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Tome 1, Chapitre 21 Tome 1, Chapitre 21
À sept heures du matin, j’avais toujours les yeux grand ouverts. J’avais passé le reste de la nuit à imaginer comment le « sauvetage » se passerait et à m’interroger sur le moyen que Liz avait trouvé pour nous contacter. Comment avait-elle réussi à nous parler en rêve, à contrôler son ordinateur à distance et, surtout, à connaitre précisément le titre des livres posés sur son bureau alors même que celui-ci, ainsi que le reste de sa chambre, était en état cauchemardesque ? Pour résumer, j’avais l’esprit quelque peu embrumé.
     Sans plus tarder, je me levai et tentai de me rendre présentable. Surprise, je constatai que j’avais meilleure mine. L’épisode de la nuit m’avait redonné espoir et cela devait se lire sur mon visage. Pour les cernes, mieux valait abandonner tout de suite. Après une courte douche, je réalisai mon exercice quotidien avec mes ailes. Cela me venait de plus en plus naturellement. Juste avant de faire disparaitre ces quatre feuilles d’argent, je me demandai comment mes parents réagiraient en les voyant pour la première fois…
     Du calme, Emily ! Chaque chose en son temps !
     Certes, cela ferait peut-être trop à digérer en une fois.
     Dans le salon, je retrouvai Melody pour le petit-déjeuner. Elle me lança un sourire radieux : elle savait que c’était un grand jour pour moi. Comme à son habitude dans cette nouvelle routine, Sara était absente, levée à l’aube pour s’entrainer. J’en déduisis qu’elle n’avait pas encore informé notre nouvelle comparse des récents évènements. Tout en me forçant à manger malgré mes nœuds à l’estomac, j’expliquai donc succinctement que nous avions des informations concernant nos amies disparues. Son sourire s’élargit et elle me parut avide d’en savoir plus, mais je n’étais pas d’humeur très bavarde et quelques obstacles linguistiques m’empêchèrent de tout expliquer en détail.
     Il faut vraiment que tu t’améliores en anglais…
     L’heure d’arrivée de mes parents approchait et bientôt je dus renoncer à finir mon toast sous peine de perdre le reste de mon petit-déjeuner dans la cuvette des toilettes. Melody posa une main sur mon épaule et prit un sourire confiant qui, à lui seul, exprimait bien plus que des mots. Je lui souris en retour pour la remercier et partis attendre dans ma chambre, là où Mr Barkley ne manquerait pas de venir me chercher le moment venu.
     À ma grande déception, ce ne fut pas lui qui débarqua dans ma chambre à huit heures précises, mais une secrétaire. Elle m’expliqua, suite à mes questions pressantes, que Mr Barkley se reposait du voyage. En effet, il avait traversé la manche deux fois en moins de vingt-quatre heures ! Cependant, elle me remit son « Joyeux Noël » et me conduisit dans une autre section du bâtiment. Je ne tenais plus en place.
     Que faire ? Que dire ?
     Au moment de franchir la porte, la main sur la poignée, je me figeai, hésitante.
     Allez, Emily ! T’es plus stressée que pour un exposé ! C’est tes parents, non ?
     Au fond, je n’avais aucune raison d’avoir peur. Pourtant, un poids sur le cœur m’empêchait d’avancer. C’était comme un malaise. Je le surmontai cependant, me laissant aller à mon impatience. J’ouvris la porte.
     Ils étaient tous deux assis sur un canapé. A ma vue, ils se levèrent, mais restèrent plantés sur place. Ma mère ouvrit la bouche, mais ce fut mon père qui parla :
    - Emily…
     Je ne parvins pas à identifier le ton sur lequel il avait prononcé mon nom : ce n’était ni de la colère, ni du soulagement, plutôt une sorte de constatation.
     Comment l’interpréter ?
     Sur le coup, je fus un peu désappointée. J’ignore à quoi je m’étais attendue : dans la famille, nous n’avions jamais été très démonstratifs. Cependant, cette réaction était tellement à l’opposé de ce que je ressentais que je dus freiner mes propres ardeurs pour ne pas les brusquer.
