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Tome 1, Chapitre 27 Tome 1, Chapitre 27
Un. Deux. Trois… Encore raté !
     Impossible de me concentrer sur mes ailes. Pas dans cet état de nervosité qui m’oppressait depuis quelques jours. Je respirai profondément. Elles finirent par apparaitre, plus frémissantes que jamais.
     Elles ont besoin d’exercice…
     Les quelques jours de congé annoncés par Mr Barkley s’étaient prolongés jusqu’après le Nouvel An. Sans cours, sans entrainement, je m’ennuyais à mourir. Tourner en rond dans ma chambre toute la journée, alors que j’aurais tout donné pour partir à la recherche de mes parents, était insupportable. Rien n’avançait. Pas de nouvelles des services de renseignement, ou en tout cas Mr Barkley ne nous avait rien dit. Il n’était plus très présent de toute façon… À croire que tout le monde avait baissé les bras ! Même Liz passait tout son temps sur son ordinateur. Elle ne parlait plus de plan, de mission…
     Ah ça m’énerve !
     Je me ruai vers mon oreiller et le jetai contre le mur. Il fallait que je me défoule.
     Moi si calme d’habitude…
     Ma résolution prise, je sortis de ma chambre. Je parcourus à nouveau ces éternels couloirs blancs vers le terrain d'entrainement. Je souris.
     Sara commence à déteindre sur moi !
     En parlant du loup, elle était sur place. Rien d’étonnant. Si elle fut surprise de me voir, elle n’en laissa rien paraitre.
    — Tu devrais t’échauffer avant de commencer.
     C’était froid, direct. Je n’étais pas la seule ici à être tendue. Je suivis son conseil : courir seule me ferait du bien. Enfin, presque seule… Elle décida de m’accompagner.
    — T’en avais marre d’être enfermée ? me demanda-t-elle entre deux foulées.
     Je levai un sourcil. La causette n’avait jamais été mon truc, un point que je pensais avoir en commun avec elle.
    — Ouais…
    — Moi aussi… J’en peux plus. J’aimerais qu’on fasse quelque chose d’utile, pour une fois.
     Nous étions bien d’accord, mais je sentais qu’elle préparait le terrain pour autre chose.
     Où veut-elle en venir ?
    — Et savoir que des sorciers se cachent là-bas… Sans rien faire…
     Voilà !
    — Je croyais que Liz avait été claire l’autre jour : c’est beaucoup trop risqué, Sara.
     C’était d’une telle évidence que je me demandai pourquoi j’avais à le lui rappeler. Elle soupira.
    — Liz n’envisage pas toutes les possibilités. Et si on y allait en grand nombre ? Ils ne s’y attendront pas ! Tu n’as pas envie de savoir si tes parents y sont retenus ? Ou de les obliger à te le dire ?
     Je soupirai à mon tour.
    — Si, j’en ai très envie, mais il faut savoir écouter sa raison : nous n’aurions aucune chance. S’il y avait un moyen, Liz l’aurait déjà trouvé.
     Elle s’arrêta, dubitative. Nous en étions déjà au cinquième tour de piste.
    — Rien n’est moins sûr… Tu ne nous as toujours pas raconté comment s’était passée votre conversation. Tu es vraiment sure qu’elle va bien ?
     Je déglutis. S’il y avait bien une gaffe à ne pas faire, c’était celle-là.
    — Je vous l’ai déjà dit : elle a besoin de s’en remettre, mais ça v.... éh !
     Avant la fin de ma phrase, je me retrouvai au sol sur le ventre, immobilisée par une clé de bras.
    — Tu pourrais prévenir quand tu commences ! protestai-je, me débattant.
    — Tu mens très mal, Emily. Dis-moi la vérité.
     Elle n’était pas près de me lâcher, mais j’avais plus d’un tour dans mon sac. Après m’être libérée d’une légère décharge électrique, je lui fis un croche-pied. Elle tomba à son tour.
    — Et si ça ne te regardait pas ? Tu y as pensé ?
     Elle se releva, nettoyant la terre qui s’était déposée sur son training.
    — Premièrement, c’est de la triche. Deuxièmement, j’arrive pas à croire que tu l’écoutes encore et que tu gardes ses petits secrets. Et si on voulait en avoir, nous, des secrets ? Elle y pense, peut-être ?
    — C’est pas comme si elle faisait exprès, non plus, rétorquai-je. Elle est loin d’être parfaite, mais elle sait ce qu’elle fait.
