Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 13 Tome 1, Chapitre 13
Après les mathématiques, il y eut encore un cours de français, de sciences, d’anglais (durant lequel Liz ne manqua pas de se moquer de notre accent) et la matinée fut terminée sans que je ne l’aie vue passer. Nous retournâmes au salon où un repas nous attendait : plusieurs plats de sandwichs étaient disposés sur la table. Liz se jeta littéralement dessus tandis que Cam et Sara en mangèrent une bonne quantité. J’avais déjà ingurgité plus que de coutume au petit-déjeuner, mais je me forçai et choisis un sandwich au thon, ce qui ne me fit pas pour autant éviter une remarque de Liz.
    - Je peux savoir ce que tu fais ? me dit-elle alors que je venais d’avaler le dernier morceau.
    - Ben… je… tentai-je de répondre, un peu désemparée par son ton sévère.
    - Et tu comptes tenir tout l’après-midi avec seulement ça dans l’estomac ?
     Ça ? C’est déjà pas mal ! Et qu’est-ce qui se passe de si important l’après-midi ?
     Pour une fois, elle ne répondit pas à ma question silencieuse, qui m’avait échappé bien malgré moi. Je croisai son regard : elle avait l’air parfaitement sérieuse, mais je n’avais vraiment pas faim.
    - Bon, fais comme tu veux, dit-elle, mais ne te plains pas après…
     Elle semblait s’être renfrognée pour une raison invisible à mes yeux.
     Où est passée la Liz farceuse de ce matin ?
     Je jetai un regard interrogatif aux autres, mais elles semblaient soudain très intéressées par les mies de pain dans leur assiette. Pour éviter d’envenimer la situation, je pris un deuxième sandwich. Ma maigreur n’allait pas faire long feu dans cet endroit, mais, tout bien réfléchi, ce n’était pas une mauvaise chose.
     A quatorze heures, nous quittâmes le salon et Liz sembla retrouver quelque peu sa bonne humeur.
     Qu’elle est lunatique !
     Puis je réalisai ce que je venais de penser et le regrettai aussitôt. Je me giflai intérieurement.
     Fais attention à ce que tu penses, idiote !
     - Ne t’en fais pas, je ne suis pas si susceptible !
     Cette fois, je ne pus retenir un sursaut.
     - Tu as vraiment peur de moi, Lily ? s’étonna la voix de Liz en pouffant dans ma tête, sensation plutôt étrange, d’ailleurs.
     Je réfléchis. Peur, non, mais il était vrai que, malgré sa petite taille, Liz m’impressionnait.
     Je ne suis pourtant pas si facilement impressionnable, si ?
     Heureusement, cette conversation avait l’air de l’amuser. Je dois avouer que je perdais pied face à certaines de ses réactions. Elle n’était vraiment pas comme tout le monde.
     A quoi tu t’attendais, ici ?
     Telle était la question. En fait, je n’avais pas vraiment eu le temps de m’attendre à quoi que ce soit, mais, jusqu’à présent, cette nouvelle vie me plaisait. Alors pourquoi se prendre la tête ?
     Les filles me menèrent à un vestiaire et m’expliquèrent la suite du programme : l’après-midi était habituellement dédiée à notre entrainement. En effet, des tenues sportives nous attendaient dans une petite pièce où nous étions censées nous changer. Liz prit soin de se placer le plus loin possible de nous trois. Je remarquai également que nos uniformes étaient tous composés d’un short et d’un t-shirt à manches courtes, sauf celui de Liz qui lui recouvrait intégralement le corps. Elle enfila même des gants et remplaça ses lunettes habituelles par une version « sport » maintenues sur sa tête grâce à un élastique et qui lui donnait un peu l’air d’une mouche. Cela attisa ma curiosité, à tel point que je faillis oser lui demander une explication. Cependant, mon attention fut soudainement attirée vers le corps de Sara, couvert de cicatrices et d’hématomes. Cam m’en avait effectivement parlé, mais le voir en vrai me glaça le sang. Je détournai immédiatement le regard, jugeant mon attitude indiscrète, et je finis de m’habiller en essayant de ne plus penser à rien.
     C’était vraiment frustrant : plus le temps passait, plus je me posais des questions qui, bien sûr, restaient sans réponse. Moi qui aimais que les choses soient claires, j’en était complétement déroutée. Ce fut donc dans cet état que je suivis les autres dans une salle en extérieur. Oui, une salle en extérieur. Nous étions dehors, je pouvais clairement voir le ciel et la campagne environnante, et pourtant cet espace de plusieurs centaines de mètres carrés était entouré de grillages faisant la taille du bâtiment, même le « plafond » en était recouvert.
     Ben pour un endroit où l’on est censé garder nos droits, ça ressemble vachement à une prison !
