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Tome 1, Chapitre 14 Tome 1, Chapitre 14
Une heure plus tard, une poignée d’ouvriers finissaient de déraciner l’arbre avec exaspération malgré les excuses de Sara. Moi, j’avais réussi à limiter les dégâts à une dizaine de brins d’herbes disparus au lieu d’un, ce qui constituait tout de même une amélioration. Contente de moi, mais épuisée (je comprenais à présent pourquoi cela ne durait qu’une heure), je rejoignis les autres pour connaître la suite du programme en espérant qu’on m’annonce la fin de la journée ou, du moins, une pause imminente. Il n’en fut rien.
    - Tu es prête pour la partie la plus amusante ? me lança Cam, un grand sourire aux lèvres.
     La plus amusante ?
    - Ça dépend pour qui… fit remarquer Liz.
     Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle avait l’air moins enthousiaste qu’elle. Sara, comme à son habitude, restait impassible. Elle semblait plus subir les événements que les vivre réellement. Cam et elle s’éloignèrent et, à ma grande surprise, deux amples paires d’ailes apparurent dans leur dos. Elles se mirent aussitôt à battre et emportèrent gracieusement mes deux amies dans les airs. J’en restai coite d’admiration.
    - Elles sont douées, non ? me lança Liz. Malheureusement, je ne peux pas en dire autant : j’ai le vertige !
     Je… vais vraiment devoir… faire ça !
    - Evidemment ! répondit Liz. C’est très pratique pour se déplacer… Tu savais qu’on peut aller super vite ? Sara a même dépassé les cent kilomètres par heure, une fois ! Bon, elle s’aidait du vent, mais tout de même !
    - Mais… paniquai-je. Je ne sais pas…
    - Bien sûr que tu ne sais pas ! me rassura-Liz, remarquant ma détresse. Comment aurais-tu pu apprendre ? C’est pour ça que je suis là pour t’aider. Bon, d’abord, tes ailes : tu en auras besoin pour voler, je crois !
     Elle se mit à rire de sa façon si singulière. Moi, je restai interdite, pas le moins du monde amusée.
    - Hé ! N’aie pas peur ! Si j’y arrive, n’importe qui peut le faire ! Si ce sont tes vêtements qui t’inquiètent, on utilise toujours les mêmes de toute façon…
     Là-dessus, elle se tourna et me montra le dos de son T-shirt que ses ailes avaient percé de deux longs trous verticaux.
     Faire sortir mes ailes…
     J’essayai plusieurs fois, en vain. Je n’osais pas lui dire la vérité par peur du ridicule. Pourquoi ne comprenait-elle pas, cette fois ?
    - Lily ?
     La voix de Liz m’arracha à mes pensées. Elle était plus calme et plus douce à présent : elle avait compris.
    - Tu ne sais pas faire apparaître tes ailes ?
     Je fis « non » de la tête et son regard devint plus grave.
    - Essaie pour voir, dit-elle. Concentre-toi sur ton corps et imagine tes ailes. Pense aux sensations qu’elles te procurent.
     Les sensations ?
     Je fis comme elle me décrivait, en me concentrant de toute mes forces. Impossible. Elles apparaissaient pourtant si facilement d’habitude, mais sans que je le leur aie demandé ! Était-ce seulement possible de les contrôler ?
     Apparemment oui, vu que Liz m’observait d’un air inquiet.
     C’est si dramatique que ça ?
    - Bon d’accord, arrête, soupira-t-elle. Ça ne devrait pas être aussi difficile.
     Je m’arrêtai à contre-cœur. Le ton de sa voix était réellement inquiétant. J’avais l’impression d’avoir mal fait quelque chose, de l’avoir déçue. Pourtant, j’avais vraiment fait de mon mieux.
    - Je ne pensais pas que c’était à ce point, murmura-t-elle plus pour elle-même que pour moi.
     Mais que se passe-t-il ? Ai-je un problème, une malédiction ou un truc dans le genre ?
     D’accord, j’exagérais peut-être un peu, mais c’était tellement difficile de déchiffrer son expression !
