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Tome 1, Chapitre 20 Tome 1, Chapitre 20
Quatre jours plus tard, l’angoisse était toujours dans nos cœurs. Bien sûr, il avait bien fallu tout raconter à Mr Barkley et c’est à moi que la tâche était incombée. En effet, si Sara était peu loquace de nature, ce fut encore pire après notre échec cuisant. Les mots étaient une denrée rare. Quant aux rires, n’en parlons pas.
     Nous passions tout notre temps à nous entrainer : cette activité, en plus de nous donner une illusion d’utilité, nous faisait penser à autre chose et nous fatiguait suffisamment pour pouvoir dormir, la nuit venue. Barkley m’avait semblé affligé en apprenant la triste nouvelle, mais, en professionnel, il avait su le cacher et retourner à son travail avec, cependant, un acharnement peu coutumier.
     Melody tentait de faire bonne figure, mais elle ne devait pas se sentir beaucoup mieux : perdue dans un monde étranger, tentant de digérer les nouvelles informations, dans une atmosphère tout sauf accueillante. Cependant, elle m’étonnait souvent par sa force de caractère. Elle passait ses journées à apprendre le français et avait même fait quelques progrès notables en peu de temps. Nous (enfin, surtout moi) avions tenté d’en apprendre plus sur elle, en vain. Elle refusait de donner la moindre information. C’est alors que Mr Barkley nous avait annoncé qu’elle était amnésique : elle n’avait aucun souvenir de ce qui avait précédé son réveil dans le train. On pourrait penser que c’est triste, et même affreux, de se retrouver soudain sans racines, sans repères… Cependant, plus je regardais Sara, plus je me disais que son sort était en fait plutôt enviable. Mais je ne me leurrais pas : une telle amnésie, sans séquelle physique, n’avait pu être causée que par des évènements particulièrement traumatisants.
     Qu’y a-t-il dans sa tête pour que sa mémoire ait préféré l’effacer ?
     Une nouvelle fois, je veillais en ressassant des idées noires. J’évitais cependant de penser à mes deux amies perdues car, alors, j’étais certaine de ne pouvoir fermer l’œil. Je me retournai pour la centième fois et essuyai une nouvelle larme sur mon visage. Quatre jours de recherches actives, quatre jours et nous n’avions toujours aucun indice. La trace de leur puce électronique n’avait rien donné : leurs vestes avaient été retrouvées dans une décharge, un papillon de sang tracé dessus. D’autres méthodes étaient en cours, mais plus le temps passait, plus nous désespérions, et plus Sara s’entrainait dur, emmurée dans le silence. Son sentiment de culpabilité était presque palpable.
     Pourtant, malgré ce silence, malgré les récents évènements, malgré notre impuissance et malgré mon pessimisme notoire, je gardais une once d’espoir. Certains appelleraient ça de la foi, d’autres du déni, mais quelque chose en moi continuait de croire qu’elles reviendraient, que tout finirait par s’arranger. Peut-être était-ce grâce à Melody ? Sa simple présence dégageait une aura rassurante, sans parler de son don.
     Comment appeler ça, d’ailleurs ? L’éloquence ?
     En fait, ce dernier était plutôt de nature à vous glacer le sang. Elle pouvait contrôler n’importe qui simplement par le son de sa voix. C’est pourquoi elle évitait généralement de parler. À la place, elle gribouillait sur un petit carnet. Non pas qu’elle en ait besoin pour se faire comprendre : elle possédait comme une éloquence naturelle dans sa façon d’être qui lui permettait de transmettre aisément une impression ou une émotion.
     Si seulement ça marchait aussi avec Sara !
     La pauvre avait bien plus besoin de réconfort que moi, mais pour cela il eût fallu pouvoir percer sa bulle…
     J’attrapai mon MP3 pour regarder l’heure : minuit et deux minutes.
     Joyeux Noël !
     Nous étions le 25 décembre. Je ne pouvais m’empêcher de penser à la façon dont mes amies passaient cette nuit « de fête ». C’était également le premier réveillon que je passais sans mes parents.
     Encore une cause d’insomnie : ils viennent demain !
     Notre « excursion » n’avait rien changé au déroulement du processus administratif : ils avaient débarqué à Londres la veille et ils me verraient demain, mais dans quel état ! Des cernes jusqu’au milieu des joues, des yeux rouges et une mine atterrée : superbe façon de les accueillir ! Cependant, je n’avais rien voulu repousser. Les serrer dans mes bras et surtout les savoir en sécurité étaient ce dont j’avais le plus besoin en ce moment.
     Après le retour des filles, évidemment…
     Après avoir longuement observé notre photo de famille, j’allumai mon MP3 et décidai de dormir pour éviter de ruminer. En évitant soigneusement la « Sonate au clair de lune », je me laissai bercer par le son du piano. Il fallait que je dorme.
    
    
*

    
    - Lily… Lily !
     Une étrange voix m’appelle dans le brouillard. Mais, cette voix… je la connais ! Je décide de la suivre. Je cours à l’aveuglette en criant, les larmes aux yeux.
    - Liz ! Liz ! Où es-tu ?
    - Viens, se contente-t-elle de répondre.
     Soudain, la brume semble se dissiper et je découvre mon environnement. Il s’agit d’une pièce. Je ne l’ai jamais vue qu’une seule fois et, pourtant, je la reconnaitrais entre mille : la voix m’a emmenée dans la chambre de Liz !

