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Tome 1, Chapitre 17 Tome 1, Chapitre 17
3H14…
     Bientôt, je reverrai mes parents !
     Je brûlais d’impatience malgré mon appréhension.
     Comment réagiront-ils lorsque je leur raconterai ? Seront-ils furieux, ou effrayés ?
     A leur place, j’aurais été tout ça et bien plus. Mais il s’agissait tout de même de mes parents et j’espérais que, la colère et l’incompréhension passées, ils seraient heureux de me revoir, tout comme je l’étais. Bercée par l’idée de les serrer dans mes bras, je plaçai mes écouteurs dans mes oreilles et fermai les yeux pour tenter de me rendormir.
     C’est alors que la porte s’ouvrit brutalement, m’arrachant au sommeil à peine retrouvé.
     La silhouette de Sara se dessinait dans l’encadrement de la porte. Sans rien dire, elle avança dans le noir.
    - Qu’y a-t-il ? demandai-je en m’asseyant.
    - Je…
     Je l’entendis réprimer un sanglot sans continuer sa phrase. Ne sachant pas comment réagir, j’allumai ma lampe de chevet et vint vers elle pour la faire s’asseoir sur le lit. Son regard exprimait à la fois la peur, le chagrin et la panique. Elle essaya de parler.
    - C’est Camille… Je… Je te jure que je ne savais pas ! Tout est ma faute…
     Elle se prit la tête entre les mains. Elle ne pleurait pas vraiment, pas encore.
    - Calme-toi, tentai-je sans grande conviction en posant une main sur son épaule. Que s’est-il passé ?
     Elle se redressa et respira un grand coup, mais sa voix restait tremblante et ses yeux, rivés sur le sol.
    - D’habitude, elle dort profondément, mais cette fois elle a dû m’entendre… Elle m’a suivie et… Oh ! Si seulement je l’avais entendue !
    - Que s’est-il passé ensuite ? demandai-je en prenant le ton le plus calme possible malgré les frissons qui montaient le long de mon échine.
    - Je suis allée assez loin sans même la remarquer, poursuivit-elle, mais elle a vu que je n’avais plus ma veste de protection contre les traqueurs, alors elle s’est montrée et a voulu me donner la sienne… C’est là que… qu’il est arrivé et… je pensais pouvoir la protéger, mais je n’ai rien pu faire.
     Non… non ! Ce n’est pas possible !
    - Vas-y, dis-le-moi que je me suis fait avoir comme une débutante ! Je sais que tu le penses ! Je suis vraiment trop faible… Et Cam…
     Elle reprit sa tête entre ses mains, mais j’avais épuisé mon stock de phrases rassurantes. Et puis, moi aussi je commençais à paniquer.
    - Ok… il… il faut prévenir Liz, dis-je précipitamment en me levant.
     Elle me retint le bras sans vraiment forcer.
    - Elle… elle sera vraiment en colère.
     Ben… normal !
    - Où est-elle ?
     Cette voix dure provenait de l’entrée de ma chambre. Nous nous retournâmes toutes deux.
    - Liz ! s’exclama Sara. Je te jure que si j’avais su qu’elle me suivait, je…
    - Où est-elle ? répéta celle-ci, impassible.
    - Je ne sais pas ! cria-t-elle. Il l’a emmenée sans que j’aie eu le temps de…
     Liz soupira et repartit dans le couloir. Elle cachait difficilement sa fureur. Je ne l’avais jamais vue ainsi.
    - Liz ! la rappela Sara en courant après elle.
     Je me levai, comme sonnée, et décidai de m’habiller car quelque chose me disait que nous ne dormirions plus cette nuit.
     Comment n’ai-je rien entendu ? Elle devait vraiment être discrète…
     Je percevais toujours leurs voix dans le couloir.
    - Voilà où l’égoïsme et la stupidité peuvent mener ! s’emporta-Liz. Tu ne peux pas dire que je ne t’avais pas prévenue !
    - Tu… tu ne peux pas dire ça ! répondit-elle. J’ai suivi toutes tes instructions !
    - Ah oui ? Je t’avais dit de faire attention à ça que personne ne te remarque, et pourtant c’est arrivé, et deux fois ! Mais non, tu étais aveuglée par ta vengeance et tu nous as toutes mises en danger !
    - Si tu connaissais les risques, pourquoi m’as-tu laissé faire ?
     Le ton montait dangereusement. Elles avaient presque atteint la chambre de Liz lorsque je les rejoignis, me faisant aussi petite que possible.
    - Si je ne t’avais pas laissé faire, rétorqua la rouquine, tu aurais désobéi ! Et sans prendre de précautions ! Je me trompe ?
