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Tome 1, Chapitre 28 Tome 1, Chapitre 28
— Elle m’a fermé la porte au nez, lâcha Sara en reposant sa fourchette.
     Elle avait mangé si vite, avalant bouchées sur bouchées de son déjeuner, que je me demandai si elle avait pris le temps de mâcher.
    — Elle n’a même pas voulu m’écouter !
     J’entendais cette phrase pour la dixième fois depuis la veille au soir. Autant dire que l’ambiance était exécrable, et l’absence de la principale intéressée n’arrangeait pas les choses.
    — On ne peut pas dire que tu te sois montrée très ouverte à ses arguments non plus… fit remarquer Liz en restant concentrée sur sa nourriture.
     Ah ! Elle met enfin son grain de sel…
     Sara la dévisagea.
    — Alors c’est moi la fautive ? Mais enfin… c’est un sorcier ! Un sor-cier !
    — Premièrement, il a un nom : Stanislas. Deuxièmement, ils ne sont pas tous comme Marcus.
    — Ah pardon ! rétorqua Sara. Tu veux peut-être que je lui apporte des chocolats pour m’excuser ? C’est vrai qu’ils m’en apportaient toujours, à moi !
     Cette fois, Liz lâcha ses couverts.
    — Ne mélange pas tout, s’il te plait. Tu sais bien qu’il n’a rien à voir avec ça.
    — Non, non, je ne sais pas ! Et c’est bien ça le problème. On ne sait rien de lui, rien ! Et vous vous le défendez et Cam, elle se comporte comme si… comme si…
     La phrase resta en suspens. La fin devait être trop pénible à admettre.
    — Tu n’étais pas là. Tu ne sais pas tout ce qu’il a fait pour nous… pour elle.
     On touche au tabou… Ça devient intéressant !
    — Non, je n’étais pas là, mais je pourrais peut-être aider si vous m’en parliez, enfin !
     Liz baissa la tête un instant, puis répondit :
    — Ce n’est pas à moi de t’en parler…
     Sara se leva.
    — Très bien. Puisqu’apparemment personne ne veut me parler…
     Elle se rua vers la porte et la fit claquer derrière elle.
    
