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Tome 1, Chapitre 25 Tome 1, Chapitre 25
Avertissement :ce chapitre évoque des sujets sensibles comme l'automutilation ou le suicide et peut éventuellement heurter les personnes sensibles ou concernées par ces sujets.
    
     Et cela ne fit qu’empirer. Le reste de la journée se déroula comme si rien ne s’était passé et Liz ne montra aucun signe de sa présence. Mr Barkley alla bien lui rendre visite en fin de matinée et dans le courant de l’après-midi, mais il revint sans rien nous apprendre de nouveau : elle avait besoin de repos. Mon inquiétude ne fit que croitre encore un peu. En temps normal, il aurait été rassurant que Liz prenne soin de sa santé. Le problème était que cela ne lui ressemblait pas. La Lisbeth que je connaissais, celle qui s’était sacrifiée sans même envisager les autres possibilités, celle qui avait trouvé un moyen de nous contacter alors même qu’elle était retenue et probablement torturée chez les sorciers, ne s’accorderait pas une minute de repos. Elle aurait voulu nous parler, nous rassurer, organiser un nouveau plan, poursuivre ses recherches… bref, reprendre les choses en main.
     Qu’est-ce qui a changé ?
     Je gardais cependant ces réflexions pour moi car Cam et Sara, qui la connaissaient bien plus que moi, ne montraient aucun signe d’une telle préoccupation. Au contraire, elles étaient paisiblement retournées à leurs activités.
    Mr Barkley nous ayant accordé quelques jours de repos, je broyais encore du noir en regardant passer les heures. Je n’avais envie de rien.
     J’en ai marre !
     Ce QG renfermé, ces murs inexorablement blancs, cet ennui, cette passivité, cette impuissance… Si cet endroit m’avait rassurée au premier abord, il m’était désormais insupportable. Cette situation ne pouvait plus durer. Nous ne pouvions pas nous cacher indéfiniment à attendre qu’ils nous trouvent et qu’ils fassent de nous ce qu’ils voudraient.
    Je soupirai pour la centième fois en quelques minutes. J’attrapai mes écouteurs afin de tromper un peu mon ennui, mais j’entendis soudain le doux son de mon instrument favori : Cam s’était remise à jouer. Je fermai les yeux et me concentrai sur la musique. C’était la Sonate au clair de lune et, bien que la connaissant par cœur, j’eus comme l’impression de l’entendre pour la première fois. A la fin du premier mouvement, j’avais les larmes aux yeux. Je pus respirer un instant pendant le deuxième mouvement, plus rapide, plus joyeux. Je m’attendais à ce qu’elle s’arrête là. Elle n’était jamais allée jusqu’au bout du morceau. Cependant, les premières notes du troisième mouvement se firent entendre. Alors, ce fut l’explosion. Les notes s’enchainèrent si vite et avec tant de violence que j’avais peine à croire que c’était bien Cam qui les produisait. J’étais époustouflée par cette interprétation si passionnée. Qu’on ne se méprenne pas : je ne connaissais rien à la musique, mais elle m’avait toujours parlée. J’y décelais plus d’émotions que dans la parole elle-même. Et ce troisième mouvement de la Sonate au clair de lune était un véritable tourbillon : tristesse, mélancolie, frustration, colère… tout y passait. Une fois le morceau fini, je souris malgré moi.
    Elle montre enfin son vrai visage.
    
