assurance, remarque, il t’en faudra pour ce qui va suivre.
    — Crache le morceau, tu nous fais perdre du temps, s’impatienta Auranor.
    — C’est très simple l’ancien. Je veux la Gardienne. Elle viendra seule à l’Institut sinon je tue la ravissante fille de la proviseure qui est, par un heureux hasard, la seconde Gardienne.
    — Fils de… commença Cirth.
    
    Le Chevalier n’eut pas le temps de finir sa phrase. L’hologramme disparut. Cette fois, Topaz les avait devancés et ils allaient devoir agir au plus vite. Que devaient-ils faire ? Tandis que les deux Chevaliers essayaient de mettre en place un plan d’attaque en suivant les conseils de l’Analyste, Éléa réfléchissait à la situation. Comment en était-elle arrivée là ? Comment Topaz avait pu savoir que Laila était une Gardienne alors qu’elle avait elle-même passée quelques heures en sa compagnie sans même s’apercevoir de quoi que ce soit ? C’était de sa faute. Elle était encore bien trop incompétente et pas assez observatrice.
    Alors que ce brouhaha commençait à lui donner la migraine, elle se décida :
    — J’irai ! cria-t-elle.
    
    Le silence tomba et les regards se tournèrent vers elle surpris.
    — Topaz semble vouloir une confrontation, donnons-lui ce qu’il veut.
    — Mais tes pouvoirs ne se sont même pas encore manifestés ! s’exclama Auranor.
    — Avec un peu de chance, l’adrénaline produite lors du combat et l’environnement dans lequel je serai aideront à les activer. Si Laila est réellement la seconde Gardienne ou non, il est hors de question de mettre sa vie en danger…
    
    Elle fut interrompue à son tour par un nouvel hologramme légèrement différent de celui de Topaz. L’espace de la pièce fut rempli de chiffres défilant à toute vitesse qui s’arrêtèrent soudainement, ne laissant plus qu’un message :
    
    
« Destinataire trouvé
    Réception du message en cours »

    
    — Il semblerait que quelqu’un ait cherché à nous contacter, expliqua Lidakil.
    
    
    L’image de Laila apparut.
    — Si vous entendez ce message, c’est que je suis malheureusement déjà en danger. Désolée de ne pas vous en avoir parlé plus tôt. Je crois savoir que vous êtes à la recherche des Gardiens. Je ne sais pas si j’en fais vraiment partie, ce n’est seulement qu’au contact de l’Artefact que nous le saurons. Je suis loin d’être un Démon alors rassurez-vous. Ma famille vient de Neacia ou du moins quelques générations en arrière. Nous sommes tous terriens désormais, mais nous n’oublions pas nos racines pour autant. Topaz croit avoir l’avantage de la situation, mais il n’avait certainement pas prévu que j’aie des pouvoirs divinatoires.
    
    À ces mots, le groupe se consulta du regard encore plus surpris.
    — Nous sommes à l’Institut. Le Spectra était une diversion pour vider l’établissement le plus vite possible et faire en sorte que personne n’y mette les pieds. Faites attention, cependant, il est hautement surveillé.
    
    
    Le message s’arrêta puis disparut.
    Aussitôt, l’équipe se mit au travail. Lidakil était rapidement retourné sur Neacia pour en discuter avec Estella qui avait demandé à ce que des recherches soient faites sur la famille de Laila afin de vérifier ses propos pour éviter toute attaque-surprise. Lidakil avait fait le nécessaire pour emmener quelques Chevaliers supplémentaires et récupérer le second Artefact de la chambre forte. Alors que le premier était en forme de clé, le second avait l’apparence d’un sablier orné de petites pierres de couleur bleue.
    
    Le musée avait fermé pour cause de soudaine inondation, laissant le champ libre aux Chevaliers pour effectuer leurs allers et retours sans être dérangés par les humains. Lidakil était aux commandes de l’expédition avec Cirth comme second, qui avait insisté pour faire partie de l’équipe de sauvetage. Éléa avait activement participé à la mise en place du plan. Elle commençait à comprendre que Laila n’était pas venue vers elle par hasard le matin même ni que le fait de lui avoir montré certains passages secrets dans l’Institut était une simple coïncidence.
    — On est tous d’accord avec le déroulement de cette mission ? L’échec n’est pas une possibilité. Le Démon a un otage et nous devons à tout prix le sauver. Si vous avez des doutes ou des questions, c’est le moment ou jamais de les poser. Faire machine arrière ne sera pas possible.
    
