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Tome 1, Chapitre 26 Tome 1, Chapitre 26
Avertissement :ce chapitre évoque des sujets sensibles comme l'automutilation ou le suicide et peut éventuellement heurter les personnes sensibles ou concernées par ces sujets.
    
    
     J’ouvre les yeux. Je suis dans une petite chambre d’enfant. Quelques jouets trainent sur le sol, mais ce sont surtout des livres qui jonchent la pièce. Les souvenirs embrumés par le sommeil me reviennent. Je suis chez moi. Je m’appelle Lisbeth et j’ai quatre ans.
     Je me redresse. Ce n’est pas la première fois que je me réveille en pleine nuit. De plus en plus souvent, des voix dans ma tête m’arrachent au sommeil. D’habitude, je prends un livre et je lis jusqu’à ce que mes yeux se referment, mais là… quelque chose semble différent.

    — Voilà, c’est fait…
    — C’est con… On pourrait finir le boulot tout de suite : elle est juste à côté !
     Des voix ! Je ne les avais jamais entendues hors de mon sommeil avant… Elles sont si proches, dans ma tête, mais ce sont des voix de grandes personnes. Que font ces gens dans ma tête ? J’ai peur ! Je vais le raconter à Maman : elle saura quoi faire. Je sors du lit et me dresse sur la pointe des pieds pour ouvrir la porte. Je sursaute.
    — Merde ! C’est quoi ce bruit ?
     Encore cette voix !
    — Tirons-nous vite !
    Ce sont les mêmes voix… Mais pourquoi viennent-elles de la chambre de Maman et Papa cette fois ? Sans réfléchir, je me précipite vers leur chambre en criant :
    — Maman ! Papa !
    Une ombre s’enfuit par la fenêtre ouverte, mais je n’y fais pas attention. Mes yeux sont fixés sur l’étrange flaque rouge dans laquelle baignent mes parents, endormis.

    
*

     Je suis assise dans un coin. Dans la salle, des tas d’enfants courent dans tous les sens en criant. Ils me donnent mal à la tête. Je jette un regard de dépit sur le livre que je tiens dans les mains. En trois semaines, j’ai déjà épuisé le stock de livres pour enfants disponibles ici. Il faudra que je trouve une autre occupation…
     Mrs Rachel m’observe à l’autre bout de la pièce. Apparemment, je ne suis pas censée me comporter ainsi : ce sont les voix qui me l’ont dit. Sa voix m’a dit aussi qu’elle voulait m’aider, mais qu’elle ne savait pas comment. Aucune des grandes personnes ici ne m’a parlé de mes parents depuis mon arrivée. Ils me pensent trop jeune pour comprendre ? Tant mieux. Je ne veux pas en parler.
     L’un de mes « camarades » a laissé échapper une voiturette et vient la chercher près de mes pieds. Il me toise un instant. J’entends sa voix. J’entends de plus en plus de voix. Je suis bizarre ? Pourtant, ce n’est pas moi qui pique une crise pour une couleur de voiture !

    
*

     Aujourd’hui, je ne serai plus seule dans ma chambre. Les voix ont dit que ce n’était pas bon que je reste seule dans mon coin. J’espère juste que la nouvelle arrivante ne sera pas trop bruyante… et qu’elle ne me trouvera pas bizarre. Je l’attends, assise sur mon lit, avec un livre. On m’a dit qu’elle arriverait bientôt. Ou peut-être que ce sont les voix qui me l’ont dit ? On frappe à la porte. Mrs Rachel entre avec une fille de mon âge qui serre un ours en peluche dans ses bras.
    — Lisbeth, je te présente Amy, dit la grande personne.
    — Bonjour ! dit Amy.
     Sa voix est douce.
    — Bonjour, je réponds.
     Elle sourit. Ses grands yeux pétillent. Elle n’aura aucun mal à être adoptée. Mrs Rachel referme la porte. Amy saute sur le lit.
    — Tu as quel âge ? Moi j’ai quatre ans et demi !
    — Quatre ans.
    — Et combien ?
    — … juste quatre ans.
    — Ouais ! Comme c’est moi la plus grande, c’est moi qui décide à quoi on joue !
     Elle regarde autour d’elle.
    — On peut pas vraiment jouer ici…
    — C’est la sieste, je lui explique.
    — Trop nul !
     Elle soupire en s’allongeant. Comme elle ne parle plus, je replonge dans mon livre. Je peux entendre sa voix. Elle est contente d’avoir quelqu’un avec qui jouer.
    — Tu t’appelles vraiment Lisbeth ?
    — Oui
    — Bah c’est trop nul ! Moi je vais t’appeler Liz !

