Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 12 Tome 1, Chapitre 12
2h17. Au beau milieu de la nuit.
     Pourquoi me suis-je réveillée ?
     La réponse ne tarda pas à arriver car, bientôt, la porte qui s’était ouverte se referma et des bruits de pas résonnèrent dans le couloir. Ils se rapprochèrent, passèrent devant ma chambre, puis s’éloignèrent vers l’autre extrémité.
     Qui est-ce ?
     Je songeai un instant à me lever, mais je me ravisai. Ce bâtiment avait l’air immense : ce n’était pas étonnant qu’on y circule en pleine nuit. Peut-être s’agissait-il de Mr Barkley ? Cependant, j’avais un mauvais pressentiment.
     Même ici, nous ne manquons pas d’ennemis…
     Les avertissements de Liz résonnaient dans ma tête. Une goutte de sueur perla sur mon front. Je tentai de me raisonner. Après tout, Liz pouvait lire dans les pensées des gens. S’il y avait le moindre danger, elle le saurait immédiatement.
     Je refermai les yeux et écoutai attentivement. Plus aucun bruit. Les autres devaient dormir à poings fermés. Seule une personne au sommeil aussi léger que le mien avait pu entendre ces pas.
     Arrête, ne sois pas parano ! Ce n’est rien !
     Je m’apaisai et m’apprêtai à replonger dans le sommeil.
     Je suis en sécurité. Je suis en sécurité. Je suis en sécurité…
    
    
*

    
     - Debout ! C’est l’heure !
     Je me levai en sursaut au son de cette voix intrusive qui m’arrachait brutalement au sommeil. Mais une vague tache orange dans l’entrebâillement de la porte me remémora les récents événements et je me calmai aussitôt.
     Mais qu’est-ce que… ?
    - Désolée, répondit Liz, je n’ai pas pu m’en empêcher. J’espère que tu ne m’en veux pas. Tes rêves n’étaient pas vraiment intéressants, de toute façon !
     Mes yeux s’étaient à présent habitués à la lumière du jour et je pus distinguer plus nettement une Liz en pyjama, à la coiffure pour le moins originale, me sourire avec une attitude énergique.
    - Pas le temps de parler ! s’exclama-t-elle. Il est sept heures et tu as vingt minutes pour te préparer ! Rendez-vous en bas pour le petit déjeuner !
     Sur ce, elle ferma la porte et fila dans le couloir.
     Est-ce que tous les matins sont comme ça ?
     Regrettant quelque peu le temps où je me réveillais par moi-même, mais impatiente d’entamer la première journée de ma nouvelle vie, je sortis du lit et me dirigeai vers la salle de bain. Après une courte douche qui acheva de me réveiller, j’enfilai mon jean et un nouveau t-shirt pris au hasard dans l’armoire (de toute façon, ils étaient tous pareils). Ensuite, et bien qu’ayant certainement cinq bonnes minutes d’avance, je descendis les escaliers à toute vitesse pour constater que personne ne manquait à l’appel, à part Liz.
     C’était la première levée… Qu’est-ce qu’elle fabrique ?
     Les autres n’avaient pas l’air de s’en inquiéter. Ne me posant pas plus de questions, je pris donc place à la table sur laquelle reposaient divers plats de toasts, d’œufs et de bacon. Ils avaient cependant pensé à celles qui venaient de l’autre côté de la manche et avaient aussi prévu de la nourriture sucrée : un plat de croissants ainsi que diverses confitures. Je me servis timidement un verre de jus d’orange et commençai à le siroter, incapable d’avaler quoi que ce soit de plus à une heure si matinale.
    - Tu ne manges pas ? s’étonna Cam, la bouche à moitié pleine.
    - Je n’ai jamais faim le matin, me justifiai-je.
     Elle avala et me regarda plus gravement.
    - Si j’étais toi, je ferais un effort, et je ne dis pas ça uniquement pour ta santé…
     Face au regard interrogateur que je lui lançai, elle se pencha vers moi et prit un ton de connivence.
    - Tu n’aimerais pas voir Liz en colère, n’est-ce pas ? Alors mange ! Demande à Sara, elle en a fait l’expérience.
     Elle eut un rire moqueur et jeta un regard complice à cette dernière, qui lui sourit en retour.
     C’est donc possible de la voir sourire !
    - Mange au moins un peu, me dit-elle, elle peut se montrer très désagréable parfois…
    - Ce serait bête de la mettre de mauvais poil dès le matin ! renchérit Cam.
     Devant tant d’insistance, je pris un croissant et entrepris de le grignoter sans grande conviction. C’est alors que nous vîmes débouler la rouquine en question, se débattant avec sa tignasse rebelle.
    - Impossible de les dompter ! s’exclama-t-elle. Vous n’auriez pas vu mon élastique ?
    - Dans le canapé, indiqua Sara, tandis que Cam pouffait en essayant vainement de ne pas trop se faire remarquer.
    - J’aimerais bien t’y voir ! lança Liz à son intention. C’est une vraie plaie, ces cheveux !