    — Bien sûr… Mais pour le savoir, il faudrait déjà qu’elle nous en parle, de ce qu’elle fait ! C’est facile pour toi, sa petite confidente !
     Je ne trouvai rien à rétorquer à cela. Il est vrai que Liz se confiait davantage à moi dernièrement. Elle savait qu’elle pouvait tout me dire, que je ne la jugerai pas, que je lui resterai fidèle. Je ne dis rien de tout cela à Sara. Plus de jalousie n’aurait rien arrangé.
    — Et Camille ? renchérit-elle. Personne ne s’en préoccupe, mais elle a changé ! On dirait que je suis la seule à le voir…
    — Son comportement a l’air normal…
    — Emily ! Tu es la seule ici à ne pas savoir jouer la comédie. Camille nous cache quelque chose…
     Je haussai les épaules. J’avais été tellement préoccupée par les révélations de Liz que je n’avais pas vraiment fait attention à mes autres compagnes d’infortune. Cependant, s’il y avait eu quelque chose, je l’aurais sans doute remarqué. Mon attention n’était pas assoupie, au contraire ! J’avais même remarqué une immense masse d’énergie grouillant quelque part, près de nous. Sa provenance était une énigme bien plus stimulante que les états d’âme de Sara.
    — Tu ne me crois pas ? devina-t-elle. Alors comment expliques-tu qu’elle ne vienne jamais dehors ? Elle adorait voler avant, et là elle reste toute la journée à se morfondre dans sa chambre. Ça ne lui ressemble pas !
    — En effet, et alors ? Elle a aussi besoin d’un peu de temps pour se remettre. Il ne faut pas trop en attendre à… à quelques jours à peine de leur retour !
    — Très bien ! Si tu refuses de m’écouter, va demander à Madame Je-sais-tout ! Elle te dira peut-être ce qui cloche, à toi !
     C’est exactement ce que je fis. Le ton ayant assez monté à mon gout, je filai vers la douche puis vers le salon. Liz et Melody y étaient toujours dans l’après-midi. Au moins, j’étais certaine de ne pas me disputer avec elles.
    — Tu as l’air énervée… fit une voix, la porte à peine refermée.
    — Oui… Sara m’a pris la tête avec…
     Une minute… cette voix… cet accent…
    — Mais Melody, tu… !
     Dans mon emportement, je n’avais même pas reconnu sa voix, pourtant tellement atypique. Liz et elle éclatèrent de rire.
    — Mais…comment…
    — Comment tu ne t’es pas transformée en zombie ? compléta Liz. Ça, c’est grâce à moi ! Enfin, moi et le labo. Montre-lui, Mel !
     Melody plaça une sorte de foulard rouge devant sa bouche et recommença :
    — On dirait un… Comment vous dites ?
    — Un brigand ? Oui, c’est vrai, mais bon le style n’était pas ma première préoccupation.
     Elles rirent de nouveau. J’eus chaud au cœur de les voir comme ça. Melody semblait tellement heureuse.
    — Les longues conversations que nous allons avoir, maintenant ! m’exclamai-je, participant à la joie ambiante.
    — Oui… répondit-elle (et ça me fit bizarre, tout de même), mais je n’ai pas l’habitude. Tu dois m’apprendre.
     Malgré le foulard, sa voix restait envoutante, sans le côté surnaturel cependant.
    — J’ai eu l’idée de mettre la même matière que dans mes lunettes, commenta Liz, et ça a marché ! C’est vraiment pratique, ce truc… Ah ! Et j’ai aussi quelque chose pour toi, Emily !
     Ah ?
     Je jetai un regard sceptique à l’étrange objet métallique qu’elle me tendait. Je n’en avais jamais tenu un en main, mais je pensai le reconnaitre.
    — C’est… un taser ? Pourquoi…
    — Il te faut une source d’électricité ! Tu ne pensais quand même pas que c’était pour t’en servir normalement ?
     L’absurdité de cette idée nous refit éclater de rire.
     Je ne sais même pas comment m’en servir, de toute façon !
     Après de nouveaux éclats de rire, elle redevint sérieuse et se remit au travail. Cela me rappela à la réalité, et au réel motif de ma venue ici.
     Venons-en au sujet qui fâche !