     Cependant, comme les autres ne montraient pas le moindre signe d’inquiétude, je me retins à nouveau de réclamer des explications, même si cela commençait sérieusement à me démanger. Quel était ce mystérieux entrainement ? Allions-nous faire du sport, comme le suggéraient nos tenues ?
     J’espère parce que je commence vraiment à geler !
     Ici, le climat n’était pas très différent de celui de la Belgique et, en cette période de fin novembre, il n’était pas très judicieux de sortir si peu habillé. Régulièrement, un vent glacé venait mordre ma peau nue. Je frissonnai et tentai de me distraire. Au bout de la « salle », j’apercevais des espèces d’équipements, ce qui me conforta dans l’idée que nous allions bientôt bouger, mais je commençai à m’impatienter. Et pourquoi personne ne me disait rien ?
     Arrête de te prendre la tête ! Chaque chose en son temps…
     Je pris un instant de réflexion afin de vérifier qu’il s’agissait bien de ma propre pensée et non d’une intervention de Liz. Cette fille allait me rendre folle !
     Les filles se dispersèrent à différents endroits du terrain (je supposais que cette salle avait cette fonction et j’en eu la confirmation plus tard). Je les observai discrètement : Cam se dirigea vers les équipements et sortit de gros livres d’une armoire tandis que Sara se plaça au centre. Liz vint vers moi et je pus enfin avoir le fin mot de l’histoire.
    - Jusque quinze heures, nous nous entrainons à maîtriser nos dons respectifs, m’annonça-t-elle.
    Je ne répondis pas et rangeai cette nouvelle information avec les autres, dans le tiroir « je ne sais pas quoi en penser, mais d’accord », tiroir qui se remplissait étonnement vite ces derniers temps.
    - Tu as le choix, poursuivit-elle, soit tu essaies de t’améliorer dans ce que tu sais déjà faire, soit tu te testes pour voir ce que tu sais faire d’autre.
    - Je prends le premier ! dis-je aussitôt.
     Je n’avais pas eu à réfléchir très longtemps : j’étais déjà dangereuse comme ça, alors si je me mettais à faire des expériences, qui sait ce qui pourrait arriver ?
    - Très bon choix, fit-elle en souriant, c’est aussi ce que nous faisons toutes. Comme tu le vois, Cam étudie la médecine pour pouvoir mieux identifier l’état physique d’une personne et ainsi pouvoir la sauver en faisant le strict minimum. L’idée est qu’elle économise ce que tu appelles son « énergie vitale » tout en continuant à soigner des gens.
     J’acquiesçai en me demandant si moi aussi je devrais étudier de la physique pour exercer correctement mon pouvoir. J’espérais qu’il n’en serait rien : d’abord parce qu’elle devait geler à rester assise ici, et ensuite j’aimais les sciences, mais peut-être pas à ce point.
     D’ailleurs pourquoi reste-t-elle ici pour faire ça ?
    - Demande à Mr Barkley, répondit distraitement Liz, un souci d’organisation je crois…
    - Et Sara ? demandai-je. Que fait-elle ?
     Je la voyais essayer de se concentrer, sans savoir exactement ce qu’elle tentait de faire.
    - Elle maitrise parfaitement les quatre éléments, mais elle a un eu plus de mal avec les plantes, m’expliqua-t-elle. La dernière fois, il lui a fallu toute l’heure pour faire pousser une simple fleur et elle était épuisée ! Alors elle réessaie…
     Tandis que Liz l’observait et semblait se perdre dans ses pensées, je réfléchis. Je commençais à comprendre le concept : il fallait s’améliorer en se concentrant sur nos faiblesses.
     Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire ?
    - Et toi ? demandai-je à Liz.
     J’avais besoin de plus d’idées.
    - D’habitude, dit-elle, j’essaie de repousser les limites de ma concentration et de ma précision. Cela a deux bénéfices principaux : entrainer mon esprit et augmenter la sécurité. Tu sais, avec un don comme le mien, une seconde d’inattention peut entrainer de lourdes conséquences…
     Je repensai subitement au petit garçon que j’avais bien failli tuer quelques jours plus tôt.
     La concentration et la précision…
     C’était une très bonne idée et cela me permettrait d’éviter d’autres erreurs impardonnables. Liz me sourit, approuvant sûrement mon idée, puis se dirigea vers un coin éloigné et je me retrouvai seule avec mes réflexions. De loin, je la vis sortir divers objets d’une malle d’où Cam avait pris son livre. Moi, je ne disposais pas de tout ce matériel…
    Mon regard se posa soudain sur la pelouse. Cela ferait sûrement l’affaire. Un peu hésitante, je levai à nouveau les yeux vers les autres. Elles étaient complétement absorbées par leur travail et ne faisaient pas attention à moi. Liz s’était assise en tailleur et, les yeux fermés, elle faisait voler une multitude d’objets de formes et de tailles différentes autour d’elle en les faisant exécuter des mouvements complexes. Bien qu’elle soit très loin de moi, je pouvais deviner l’expression grave qu’arborait son visage.