    Lidakil balaya du regard son public qui semblait l’écouter attentivement, un sourire se dessina sur ses lèvres et il dissipa l’assemblée.
    
    
***

    
    Topaz se trouvait dans le réfectoire. L’endroit était sous l’emprise d’un sortilège et lorsque l’on passait les portes battantes, on se retrouvait dans les donjons et sous-sols d’une forteresse médiévale. Le Démon regardait sa prisonnière d’un air victorieux. Enchaînée au mur tel un animal, Laila cherchait à se libérer sans vraiment y parvenir. Sa cellule était gardée par un Démon à l’air féroce, la main sur l’épée, prêt à dégainer à tout moment.
    — Ils vont venir, tu le sais ? demanda Laila.
    — C’est précisément pourquoi tu es là, idiote.
    — Tu es donc au courant que tu vas aussi perdre cette bataille, dit-elle en haussant les épaules.
    — Ne commence pas à jouer avec mes nerfs. Je pourrai très bien te tuer d’un simple claquement de doigts.
    — Mais tu ne le feras pas, le provoqua la jeune fille.
    
    Topaz n’aimait pas ça. Sa captive n’était pas effrayée, pourtant elle devrait être tétanisée devant lui. Il possédait un rang élevé parmi les siens, avait reçu les bonnes grâces de son Seigneur. Il n’aimait pas du tout ce genre de comportement. Il se téléporta près d’elle et l’attrapa par les cheveux :
    — Qui es-tu pour ne pas avoir peur de moi ? demanda-t-il en la fusillant du regard.
    — Tu le sais très bien. Pourquoi me poser la question ?
    
    Il leva la main, récita une incantation en néacien et des éclairs apparurent dans sa main. Il la posa sur le bras de Laila qui grimaça de douleur.
    — Tu n’as pas peur, soit ! La souffrance et la douleur sont nos dernières options.
    
    
***

    
    L’Institut était plongé dans l’obscurité comme le reste du quartier qui semblait avoir été isolé, comme coupé du reste du monde. Les oiseaux contournaient la zone et les piétons traversaient pour se diriger sur le trottoir opposé sans même s’en apercevoir.
    Cirth avait fait le guet pendant plus d’une heure, perché sur la branche d’un arbre. Il descendit d’un bond lorsqu’il vit arriver Éléa et son supérieur.
    — Un effet de surprise ne servirait à rien, ils savent que nous sommes là. Ça doit faire trente minutes que les Démons qui gardaient l’entrée ont arrêté de faire leur ronde, expliqua le jeune homme.
    — Très bien, dans ce cas ne perdons pas de temps. Les autres sont déjà en place.
    
    Éléa et Cirth acquiescèrent d’un hochement de tête. L’une sortit son manuel de magie, l’autre son épée. Le groupe se mit en marche, Lidakil en tête. La traversée de la cour ne fut pas bien compliquée en comparaison de ce qu’ils avaient prévu. Comme l’avait précisé Cirth, Topaz savait qu’ils étaient là. Très peu de gardes étaient en place et les quelques-uns qui étaient en position étaient aussitôt assommés par l’incantation qu'Éléa avait apprise spécialement pour cette mission. Ils entrèrent dans l’Institut sans trop de difficultés. La porte se referma d’elle-même et se verrouilla dès qu’ils eurent franchi le seuil du couloir.
    — Je vais voir à l’étage, restez au rez-de-chaussée et surtout soyez prudent, ordonna Lidakil.
    — Sois prudent toi aussi, continua Éléa.
    
    Elle fit remarquer que se séparer n’était peut-être pas la meilleure idée, mais Cirth lui avait répondu que pour couvrir le plus de terrain possible, c’était malheureusement nécessaire.
    Éléa faisait ce qu’elle pouvait pour montrer qu’elle était sereine, mais ce n’était pas vraiment le cas. Elle allait affronter un Démon pour la seconde fois et elle ne savait toujours pas la nature de ses pouvoirs, ni s’ils allaient s’activer au bon moment. Elle posa quelques questions sur Topaz et ses notions quant à la magie, mais au fur et à mesure qu’elle en savait un peu plus, elle voyait ses chances de le vaincre s’amoindrir.
    