    
    
*

    
     Pourquoi c’est toujours quand je m’endors qu’il se passe quelque chose ?
     Je ne me plaignis pas plus longtemps. Aussitôt mes yeux ouverts, je me ruai dans le couloir et appelai :
    - Sara !
     Ces deux syllabes à peine prononcées, je la vis sortir en trombe de sa chambre, l’air ahuri. Je devinai : elle avait fait le même « rêve » que moi. Sans dire un mot, nous nous précipitâmes vers la chambre de Liz, endroit soigneusement évité jusqu’alors. Mais, derrière la porte, une grande déception nous attendait. Tout était comme avant : les meubles, les livres, le désordre… Rien n’avait changé. J’ignorais à quoi je m’étais attendue, mais surement pas à ça, c’est-à-dire à rien.
     Ce n’était peut-être qu’un rêve, après tout ?
     Sara et moi échangeâmes un regard. Non, ce ne pouvait pas être une coïncidence. Et puis, cette voix m’avait semblé si réelle… Je soupirai en parcourant la chambre des yeux une nouvelle fois.
     S’il y avait le moindre indice, il serait caché par tout ce bazar !
     Je m’apprêtais à abandonner quand, soudain, un léger bruit m’interpella : comme un « Bip ». Je m’immobilisai. Sur le point de quitter la pièce, Sara me lança un regard interrogateur. Je n’eus même pas le temps de m’expliquer : une lumière était apparue dans l’obscurité, depuis l’écran d’ordinateur. Ce dernier venait de s’allumer, tout seul.
     Comment… ?
     Sara se précipita vers le bureau. Elle connaissait trop Liz pour encore se poser des questions. Nous patientâmes tandis que le fond d’écran apparaissait. Sans que nous ne touchions à quoi que ce soit, un programme de traitement de texte s’ouvrit. Sous nos yeux, des lettres apparurent, des mots se formèrent :
    « Alice’s Adventures in Wonderland, Harry Potter and the Prisoner of Azkaban, Wuthering Heights, The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde, The Hound of the Baskervilles »
    - Qu’est-ce que c’est que ça ? soupira Sara.
    - Je suis nulle en littérature et en anglais, dis-je, mais… je pense que c’est de la littérature anglaise.
     Bien joué, Sherlock !
    - Très bien… Et qu’est-ce que ça veut dire ?
     Au son de sa voix (que je fus surprise d’entendre), je compris qu’elle perdait patience. Les énigmes l’exaspéraient. Je tentai de conserver mon calme et de réfléchir, ce qui, étrangement, est loin d’être facile en état de stress et en pleine nuit.
    - Ça doit référer à quelque chose, tentai-je, c’est peut-être un code ou…
     Je m’arrêtai net dans mes réflexions. Mon regard venait de se poser sur un livre trainant sur le bureau. Je le saisis : sur la couverture, en lettres dorées, était écrit le titre Wuthering Heights.
     Il ne fallait pas chercher bien loin en fin de compte !
     Je pris le deuxième qui me tombait sous la main : The Hound of the Baskervilles.
    - C’est… la liste des livres qui sont sur son bureau ! m’exclamai-je.
     Je trouvai trois autres livres sous des piles de papiers et mon hypothèse se confirma : il s’agissait des trois titres restant.
     Mais… pourquoi ?
     Sara se posait certainement la même question car elle y répondit :
    - Elle veut nous prouver que c’est bien elle ! Regarde ! Le vrai message arrive.
     En effet, de nouveaux caractères s’étaient mis à apparaitre sur l’écran : une suite de chiffres, cette fois.
     « 51°8’25.44’’ N 1°22’15.96’’ E »
    - Des coordonnées GPS ? m’étonnai-je.
     Puis l’illumination se fit dans mon esprit.
    - Elle nous indique où elles sont ! Tu te rends compte ? On va pouvoir les sauver ! m’écriai-je.
     Mon cœur battait vite dans ma poitrine. De mémoire, jamais je n’avais connu un tel sentiment de joie. Sara ne dit rien. Elle semblait sous le choc. Soudain, elle se leva.
    - Qu’est-ce qu’on attend ? dit-elle.
     Euh… quoi ?
    - Il ne faut pas perdre une seconde, poursuivit-elle, il faut saisir cette chance ou ce sera peut-être trop tard !
     Je secouai la tête.
    - Je ne sais pas si c’est une bonne idée de se précipiter ainsi, Sara…commençai-je.
    - Quoi ? Tu les laisserais encore là-bas en sachant pertinemment que…
    - Non ! la coupai-je. C’est juste que…
    - Dis plutôt que tu as peur ! C’est ça ? Avoue !
     Quoi ?
     Elle commençait à m’agresser, comme toujours en cas d’émotion forte. Je ne devais pas me laisser atteindre.
    - Sara ! Je dis juste que, la dernière fois que nous avons pris une initiative sans rien dire à personne, tout est allé de travers. Je ne veux pas répéter la même erreur, c’est tout. Comme tu l’as dit : c’est notre chance et ce sera peut-être la seule.
     Elle fronça les sourcils, prête à répliquer. Ensuite, sa respiration se calma un peu et elle soupira.
    - D’accord… Qu’est-ce que tu proposes alors ?
    - Attendons d’en parler à Mr Barkley : il a des moyens et il pourra nous aider à trouver un plan, et un vrai cette fois. Avec tout ce qu’il fait pour nous, je pense qu’il mérite que nous lui fassions un peu confiance.
     Elle ne dit rien, mais hocha la tête. Nous nous dirigeâmes vers son bureau, mais nous réalisâmes soudain que nous étions au beau milieu de la nuit et que, de surcroit, Mr Barkley était absent : parti à Londres pour la nuit.
     Mes parents ! Avec tout ça, je les avais complètement oubliés !
    Ce fut difficile, mais nous dûmes nous résigner à attendre le matin. Je retournai dans ma chambre, dans l’espoir de gagner quelques instants de repos. Peine perdue, évidemment.
    

Texte publié par LizD, 19 août 2020 à 19h45
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