*

     La première salve d’eau chaude atteignit ma peau et je poussai un soupir de soulagement.
     Encore une matinée éprouvante !
     Cependant, je ne profitais qu’à moitié de l’apaisement offert par ma douche quotidienne. Depuis le petit déjeuner, une idée fixe me trottait dans la tête. Depuis que Mr Barkley avait « laissé échapper » où était retenu le sorcier.
     Il faut que je lui pose la question…
     Déterminée, j’attrapai une serviette et m’habillai rapidement.
     Le couloir était désert. Sara avait dû fuir au terrain d’entrainement. En passant devant la chambre de Cam, j’eus un pincement au cœur. Elle n’avait adressé la parole à personne depuis la veille. Elle n’avait même pas touché à son piano, pourtant son passe-temps et son défouloir favori. Quant à Liz, Dieu seul savait à quoi elle passait ses journées. Même Melody se faisait discrète. La solitude me retrouvait après plusieurs semaines d’absence.
     Je poursuivis ma route dans les couloirs que je connaissais désormais par cœur. Une fois près de ma destination, un problème s’imposa sous la forme d’un militaire devant la porte.
     Va-t-il me laisser passer ?
     Il n’y avait qu’une seule façon de le savoir. Il me regarda avancer jusqu’à lui. Mon cœur battait de plus en plus fort.
     Rien à faire : ils me feront toujours flipper !
     Mais, lorsque je fus devant lui, il me devança, balayant d’une traite le discours soigneusement préparé durant les vingt mètres qui m’avaient séparée de lui.
    — Attendez votre tour.
     Mon tour ?
     D’autres avaient dû avoir la même idée de génie que moi. Je m’adossai au mur.
     Puisqu’il faut attendre…
     Mais la porte derrière le garde ne fut pas la première à s’ouvrir. Camille me suivit de quelques minutes. Lorsqu’elle me vit, son visage se ferma. Elle s’adossa au mur d’en face sans rien dire et sans même adresser un regard au militaire.
    — T’es là pour quoi ? demanda-t-elle après quelques minutes.
     Je ne savais quoi lui répondre, décontenancée par sa rudesse inaccoutumée. J’optai cependant pour la franchise.
    — Je… Je voulais demander… pour mes parents.
    — Ah, fit-elle, s’adoucissant un peu.
     Mais elle reprit un ton de défi.
    — Et tu penses qu’il va te répondre ?
    — Je l’espère.
     Je n’étais pas très à l’aise avec ces pièges qu’elle me tendait. J’aurais préféré qu’elle me laisse en dehors de sa dispute avec Sara. Et c’était loin d’être fini.
    — Tu lui fais confiance, alors ?
     Je jetai un œil au militaire. D’apparence impassible, je savais qu’il suivait attentivement notre conversation.
     Tant pis.
    — Honnêtement, je sais pas.
     Elle soupira.
    — Au moins, tu ne t’arrêtes pas aux préjugés.
     Je devinai de qui elle parlait derrière son sous-entendu subtil.
     Son passé ne l’y aide pas, non plus…
     J’allais enfin oser ouvrir la bouche pour défendre Sara, lorsque la porte s’ouvrit.
     Melody ?!
     C’était tellement évident que je m’en voulus de ne pas y avoir pensé : bien sûr qu’elle avait des choses à demander ! Elle semblait bouleversée. Lorsqu’elle m’aperçut, elle détourna la tête et accéléra le pas en direction de sa chambre.
    — Melody ! appelai-je.
     Aucune réponse. Il me sembla même qu’elle se dépêchait de rejoindre les escaliers au bout du couloir.
    — Bon, tu entres ? s’impatienta Cam. J’ai déjà attendu toute la matinée à cause de Liz…
     Liz ? Ici ? Toute la matinée ?
     Trop d’informations, trop d’interrogations pour mon petit cerveau chamboulé. Je me repris cependant et décidai de les garder pour plus tard : ma question était trop importante que pour perdre l’occasion de la poser. Je passai donc la porte que le garde avait maintenue entrouverte.
     J’eus du mal à cacher mon étonnement : cet endroit n’avait rien d’une prison ! Il s’agissait d’une chambre semblable aux nôtres. Les seules différences notables étaient les barreaux aux fenêtres et le garde devant la porte.
     Mouais… Il pourrait s’enfuir s’il le voulait.
    — On dirait qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer ici !
     Il était affalé sur une chaise, à son aise. Je m’avançai timidement.
    — Alors c’est toi, Emily…
     Comment ça « alors c’est moi » ?
    — Et toi c’est Stanislas, c’est ça ?
    — Stan, me reprit-il. Seul mon père m’appelle encore comme ça…
     Son père ?
     Les sorciers aussi avaient des parents. J’ignore pourquoi ça ne m’était jamais passé par la tête.
    — Tu as des questions, Emily.
     En effet, mais pour l’heure tout ce qui me venait à l’esprit était le contraste déplacé entre son flegme et les larmes de mon amie.
    — Qu’as-tu dis à Melody ?
     Il ne s’attendait pas à cette question, mais n’en perdit pas son aplomb pour autant.
    — La vérité. Mais c’est parfois difficile à entendre…
     Ma moue dubitative ne lui échappa pas.
    — Tu n’as pas tout à fait confiance en moi, n’est-ce pas ?
     Encore cette question !
    — Je te comprends, poursuivit-il, on ne prend pas ce genre de décision à la légère… Quant à tes parents, je ne sais pas où ils sont si c’est ce que tu veux savoir.
     Je ne peux pas dire que je ne m’y étais pas attendue, mais la déception fut tout de même difficile à encaisser.
    — Est-ce que tu sais s’ils vont bien ?
     Un sourire ironique apparut un instant sur son visage.
    — Ils sont vivants. Ils devraient le rester tant que tu continues à t’inquiéter pour eux, mais ils n’iront pas « bien » pour autant.
     Devraient ?
    — Et tu ne sais pas ce que… enfin… ce que Marcus a l’intention de faire ?
     Nouveau sourire.
    — On ne connait pas les plans de Marcus à l’avance : il les explique toujours une fois qu’ils ont réussi.
    — Ah…
     Ce n’était pas de grandes révélations, mais au moins avais-je la confirmation des suppositions de Sara : Marcus avait besoin d’eux et les maintenait en vie.
     Du moins s’il dit la vérité…
     Il croisa les bras.
    — C’est tout ?
     Ça ne l’était pas, mais je ne tenais pas à lui poser des questions sur sa conversation avec Liz, comme si j’avais plus confiance en lui qu’en elle pour m’en parler sincèrement.
    — Et vous êtes encore nombreuses comme ça à vouloir me parler ? répondit-il à mon silence.
     Je décelai une lueur dans ses yeux.
    — Cam est derrière la porte.
     Il tressaillit. Cette fois, le doute n’était plus permis.
    — Cam et toi…
     Super ! Et comment tu vas finir ta phrase maintenant ?
     Il savait pertinemment ce que je voulais dire, mais il attendit. Oserais-je le dire ?
    — Vous semblez… proches…
     La subtilité incarnée !
     Il n’y eut pas une once d’hésitation dans sa réponse.
    — Elle a eu des moments difficiles et j’étais là à ce moment-là. Elle te dira surement que je l’ai sauvée. Il n’en est rien : c’est elle qui m’a sauvé.
     Wow ! Ok…
    — Et c’est pour ça que tu ne t’enfuis pas ?
     Il haussa les épaules.
    — Entre autres. Pourquoi tu ne t’enfuis pas, toi ?
     Je m’apprêtais à lui rétorquer que nos situations n’avaient rien de comparable, que moi, j’étais libre. Je me ravisai. La seule liberté que j’avais de plus que lui était de pouvoir me promener dans le bâtiment. Dehors, c’était le danger, l’insécurité.
    — Bon ben… merci, dis-je en sortant.
     Cam bondit presque sur la porte.
     Je rêve ou elle a arrangé ses cheveux ?
     Je ne savais qu’en penser. Les sorciers n’étaient théoriquement pas capables de ressentir ce genre de choses. Pourtant, sa déclaration m’avait semblé sincère.
     Pour ce que tu y connais !
     Je décidai de laisser ça de côté. Après tout, c’était leur affaire. Qui étais-je pour juger ? Ou pour intervenir ? Je ne pouvais pas m’empêcher de penser que tout cela ne plairait pas à Sara si elle l’apprenait… Mais j’avais bien d’autres problèmes en tête, à commencer par Melody. Qu’avait-elle appris pour que ça l’ait tellement affectée ?
     Je lui demanderai ce soir…

Texte publié par LizD, 6 septembre 2020 à 09h53
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