    Ils étaient arrivés devant les portes du réfectoire. Cirth se mit sur ses gardes à mesure qu’ils progressaient et ressentait une puissante source d’énergie négative émanant des lieux. Les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes comme si elles attendaient leur venue et ils entrèrent prudemment en voyant l’obscurité qu’il y régnait. Ils furent soudainement attaqués par une dizaine de Démons qui désarmèrent rapidement le jeune Chevalier. Éléa était incapable de bouger, retenue par deux autres qui s’empressèrent de dessiner un étrange symbole sur le poignet.
    — Trop facile… C’était vraiment trop facile… vociféra Topaz en sortant de la pénombre. Autant de préparation pour en arriver à ce pitoyable résultat. Tu aurais dû venir seule Éléa, le nombre de morts sur ta conscience risque d’augmenter par ta faute.
    — N’essaie pas de me faire culpabiliser, ça ne marchera pas, dit-elle en se débattant.
    
    Cirth aperçut Laila au fond de la pièce qui tirait sur ses chaînes pour essayer de les briser. Le Démon tourna la tête et la dévisagea :
    — Je vais commencer par la tuer, ensuite ce sera au tour d’Éléa.
    — Je te jure que si tu la touches, je te tuerai de mes propres mains ! répliqua Cirth dans un accès de colère.
    
    Le Chevalier se concentra et un sceau magique vert apparut en dessous de lui. Il semblait réciter une incantation, mais aucun sort ne sortait de sa bouche. La terre se mit à trembler et un fossé se creuser entre le Démon et son amie, la protégeant encore pour quelques secondes. Cela lui laissa tout juste le temps de se libérer et de faire apparaître son épée. Il avança progressivement vers les sbires de Topaz qui essayait de le retenir. L’un d’eux fondit sur le Chevalier, mais son épée lui transperça l’abdomen et le Démon s’écroula au sol, mort.
    
    Le second Démon se repliait, cherchant à ne pas être blessé. Il laissait ainsi le champ libre à Cirth pour libérer Laila. Une fois libres, ils se téléportèrent, pensant qu'Éléa suivrait le mouvement. Or, elle était toujours prisonnière des deux Démons et elle avait beau répéter l’incantation qu’elle connaissait pour se téléporter à son tour, rien ne semblait fonctionner.
    — La marque qu’ils t’ont dessinée sur le poignet empêche toute magie d’être pratiquée, lui indiqua Topaz.
    
    Ce que craignait le plus Éléa venait de se produire. Elle était désormais seule face à lui sans la moindre chance de s’échapper, ni même de le vaincre. Malgré les indications qu’il venait de lui donner, elle ressaya une nouvelle incantation, mais finit par abandonner très vite. N’étant pas habituée à utiliser autant d’énergie pour manier la difficile et compliquée discipline de la magie, elle s’épuisait rapidement.
    
    Une idée ! Il lui fallait à tout prix une idée ! Que ferait-elle dans ce genre de situation sans magie? Elle regarda brièvement autour d’elle en cherchant quelque chose qui pourrait l’aider à se dégager, mais rien n’était accessible et tant que ces Démons la retiendraient, elle ne pourrait pas aller bien loin.
    
    Topaz, lui, y vit une occasion en or. Il s’approcha de la Gardienne, l’air sûr de lui. Son sceau magique apparut dans son dos et des éclairs commencèrent à fuser de ses mains. Il s’arrêta à une vingtaine de mètres et lança une première charge électrique qu’elle évita de justesse en se baissant. Une seconde arriva, mais cette fois-ci, il avait été un peu plus précis et elle était certaine de ne pas pouvoir l’esquiver.
    
    Comme sortie de nulle part, Lidakil se positionna devant Éléa et reçut le choc à sa place. Il grimaça et prit appui sur son genou droit, légèrement sonné.
    — Tu n’aurais pas dû te mettre devant moi ! Tu ne vas plus pouvoir combattre ! s’exclama Éléa.
    