     Tandis qu’elle entamait une nouvelle bataille pour les attacher, j’essayai de me souvenir si j’avais moi-même pris le temps de brosser les miens ce matin… J’avais rarement besoin de le faire tant ils étaient raides.
     Peut-être vaut-il mieux qu’elle l’ignore…
    - Trop tard ! cracha-t-elle d’un air dégouté en s’asseyant enfin.
     Elle jeta un regard suspicieux à mon croissant que je m’empressai à manger avec plus d’entrain. Les filles avaient raison : je ne tenais pas à la voir s’énerver.
    - Hé Liz ! dit Cam. Au lieu de t’occuper de l’assiette des autres, tu n’oublierais pas quelque chose ?
     Elle lui lança une petite boîte qui atterrit dans les œufs qu’elle venait tout juste de se servir.
    - Très drôle ! rétorqua-t-elle.
     Mais elle sortit tout de même l’une des plaquettes que contenait la boîte et, en laissant échapper un soupir, elle en avala une petite gélule. Suite à mon regard interrogateur, elle expliqua d’un ton exaspéré :
    - Les médecins pensent que j’ai un problème de croissance et ils m’ont prescrit des vitamines. Cam veille à ce que je les prenne… Il n’y a qu’elle pour se préoccuper d’un truc pareil !
     C’est clair que s’inquiéter pour un petit-déjeuner c’est tellement plus important !
     Cam répondit très murement à cette pique par un tirement de langue. Sara sourit à nouveau.
     Décidément, elle est de bonne humeur aujourd’hui !
    - N’essaie pas d’obtenir le même résultat : elle ne sourit qu’aux pitreries de Cam… et à propos, le petit déjeuner, c’est TRES important !
     Cette fois, je parvins à me retenir de me tourner vivement vers Liz, au prix d’un grand effort de self-control. Il me faudrait du temps, beaucoup de temps, pour m’y habituer.
     Le repas se déroula de cette façon. Je découvrais petit à petit qu’il était dans la nature de Cam d’être de bonne humeur et de taquiner tout le monde, que Liz, plus lunatique, y répondait parfois avec plus ou moins d’esprit, tandis que Sara se contentait de sourire en lâchant parfois quelques mots. Elle n’était pas très bavarde et préférait souvent rester dans ses pensées tout en observant les autres. Elle n’en appréciait pourtant pas moins leur compagnie. Finalement, nous avions plus de points communs que je ne l’avais pensé de prime abord.
     Lorsque Liz eut fini sa dernière bouchée (elle avait plus mangé à elle seule que nous toutes réunies), nous nous apprêtâmes pour une chose bien moins réjouissante : une matinée de cours. En effet, entre deux toasts, Liz avait pris le temps de me briefer sur le programme de la matinée et il semblait que le cours de math évoqué la veille soit bien réel. Apparemment, vivre sous la protection des services secrets ne nous épargnaient pas le « droit d’avoir une instruction », comme elle disait. Pour être sincère, manquer les cours aurait bien été le seul avantage de ma fugue, à mes yeux ! Mais je préférais rester optimiste : s’ennuyer à plusieurs serait sans doute mieux que s’ennuyer seule… Je suivis donc les trois autres dans le dédale immaculé des couloirs. Une fois arrivée à destination, je m’installai au dernier banc de libre où m’attendaient déjà livres et cahiers. Tout était prévu : le tableau, le bureau du prof, les craies… jusqu’aux affiches périmées tapissant habituellement les murs d’une salle de classe ordinaire. Mais celle-ci était beaucoup plus exigüe, ce qui, combiné au fait que les bancs soient placés en demi-cercle, donnait au lieu une certaine intimité. Enfin, l’horloge indiqua huit heures pile et, au même moment, un étrange professeur entra dans la pièce.
     Il s’agissait d’un homme d’environ cinquante à soixante ans, dont le crâne avait déjà atteint un état assez critique de calvitie. Je dus me retenir de rire car son physique avait tout d’une caricature : il était petit, un peu rondouillard et portait un costume marron. Les quelques mèches de cheveux qui lui restaient semblaient animées d’un désir irrépressible de se faire remarquer en prenant toutes les positions les plus farfelues possibles et, pour couronner le tout, il portait de petites lunettes qu’il remettait sans cesse en place. Son nom était M. Fournier, professeur de sciences de l’éducation dans une prestigieuse université française, comme il me l’apprit bientôt.
     Il s’installa et commença un cours d’histoire, ce qui n’était pas vraiment pour me réjouir. Mais contre toute attente, ce cours ne me déplut pas : il s’avéra être un si bon prof que je ne m’ennuyai pas une seconde. Il avait l’art de raconter les événements comme s’il expliquait le scénario d’un film ou d’une série, ce qui rendait les choses beaucoup plus attrayantes. Mr Barkley n’avait apparemment pas fait les choses à moitié en choisissant le candidat à ce poste. Nous étions donc toutes particulièrement attentives, mise à part Liz qui était de nouveau plongée dans la lecture d’un énorme bouquin sans même chercher à cacher son attitude au professeur. Comme il ne disait rien, je supposai que c’était normal.
