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Tome 1, Chapitre 22 Tome 1, Chapitre 22
Il faisait nuit noire. Sara et moi avancions lentement dans la forêt, un G.P.S. guidant chacun de nos pas. Le calme environnant était effrayant : seule la mer se faisait entendre à quelques centaines de mètres de là. J’avais beau savoir que nous n’étions pas seules, que des soldats nous suivaient sous camouflage, la sensation d’être livrée à moi-même dans ce bois m’oppressait. Je commençais également à me poser des questions.
     Il n’y a rien ici !
     Le seul bâtiment en vue était un vieux phare sur la côte. A part lui, des arbres s’étendaient à perte de vue sous le ciel sans lune.
    - On y est presque, murmura Sara qui tenait le G.P.S.
     De la buée s’échappa de sa bouche. La température hivernale me faisait frissonner, à moins que ce ne soit la peur ? Dans tous les cas, j’étais frigorifiée.
     Melody ne nous avait pas accompagnées. Même si son don était utile, il aurait été trop précipité de lui demander de l’utiliser. Après avoir perdu son passé, il lui faudrait du temps pour commencer une vie plus stable. De plus, deux d’entre nous étaient amplement suffisantes pour accomplir cette mission. Nous avions donc préféré ne pas la brusquer inutilement, même si elle serait sans doute déçue de ne pas avoir pu participer…
     Me perdre dans mes pensées me permettait d’oublier mes craintes oppressantes. Cependant, je frôlai de peu la crise cardiaque lorsque Sara m’arrêta soudainement en m’attrapant par l’épaule.
    - Là ! me prévint-elle. Il y a quelqu’un !
     En effet, à travers l’obscurité, j’aperçus un nuage de vapeur : signe de la présence d’une autre forme de vie. Mes yeux s’habituant petit à petit, je finis par apercevoir une silhouette. Je m’immobilisai instantanément. Je ne voyais pas clairement cette personne, mais une chose était sure : au vu de sa taille, il ne pouvait s’agir d’aucune de mes deux amies. Je m’apprêtai à utiliser mon pouvoir afin de l’identifier, mais il ne nous laissa pas hésiter plus longtemps.
    - Bon, je vous laisserais bien toute la nuit pour approcher, mais comme je manque de temps et que j’me les gèle, je vais devoir vous demander de vous dépêcher, s’il vous plait !
     Sara et moi nous regardâmes, déroutées. Le ton était moqueur, certes, mais pas vraiment malveillant. La nonchalance, en revanche, était bien présente.
    - Eh ! Vous m’avez entendu ? Je vous ai vues, c’est plus la peine de vous cacher !
     Au moins, ce n’est pas la voix de Marcus.
     Ceci me décida à approcher. Sara me suivit, sur ses gardes. A mesure que j’avançais, les traits de la silhouette commencèrent à se préciser. C’était un garçon d’à peu près notre âge, peut-être un peu plus âgé : difficile à dire dans l’obscurité. Il ne portait pas le long manteau noir des sorciers, mais quelque chose d’étrange émanait de lui, de son énergie.
    - Qui es-tu ? Qu’est-ce que tu nous veux ? l’interrogea Sara.
     Mes sens m’indiquèrent qu’elle était prête à utiliser son pouvoir si besoin.
     Il ne répondit à aucune de ses questions, mais se tourna vers moi.
    - Je suppose donc qu’il faut que je m’adresse à celle qui réfléchit au lieu de parler inutilement : Alice’s Adventures in Wonderland, Harry Potter and the Prisoner of Azkaban, Wuthering Heights, The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde et le dernier… ah oui ! The Hound of the Baskervilles !
     J’écarquillai les yeux. Sara ne réagit même pas à son insulte tant la surprise était grande : il connaissait le mot de passe de Liz !
     Soit c’est elle qui l’envoie, soit…
    - Qui nous dit que vous n’avez pas tout manigancé, que ce n’est pas un piège ? rétorqua Sara.
     Il l’ignora une nouvelle fois.
    - Tu m’as reconnu, toi, je me trompe ? lança-t-il à mon adresse.
     Je balbutiai, prise au dépourvu.
    - Tu… tu es celui qui a laissé la clé sur la porte… dans le train.
    - Donc, maintenant, vous voulez bien m’écouter ?
     Sara intervint de nouveau, sans me laisser le temps de répondre :
    - Tu crois peut-être que c’est suffisant ? Tu nous as permis d’entrer dans le wagon et c’était un piège !
     Il soupira.
    - Je n’étais pas au courant pour ça, personne ne l’était…
    - Et on est censée te croire comme ça, sur parole ?
     Elle était tendue à l’extrême, lui était la nonchalance incarnée. Il me semblait même qu’il avait les mains dans les poches.