     Cam avait plus ou moins été un sujet tabou lors de nos nombreuses conversations, mais, ne fut-ce que pour rassurer Sara, il fallait bien passer par là. Sous le regard attentif de Melody, j’amorçai la conversation :
    — Liz, il faut que je te parle…
    — Je sais, dit-elle sans lever les yeux de son écran. Encore une idée de Sara, je présume ?
    — Elle… elle s’inquiète beaucoup pour elle.
     Aucune réaction. J’essayai encore.
    — Est-ce qu’elle a raison ? De s’en faire, je veux dire.
    — Écoute, soupira-t-elle, si Cam a décidé que ça ne la regardait pas, alors elle n’a aucune raison de s’en faire.
     Donc en gros : mêle-toi de tes affaires !
    — Mais toi, tu sais ce qui ne va pas ?
     Le destin ne récompensa pas mon acte de bravoure (et de curiosité). La porte s’ouvrit d’un coup, nous faisant toutes trois sursauter. Mr Barkley avait le teint pâle, les yeux cernés, les traits tirés. Je regrettai immédiatement tout le mal que j’avais pensé de lui ces derniers jours. Il alla droit vers Liz pour lui murmurer quelque chose à l’oreille. Elle lui répondit à sa façon, visiblement, et il fut dehors si vite qu’il gagna la course contre les questions qui fusèrent dans mon esprit. Liz replongea dans son travail, mais elle semblait ailleurs désormais.
     Laisse tomber : elle ne te répondra pas…
     Je m’assis avec résignation à côté de Melody : si elle ne réagissait même plus à mes pensées, la partie était perdue d’avance !
    — Il a dit « On l’a trouvé », me murmura une petite voix.
     Je me retournai, surprise.
    — Tu l’as entendu ?
     Elle acquiesça, puis haussa les épaules en m’indiquant ses oreilles. Un phénomène étrange et inexpliqué, un de plus. Rien de nouveau sous le soleil.
     Au moins, ça, c’est pratique !
     Mais les informations obtenues étaient loin d’être satisfaisantes. Quel était ce « l » ? Une personne ? Un objet ? J’avais ma petite hypothèse, que je gardai pour moi. Elle se confirma quelques minutes plus tard à peine.
    La porte s’ouvrit à nouveau. Deux militaires apparurent. Entre eux, un jeune homme au regard farouche. Je le reconnus aussitôt, non pas grâce à son apparence (il faisait nuit noire lorsque nous l’avions rencontré), mais par l’énergie qu’il dégageait. Elle me laissait une drôle d’impression, reconnaissable entre toutes.
     Qu’est-ce qu’il fait ici ?
    — C’est bon, lança Liz, pas le moins du monde étonnée.
     Mais un regard insistant de sa part et un mouvement de tête de Barkley furent encore nécessaires pour que les militaires acceptent de le lâcher, et de s’en aller. Je ne me privai pas de l’observer plus en détail : des yeux sombres, comme ceux de sa caste, mais sans le regard cruel et calculateur que je ne connaissais que trop bien. Il était jeune, mais ses traits étaient déjà durs. Son abondante chevelure sombre était en bataille : quelques mèches lui retombaient sur le front et obscurcissaient son regard. Il ne portait pas le manteau caractéristique des sorciers cette fois, mais des vêtements sales et déchirés.
     Les temps ont été durs, on dirait…
     Comme le silence commençait à peser, il parla le premier :
    — Alors, qu’est-ce que vous me voulez ?
     Sa fierté et son sarcasme faisaient moins d’effet sous ces rapports de force. Il s’appuya contre le mur, comme pour cacher sa nervosité sous une couche de « cool-attitude ». Il lançait de fréquents coups d’œil à Liz. Voulait-il vérifier qu’elle n’allait pas lui sauter dessus comme une folle furieuse ?
    — Nous voulons t’aider, tout simplement.
     Nous ?
     Elle avait dit ça tout naturellement, mais je ne me rappelais pas avoir donné mon avis. Après la troisième ouverture successive de la porte, je compris que je n’avais pas vraiment été inclue dans le compte.
    — Stan ! s’écria Cam.
     Sans un regard pour nous, elle se précipita vers lui.
    — Qu’est-ce qui t’est arrivé ? Ils ont su que c’était toi ?
     Il prit un moment pour contempler la nouvelle arrivante avant de répondre.
    — Marcus le savait avant même qu’on lui annonce la nouvelle…
     Il baissa les yeux l’espace d’une seconde, puis se remit à fixer mon amie.