     Il me faudra un temps fou pour atteindre ce niveau !
     Je m’assis également et portai mon attention sur un petit brin d’herbe, me lançant un défi : il fallait que je parvienne à le faire disparaitre, sans affecter ce qui l’entourait. C’était surement un peu compliqué pour commencer, mais il était essentiel que je m’y exerce afin d’éviter de futures bêtises. Je me concentrai, percevant l’énergie de chaque entité qui m’entourait, et je repérai le brin d’herbe en question. Doucement, je me mis à absorber son énergie, mais je dus rapidement m’arrêter tant il était petit. Lorsque je repassai en vue normale, je constatai avec déception que j’avais creusé un trou d’au moins cinq centimètres de diamètre dans la pelouse.
     Je soupirai. Il me faudrait des heures d’entrainement pour y parvenir. Pourquoi nous accordait-on si peu de temps ? Une heure par jour serait loin d’être suffisante ! Sans perdre plus de temps, j’avisai donc un autre brin d’herbe et m’apprêtai à recommencer, mais au moment où je portai ma concentration au maximum, un mouvement d’énergie anormal attira mon attention. Je me tournai vivement vers Sara, qui s’exténuait sans aucun résultat.
     Ce n’est vraiment pas normal…
     En effet, elle était capable de faire apparaitre une vague presque sans effort, mais faire pousser une petite plante la vidait de toutes ses forces. Après un instant de réflexion, je me levai et m’approchai d’elle. Concentrée comme elle l’était, elle ne remarqua pas ma démarche et je dus annoncer ma présence.
    - Sara ?
    - Tu vois pas que je suis occupée ? me lança-t-elle.
     Son agressivité était sûrement due à sa frustration, c’est pourquoi je décidai de ne pas m’en formaliser.
    - Justement, dis-je timidement. Je me demandais… Tu as déjà essayé avec de l’eau ?
     Elle haussa les sourcils, l’air surpris.
    - J’ai essayé de comprendre comment ton don fonctionne, me justifiai-je, et, si mon raisonnement est juste, ça devrait fonctionner en ajoutant de l’eau. En fait… je pense que tu te sers des éléments déjà présents dans l’air. Par exemple… l’humidité pour créer de l’eau….
     Je m’attendais à ce qu’elle me coupe, me disant qu’elle savait déjà tout ça et qu’elle n’avait pas le temps pour ces théories inutiles, mais il n’en fut rien : elle m’écoutait patiemment, au contraire.
    - Alors… Comme une plante est un être vivant, elle a besoin de plusieurs choses pour exister : de l’eau, des sels minéraux, de l’air… C’est pourquoi je me suis dit que si tu essayais de lui apporter ces différents éléments en plus de l’énergie que tu déploies, ça pourrait marcher…
     Elle ne dit rien, mais sembla réfléchir un instant. Ensuite, elle se retourna vers l’endroit où la plante était censée pousser. J’attendis une minute, deux minutes, trois minutes… Je commençais à craindre de m’être complètement trompée quand, tout à coup, ce ne fut pas une fleur mais un arbre qui surgit du sol. Sortant de sa transe, elle sursauta de stupéfaction.
    - C’est génial ! s’écria Cam qui accourait vers nous. Tu as réussi, Sara !
     Elle sauta dans les bras de cette dernière qui, lorsqu’elle fut libérée de son étreinte, se tourna vers moi.
    - J’ai dû utiliser trois éléments à la fois : c’est compliqué, mais ça a marché.
     Puis elle ajouta avec un léger sourire.
    - Merci.
     Je lui souris en retour, plus qu’heureuse de m’être rendue utile et de l’avoir fait sourire à mon tour.
     Alors, comme ça, je n’arriverais pas à ce résultat ?
     Comme je pensais cela, je portai mon regard sur Liz. Elle avait laissé tomber ses objets pour nous observer. Je ne pouvais en être sûre à cause de la distance, mais je suis certaine qu’elle me fit un clin d’œil. Une certitude s’imposa alors à moi : Liz savait depuis le début comment Sara devait procéder. Elle savait tellement de choses : comment aurait-elle pu l’ignorer ?
     Mais… Pourquoi elle ne lui a rien dit ?
     Je revins à ma place pour m’occuper de mes brins d’herbe. Après tout, ce n’était pas mes affaires : Liz savait probablement ce qu’elle faisait.
    

Texte publié par LizD, 1er août 2020 à 14h03
© tous droits réservés.
«
»
Tome 1, Chapitre 13 Tome 1, Chapitre 13
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1583 histoires publiées
726 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Nyernen
LeConteur.fr 2013-2020 © Tous droits réservés