    - Mais… tu aurais pu t’en rendre compte aussi, qu’elle me suivait, non ?
     Liz soupira, réellement exaspérée.
    - Figure-toi qu’il m’arrive de dormir ! Est-ce que tu essaies de me mettre la responsabilité de TA bêtise sur le dos ?
    Liz s’était retournée vers elle juste devant sa chambre. Elles semblaient à deux doigts de se frapper.
    - C’est peut-être aussi de ma faute, intervins-je. On a eu une discussion difficile hier soir, alors peut-être… que c’est pour ça qu’elle ne dormait pas ?
     Elles semblèrent se souvenir de ma présence. Liz soupira encore, mais sembla se calmer un peu.
    - Ça ne sert à rien de se rejeter la faute, dit-elle. Il va falloir réagir. Avait-elle encore sa veste ?
     Cette question était adressée à Sara.
    - Oui, répondit-elle sèchement.
     Elle ne semblait pas encore digérer ses paroles. Liz entra dans sa chambre et nous invita à la suivre. Je me frayai un chemin à travers le désordre. Elle se dirigea vers son bureau et alluma son ordinateur.
     Quoi ? Elle a droit à un ordinateur ?
    - Il y a une puce dans chacune de nos vestes, expliqua-t-elle. Bon, je sais, on aurait dû vous prévenir… Bref, on va pouvoir la retrouver grâce à ça.
     Je ne pus réprimer un soupir de soulagement. On allait nous ramener notre Cam saine et sauve ! Mais il s’estompa vite lorsque Liz se tourna vers moi.
    - Tiens-toi prête, Lily.
     Quoi ? Moi ? Maintenant ?
     C’est à cet instant que je remarquai qu’elle était déjà habillée et prête à partir. Sans un mot, mais n’en pensant pas moins, j’allai chercher ma veste et mes chaussures, puis la rejoignis dans le couloir. Elle avait attaché deux couteaux à sa ceinture (et elle en cachait sûrement d’autres) et elle avait attaché ses cheveux du mieux qu’elle pouvait. Nous nous dirigeâmes en silence vers la porte de secours. Je n’osais pas lui demander pourquoi nous partions ainsi sans prévenir personne, et surtout au nombre ridicule de trois. Là, Sara nous attendait, en tenue elle aussi, portant un sac à dos.
    - Qu’est-ce que tu fais ? soupira Liz.
    - Je sais que tu veux me laisser derrière, mais c’est hors de question ! s’énerva-t-elle.
    - Pour que tu prennes encore des risques inconsidérés ? Surement pas. Tu vas rester ici et nous attendre. Et arrête de crier, tu vas finir par alerter quelqu’un.
     Alors… De un, quoi ? Elle ne vient pas ? De deux, oui ! Alerter quelqu’un ! C’est ce qu’il faut faire !
     Mais c’en était trop pour Sara. Elle saisit Liz par ses vêtements, la souleva et la plaqua contre le mur. Au même moment, la porte de secours s’ouvrit et une rafale de vent s’engouffra dans le couloir. D’où je me tenais, je ne pouvais qu’imaginer le regard fou-furieux de Sara. En revanche, celui de Liz ne faisait transparaitre aucune once de peur ou de toute autre émotion. Elle restait calme, impassible. Cela donnait froid dans le dos.
    - Repose-moi par terre, Sara.
    - Arrête de me dire ce que je dois faire ! Je suis responsable de tout ça, j’en ai bien conscience, alors tu ne m’empêcheras pas d’aller la sauver !
     Elle hurlait presque au visage de la rouquine, si bien que je crus qu’elle allait vraiment la frapper.
     Allez, Emily, espèce de trouillarde, réagis au lieu d’essayer de te fondre dans le mur !
     Malgré mon maigre sursaut de volonté, je restais pétrifiée sur place, ne sachant que faire. Cependant, Liz n’esquissa pas un geste non plus. Elle se remit à parler avec un sang-froid à toute épreuve.
    - Et tu penses que tu y arriveras ainsi ? Tu penses peut-être me faire peur ? Sara, je connais cette situation par cœur, les menaces ne marchent pas sur moi. Alors, je me répète, repose-moi par terre.
    Un instant, je crus qu’elle avait empiré la situation, mais Sara se mit à trembler et finit par la lâcher tout en reculant.
    - Je… je suis désolée, balbutia-t-elle.
    - Je sais, rétorqua Liz en remettant ses vêtements en place.
     Un lourd silence s’installa entre elles deux. Liz était impénétrable. Sara semblait perdue dans ses sentiments et moi, j’étais perdue tout court.