    - Assieds-toi, dit-elle de but-en-blanc. Il faut qu’on parle.
     Je m’exécutai. Elle s’assit en tailleur devant moi. Elle sembla réfléchir un moment, probablement à la manière d’aborder le « problème », puis elle décida finalement d’employer sa méthode favorite : le préambule.
    - Est-ce que tu sais comment fonctionnent tes ailes ? demanda-t-elle. Quelle est leur vraie nature ?
     Simple question rhétorique : bien sûr que je l’ignorais.
    - Bien qu’on puisse les voir et les toucher, poursuivit mon interlocutrice, elles n’appartiennent pas vraiment au monde physique.
     Attends… Quoi ?
    - Comment dire… Elles sont comme une extension de toi, de ton esprit. Et c’est pour cette raison qu’elles ne sont pas toujours apparentes et qu’elles sont différentes pour chacune d’entre nous.
     Le concept était très abstrait, trop à mon goût, mais je comprenais plus ou moins l’idée.
     Mais c’est quoi le rapport ? Je ne contrôle pas mon esprit ?
     Mes pensées furent soudainement interrompues par un coup de vent : Cam venait de passer juste au-dessus de nous, se demandant sans doute ce que nous faisions. J’en profitai pour regarder ses ailes, ainsi que celles de Sara. En effet, elles n’avaient rien en commun. Celles de Sara étaient comme celles d’un grand papillon, mais d’un bleu nuit profond. Celles de Camille, en revanche, étaient incroyables. Elles me faisaient penser à deux éventails ouverts composés uniquement de lumière : les extrémités s’éclaircissaient ainsi jusqu’à disparaitre, si bien qu’on ne les distinguait que très difficilement. Rien à voir avec les miennes qui, d’un argenté presque transparent, étaient plus basées sur un modèle « libellule », d’après ce que j’avais pu en voir.
     Je reportai mon attention sur Liz, me demandant à quoi les siennes pouvaient bien ressembler, mais elle semblait tenir à notre petite conversation.
    - Ce que j’essaie de te dire, c’est que tes ailes ne sont pas comme les autres parties de ton corps : elles ont ce qui s’apparente à une volonté propre, des émotions directement liées aux tiennes. Si tu ne les acceptes pas, elles n’en feront qu’à leur tête, et je pense que ton problème vient de là.
     Elles seraient… vexées ?
     Là, j’étais complètement perdue.
    - Non, c’est plus compliqué que ça ! s’exclama Liz. Je te l’ai dit : tes ailes sont une partie de toi. Tu ne t’acceptes pas comme tu es, je me trompe ?
     Je baissai les yeux. J’appréciais que les gens aillent droit au but, mais là c’était vraiment direct ! Eh bien non, je ne m’aimais pas comme j’étais, ou plutôt je n’aimais pas ce que j’étais. Comment aurais-je pu ? Sans vouloir me plaindre, ma condition avait tout de même détruit ma vie : entre Marcus, les scientifiques et le danger permanent pesant sur ma famille, il y avait mieux, non ? Entre une ado normale et une bombe à retardement, qu’auriez-vous choisi ?
    - Regarde-moi, Lily.
     La voix de Liz était calme, mais dure, et elle portait une véritable autorité. J’obtempérai. Comment une voix si fluette pouvait-elle avoir autant d’influence sur moi ? Elle plongea son regard dans le mien. J’étais persuadée que, si elle avait pu me toucher, elle m’aurait tenu les épaules pour me maintenir bien en face.
    - Tu n’es pas un monstre, Lily. Tu es une jeune fille belle et intelligente qui a reçu un don dont elle ne voulait pas, un don dangereux mais qui, utilisé correctement, pourrait aider plus qu’il ne détruit. Tu t’en es plutôt bien sortie jusqu’à présent et ça ira de mieux en mieux, car tu es courageuse. Oui, tu es différente. Non, tu ne l’as pas choisi. Mais… s’il te plait, n’en fais pas une prison : utilise ta différence et apprivoise-la plutôt !