    
*

     Amy est plutôt bruyante, mais ça ne me dérange pas. Elle me trouve un peu bizarre, mais elle est gentille avec moi. Elle aime inventer des jeux. Aujourd’hui, elle veut m’aider à me faire adopter. Elle n’est pas là depuis longtemps, alors elle prend encore ça à la légère. Je la laisse faire, même si je sais d’après les voix que je n’ai aucune chance.
    — Aïe !
     Je crie tandis qu’elle essaie de peigner mes cheveux avec sa brosse en plastique. Elle soupire.
    — Ça marchera jamais des nattes, avec tes cheveux !
     Elle se campe devant moi avec un air de maitresse d’école.
    — Bon déjà, faut sourire un peu : les grands aiment bien ça !
     Je tente une grimace. Elle n’est pas convaincue.
    — Puis après… tu parles pas assez : faut leur dire des trucs aux grands pour qu’ils veuillent être tes amis !
    — Et je leur dis quoi ?
    — Bah tu leur demandes s’ils veulent jouer avec toi !
     J’opine pour lui faire plaisir.

    
*

     Le grand jour est arrivé. À côté de moi, Amy trépigne d’impatience. Elle est confiante. Je ne veux pas la décevoir après tous ses efforts. Quand les adultes arrivent, j’essaie de me comporter « normalement ». Je souris, je joue avec des figurines en plastique… Un couple s’approche, mais c’est Amy qu’ils ont repérée.
    — Voici Liz ! leur lance-t-elle joyeusement. C’est mon amie. Elle est très gentille, vous savez ?
     Ça y est : ils sont attendris.
    — Et puis, elle sait plein de trucs aussi, Liz, vous savez.
     Leurs sourires l’encouragent. Elle ne comprend pas ce qu’il se passe réellement dans leurs têtes. Moi je sais : je l’entends.

    
*

     La chambre est vide, à nouveau. Je le savais, mais je suis quand même triste. Amy était la seule à être gentille avec moi. Quelque chose dépasse en-dessous de son lit : un ours en peluche. Je le saisis et le serre fort contre moi.
    — Bonjour, mon Amy…

    
*

    — Bonjour, je m’appelle Liz.
     J’essaie de rester impassible face aux paires d’yeux fixés sur moi. J’ai six ans. Ils ont décidé de m’envoyer à l’école, en pensionnat. Ils étaient contents de se débarrasser de moi pour une partie de l’année.
     Je m’installe à la place qui m’est indiquée, à côté d’un garçon bien plus grand que moi. Ils sont tous plus âgés ici. D’après les voix, j’ai les capacités pour être dans une classe plus avancée. Elles ont dit que j’y apprendrai plus… Cependant, tout ce que dit le maitre me semble d’une banalité déconcertante. Je réponds à chaque question, avant de comprendre que ça ne plait pas aux autres. J’arrête de lever la main. Si je veux me faire des amis, je dois faire des efforts.

    
*

     L’école n’est pas différente de l’orphelinat. Les autres sont bruyants et de plus en plus de voix résonnent dans ma tête. Plusieurs me concernent. Je les ignore. Assise sur un banc dans la cour, je résiste longtemps à la tentation. Non, Liz, ne prends pas le livre dans ton sac-à-dos ! Essaie, au moins ! Je m’approche d’un groupe de filles. Elles me toisent du haut de leurs neuf ans.
    — Elle veut quoi, la p’tite ?
    — Je sais pas… Venez, on s’en va…
     Je reviens sur mon banc. Finalement, je préférais l’orphelinat.
     Le contact du livre me réconforte. L’odeur du papier me rassure, elle m’est familière. Un livre ne juge pas. Son impassibilité me délivre. Il énonce des faits, des opinions, sans nous atteindre directement. Pourtant, on se sent touché, transporté. C’est pour moi ce qui s’apparente le plus au bonheur.

    
*

    — T’es quoi, toi ? Une sorcière ou un alien ?
     La voix me fait émerger de mon livre, mais je ne sourcille pas.
    — Hé, j’te parle !
     Ah, cette voix n’était donc pas dans ma tête. Je lève les yeux. C’est la première fois que l’on ose me parler aussi directement. Il s’agit de Killian et de sa bande, les « terreurs » du collège. Il leur aura fallu moins d’une journée pour me prendre pour cible. À onze ans, les garçons sont plutôt lâches et stupides.
    — Je ne suis ni l’un ni l’autre, réponds-je calmement.
    — Comment elle parle ! s’esclaffe l’un de la bande. C’est un robot, en fait !
     Ils pouffent comme des demeurés.
    — Je ne suis pas un robot, dis-je sur le même ton.
     Killian lève un sourcil.
    — Robot ou pas, tu vas me donner ton gouter !
     À mon tour de lever un sourcil.
    — Pourquoi tu veux mon gouter ?
     Ils se marrent à nouveau.
    — Bah pour le manger !
    — Ça j’avais compris, mais pourquoi tu veux le mien en particulier ? Ta mère n’en a pas mis dans ton cartable ?
     Sans prévenir, il m’attrape par le col et me plaque contre le mur.
    — Tu parles pas de ma mère, Ok ?
    — Ok, je réponds, c’était une simple question. Prends-le, mon gouter, j’ai pas faim de toute façon.
     Il se sert impunément dans mon sac, puis déguerpit avec sa bande.
     Les livres avaient raison : ce n’est pas facile le collège !