    - Je n’aurais pas dû réagir ainsi non plus, déclara finalement Liz. Nous sommes toutes bouleversées et ça n’améliore pas notre comportement. Je sais que tu n’as pas voulu ce qui est arrivé, évidemment, mais si tu viens avec nous, j’ai besoin de savoir que tu feras passer le sauvetage avant ta vengeance.
    - Cam passe avant tout, tu sais bien ! promit-elle.
     La petite acquiesça.
    - J’avais besoin de te l’entendre dire.
    - Aie confiance, dit l’autre en tentant un sourire.
     À ce mot qu’elle affectionnait si particulièrement, Liz sourit en retour. Le calme semblait revenu, pour le moment du moins.
     Nous décollâmes donc depuis les escaliers de secours, sans ne rien dire à personne. Nous n’avions pas le temps, d’après Liz. Elle pista la trace de Cam grâce à son ordinateur, mais… à distance. Je tentai de questionner Sara à ce sujet, mais elle ignorait aussi comment elle accomplissait un tel prodige. D’ailleurs, elle ne parla pas de tout le trajet. J’ignorais si c’était parce qu’elle devait se concentrer à la fois sur le vol, qu’elle avait en horreur, et sur son ordinateur ou si elle était toujours remontée contre Sara. Elle avait ses raisons, bien sûr : elles se disputaient régulièrement, mais jamais à ce point, et ce genre de blessures met plus de temps à se refermer… Cependant, je la savais assez sage pour en faire abstraction le temps de notre « mission ».
     Cam était en mouvement rapide et nous dûmes bientôt accélérer pour avoir une chance de la rattraper. Nous volions haut afin que personne ne puisse nous voir. Aidée par Sara, je faisais de mon mieux pour tenir le rythme en suivant la lumière verte devant moi : les ailes de Liz, sur lesquelles je me concentrais afin d’oublier la peur qui me rongeait et affectait mon vol. Il faut dire que je n’avais jamais eu l’occasion de les observer aussi longtemps puisqu’elle faisait toujours de son mieux pour sécher l’entrainement. Elles étaient vraiment étranges, comme un ensemble de formes géométriques vertes, mais mouvantes. Si je détournais les yeux un court instant, elles me semblaient toutes avoir changé de place ! Ces observations suffirent à me maintenir en vol, jusqu’à ce que Liz nous interpelle :
    - Là ! Elle doit sûrement être dans ce train !
     Je manquai de tomber, déséquilibrée par notre arrêt brutal et par le bond que fit mon cœur dans ma poitrine à l’idée du danger imminent. Heureusement, Sara me rattrapa et m’aida à me remettre en mouvement tandis que nous entamions une descente prudente. Plus nous nous rapprochions du train, plus l’angoisse m’étreignait.
    Marcus est là-dedans, c’est sûr ! Avec pleins d’autres comme lui !
     La sensation malsaine que j’avais toujours en sa présence s’insinua en moi, moins oppressante que d’habitude cependant. L’idée me vint de m’enfuir là, tout de suite. Mais je suivis les autres et me posai maladroitement sur le toit du train, me tenant fermement à la poignée d’une trappe bienvenue. En effet, je devais me montrer courageuse, cette fois. Camille avait besoin de nous et l’idée de la laisser aux mains de ce monstre me révulsait !
     Le train prit un virage et je manquai de perdre l’équilibre.
     Allez ! Hors de question de perdre la face ! Pas maintenant, pas si près !
    - Je n’arrive pas à les compter ! me dit soudain Liz. Tu peux essayer, Lily ?
     Je ne compris pas tout de suite ce qu’elle voulait dire, étant trop occupée à me maintenir en équilibre. Elle dut me préciser sa pensée :
    - Utilise ta vision des énergies pour les repérer !
     Je m’exécutai aussitôt. Les sorciers étaient faciles à repérer, taches sombres au milieu de l’océan de lumière. J’en repérai une dizaine sur les cinq wagons que comportait le train, mais j’aperçus également deux silhouettes blanches : deux filles comme nous. L’une était Cam.
     Qui est l’autre ?
     Je n’eus pas le temps de partager mes découvertes car je fus soudainement poussée vers le bas. Je heurtai un sol métallique de plein fouet. Sonnée, je me levai tant bien que mal, aidée de Sara. Il me suffit de lever la tête pour comprendre la raison de cette brutale surprise : nous passions sous un pont.
     Classique !
    - Désolée, me souffla Sara, on a eu chaud !