     Je m’approchai lentement d’eux et les observai. Ils paraissaient vieux, bien plus qu’il y a un mois, et les nombreux signes de fatigue sur leurs visages n’amélioraient pas les choses. A côté d’eux, j’avais surement bonne mine : c’est dire ! Ils avaient dû longtemps me chercher, dans l’angoisse, et peu dormir.
     Pas étonnant qu’ils ne débordent pas de joie et d’énergie !
     La culpabilité m’envahit et des larmes coulèrent sur mes joues.
    - Je… je suis désolée ! m’écriai-je soudain. J’aurais dû tout vous dire dès le début et… et je le voulais, mais… j’avais peur et je voulais vous protéger !
     Dit comme ça, cela paraissait un peu bête, mais je poussai tout de même un soupir de soulagement.
     Comme ça fait du bien de dire la vérité !
     Une main se posa sur mon épaule, celle de ma mère. Je pensai d’abord que c’était pour me rassurer, alors je levai la tête, m’attendant à contempler un visage réconfortant. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris son expression ! Elle souriait, certes, mais ce sourire n’exprimait aucune émotion positive. Ses yeux étaient froids, sa main me serrait de plus en plus fort. Elle lâcha, d’un ton agressif :
    - Tu es… désolée ?!
     Sans me laisser le temps de réaliser ce qu’il se passait, elle leva la main. La claque s’abattit sur ma joue dans un bruit retentissant. C’était violent. C’était douloureux. C’était exactement ce qu’il me fallait pour me tirer de la paralysie cérébrale dans laquelle le choc m’avait plongée.
     Le malaise que je ressentais… C’était donc ça !
    - Qui… qui êtes-vous ? demandai-je d’un ton calme qui me surprit moi-même.
     L’homme à l’apparence de mon père ricana :
    - C’est qu’elle est plus futée que ce qu’on nous a dit ! Eh, ne nous regarde pas comme ça ! Nous on est de simples messagers.
     Des messagers ?
    - Ouais, approuva le simulacre de ma mère, mais puisqu’on est là, on va également t’aider à les retrouver… dans la tombe !
     Ils se jetèrent sur moi. Sur mes gardes, je réagis vite et courus vers la porte, mais ce n’était pas assez rapide. L’homme me plaqua au sol, m’immobilisant les mains, tandis que la femme emplissait la pièce d’énergie noire. J’étais désarmée. L’énergie commença à se resserrer autour de moi. Je la sentais me frôler. Je n’avais déjà plus de bouclier. J’étais prise au piège. Alors, tout allait se finir comme ça ? A l’endroit même où je me sentais le plus en sécurité ?
     Certainement pas ! Concentre-toi, ma vieille ! Montre-leur !
     Je fermai les yeux. Quelque chose résistait à cette obscurité ou, plutôt, lui échappait.
     Une énergie… neutre ?
     Sans réfléchir plus longtemps, je m’élançai vers cet espoir. L’homme, surpris par mon élan, lâcha ma main et je pus la saisir pleinement. Un éclair puissant sembla jaillir à l’intérieur de moi et je le jetai en direction de mes assaillants. Ils furent à terre bien avant que je réalise que j’avais la main sur la prise électrique.
     J’eus un mouvement de recul, sentant tous les poils de mon corps se hérisser, puis je tombai, inconsciente.
    
    
*

    
     J’entendis des bruits de pas, puis des coups à la porte de ma chambre.
     Surement Melody… ou Mr Barkley.
     Je me recroquevillai dans mon coin : je ne voulais voir personne. La porte s’entrebâilla tout de même et Sara entra.
     Perdu !
     Elle avança doucement et vint s’asseoir à l’extrémité du lit. Un long silence s’installa avant qu’elle ne prenne la parole :
    - Je pense… que ça doit être le moment de dire quelque chose de réconfortant…
    - Te fatigue pas, lâchai-je. Ils ne sont plus là et… et c’est entièrement ma faute !