    
*

     Killian et sa bande n’ont pas vraiment évolué avec l’âge, bien au contraire ! Enchainant les retenues et les renvois temporaires, ils ont même été pris en train de voler à l’étalage. J’évite à présent de croiser leur chemin. Ayant essuyé leurs brimades, leurs menaces – et j’en passe – sans broncher, j’ai réussi à leur imposer une forme de respect, mais à présent c’est différent. Ils ne sont plus simplement des enfants turbulents. Quand on a déjà un casier judiciaire à seize ans, ça ne rigole plus !
     Mais cette fois c’est inévitable. Killian m’attend à l’entrée de la salle de classe. J’y viens toujours en avance : il n’y a aucun témoin.
    — Tu vas me laisser copier sur toi au contrôle de maths, m’annonce-t-il.
     Sa voix m’indique que, si ses notes remontent, ses parents allègeront peut-être ses nombreuses punitions et lui offriront peut-être même un beau cadeau. Il est sous pression : l’occasion d’en profiter.
    — Pourquoi je ferais ça ?
    — Bah parce que t’as toujours de bonnes notes…
    — Ouais, mais pourquoi je t’aiderais ?
     Il plisse les yeux. Il a très envie de me frapper, mais même son petit cerveau comprend que ça ruinerait toutes ses chances d’obtenir une bonne note.
    — T’auras ça en échange.
     Il me montre un billet de vingt livres.
    — Où t’as eu ça ? dis-je, suspicieuse.
    — Ça te regarde ? grogne-t-il. C’est mon argent de poche.
     Il ment. Je sais de source sure qu’il les a volés en brutalisant un gosse hier. Je vois la scène comme si j’y étais. Un plan se forme dans mon esprit.
    — D’accord, dis-je, marché conclu.
    — Ça vaudrait mieux pour toi, marmonne-t-il avant de rejoindre ses potes.

    
*

     La directrice se tient devant moi, hésitant entre la colère et la fascination.
    — Tu reconnais ceci ? me dit-elle.
     Elle me tend une copie de contrôle de math bourrée de fautes. Je fais « oui » de la tête.
    — Alors tu sais où on l’a trouvée ?
    — Dans mon banc, en classe.
    — Et… tu sais que ces réponses correspondent point par point à celles de Killian, n’est-ce pas ?
     J’opine à nouveau. Mon honnêteté la désarçonne.
    — Tu peux m’expliquer ?
    — Killian voulait copier sur moi. J’ai écrit de mauvaises réponses pour qu’il les copie, mais en même temps j’écrivais les bonnes réponses dans l’espace de rangement sous mon banc. Au moment de rendre les copies, je les ai simplement échangées.
     Elle me fixe, les yeux ronds.
    — Ai-je enfreint le règlement, Madame la directrice ?
    — Non, enfin… je ne pense pas mais…
    — Vous pensez que j’ai mal agi ?
     En vérité, elle l’ignore.
    — Oui, je pense que tu aurais dû parler au professeur. Tu ne devrais pas jouer de tels tours à tes camarades pour rendre la justice toi-même.
     Qui la rendra alors ?
    — Oui, Madame.
    — Bien… Tu peux y aller.
     Je quitte lentement le bureau. Je sais ce qui m’attend derrière la porte.

    
*

    — Sale cafteuse !
     Je ne compte plus le nombre de fois où Killian m’a ainsi plaquée contre le mur.
    — Je n’ai pas « cafté », dis-je simplement.
    — Peu importe ! Tu m’as donné de mauvaises réponses !
     Ses potes me lancent de mauvais regards, mais n’osent pas intervenir entre Killian et sa « proie ».
    — Il m’arrive aussi de me tromper. Tu m’as demandé de copier sur moi, pas d’avoir les bonnes réponses.
     Ce que je fais est risqué, mais c’est plus fort que moi.
    — Menteuse ! crache-t-il. Rends-moi mon fric !
    — Je ne l’ai plus. Rendu à son propriétaire.
    — Tu l’as rendu à ce mioche, c’est ça ? Comment t’as su d’où il venait, d’ailleurs ?
    — Je l’ai su, c’est tout.
    — T’as merdé, l’alien. Faut que t’apprennes qu’on se fout pas d’ma gueule à moi !
     Il lève son poing.
    — Je te déconseille de me toucher ! je le préviens.
     De plus en plus de choses bizarres arrivent en ce moment. Je me méfie de ces phénomènes, même contre quelqu’un comme Killian. Il s’esclaffe.
    — T’essaie de me menacer, l’alien ?
     Son poing s’écrase sur mon nez, mais c’est lui qui tombe, inconscient. Ses potes me lancent des regards horrifiés. Je m’enfuis dans les couloirs sans demander mon reste. Autour de moi, je jurerais voir les cartables voler.