     Elle s’interrompit mais ne me lâcha pas des yeux. Je n’avais qu’une envie : m’enfuir en pleurant. Cependant, je trouvai la force de ravaler mes larmes et de soutenir son regard.
    - N’oublie pas ceci, reprit-elle, tu mérites de vivre autant que les autres, tu mérites qu’on t’aide et, surtout, tu mérites qu’on t’aime.
     Je ne sais si elle y était pour quelque chose, mais je songeai immédiatement à mes parents. Je compris alors l’ampleur de ce qu’elle savait sur moi et, plus que jamais, la réaction de Sara à chaque fois qu’elle enlevait ses lunettes. Avoir accès à toutes émotions des gens : comment pouvait-elle vivre avec ça ? Après un court instant de silence, elle se leva. Elle hésita un instant avant d’ajouter :
    - Les autres seront sûrement d’accord avec moi à ce sujet… Je pense que tu fais une grosse erreur.
     Ensuite, elle se retourna et se dirigea vers l’intérieur du bâtiment. Elle avait sûrement besoin d’être seule et ça tombait bien : moi aussi.
    
*

     Lorsqu’elle revint et qu’il fut l’heure de changer d’activité, il me sembla que même les meilleures blagues de Cam ne parviendraient pas à améliorer son humeur. Son expression était impassible, certes comme d’habitude, mais quelque chose dans son attitude, un côté plus renfermé, lui donnait un air déprimé, ou concentré.
     Peut-être les deux ?
     Ce fut Cam qui m’éclaira sur la question.
    - On a un entrainement physique jusque dix-sept heures et demie, me chuchota-t-elle, et… les coachs ne nous aiment pas beaucoup. En fait… c’est surtout Liz qui en voit de toutes les couleurs…
     De toutes les couleurs ?
     J’avais beaucoup de mal à assimiler cette information ou plutôt à l’imaginer : ça ne collait pas avec l’image que je m’étais faite de Liz, la figure rassurante et plus ou moins omnisciente. J’avais conscience que cette image n’était qu’une chimère afin de me construire des repères, mais cela me bouleversa tout de même. Et ça n’allait pas s’améliorer…
    - En retard… marmonna Sara.
    - Comme toujours, plaisanta Cam.
     Mon impression se confirmait : même elle ne parvenait pas à détendre l’atmosphère.
     Enfin, nous vîmes arriver deux personnes en complète tenue de sport professionnel : un homme et une femme qui, comme le voulait certainement leur fonction, paraissaient plutôt athlétiques. Ils me jaugèrent tous deux et je distinguai dans leur regard quelque chose que je connaissais bien : le mépris.
     D’accord… le sentiment est partagé !
     La femme était grande, elle avait de longs cheveux lissés tirés en une queue de cheval serrée et une peau pâle avec des joues roses, un peu comme Cam, sauf qu’il était évident qu’elle se croyait plus belle qu’elle ne l’était, ce qui lui enlevait la plupart de son charme. L’homme, lui, paraissait moins vaniteux. Il ne devait pas se préoccuper de ce genre de choses. En revanche, son regard était dur, sévère. Il ne tolèrerait pas la moindre erreur de notre part. En fait, cet excès d’autorité cachait peut-être aussi quelque chose : essayait-il de compenser une quelconque frustration ? Une puissance qu’il n’avait pas dans un autre contexte ? Quoi qu’il en soit, ils étaient certainement des agents du gouvernement ou des militaires, comme Mr Barkley, mais pas aussi haut-gradé. Ça c’était sûr. Bien sûr, je n’avais ni le courage ni l’envie d’exprimer le résultat de mes observations et je me contentai d’obéir, comme les autres. Lorsqu’elles se placèrent en ligne devant eux, je les imitai.
    - Bon, puisque la nouvelle ne sait pas encore se battre, aujourd’hui ce sera endurance et musculation ! lança la femme. De toute façon, vous en avez toutes besoin !
     Me battre ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire encore ?