    
*

    
     Mon apathie était telle ce soir-là que je peinai même à me lever pour le souper. Mais à l’idée que Liz y serait peut-être, je descendis à toute vitesse. Encore une déception, bien entendu.
     Elle saute des repas maintenant ?
     J’eus à peine assez d’appétit pour avaler trois bouchées. Seul le bruit des couverts atténuait le vacarme du silence. Alors que je m’apprêtais à sortir de table sans m’éterniser, Cam me retint.
    - Attends… il faut qu’on te parle de quelque chose…
     Elle chercha le regard de Sara pour confirmer ce qu’elle disait. Je me rassis, étonnée par son sérieux. Elle reprit :
    - Ce n’est pas normal… Je veux dire, l’attitude de Liz. D’accord, elle ne va pas bien, mais… c’est pas son genre de réagir comme ça.
     Alors ça l’inquiète aussi…
     Je refusai de ressasser mes précédentes réflexions et de les laisser prendre le dessus.
    - Elle s’accorde peut-être juste un jour de repos ? proposai-je.
     Elles semblaient dubitatives. Même Melody secoua la tête en signe de désaccord.
    - Il y a quelque chose d’autre, poursuivit Cam, je le sens…
     Elle échangea un regard avec Sara avant de poursuivre.
    - J’ai vraiment un mauvais pressentiment, Lily.
     Je ne pouvais que l’approuver, mais je ne comprenais pas pour autant où elle voulait en venir.
     Pourquoi me dire tout ça maintenant ?
    - On s’est dit, poursuivit Sara, que quelqu’un devrait peut-être aller lui parler et…
     Cam la coupa :
    - Je pense que la mieux placée pour ça c’est toi, compléta-t-elle.
     Moi ?
    - Mais… je la connais depuis moins longtemps, prétextai-je.
    - Comme si ça changeait quelque chose ! s’exclama Cam.
    - En plus, renchérit Sara, c’est clairement à toi qu’elle fait le plus confiance : elle écoutera plus ton avis que le nôtre.
    - Je… je sais pas, dis-je.
    - Ecoute Lily, reprit Cam, il faut vraiment que quelqu’un intervienne. Même au-delà de toute supposition sur qui Liz écoutera le plus, c’est toi qui as le plus de self-control.
    - Ça finit toujours en dispute entre Liz et moi, commenta Sara, et Melody la connait à peine…
    - Je jetai un regard interrogateur à Cam.
    - Je… je suis désolée, se justifia-t-elle, je ne peux pas… Je n’ai pas la force pour une telle conversation maintenant… Alors, tu veux bien y aller ?
     Entre ses arguments et son ton suppliant, je ne pus me résoudre à refuser. De toute façon, cela faisait longtemps que je voulais lui parler. Je voulais savoir pourquoi elle s’était sacrifiée ainsi, sans nécessité.
     C’est ainsi que je me retrouvai à monter les marches en direction du premier étage, répétant tout bas la façon dont j’allais amener la conversation.
     Je la réveille si elle dort encore ?
     Une fois devant la porte, je songeai à attraper la poignée directement, puis me ravisai et décidai de frapper : elle savait probablement que j’étais là, mais c’était une question de politesse. Je frappai trois coups. Aucune réponse. Je dus me faire violence pour ne pas tourner les talons. Prenant mon courage à deux mains, je tournai la poignée. J’avais à peine poussé la porte de quelques centimètres lorsqu’elle se referma brusquement sur moi, produisant un bruit sourd rapidement suivi du cliquetis caractéristique de la serrure qui se verrouillait.
    - Hééé ! poussai-je, estomaquée.
     L’indignation et la peur remplacèrent la réserve. Je me servis de mon pouvoir pour faire disparaitre le verrou qui me faisait obstacle et entrai précipitamment. Mon sang ne fit qu’un tour. Liz était assise sur son lit – jusque-là rien d’anormal – mais ce que je vis en premier, ce fut l’objet qu’elle tenait dans sa main : l’un de ses longs couteaux de combat. Elle n’avait pas vraiment l’air de s’entrainer avec… Je réagis rapidement et le couteau s’évapora dans les airs.
    - Bien joué ! commenta-t-elle. Je vois que tu t’améliores…
     Même prise sur le fait, elle conservait un calme à toute épreuve. C’était loin d’être mon cas. Je me mis à retourner toute la chambre à la recherche d’autres armes ou objets coupants, tout en lui jetant des regards furtifs pour vérifier qu’elle n’était pas blessée et surtout qu’elle ne faisait aucun geste suspect. Au bout de quelques minutes, j’avais une petite dizaine de couteaux dans les mains. Je les rassemblai au centre de la pièce, à bout de souffle.
    - C’est bon, t’as fini ? On peut parler maintenant ?
     Je hochai la tête, plus calme mais non moins tendue. Elle m’invita à m’asseoir à côté d’elle. Je remarquai alors que, malgré ses remarques, elle ne souriait pas du tout. Elle soupira.
    - Je suis désolée que tu aies dû voir ça.
    - Tu… tu allais… ?
     Je fus soulagée de ne pas avoir à finir cette phrase-là. Elle eut un rire qui n’avait rien de joyeux.
    - Honnêtement, je sais pas…
     Je restai sans voix.
     On est censé réagir comment, là ?
     Ses grands yeux m’observaient de cet air impassible qui était tellement à l’opposé de la cacophonie qui régnait dans ma tête.
    - Je… je ne comprends pas, finis-je par dire.
     Est-ce à cause de ce qui s’est passé ?
     Elle soupira.
    - Je pensais que… c’était derrière moi, tout ça, que tout avait changé… Mais je m’étais trompée.
     Elle ne me laissa pas le temps de la contredire : elle me tendit la main. J’hésitai un instant, mais ma curiosité l’emporta et je la saisis. Le soulagement qu’elle ressentit m’envahit : je lui faisais toujours confiance. Ce fut ma dernière sensation propre. Ensuite, tout devint blanc.

Texte publié par LizD, 31 août 2020 à 13h47
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