    
*

    — Qu’est-ce qui ne va pas, Lisbeth ?
     La psy de l’école m’observe derrière ses lunettes papillon. Elle ne m’inspire pas confiance. Comme la plupart des gens, en fait.
     Tout le monde m’évite. On fait comme si je n’existais pas. Killian et sa bande bien sûr, mais aussi les autres élèves et les professeurs. De plus en plus de choses étranges se produisent autour de moi. Ils le voient, mais ils ont trop peur pour en parler. Ils y pensent beaucoup, par contre.
     La psy attend toujours une réponse. Elle n’est pas au courant.
    — Je suis différente, dis-je simplement.
     Elle note quelques mots sur son carnet.
    — Hm donc tu te sens différente… Comment ça ?
    — Non, je ne me sens pas différente. Je le suis. Depuis toujours, je crois. Avant, je ne le comprenais pas vraiment.
     Je pensais que c’était les autres qui étaient bizarres…
    — Hm… donc tu te qualifierais de « bizarre » ?
    — Je ne sais pas comment je me qualifierais. Les autres pensent ça de moi, c’est tout.
    — C’est donc ce que tu penses qu’ils pensent de toi ?
     Elle continue de prendre des notes. C’est agaçant.
    — C’est ce qu’ils pensent vraiment. Ils ont peur de moi.
    — Hm, je vois… Simple suggestion, ne penses-tu pas que tu pourrais projeter ton propre rejet de toi-même sur ton entourage ?
     Elle est débile ou quoi ? Face à mon silence, elle ajoute :
    — Après tout, on ne peut jamais vraiment savoir ce que pensent les autres, n’est-ce pas ?
     Je la fixe en silence. Ses pensées stupides me donnent mal au crâne.
    — Non, bien sûr. Vous avez sans doute raison. Tout est dans ma tête : l’adolescence, l’acceptation de soi, tout ça… Allez salut !
     Sans écouter ses protestations, je file hors de ce bureau de malheur et cours m’enfermer dans ma chambre.

    
*

     Assise par terre, je regarde mon reflet dans le miroir brisé. Il a explosé lorsque je suis entrée. La colère, sans doute.
     Pourquoi la psy a-t-elle refusé de comprendre ? Pourquoi personne n’a jamais rien compris ? Et pourquoi, moi, je comprends toujours tout si bien ? Trop bien !
     La boite de comprimés traine sur le sol, vide, comme je le serai bientôt.
     Pourquoi ai-je volé cette boite ?
     Pourquoi ai-je pris ces comprimés ?
     Je n’ai plus la force de me soutenir. Je tombe, allongée sur le sol.
     Je revois des images de mon enfance. Je mourrai sans comprendre.
     Je revois mes parents allongés, presque paisibles dans leur marre de sang. J’entends les voix… Je les rejoindrai sans obtenir de réponses.
     Tant pis. J’en ai marre de ces conneries. Ma vie, en fin de compte, n’était qu’une vaste blague.
     Je ferme les yeux.

    
*

     Le retour fut rude. Il me fallut un moment pour me rappeler qui j’étais.
     Emily, seize ans… Je suis à nouveau moi !
     Lorsque je retrouvai mes esprits, je réalisai que mes joues étaient couvertes de larmes. Tout comme celles de Liz. Je fixais le sol en silence. Elle serrait dans ses bras l’ours en peluche, Amy.
    — Je me suis réveillée à l’hôpital. Quelque chose… ou plutôt quelqu’un m’avait maintenue en vie et avait laissé un vieux manuscrit étrange sur la table de chevet.
     Le journal de Zaïra ?
     Ces paroles énigmatiques n’éveillèrent pas ma curiosité. Elle était assommée, comme tout le reste.
    — Liz, je…
    — Ça m’a fait du bien… me coupa-t-elle, de partager tout ça avec toi.
     Je lui souris. Elle me sourit en retour. Un vrai sourire sincère.
     En sortant de la chambre, je me sentais étrangement apaisée. Je n’avais pas pu lui poser toutes mes questions, mais elles semblaient à présent bien futiles. Je le sentais : une étape importante venait d’être franchie.

Texte publié par LizD, 2 septembre 2020 à 10h42
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