    — Tu as l’air d’aller mieux, constata-t-il d’une voix plus douce, sans sarcasme.
     Elle baissa les yeux à son tour.
    — Pas toi ! rétorqua-t-elle. Je suis contente qu’ils t’aient trouvé. Laisse-moi soigner ça…
     Elle lui prit la main, sans montrer le moindre signe de douleur. Le bras du jeune homme montrait des traces de brulure. Il retira doucement sa main.
    — Ecoutez, c’est… gentil, mais je n’ai pas besoin de votre aide.
     Il essayait de garder une certaine contenance, mais il était évident quelque chose le perturbait.
    — Il n’est pas le bienvenu de toute façon.
     Sara était dans l’encadrement de la porte. Elle appréciait sans doute moyennement l’initiative de Liz et de Cam, dont elle semblait autant au courant que Melody et moi.
    — Sara ! s’indigna Cam. Ils savent tout ! Ils pourraient le retrouver et…
    — Et alors ? la coupa-t-elle sèchement.
    — Mais… il nous a aidées ! Sans lui, on… on serait toujours là-bas !
     L’agressivité montait de manière exponentielle. La routine, pour Sara, mais c’était plutôt une nouveauté chez Cam.
    Barkley toussota.
    — Je ne pense pas qu’ils accepteront de le laisser partir : pour l’instant il est considéré comme un prisonnier.
     Puis devant la mine atterrée de Cam :
    — Je suis désolé. Je n’ai pas pu obtenir mieux.
    — Enfin, Camille, un peu de bon sens ! s’emporta Sara. C’est un sorcier !
    — Vous avez raison, faites comme si je n’étais pas là… marmonna l’intéressé.
     Tout le monde sembla soudain se souvenir de sa présence. Il en profita :
    — Non mais c’est vrai : pourquoi me demander mon avis ? Après tout, n’importe qui serait ravi d’être prisonnier des services secrets…
     Il marque un point…
    — Tu préfères peut-être être celui des sorciers ?
     La remarque de Liz avait visé juste : son sourire narquois disparut un instant.
    — Je préfère ne pas être prisonnier du tout ! Vous n’aviez pas à vous en mêlez…
     L’inquiétude de Cam reprit le dessus.
    — Non, Stan, ils te retrouveront ! Reste, je t’en prie… Ils ne te feront rien : nous y veillerons !
     Son regard s’adoucit.
    — Désolé, mais je n’ai pas confiance en ces gens-là…
    — Mais… tu as confiance en nous, n’est-ce pas ?
     Il parcourut la pièce du regard comme pour nous jauger.
    — Je ne sais pas.
     Son calme m’impressionnait. A sa place, j’aurais été au mieux mal à l’aise, au pire terrorisée. Cam cherchait sans cesse son regard. Sara passait son temps à soupirer nerveusement. Liz restait impassible. Melody était complètement perdue. Mr Barkley nous laissait gérer. Personne ne semblait disposé à poser les vraies questions.
    — Pourquoi nous as-tu aidées ?
     Il fixa ses yeux sombres sur moi, puis jeta un coup d’œil à Cam qui s’intéressa soudainement à ses chaussures.
    — J’ai mes raisons.
     Ah ouais… On n’est pas sur une base de précision alors…
    — C’est évident, soupira Sara, c’est un piège pour gagner notre confiance… J’arrive pas à croire que vous soyez toutes si naïves tout à coup : vous avez oublié les manipulations de Marcus ?
    — N’importe quoi ! s’emporta Cam. J’ai la preuve que c’est faux ! Stan, dis-lui…
     Il haussa les épaules.
    — Elle peut croire ce qu’elle veut. Je n’ai aucune justification à lui donner.
     Ok… donc cette conversation ne mènera nulle part !
     Heureusement, Liz pris les choses en main :
    — Tu nous as aidées une fois : serais-tu prêt à recommencer ?
     Elle ignora l’expression du visage de Sara qui, visiblement, avait mille et une objections à cette proposition. Son regard scrutateur était fixé sur lui. Il sourit.
    — Vous aider… à quoi ?
    — À combattre les sorciers et à sauver le monde.
     Un petit pouffement nerveux brisa le silence. Mel n’avait pas pu se retenir et je la comprenais : c’était tellement solennel !
     Une interrogation commune planait dans la pièce, il l’a formula :
    — Et qu’est-ce qui vous fait penser que je serais prêt à faire ça ?