    - Elle, elle me croit, rétorqua-t-il en me désignant.
     Je déglutis, mal à l’aise. En effet, je me rappelais ce que Liz nous avait dit sur le train : il n’avait pas laissé la clé dans le but de nous piéger.
     Mais pourquoi, alors ?
    - J’ai confiance en Liz, répliquai-je. C’est bien elle qui t’envoie ?
     Il prit un ton plus sérieux.
    - Elle m’a dit de me poster ici cette nuit et qu’elle se chargeait de vous faire venir. Voilà le plan : je les fais sortir et je vous les ramène ici. Ensuite, vous déguerpissez en vitesse.
    - Où sont-elles ? Pourquoi ne pas les avoir amenées de suite ?
     Sara marquait un point. De plus, il n’y avait rien ici : où pouvait-il bien aller les chercher ?
     Il soupira à nouveau.
    - Depuis le temps que je suis là, on aurait déjà remarqué leur absence et finie l’évasion ! Il y a un vieux tunnel… juste ici !
     Il tapa du pied sur le sol et un bruit creux retentit.
    - C’est le meilleur endroit pour ne pas se faire repérer : j’entre et je ressors avec elles, ni vu ni connu.
     Sur ce, il saisit quelque chose sur le sol et le tira à lui. Une trappe s’ouvrit sur un escalier encore plus sombre que la forêt.
    - Et pourquoi on n’irait pas les chercher nous-mêmes ? insista Sara.
     Cette fois, le garçon eut l’air agacé.
    - Laisse-moi t’expliquer puisqu’apparemment tu as du mal à comprendre : sous cette trappe se trouve un labyrinthe obscur plein de vilains sorciers qui attendent qu’une écervelée vienne « sauver » ses amies. Pour réussir, il faut donc deux atouts que tu ne possèdes pas : savoir se repérer là-dedans et passer inaperçu.
     Sara fulminait, sur le point d’exploser. Je la retins par le bras.
    - Quoi ? Tu lui ferais confiance ? s’emporta-t-elle. C’est l’un des leurs !
    - Je sais, répondis-je calmement en chuchotant, mais on est quasi-sures que c’est Liz qui l’envoie. Et puis on n’a pas vraiment le choix : c’est notre seule chance, tu te rappelles ?
     J’évitai de lui parler de la sensation étrange que j’avais eue au sujet de son énergie et de mon intuition qui me poussait à lui faire confiance : elle avait besoin d’arguments rationnels.
    - Et si on se trompe ? Et si c’est un piège ? chuchota-t-elle en retour. Il vaudrait mieux appeler Mr Barkley et entrer là-dedans en force !
     Je compris alors que son attitude agressive n’était que sa façon d’exprimer ses peurs. Elle ne voulait plus commettre d’erreurs ni perdre qui que ce soit. Je comprenais cela mieux que personne.
    - S’ils sont si nombreux qu’il le dit, nous ne serons pas assez pour tous les vaincre et sortir de là en un seul morceau… Et puis on n’a rien à perdre en le laissant aller : si ça tourne mal, on appellera Mr Barkley…
     Le garçon, qui s’était mis à siffler pendant nos messes basses, nous interrompit soudain :
    - Au fait, Marcus n’est pas là. J’aurais peut-être dû le dire avant… Cela dit, il revient à l’aube donc si vous pouviez vous dépêcher…
     Lui aussi, il en a peur ?
    - Très bien, concéda Sara, mais j’ai encore une dernière question : pourquoi tu fais ça ? Pourquoi un sorcier nous aiderait ?
    - J’ai mes raisons, répondit-il simplement.
     Sur ce, il s’enfonça dans le tunnel, nous replongeant dans le silence. Commença alors pour nous la plus longue et pénible attente de notre vie. En tout, il partit peut-être une demi-heure, mais cela nous parut durer une éternité. Nous restâmes immobiles, dans le froid, fixant la trappe béante comme si elle allait nous révéler ce qu’il se passait là-dessous.
     Soudain, une voix résonna dans le silence, en provenance d’une poche de ma veste.
    - Ici Barkley. Tout va bien ? Terminé.
     Je portai le talkie-walkie à ma bouche, sous le regard inquisiteur de Sara, et répondit :
    - Ici Emily. Tout va bien. On devrait pouvoir revenir bientôt avec les filles. Terminé.
     La réponse ne se fit pas attendre.
    - Ici Barkley. Vous avez encore quinze minutes. Ensuite, on vous rejoint. Terminé.
     Je n’osai lui parler du sorcier qui nous aidait. Il aurait sans doute désapprouvé ma décision. Cependant, Liz avait fait confiance à ce garçon et qui de mieux qu’elle pour juger de la fiabilité des gens ? J’espérais simplement qu’il reviendrait avant l’intervention de l’armée. Quelque chose me disait que tout serait alors compromis.
