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Tome 1, Chapitre 10 Tome 1, Chapitre 10
La question me prit au dépourvu. À peine une dizaine de minutes auparavant, j’avais eu la tête remplie d’interrogations, mais tant de choses s’étaient passées depuis, et j’avais fait la connaissance de Liz qui avait accaparé toute ma curiosité. Je pris donc le temps de réfléchir et mon regard se posa par hasard sur le livre qu’elle était en train de lire à mon arrivée : un dictionnaire français-anglais. Intriguée, je lus la couverture : elle était rédigée en anglais !
    - Tu es anglaise ? m’exclamai-je.
     Elle écarquilla les yeux.
    - Quoi ? ça s’entend encore ? J’avais pourtant travaillé mon accent…
    - Non, pas du tout ! dis-je. Je ne l’aurais pas deviné si je n’avais pas vu ton livre…
     Elle sembla soulagée.
    - Tant mieux, dit-elle, je mets un point d’honneur à bien parler votre langue, puisque vous parlez toutes français, apparemment.
    - Mais… Comment fais-tu pour être si parfaitement bilingue ?
     Selon moi, pour qui l’anglais et le néerlandais étaient du chinois, c’était un exploit.
    - Disons que j’ai… quelques facilités, dit-elle simplement.
     Des facilités ?
    - Oui, des facilités. Bon, je pensais qu’on devait arrêter de parler de moi.
     Apparemment, elle n’était pas disposée à en parler. C’est alors qu’une question me vint à l’esprit.
    - Alors… tu as dû déménager d’Angleterre pour venir ici ?
     Je voulais savoir comment elle était arrivée à cet endroit.
     Est-ce que ça s’est passé comme pour moi ?
     Elle me jeta un regard incrédule.
    - Je n’ai pas changé de pays.
     Il me fallut du temps pour que j’assimile ces paroles et que je comprenne leur signification. Alors, elle me lança :
    - Welcome to England !
     Je suis… en Angleterre !
     Tout bien réfléchi, c’était plutôt logique, Mr Barkley étant lui-même anglais, mais cela me faisait tout de même un choc : j’étais si loin de chez moi… En tout cas, mes questions étaient revenues et, cette fois, je comptais bien avoir le fin mot de l’histoire.
    - Donc nous sommes en Angleterre… dis-je, où exactement ?
    - Quelque part dans la campagne du Sussex, répondit-elle, j’ignore l’emplacement précis.
     Je fronçai les sourcils.
     Le Sussex… ?
    - C’est dans le Sud de l’Angleterre, m’expliqua-t-elle en souriant.
    - Et quel est cet endroit, au juste ?
    - Normalement, c’est un bâtiment désaffecté, autrefois utilisé par les services secrets britanniques, mais le gouvernement l’a réaménagé pour pouvoir nous accueillir.
     Le gouvernement ?!
     Je ne pouvais m’empêcher de repenser au Coco scientifique et à ses menaces. Elle se mit à rire.
    - Est-ce que j’ai l’air de souffrir ? Non, au fait, ne réponds pas, ça vaut mieux…
     Son humour était particulier, apparemment.
    - Plus sérieusement, nous sommes ici en sécurité. Mr Barkley veille à ce qu’il ne nous arrive rien, c’est lui qui dirige cet endroit et je lui fais entièrement confiance. Cependant, tu as raison de te méfier. Même ici, nous ne manquons pas d’ennemis. Cet endroit… c’est le refuge idéal, mais cet équilibre est précaire.
    - Alors… tu me recommandes de rester sur mes gardes ?
     Elle secoua la tête.
    - Non, ça je m’en charge car il m’est aisé de repérer une menace. Aie seulement conscience du danger.
     Je soupirai.
     Je ne serai donc jamais pleinement en sécurité ?
    - Malheureusement, c’est notre lot à toutes… dit-elle d’un ton résigné.
     Toutes ?
    - Combien sommes-nous ? demandai-je avec un élan d’optimisme.
    - Pour le moment, nous sommes quatre, mais notre réseau d’information continue de chercher. Normalement, les autres pays collaborent, à part quand ils décident de faire des leurs, comme pour toi.
     Elle eut un sourire amusé. Moi, je ne trouvais pas cela très drôle.
    - Pourquoi le gouvernement cherche-t-il des filles comme nous ? demandai-je. Que faisons-nous ici ?
     Je pensais évidemment à la « mission » dont m’avais parlé Mr Barkley, mais elle préféra ne pas en parler.
    - Pour le moment, nous faisons plus ou moins ce que tous les jeunes de notre âge font : apprendre et s’entrainer pour l’avenir. Le reste, ne t’en préoccupe pas pour l’instant, je te l’expliquerai plus tard.
    - Mais, insistai-je, Mr Barkley m’a parlé d’une menace…
     Elle se crispa un peu à cette évocation. Apparemment, je n’étais pas la seule à qui Marcus faisait cet effet.