     De nouvelles larmes coulèrent sur des joues déjà bien humides.
    - Je suis partie et maintenant je ne les reverrais jamais… J’ai été si stupide… Si j’étais restée, j’aurais pu…
    - Tu aurais pu quoi ? Te faire prendre avec eux ? Non, ça aurait été la meilleure façon de les faire tuer. Tu sais pourquoi ? Parce que, pour Marcus, ils auraient été inutiles, alors.
     Son ton n’était ni ironique ni agressif. Elle m’expliquait, simplement. Cela m’énerva plus qu’autre chose.
    - Ne te sens pas coupable, Emily, car c’est précisément ce qu’ils attendent de toi. Depuis le début, ils manipulent tes émotions par l’intermédiaire de ta famille. Sinon, pourquoi envoyer deux simples sorciers contre toi ? Tout ce qu’il voulait, c’était t’effrayer et te faire croire que tout est de ta faute…
    - Mais qu’est-ce que ça change puisqu’ils sont morts, de toute façon ? m’emportai-je. Morts ! Tu comprends, ça ?
    Elle se précipita vers moi et m’attrapa les épaules pour me regarder bien en face.
    - Oui, je comprends très bien, me dit-elle calmement, mais ce que j’essaie de te dire c’est qu’ils ne sont pas morts.
     Quoi ?
     Son regard était sérieux : ce n’était pas une plaisanterie. De toute façon, plaisanter n’était pas son genre.
    - Co… comment ça ?
     Voyant que je retrouvais mon calme, elle me lâcha, sans s’éloigner cependant.
    - Les sorciers que tu as affrontés sont des métamorphes : ils ont le pouvoir de prendre l’apparence de quelqu’un pendant quelques heures, voire quelques jours pour les plus puissants. Cependant, il y a une condition : la personne copiée doit être en vie tout le long du processus.
     L’espoir, vile tentateur, me revint.
    - Tu… tu en es sure ?
     Elle acquiesça :
    - J’en ai déjà été témoin…
     Je faillis sourire, mais je me ravisai.
    - Mais alors maintenant qu’ils n’ont plus besoin d’eux, ils vont…
     Sara secoua la tête.
    - Honnêtement, je ne pense pas. Marcus est prévoyant : il comptait te porter un coup décisif aujourd’hui, mais il n’était pas sûr de t’abattre à cent pour cent. Il va les garder en vie car ils sont le seul point de pression contre toi. Il ne nous reste plus qu’à découvrir où il les cache…
    - Tu penses… que les deux sorciers le savent ? espérai-je.
     Elle eut un petit rire.
     Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ?
    - Tu veux les interroger ? Tu peux essayer, mais je ne suis pas sure qu’ils te répondront : tu les as bien carbonisés ! D’ailleurs, félicitations pour ton nouveau pouvoir ! Dès que tu le maitriseras, tu pourras… Qu’est-ce que tu fais ?
     Je m’étais précipitée vers les toilettes pour vider le contenu de mon estomac. J’avais encore tué deux personnes… Non, je les avais détruites ! Cela faisait déjà quatre meurtres à mon actif : beaucoup trop pour mes frêles épaules. En seize ans, j’avais fait plus de victimes que certains des pires criminels et Sara, elle, en riait !
    - Ça va ?
     Elle m’appelait depuis l’entrée de la salle de bain. Elle m’aida à me relever car je tremblais et, à ma grande surprise, elle me prit dans ses bras.
    - Désolée, me dit-elle, tu dois penser que je suis insensible, mais…
     Elle soupira avant de poursuivre.
    - Mais il faut bien trouver un moyen d’y faire face… Essaie de ne pas trop y penser pour le moment.
     Elle me ramena jusqu’au lit où je pris le temps de me calmer et de réfléchir.
    - Maintenant, dis-je au bout d’un long silence, ils savent où on est, non ?
     Elle soupira une nouvelle fois.