     Malgré son sarcasme, Liz était imperturbable. Elle seule voyait au-delà des apparences.
    — Cam pense que tu es différent. Je suis assez d’accord, bien que ça reste à prouver. Qui plus est, tu as déjà trahi les tiens une fois. Je ne pense pas me tromper en affirmant qu’ils pardonnent difficilement ce genre d’affront. Cette proposition pourrait bien être ta seule chance de survie.
     Ah ouais quand même… elle y va direct !
     Mais il en fallait plus pour le décontenancer.
    — Supposons que j’accepte… quelle aide attendrais-tu de moi ?
    — Ça, c’est à toi de nous le dire. Tu as sans doute plus d’informations sur les sorciers qu’il n’y en a dans nos bases de données.
    — Alors c’est ça ? Une protection contre des informations ?
     Le suspense était insoutenable. Liz et Cam semblaient incapables de détacher leur regard avant qu’il n’ait donné sa réponse. Sara continuait de soupirer pour nous faire comprendre très subtilement sa désapprobation. Je ne savais pas vraiment où me situer dans cette affaire. Le malaise était palpable. J’étais prête à parier que Melody ressentait la même chose. Quant à Mr Barkley, il n’était pas disposé à débloquer la situation. Adossé au mur, il semblait ailleurs.
    Mais la pression se relâcha enfin.
    — D’accord, dit-il. Je vous aiderais. Ça pourrait bien être votre seule chance de survie, à vous aussi.
     Sara souffla de mépris.
     Non, non, Sara, il n’a pas tort…
     Cam, elle, n’était que soulagement, à tel point qu’elle semblait prête à se jeter dans ses bras.
    — Oh, Stan, c’est…
     Mais Sara arrêta son mouvement.
    — Attendez ! Il n’a toujours pas prouvé qu’on pouvait lui faire confiance.
     Elle lança un coup d’œil à Liz.
    — Ça sera facile à vérifier…
     Liz se leva.
    — Puisque c’est la seule façon de te convaincre, Sara…
     Le garçon croisa les bras.
    — De quoi parlez-vous ?
    — Je peux lire dans tes pensées pour vérifier tes intentions, expliqua Liz.
     Il écarquilla les yeux l’espace d’une seconde, perdant quelque peu sa contenance.
    — Tu as déjà lu dans mes pensées ?
     Il ne débordait pas d’enthousiasme à cette idée. Sara fronça les sourcils.
    — Non, mais je peux le faire.
    — Et… tu ne verras que mes intentions ?
     Ok… qu’est-ce qu’il a à cacher ?
    — J’essaierai, mais je ne peux pas te promettre que je n’entendrai rien d’autre. C’est difficilement contrôlable.
     Il lança encore un regard à Cam : un regard désolé cette fois.
    — Alors non, je ne veux pas que tu lises dans mes pensées.
     Alors ça, c’est louche…
    — Tu crois peut-être qu’on te laisse le choix ? répliqua Sara.
    — Moi, je lui laisse le choix, décida calmement Liz.
     What ?
    — Ah oui ? rétorqua Sara dont les nerfs étaient mis à rude épreuve. Et comment on va faire pour vérifier alors ? On ne peut quand même pas le croire sur parole, surtout après ça !
     Cam sembla sortir de sa transe traumatique suite au refus de « Stan ».
    — Il…il peut le prouver autrement !
     Elle se dirigea vers la table d’un air décidé et saisit le verre d’eau de Melody. Elle le tendit au garçon.
    — Vas-y, montre-leur !
     Ça ressemblait davantage à un ordre qu’à une exhortation. Il le prit en soupirant. Sous nos yeux ébahis, l’eau se mit à bouger et à décrire des cercles autour du verre. Liz prit un air surpris tandis que Sara ouvrait de grands yeux ébahis. Quant à Melody et moi, nous comprenions difficilement l’extraordinaireté de la situation. Quelque chose attira mon attention, cependant : ses yeux sombres prirent soudain une lueur blanchâtre et la sensation étrange provoquée par son énergie s’estompa un peu. Je commençai enfin à comprendre.
     Lorsque l’eau eut repris sa place dans le récipient, Cam le reposa sur la table un sourire aux lèvres, satisfaite de l’effet produit. Mais Sara avait encore son mot à dire.
    — Je ne vois pas en quoi ça prouve quoi que ce soit.