    - En effet, soupira-t-elle, il y a une menace. Nous n’en savons presque rien et pourtant j’ai des raisons de penser que nous y sommes intimement liées. C’est d’ailleurs la seule raison pour laquelle nous sommes ici en vie : ils savent qu’ils ont besoin de nous, pour leur faire face…
     Leur ? Ce n’est donc pas Marcus ?
     Elle écarquilla les yeux et se frappa le front.
    - C’est vrai, tu n’es pas encore au courant ! Je suis désolée, je n’aurais pas dû te le dire maintenant.
    - Me dire quoi ? demandai-je d’un ton empressé.
    - Ecoute, dit-elle, je pense que ce n’est pas le moment que tu apprennes ces choses-là. Il vaut mieux attendre…
    - Non ! la coupai-je. S’il-te-plait, Liz, ça fait des années que j’attends des réponses…
     Dans mon emportement, je m’étais levée. C’était la première fois que je me laissais autant emporter par mes émotions et je me sentis honteuse. Mais ça ne sembla pas la surprendre le moins du monde. Elle resta calme et impassible, m’observant de ses étranges yeux verts.
    - D’accord, soupira-t-elle, mais assieds-toi. Après ce que tu as vécu, cela pourrait te faire un choc.
     J’obtempérai, me préparant au pire.
    - Voilà, dit-elle, maintenant tu sais que tu n’es pas toute seule : il y a d’autres personnes comme toi, avec des dons… spéciaux.
     Pourquoi toujours commencer par un préambule ?
     Elle ne le montra pas, mais je savais qu’elle m’avait entendue.
    - Bref, Marcus non plus n’est pas tout seul. Il appartient à une communauté qui agit dans le monde entier.
     Ma réaction brilla par son absence. Je restai simplement immobile, répétant ces mots dans ma tête pour vérifier que je les avais bien compris et qu’il ne s’agissait pas d’un mauvais tour de mon imagination.
    - Ça veut dire, articulai-je, qu’il y a d’autres hommes comme lui ?
     Ma voix était tremblante, mais je ne parvins pas à lui redonner de la contenance.
    - Exactement comme lui, non, dit Liz, et aussi puissants, sûrement pas ! Mais oui, c’est plus ou moins ça que cela veut dire.
     Quelque chose en moi s’effondra et je sentis des larmes au bord de mes yeux.
     Je n’arrive pas à m’en sortir face à un seul Marcus et on voudrait que j’en affronte -combien au fait ? - toute une armée ?
    - Je t’avais dit que ça te ferait un choc… dit Liz.
     Je la vis tendre la main pour me rassurer, mais elle la rempocha avant de terminer son geste. Il faudrait que j’éclaircisse ce mystère-là également…
    - Tu n’as pas à t’en faire, me dit-elle, tu n’es pas toute seule. Je te l’ai dit : ici, tu es en sécurité.
     Quelque chose dans son expression m’indiqua qu’elle-même n’était pas vraiment convaincue par ses propos. Cependant, elle avait pris un ton mature et maternel. C’était plutôt étonnant chez une fille de quinze ans qui, de plus, en paraissait dix. Mes larmes cessèrent. J’avais l’impression que Liz était plus maline que ce qu’elle laissait paraître : elle pouvait devenir bilingue sans difficulté et employait même un vocabulaire riche. Elle pouvait lire dans l’âme des gens et, enfin, elle semblait sûre d’elle. J’avais donc décidé de l’écouter. Dans ma situation, j’avais bien besoin d’un guide. Lorsque j’eus retrouvé mes esprits, de nouvelles questions se posèrent naturellement. Je voulais tout savoir.
    - Qui sont ces gens ? demandai-je. Que veulent-ils ?
     Elle secoua la tête.
    - Il serait plus raisonnable de s’arrêter là pour aujourd’hui, tu ne crois pas ? Tu as eu ton lot de révélations pour la journée. De plus, il se fait tard et c’est bientôt l’heure de manger. Tu dois être épuisée et affamée. Promis, je te raconterai tout demain.
     Mais…
     J’avais reçu une surcharge d’énergie : comment pouvais-je être fatiguée ? Quant à mon appétit, cette conversation me l’avait entièrement coupé. Je voulus protester, mais la porte s’ouvrit une nouvelle fois et je me retournai pour voir la jolie blonde qui entrait.
    - Qu’est-ce que tu as encore dit à Sara ? s’exclama-t-elle. Elle a l’air bouleversée…
    - Je l’ai juste un peu remise à sa place, répondit la rouquine en haussant les épaules. Elle n’avait pas à traiter Emily de cette façon.
     Alors, elle se tourna vers moi et son regard s’illumina.
     Enfin quelqu’un qui a l’air impatient !
     Liz eut un léger rire.
    - En effet, Cam se réjouissait de voir une nouvelle tête.
     L’intéressée leva les yeux au ciel.
    - Avec leurs disputes incessantes, je commençai à avoir besoin de changement. Au fait, je ne sais pas ce que Sara t’a fait mais ne la juge pas trop sévèrement, s’il-te-plait. Elle n’a pas eu la vie facile, tu sais… et puis elle est plus fragile qu’elle en a l’air.