     Sara soupira :
    - Ça va mal se passer…
     Je l’ignorai, redoutant moi-même l’issue de cette attente, mais elle ne lâcha pas l’affaire :
    - J’arrive pas à croire que tu fasses encore confiance à Liz après ce qu’il s’est passé.
     Quel culot ! C’est qui qui a déclenché tout ça ?
    - Si on ne se fait pas confiance entre nous, je ne vois pas comment on pourra s’en sortir, rétorquai-je.
     Je ne lui montrai pas que sa remarque avait atteint sa cible. Je comptais d’ailleurs avoir une petite discussion avec Liz après son retour.
     Si elle revient…
     Mon cœur se serrait à chaque minute qui passait. Mes sens étaient en alerte. Il ne restait que cinq minutes lorsque je détectai enfin quelque chose : des énergies qui remontaient vers la surface. Aucune d’entre elles n’était négative, heureusement. Elles étaient faibles, mais il s’agissait bel et bien de Liz et de Cam.
    - Elles arrivent, murmurai-je à Sara.
     Alors, nous approchâmes de la trappe pour voir deux silhouettes remonter l’escalier. L’une d’elles était le garçon qui portait quelque chose dans ses bras. L’autre devait être Cam. Lorsqu’ils sortirent à l’air libre, nous vîmes qu’elle s’appuyait sur lui pour marcher. Quant à Liz, elle était inconsciente dans les bras du garçon, emmitouflée dans une couverture. Il la portait aussi facilement que s’il s’agissait d’un oreiller. Elles étaient dans un état lamentable. Il n’y avait pas d’autre mot : maigres, sales, les vêtements en haillons… Il faisait trop noir pour voir l’expression de Cam, mais elle n’était pas difficile à imaginer.
    - Voilà ! déclara le garçon. Colis livré, comme promis.
     Il déposa Liz par terre.
     Sara resta en retrait. Moi, oubliant toute prudence, je me ruai vers Cam et la pris dans mes bras.
    - C’est fini maintenant, on est là… dis-je autant pour moi que pour elle.
     Elle resta apathique un instant, puis sembla se réveiller.
    - Fi… fini ?
     Je hochai de la tête en essayant de lui sourire, mais le regard qu’elle me rendit me glaça le sang. C’était comme si toute lumière s’était éteinte en elle et que j’essayais de rallumer le brasier avec une simple allumette. Sara s’approcha à son tour. Elle regarda Cam hébétée, puis Liz inconsciente.
    - Qu’est-ce que vous leur avez fait ?
     Sa rage était presque palpable. Pourtant, cette fois, il ne vint pas à l’esprit du jeune sorcier de faire du sarcasme. Il se contenta de baisser la tête sans répondre. Sara sembla vouloir répliquer, mais le talkie-walkie se fit à nouveau entendre.
    - Ici Barkley. Le temps est écoulé. Terminé.
     Je m’empressai de répondre.
    - Ici Emily. C’est bon, elles sont avec nous. On arrive. Terminé.
     Sara ramassa Liz en la réemballant dans la couverture et, sans rien ajouter de plus, elle repartit d’où nous étions venues. Je pris la main de Cam et me tournai vers le garçon.
    - Merci, dis-je.
     Puis à mon amie :
    - Tu viens, Cam ? On rentre…
     Elle hocha la tête et je commençai à la guider à la suite de Sara tandis que le sorcier se détournait. Soudain, Cam lâcha ma main et courut vers lui.
    - Attends !
     Je sursautai au son de sa voix. Elle semblait avoir repris vie en une fraction de seconde.
    - Viens avec nous ! l’implora-t-elle. Ils sauront que c’est toi ! Ils vont te le faire payer et…
     À ma plus grande surprise, il prit ses mains entre les siennes, mais elle ne recula pas sous l’effet d’une quelconque douleur : elle se laissa faire.
    - Ce sont mes affaires, répondit-il doucement. Ne t’inquiète pas pour moi et pars maintenant : tu en as besoin.
     Il lâcha ses mains et disparut sous la trappe. Cam revint vers moi en larmes. Elle murmura quelque chose que je compris à peine :
    - Il va se faire tuer…
     Je nageais en pleine confusion. Cependant, le plus important pour l’instant était mes deux amies qui avaient besoin de moi. Alors, je passai un bras autour de son épaule pour l’aider à avancer tout en lui prodiguant des paroles rassurantes. Lentement, nous rejoignîmes Sara et la fourgonnette où nous attendait Mr Barkley.
    

Texte publié par LizD, 24 août 2020 à 11h56
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