    - La nouvelle, elle a un nom… marmonna Sara.
     Je fus agréablement surprise qu’elle prenne ma défense, mais j’ignorais si c’était pour moi ou au nom de la haine qu’elle leur vouait.
     L’homme, qui n’avait rien dit jusque-là, vint se placer juste devant moi, me toisant de toute sa hauteur.
    - Ton nom ? demanda-t-il, inquisiteur.
    - E… Emily, bégayai-je.
     Décidément, j’étais une vraie poule mouillée.
    - C’est quoi ton truc ?
    - Mon… Mon truc ?
    - Qu’est-ce que tu sais faire ?
    - Je… je contrôle les…
     Je n’avais pas fini ma phrase qu’il me cria dessus, offensant gravement mes petits tympans.
    - Mauvaise réponse ! Ici, tu ne sais rien faire de tout ça, c’est compris ? Je ne veux voir aucune étincelle, aucun phénomène anormal et c’est valable pour tout le monde !
     Il jeta un regard lourd de sens à Liz, qui restait de marbre : elle semblait s’être réfugiée autre part, laissant une coquille vide comme bouclier.
    - Est-ce que c’est bien clair ? hurla encore le colosse.
     J’acquiesçai vivement, espérant me débarrasser de lui le plus rapidement possible. La femme croisa les bras avec un demi-sourire et je compris qu’elle tirait un certain plaisir de ma mine déconfite.
     Mais qu’est-ce qu’ils ont, ces deux-là ?
     Moi, je n’osais rien dire, mais ce n’était pas le cas de tout le monde.
    - Eh ! s’exclama Sara. Vas-y mollo avec elle. Elle pouvait pas savoir, elle vient d’arriver, ok ? Si tu veux jouer au gros méchant, essaie plutôt avec moi !
     J’écarquillai les yeux. Jamais je n’avais entendu paroles aussi courageuses, ou stupides. En fait, je ne savais pas si je devais admirer son impertinence ou en avoir peur : j’étais à mi-chemin entre les deux. Mais le colosse ne se départit pas de sa sévère assurance.
    - Tours de piste pour tout le monde ! lança-t-il.
    - Combien ? osa demander Cam.
    - Autant que nécessaire !
     Ça doit vouloir dire « beaucoup »…
    - Si vous trottinez, vous faites cinquante pompes, cent si vous marchez et deux-cents si vous vous arrêtez ! cria la femme. Allez, on y va !
     Les filles s’exécutèrent et je les suivis, tandis que Sara échangeait un dernier regard noir avec le colosse. Je voulus la remercier pour m’avoir défendue, mais elle fila comme une flèche. L’école n’était pas son fort. Le sport, en revanche ! Elle me dépassa tellement de fois qu’elle parcourut au moins trois fois plus de distance que moi. Cam ne s’en sortait pas mal non plus. En tout cas, aucune des deux ne s’arrêta. Moi, je faisais de mon mieux pour tenir le rythme, mais je finissais toujours par ralentir. Le colosse venait alors me hurler dans les oreilles :
    - Plus vite !
     Je voudrais bien l’y voir, lui, avec rien dans le ventre !
     En effet, je retiendrais les conseils de Liz en matière de nutrition à l’avenir. Plusieurs fois, je fus tentée de puiser de l’énergie d’une quelconque source naturelle pour me permettre de continuer, mais je n’osais pas braver l’interdiction (ce qui était stupide : ils n’auraient rien pu voir, de toute façon). Alors, je ralentissais et j’exécutais les exercices sans broncher. Au moins, cela me permettait de reprendre un peu mon souffle.