     Elle se rapprocha et m’observa de ses yeux clairs tout en me souriant amicalement. Soudain, elle prit un air horrifié.
    - Mais… qu’est-ce que tu as au poignet ? Les tissus sont tout endommagés ! Et tous ces bleus…
     Elle fit un mouvement dans ma direction, mais Liz se leva et l’interpella.
    - Cam, arrête ! Rappelle-toi ce qu’on t’a dit : tu as besoin de repos.
     Quoi ?
    - Oh… s’il-te-plait, Liz ! l’implora-t-elle. Juste pour cette fois et après j’arrête.
     Liz soupira et haussa les épaules en se renfrognant, ce qui devait vouloir dire oui car Cam sourit et me prit subitement la main. Une étrange chaleur envahit tout mon corps.
     Mais qu’est-ce que…
     Une autre sensation m’interpella : mon don m’alertait. Cela venait de Cam. Son taux d’énergie vitale était dangereusement en baisse. Il fallait que j’agisse, et vite. A mon tour, je pris sa main et lui transférai mon surplus d’énergie. Toute cette eau se montrait plutôt utile, finalement. Surprise, elle lâcha ma main. Elle semblait complètement désorientée.
    - Mais… qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle de sa voix douce.
    - Toi, qu’est-ce que tu fais ? répliquai-je. Ton énergie vitale… elle diminuait !
     C’est alors que je compris. Une sensation de bien-être se propageait dans mon corps. Cela faisait longtemps que ça ne m’était plus arrivé : je n’avais plus mal nulle part. Je jetai un coup d’œil à mon poignet et mes doutes se confirmèrent : la trace noire avait disparu.
    - Tu m’as guérie… soufflai-je. Et pour ça, tu as besoin d’utiliser ton énergie vitale.
     Elle acquiesça et tendit de nouveau la main.
    Elle ne veut quand même pas que je… Ben, si, visiblement !
     Je la repoussai.
    - Ce n’est pas à toi de payer pour me soigner, dis-je. Garde cette énergie, j’en avais trop de toute façon.
    - Mais…
     Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase car Liz intervint, arborant un sourire triomphant.
    - C’est génial ! Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ?
     Puis elle se tourna vers Cam.
    - La voilà, ta solution !
     Sa solution ?
     Cam avait sûrement pensé la même chose car Liz se mit à nous expliquer sa pensée. Elle s’adressa d’abord à elle :
    - Bon, Cam, voici Emily. Elle peut voir, sentir, et contrôler les énergies.
     Puis à moi :
    - Lily… ça te dérange si je t’appelle Lily ? C’est plus court.
     Même si j’avais voulu émettre la moindre réserve, elle ne m’en aurait pas laissé le temps.
    - Bref, Lily, voici Camille. Elle peut non seulement connaître l’état de santé d’une personne rien qu’en la regardant, mais elle a aussi un puissant pouvoir de guérison qui, comme tu as pu le constater, lui fais payer le prix fort. Si on ne l’arrêtait pas, elle essayerait de guérir la terre entière, ce qui ne facilite pas les choses.
    - Et c’est mal, peut-être ? répliqua celle-ci.
    - Non, mais c’est dangereux. Or, grâce à Lily, tu pourrais guérir beaucoup plus de monde : il lui suffira de te transférer de l’énergie venant du soleil ou autre.
     Il suffit, il suffit… C’est tout de même plus facile à dire qu’à faire ! Elle me prend pour un panneau solaire ou quoi ?
     Cependant, je ne pus que m’attendrir lorsque je vis la joie dans les yeux de Camille.
    - C’est vrai ? Tu peux faire ça ? me demanda-t-elle, pleine d’espoir.
    - Euh… oui, techniquement je peux le faire.
    - Merci ! s’écria-t-elle en me sautant au cou. Si tu savais comme j’en ai marre d’être inutile… Demande-moi ce que tu veux en échange !
     J’allais refuser, mais Liz intervint une nouvelle fois.
    - Tu pourrais peut-être lui montrer ton piano… suggéra-t-elle en souriant malicieusement.
     Un piano !
    - Tu as un piano ? dis-je précipitamment.
    - Oui, dit-elle, dans ma chambre. Pourquoi ? Tu voudrais en jouer ?
     Je commençai à me tordre les mains, confuse.
    - J’aimerais bien, mais je n’ai jamais appris…
    - Ça ne fait rien, me dit-elle enthousiaste, je peux t’apprendre si ça te tient tellement à cœur. C’est important d’avoir un loisir ici… On peut même commencer demain si tu veux !
     J’avais du mal à dissimuler ma joie.
     Je vais apprendre à jouer du piano !
    - Désolée les filles, interrompit Liz, mais demain ce ne sera pas possible : il me reste bon nombre de choses à t’expliquer, Lily.
    - Alors ce sera pour après-demain ! dit Cam. Bon, vous savez quand on mange ? Je meurs de faim !
    

Texte publié par LizD, 27 juillet 2020 à 10h52
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