    - C’est la même chose… A bien y réfléchir, je pense que Marcus sait depuis le début où nous nous trouvons.
    - Mais… pourquoi il… ?
     Elle me coupa, devinant ma question.
    - Il attendait que je commette une erreur, tout simplement. Ainsi, il a pu me faire culpabiliser et me pousser à des actions inconsidérées… A ton avis, qu’aurais-je fait si nous étions restées sans nouvelles ?
     Je déglutis.
    - Tu serais partie à leur recherche, toute seule.
     Elle acquiesça.
    - Et je t’aurai laissée quasiment seule après le choc que tu as subi… J’ignore ce qu’il aurait fait ensuite, mais il ne lui resterait plus beaucoup d’obstacles sur sa route.
     J’écarquillai les yeux. Tout devenait soudain plus clair dans mon esprit : toutes les actions de Marcus prenaient sens. Elles visaient non seulement à me faire du mal, mais aussi à m’éloigner des gens que j’aimais pour ensuite me ronger par la culpabilité. Encore une fois, ces mots résonnèrent dans ma tête :
     Je vais te briser…
     C’était très simple, en fait. Il avait commencé par me terroriser, lentement, pendant de longues années, jusqu’à ce que je craque et que je provoque un accident : premier éloignement et première culpabilité. Ensuite, il m’avait poussée à fuir pour m’isoler, en se servant de ce sentiment, de cette peur de blesser quelqu’un. Par le même procédé, il m’avait poussée à me rendre à la police, mais je leur avais échappé grâce à Mr Barkley. Il avait certainement dû le découvrir lors de notre tentative de sauvetage. Alors, il avait utilisé sa dernière arme, mais la plus efficace : mes parents.
    - Merci… murmurai-je, merci de m’aider à comprendre tout ça.
    - En fait, avoua-t-elle, je viens seulement de le comprendre après l’évènement de ce matin…
     Le silence s’abattit à nouveau dans la pièce. Après avoir enfin compris le passé, je m’inquiétais pour le futur :
    - Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
    - J’ai parlé de notre indice à Mr Barkley, m’annonça-t-elle. Il semblerait que le message vienne bel et bien de Liz, mais il vaut mieux être prudents. Qui sait si ce n’est pas encore une manipulation de Marcus ? Cependant, on ne peut pas laisser passer cette chance…
     Cela ne m’avançait pas beaucoup. Je réitérai ma question :
    - Du coup… on fait quoi ?
     Je n’avais plus la force de réfléchir. Même l’idée d’un nouveau sauvetage ne me redonnait plus le sourire. Tout m’angoissait et m’épuisait. J’écoutai tout de même le plan de Sara :
    - On va au rendez-vous cette nuit. Les coordonnées mènent à un endroit près de la mer, au sud-est d’ici. Ce sera une approche discrète et des renforts armés nous couvriront. J’irai avec eux, mais je comprendrais si tu préférais rester ici après ce qu’il s’est passé. Melody reste aussi et…
    - Pas question que tu y ailles seule, la coupai-je.
     J’avais beau être épuisée, démoralisée, angoissée et surement plein d’autres choses, il était hors de question que je laisse encore tomber qui que ce soit.
     Plus jamais !
    - Très bien, répondit-elle avec un sourire. On se réunira à vingt-deux heures : repose-toi tant que tu en as l’occasion.
     Elle se leva et, motivée, elle sortit de ma chambre, me laissant avec mes pensées.
     Me reposer ? Elle en a de bonnes !
     Je passai toute la soirée à jouer avec l’électricité de ma lampe de chevet, tentant de maitriser cette énergie qui m’avait échappé jusque-là et qui semblait dévastatrice. Il fallait bien s’occuper les pensées d’une façon ou d’une autre… Je parvenais à tenir une étincelle en main lorsque l’heure arriva et que Sara et Mr Barkley vinrent me chercher pour m’expliquer la suite des opérations.
    

Texte publié par LizD, 21 août 2020 à 08h35
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