     Notre soulagement ne dura pas plus longtemps. A l’autre bout du wagon, deux hommes vêtus de noir nous fixaient, incrédules. Je n’eus pas besoin d’écouter mon sixième sens pour comprendre dans quel camp ils étaient. A peine fus-je sortie de ma stupeur que Sara était sur le premier. Un peu d’eau dans les yeux pour l’aveugler, une bourrasque de vent pour le déséquilibrer, une seconde pour ouvrir la fenêtre du compartiment, un coup de pied, et il volait hors du train en marche. Le second approcha, des flammes à la main, mais il hésita un instant de trop. Liz le déséquilibra avec une caisse provenant de son dos, puis, avant qu’il ait eu le temps de jeter son sort, elle se jeta entre ses jambes et saisit sa cheville. Aussitôt que la main de la rouquine eut touché sa peau, le feu disparut de sa main et de son regard. Ce dernier devint vide et il s’effondra, inconscient.
     OK… J’ai compris : pas toucher !
     J’essayai de reprendre le dessus sur mes émotions tandis que Sara et Liz trainaient le corps jusqu’à la fenêtre.
     Est-il…?
     Soudain, je perçus un mouvement dans mon dos. L’un d’eux approchait. Il ouvrirait bientôt la porte du wagon située juste derrière moi. L’adrénaline m’envahit. Guidée par mon instinct de survie, je me retournai pile au moment où il ouvrait la porte et balançait une décharge d’énergie à travers l’interstice. Il n’eut même pas le temps de réagir : la décharge le propulsa hors du train.
     Les filles me rejoignirent et Liz ferma la porte tandis que Sara m’aidait à m’asseoir sur une caisse. Je n’avais même pas remarqué que j’étais tombée sur les genoux.
    - Ça va, Lily ?
     La voix de Liz me tira de la transe dans laquelle j’étais plongée. Ce fut seulement là que je réalisai pleinement ce qu’il venait de se passer. Et je ne pus retenir mes émotions plus longtemps.
    - J’ai… je l’ai… murmurai-je, des larmes coulant sur mon visage.
    - Calme-toi, Lily, me dit doucement Liz. Respire.
     J’inspirai profondément pour calmer les hoquets qui me traversaient.
     Comment peuvent-elles faire ça et rester impassibles ? Ça ne doit pas être leur première fois…
    - C’était eux ou nous, dit Liz. Tu as fait ce qu’il fallait, crois-moi.
     Ce fut seulement à ce moment que je remarquai qu’elle se tenait la main gauche : une tache noire la recouvrait, exactement comme mon poignet après que Marcus l’ait touché.
     Sans rien dire, Sara ouvrit son sac à dos, en sortit une petite bouteille et me la tendit.
    - Tiens, bois, me dit-elle. C’est à Camille : une boisson énergisante concentrée en vitamines, je crois… Ça devrait t’aider.
     J’acceptai et bus lentement une gorgée. J’avalai difficilement tant le gout était amer, mais je sentis bientôt l’énergie envahir mon corps. Je replaçai le bouchon et lui rendis le récipient. Une gorgée de plus serait celle de trop.
    - N’aie pas trop de remords pour eux, lâcha-t-elle. Ce sont des monstres…
    - Ce sont justement ces remords qui nous différencient d’eux, rétorqua Liz. Ça va mieux, Lily ?
     J’acquiesçai lentement.
    - Il ne faut pas qu’on traine trop ici, poursuivit-elle. Combien en reste-t-il ? Ils nous ont repérées ?
    - Sept, répondis-je, me concentrant pour reprendre contenance. Deux dans la locomotive, un dans le premier wagon, deux dans le deuxième et deux dans le dernier. On est dans le troisième et… il n’y a plus personne dans le quatrième. Ils n’ont pas bougé pour le moment.
    - Tu sais où est Cam ?
    - Dans le premier.
     Liz réfléchit quelques secondes puis vint se replacer sous la trappe.
    - Il va falloir passer par là pour éviter les deux qui sont à côté. Avec un peu de chance, ils viendront par ici à cause du bruit.
     Elle regarda autour d’elle.
    - C’est un train de marchandises, ou en tout cas c’est camouflé comme tel.
     Elle reporta son attention sur moi.
    - Est-ce que Marcus est ici ?
     La question fatidique…
     Je secouai la tête. S’il avait été ici, je l’aurais su immédiatement.
     Pourquoi emmener Cam dans un train sans y monter lui-même ?
     - Ça, c’est une très bonne question, entendis-je Liz me répondre.
    - Bon, allons-y ! continua-t-elle tout haut.

Texte publié par LizD, 12 août 2020 à 10h55
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