     M. Fournier enchaina bientôt avec une leçon de mathématiques, ce qui était plus mon domaine. Un peu inquiète, je m’apprêtai à demander sur quoi portait l’interro dont Liz nous avait parlé, mais celle-ci m’en empêcha et je manquai encore de peu la crise cardiaque.
     - Non ! Ne dis rien ! C’est une interro surprise !
     Je me ravisai aussitôt, songeant que son don serait vraiment pratique dans la vie de tous les jours, au-delà des ennuis que cela semblait lui causer.
     Après l’interrogation, dont je fus finalement dispensée au vu de mon retard accumulé ces dernières semaines, nous entamâmes des exercices et c’est là que je commençai vraiment à m’amuser. M’ennuyer ? Quelle drôle d’idée ! C’était impossible en compagnie de ces trois-là. Et, chose qui m’étonna particulièrement, la plus dissipée était de loin Liz. Elle ne cessait de bouger, d’interrompre le prof pour le reprendre avant de tourner la page de son livre (oui, elle se la pétait sûrement un peu), puis de se lever pour aller aider Sara. Cette dernière, au contraire, se montrait calme et concentrée. Elle restait penchée sur ses notes, les sourcils froncés, posant souvent des questions soit à M. Fournier, soit à sa voisine rebelle.
    - Sara a beaucoup de difficultés, me chuchota Cam, elle a quatre ans à rattraper…
     Je jetai à nouveau un œil à son expression sérieuse et y vis, en effet, une pointe de détresse. Quatre ans dans une vie, c’est énorme et, à notre âge, c’est toute la vie qu’on en subit les conséquences. Je commençais à comprendre ce que Cam m’avait expliqué la veille à son sujet : il ne valait mieux pas la juger trop vite, car la plupart de ses attitudes n’étaient en fait qu’une façade.
     Heureusement, Liz m’arracha vite à ces sombres pensées car elle semblait avoir trouvé une nouvelle idée pour tuer le temps. Ainsi, le prof ayant noté l’énoncé d’un exercice au tableau, elle profita d’un moment d’inattention durant lequel il répondait à une question de Sara pour commencer à écrire la solution et ce, sans bouger de sa place. Je contemplai avec admiration la craie se mouvoir d’elle-même et tracer des calculs complexes, tandis que Cam se retenait de rire.
     La télékynésie…
     Elle me l’avait dit la veille, mais à cet instant j’avais plus été impressionnée par le mot « télépathe », alors que cet autre don était tout aussi spectaculaire. Bien entendu, l’explication de M. Fournier ne dura pas éternellement et il finit par se retourner.
    - Mais qu’est-ce que c’est que ça ? s’exclama-t-il. Mademoiselle Lisbeth !
    - J’ai répondu à la question ! rétorqua-t-elle tout en pouffant, sans même chercher à se défendre.
    - Mais pas selon la méthode vue au cours ! Cette matière est de niveau universitaire : vous n’avez pas honte d’étaler votre savoir tout en embrouillant vos camarades ? Allez, effacez-moi ça tout de suite !
    Sara soupira et entreprit d’effacer la solution qu’elle avait apparemment déjà écrite. Liz haussa les épaules sans se départir de son sourire malicieux et nous adressa un clin d’œil, à Cam et à moi. L’instant d’après, l’éponge décollait à son tour.
    - Ah non ! s’exclama M. Fournier en s’empourprant. Faites-le à la main, pour une fois !
     Cette fois, Cam éclata de rire pour de bon tandis que je parvenais encore à résister, je ne sais pour quelle raison d’ailleurs puisque même le prof sembla s’autoriser un léger rictus, tout comme Sara qui restait tout de même concentrée sur ses exercices. Liz se leva docilement sans se départir de son air facétieux. Le prof saisit alors l’éponge flottante et la posa devant elle, sur le bureau. Je remarquai d’ailleurs que lui aussi prenait bien soin de ne pas la toucher. Tandis qu’elle s’exécutait, il s’assit lourdement sur la chaise et pris un air las. Bien sûr, Liz profita qu’il ait le dos tourné pour s’aider à atteindre le haut du tableau. M. Fournier fit mine de ne pas s’en rendre compte. Il soupira :
    - Plus de vingt ans à enseigner pour le gouvernement et je ne sais même pas gérer une petite écervelée !
     Puis il se tourna vers la petite rousse et il ajouta d’un ton taquin :
    - Je connais votre rôle dans ce projet, mademoiselle Lisbeth, mais parfois je me demande vraiment ce que nous allons bien pouvoir faire de vous…
     L’intéressée reposa l’éponge et répondit sur le même ton :
    - Pour commencer, vous pourriez arrêter de m’appeler comme ça !
    - Bien sûr, mademoiselle Lisbeth, dès que vous cesserez de perturber mon cours.
     Ils échangèrent un regard entendu et elle revint à sa place. Après quelques instants, les rires cessèrent et le cours pu reprendre.
    

Texte publié par LizD, 29 juillet 2020 à 11h59
© tous droits réservés.
«
»
Tome 1, Chapitre 12 Tome 1, Chapitre 12
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1583 histoires publiées
726 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Nyernen
LeConteur.fr 2013-2020 © Tous droits réservés