    Le Chevalier ne répondit pas. Il se mit simplement à réciter des paroles en néacien et les deux sbires se désintégrèrent en poussière, effaçant en même temps l’étrange marque.
    — C’est à toi et Laila de jouer désormais. Je n’aime pas devoir l’admettre, mais vos capacités magiques dépassent largement celles des Chevaliers.
    — Comment veux-tu que l’on combatte Topaz alors que nos pouvoirs ne sont même pas encore activés ?!
    
    Éléa paniquait. Commet devait-on faire pour activer des pouvoirs ? Elle ne s’y connaissait pas du tout en magie !
    Elle vit Topaz prêt à lancer une nouvelle attaque sur le pauvre Chevalier. Lorsqu’elle vit la foudre venir dans leur direction, elle se mit devant lui comme pour le protéger et fit apparaître un bouclier d’énergie. Laila qui observait la scène de loin en restait bouche bée.
    Éléa se rappela alors ce qu’Auranor lui avait dit de faire pour évaluer son taux de magie. Pourquoi paniquait-elle alors que jusqu’à présent tout lui semblait étrangement familier ?
    
    Elle ferma les yeux et se concentra, essayant de canaliser son énergie afin de ressentir ne serait-ce qu’une minuscule particule de magie. Elle ressentit rapidement cette étrange et douce chaleur l’envahir puis une voix féminine qu’elle avait déjà entendue, venir au loin.
    
    
« N’aie pas peur…
    Ressens cette chaleur, ces flammes qui dansent… ressens la puissance qu’elle détient…
    Laisse-toi envahir par ce flot d’émotions… »

    
    Éléa obéit. Elle avait reconnu la voix de l’étrange femme qui lui était apparue en rêve quelques jours plus tôt. Encore une fois, elle ne savait pas pourquoi cette personne venait à elle aussi souvent, mais elle jugea bon à chaque fois de l’écouter attentivement. Aussitôt la jeune fille fut entourée d’une lumière rouge, les pierres de son Artefact se mirent elles aussi à briller puis celui-ci déploya une étrange armure sur le corps d'Éléa. Elle ouvrit les yeux et dévisagea son adversaire qui restait de marbre. Tout ce beau spectacle ne l’impressionnait pas le moins du monde, pourtant il devrait l’être.
    
    Une boule de feu apparut dans la main droite de la Gardienne qui la regarda émerveiller. Voilà donc son pouvoir : le feu ! Les explications de cette mystérieuse Déesse prenaient quelque peu leurs sens.
    — Ça promet d’être intéressant… s’exclama Topaz en se faisant craquer les phalanges.
    
    Éléa était déterminée à ne pas perdre de temps avec ce combat. Elle lança la boule de feu sur son ennemi qui l’évita de justesse, surpris qu’elle riposte aussi vite. Éléa en avait déjà invoqué deux autres qu’elle s’apprêta à lui lancer quand une ombre apparut au milieu de la salle et une épaisse couche de fumée vint troubler les combattants.
    — Topaz, gronda une voix forte. Cesse de t’amuser et retourne à la forteresse.
    — Seigneur, le combat n’est pas terminé !
    — Ne discute pas mes ordres. Nous reparlerons de ton insubordination plus tard, répliqua l’inconnu.
    
    Ils disparurent sans laisser la moindre chance aux Chevaliers de les retrouver. L’armure d'Éléa se désactiva d’elle-même et reprit sa forme originelle de l’Artefact. La cafétéria reprit aussi son apparence première. Lidakil jugea prudent de retourner sur Neacia et d’informer Estella de l’arrivée du groupe. Il fallait qu’ils analysent le taux de magie de Laila et déterminé si elle était réellement la seconde Gardienne. La jeune fille ne semblait pas choquée par cette situation inhabituelle. Elle était à la fois épuisée et heureuse de pouvoir partager son savoir sur la culture néacienne autrement qu’avec son entourage.
    
    

Texte publié par AURORA, 4 septembre 2020 à 14h02
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Tome 1, Chapitre 3 « L’Éveil des Gardiennes » Tome 1, Chapitre 3
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