     Liz aussi avait adopté cette technique. La pauvre était beaucoup plus à plaindre que moi. Chaque mouvement supplémentaire semblait lui couter ses ultimes forces. Je commençais à réaliser ce que Cam m’avait dit un peu plus tôt. Cependant, elle persévérait et conservait son esprit débrouillard. Je la voyais ralentir, marcher et même s’arrêter à intervalles réguliers et j’étais persuadée qu’il s’agissait d’une stratégie murement réfléchie de sa part, une fréquence d’arrêts calculée afin de maximiser le temps qu’elle parviendrait à tenir. Malheureusement, l’exercice sembla se prolonger à l’infini. La femme, pour ne rien arranger, ne la lâchait pas d’une semelle. Elle l’avait prise pour cible, la réprimandant à chaque fois qu’elle ralentissait ou montrait un signe de faiblesse. Elle, elle ne disait rien et restait, comme à son habitude, impassible. A sa place, je me serais effondrée, en pleurs, au moins une dizaine de fois.
    Pour nous, bien sûr, c’était un spectacle insupportable.
     Mais qu’est-ce qu’elle leur a fait pour qu’ils s’acharnent autant ?
     Cam, visiblement la plus sensible d’entre nous, paraissait au bord des larmes, mais tentait de garder une certaine contenance. Ce n’était probablement pas la première fois. Sinon, je n’en doutais pas, elle serait intervenue. Sara serrait les poings, à deux doigts d’exploser. Moi, je n’avais qu’une question en tête.
     Pourquoi ne pas avoir prévenu Mr Barkley ?
     Elles ne l’avaient jamais fait, c’était certain, car il n’aurait pas laissé cette situation se prolonger. Ce n’était pas seulement de l’exigence et de la sévérité : c’était de l’acharnement, c’était du harcèlement et c’était tout bonnement inadmissible. Il fallait faire quelque chose et parler à Mr Barkley me semblait être la meilleure solution. En effet, si Sara, de sa haute stature, n’arrivait pas à les impressionner, je ne voyais pas comment une maigrichonne comme moi y arriverait. Si j’intervenais, au mieux je détournerais leur attention et deviendrais leur nouvelle cible, au pire j’aggraverais la situation. De plus, en en parlant, cela résoudrait potentiellement le problème pour de bon. En passant près de la porte, je voulus exécuter mon plan, mais quelque chose m’arrêta. Il s’agissait toujours de la même question.
     POURQUOI ne pas l’avoir fait ?
     Liz et les autres avaient eu cent fois l’occasion de le prévenir. Si elles ne l’avaient pas fait, il devait y avoir une bonne raison qui, pour l’instant, m’échappait.
     Tandis que je cogitais, il arriva ce qui devait arriver. Liz était à bout de force et, devant nos regards impuissants, elle tomba, inconsciente. Cam poussa un cri et se rua vers elle, suivie par Sara qui peinait à contenir sa rage.
    - Continuez ! ordonna la femme. Ne vous en occupez pas !
     Personne ne lui obéit. J’arrivai sur place juste derrière Sara qui, cette fois, ne laisserait pas passer l’affaire sans rien dire.
    - Vous êtes vraiment des malades ! cracha-t-elle à la figure de la femme.
     L’homme s’approcha lentement pour la réprimander, ne montrant aucune inquiétude pour la blessée. Pendant que le ton montait, Cam entreprit de s’occuper de Liz avec des gestes experts. Je me précipitai pour l’aider.
    - La première chose que j’ai faite en arrivant ici, m’expliqua-t-elle, c’est passer mon brevet de secourisme, mais là… ça ne sert à rien !
     Elle observa Liz attentivement et soupira, puis tenta de la secouer pour la réveiller en prenant bien soin de ne pas la toucher. J’en profitai pour poser la question :
    - Pourquoi ne peut-on pas la toucher ?
    - C’est dangereux, répondit-elle simplement.
     Pas le bon moment…
     Elle se tourna soudain vers moi, les yeux brillants.
    - Pour transmettre de l’énergie à quelqu’un, tu as besoin de le toucher ? demanda-t-elle.
     J’acquiesçai, désolée :
    - Je ne peux pas le faire à distance…
     En fait, je n’avais jamais essayé, mais ce n’était pas le moment de faire des expériences. Et si les choses empiraient ? Déçue, Cam n’en continua pas moins à chercher une solution et soupira une nouvelle fois de désespoir.