    — Les sorciers ne peuvent pas maitriser l’eau, expliqua Liz. C’est même contraire à la nature de leur pouvoir, qui prend son origine dans le feu. L’eau est source de vie, de création, pas de destruction et de chaos.
     Le garçon parut surpris.
     Eh oui ! Nous aussi on sait des trucs !
    — Ils m’auraient tué s’ils m’avaient vu faire ça, renchérit-il.
     Comment Cam l’a su, alors ?
    — Ce n’est pas tout ! ajouta cette dernière, qui ne perdait pas le nord.
     Elle se tourna vers moi et j’eus un drôle de pressentiment, comme à chaque fois que l’on portait son attention sur moi.
    — Lily, toi tu le sais : son énergie n’est pas comme celle des autres sorciers, n’est-ce pas ?
     Mais enfin comment elle sait ça ?
     Je bafouillai :
    — Je… euh… oui, il y a quelque chose de bizarre.
    — Alors, fais ton truc ! pressa-t-elle.
    — Mon… truc ?
    — Mais si, ton truc où tu as les yeux tout bizarres et où tu vois les énergies !
     Ah oui… CE truc.
     Elle ne me laissait pas d’autre choix que celui de m’exécuter. Je fermai les yeux et me concentrai. Une fois ouverts, ils ne distinguèrent plus que des formes lumineuses. Une seule était différente : celle du jeune homme. Lorsque ma vue revint à la normale, je rougis devant tous ces visages tournés vers moi. L’expression du principal intéressé était particulièrement intense. Il me posa lui-même la question :
    — Qu’as-tu vu ?
     Il était le premier concerné, après tout. Embarrassée, ce fut donc à lui que je répondis.
    — De l’énergie sombre et de l’énergie lumineuse : il y a les deux en toi. On dirait… qu’elles luttent, qu’elles cherchent un équilibre.
     Il hocha la tête, comme indifférent. Mais je vis dans son regard que cette nouvelle le laissait songeur. Cam se montra d’autant plus enthousiaste.
    — Vous voyez ?
    — Ça ne prouve rien, trancha à nouveau Sara. Même si ce n’est pas tout à fait un sorcier, il pourrait très bien travailler pour eux.
    — Mais… protesta-t-elle. Regardez ! On peut le toucher sans se faire mal !
     Elle lui prit la main.
    — Camille…
     C’était la voix posée de Mr Barkley qui intervenait enfin.
    — J’aimerais beaucoup vous croire, mais ce ne sera pas assez pour convaincre… pour les convaincre.
     Désespérément, elle se mit à chercher un regard ami dans la pièce, mais je baissai les yeux. Mr Barkley n’avait que trop raison : ce n’était pas assez. De plus, son comportement face à la proposition de Liz était des plus suspects. S’il avait vraiment voulu s’innocenter, il aurait accepté, quel qu’en soit le prix.
     C’en était trop pour elle. Elle éclata en sanglots. Elle n’avait pas lâché la main du sorcier. Ce dernier prit la seconde et plongea son regard dans le sien.
    — Tout ira bien, lui dit-il doucement.
     Alors qu’une esquisse de sourire revenait sur le visage de notre amie, Sara ne put s’empêcher d’intervenir.
    — Eloigne-toi d’elle !
     Ignorant le regard noir que lui lança Camille, elle fit quelques pas menaçants dans sa direction. Il recula calmement sans quitter Cam des yeux et se laissa mener hors de la pièce par Mr Barkley.
     Une fois la porte refermée, Cam explosa de rage.
    — Alors il va croupir dans une prison ? Comme un vulgaire criminel ? Alors que… Alors que…
    — Camille… commença doucement Sara en s’approchant.
    — Non ! Ne m’adresse plus jamais la parole !
     La repoussant, elle se rua vers la sortie et monta les escaliers à toute vitesse. Clouée sur place, stupéfaite, Sara se mit finalement à la suivre.
    — A.. attends !
     Il ne resta plus que Liz, Melody et moi dans une pièce étrangement calme.
     Wow ! Qu’est-ce qui leur prend ? Y a de l’électricité dans l’air ou quoi ?
     Liz se mit à rire tout en se réinstallant devant son ordinateur.
    — Pas que de l’électricité, si tu veux mon avis, Lily.
     Melody sembla comprendre quelque chose et rit également. Je nageais en pleine confusion.
     J’ai manqué un truc ?

Texte publié par LizD, 4 septembre 2020 à 10h40
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