    - Si seulement elle prenait un peu plus soin de sa santé… Elle sait que je ne peux pas la soigner, pourtant ! Je me sens tellement inutile…
     Elle… elle plaisante ?
     Non, elle se sentait réellement coupable.
    - Ce n’est absolument pas de ta faute, dis-je, c’est plutôt la leur.
     Je désignai les deux « coachs » qui semblaient à deux doigts d’étrangler Sara. Celle-ci n’était pas près de laisser tomber.
    - Vous n’avez pas honte de vous en prendre aux plus faibles, espèces de lâches ?
    - Lâches ? ricana la femme. Tu sembles ignorer qui nous sommes et ce que nous avons fait ! Je vais t’apprendre le respect, moi !
    - Je n’accorde du respect qu’à ceux qui le méritent et, pour le moment, je ne vois en vous que des lâches. C’est quoi ton problème ? La jalousie ? La frustration ? Ça t’énerve de travailler dur pour, au final, devenir prof de gym ?
     Elle avait visiblement frappé dans le mille. Rouge de colère, la femme se rua sur Sara. Je voulus la prévenir, mais elle avait déjà vu le coup venir. Avec précision et sang-froid, elle para et enchaina avec une prise qui propulsa son adversaire au sol.
    - Je vais te dire : à notre place, tu ne tiendrais pas cinq minutes, parce que le véritable enfer, tu ne le connais pas, tu ne peux même pas l’imaginer et tu n’auras jamais à le vivre. Je n’ai même pas envie de me battre contre toi, mais si tu t’en prends encore à elles, je te jure que je t’y ferai gouter !
     La femme se releva, à la fois honteuse et pleine de rage. Elle voulut attaquer une seconde fois, mais le colosse, silencieux jusque-là, l’en empêcha tout en éclatant de rire, un mauvais rire qui me rappela quelqu’un à qui je n’avais pas envie de penser.
    - Joli discours, lança-t-il. Et que comptes-tu faire si nous recommençons ? En parler à ce bon vieux Barkley ? Vois-tu, enfer ou pas, vous êtes sur notre territoire. Vous êtes des étrangères et, si je ne me trompe, potentiellement dangereuses, non ? C’est en prenant de gros risques que nous vous gardons ici et, s’il advenait quoi que ce soit à l’un d’entre nous, les conséquences pourraient être terribles. Tu parles de l’enfer, mais tu ne sais pas encore de quoi ils sont capables.
     Il se rapprocha d’elle, menaçant.
    - Il suffit d’un mot de notre part, ne l’oublie pas.
    - Ce serait leur parole contre la nôtre… chuchota Cam.
    - Je t’avais dit que nous n’avions pas que des amis ici…
     Je sursautai au son de cette voix si singulière. Liz se réveillait enfin, au grand soulagement de Cam.
    - Détends-toi, lui lança l’intéressée, ce n’est qu’un petit malaise de plus !
     De plus ?
     Elle tenta de se relever, mais Cam la retint par les vêtements.
    - Arrête ! Tu vas retomber !
     Liz leva les yeux au ciel et, obstinée, se mit debout. Elle se dirigea vers Sara qui s’apprêtait à répliquer. Elle posa une main (gantée, bien sûr) sur son épaule.
    - C’est bon, Sara, ça ne sert à rien de s’énerver.
     Ces mots ne l’apaisèrent pas, au contraire, mais elle obtempéra tout de même.
    - Il ne s’est rien passé, lança-t-elle à l’adresse des deux coachs.
     Ils souriaient, fiers de leur victoire.
    - Venez, il est l’heure, nous dit-elle.
     En effet, il était dix-sept heures trente, l’heure de la fin de la journée, mais cela ne me procura pas la joie et le soulagement escomptés. Nous nous dirigeâmes vers la porte en silence. Sara resta un peu en retrait, avec peut-être l’intention de lancer le juron qui nous brûlait à toutes les lèvres, mais Cam lui prit la main et la tira doucement. Elle finit par se calmer.

Texte publié par LizD, 5 août 2020 à 16h00
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