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Tome 1, Chapitre 9 Tome 1, Chapitre 9
Lorsqu’enfin je pus voir ce que cachait cette porte, je fus très déçue de découvrir une pièce quasiment vide, et elle le paraissait d’autant plus qu’elle était spacieuse. Comme l’indiquait son nom, il s’agissait d’un salon. Il y avait quelques divans, une petite table basse, ainsi qu’une autre longue table bordée d’une dizaine de chaises. Cependant, ce qui attira mon regard en premier fut une abondante tignasse rousse. Elle appartenait à une petite fille affalée sur l’un des divans, complètement absorbée par la lecture d’un gros livre. Il n’y avait personne d’autre dans la pièce.
     A mon entrée, elle me jeta à peine un regard. Elle paraissait vraiment concentrée et non impatiente, comme on me l’avait annoncé. Mr Barkley, ne s’en formalisant pas le moins du monde, s’approcha d’elle et s’assit sur le grand divan. Un instant, j’hésitai à le suivre puis, jugeant que j’avais l’air absolument ridicule, seule à l’autre bout de la pièce, je me décidai et m’assis à mon tour. Je pus alors observer l’inconnue plus en détail.
     Elle était de petite taille. Je lui donnais environ dix ans, mais son attitude ainsi que son expression étaient celles d’une adulte. C’était assez déconcertant. Sa peau était pâle (une peau de rousse), et son visage, en partie caché par de grosses lunettes noires, était constellé de taches de rousseur. Mais le plus singulier, après ses cheveux rebelles, c’étaient ses yeux : d’un vert, profond et agrandis par ses lunettes, ils donnaient à son regard une intensité peu commune. Même si elle ne me regardait pas, je me sentais observée.
     Après un silence qui me sembla durer une éternité, Mr Barkley prit la parole, d’un air étonné :
    - Sara ne vient pas ?
     Sara… C’est la chambre à côté de la mienne !
    - Si, si, dit la mystérieuse fille avec un sourire en coin, elle arrive justement.
     Je sursautai au son de sa voix. Elle était aigue, mais avait une intonation si grave… Cette fille pleine de contradictions avait piqué ma curiosité, mais je n’eus pas le temps d’essayer d’en savoir plus car, rapidement, des pas se firent entendre dans le couloir.
     La porte s’ouvrit à la volée. Je me retournai vivement, mais ne pus apercevoir celui qui l’avait ouverte. Tout ce que je vis, ce fut une immense vague d’eau qui arrivait sur moi à toute vitesse. Je réagis par réflexe. Avant qu’une seule goutte ait pu m’atteindre, la vague avait disparu. Si jamais j’avais encore ressenti de la fatigue, il n’en était plus rien à cet instant. Je dus même m’asseoir, le temps que mon corps s’habitue à cette surcharge d’énergie.
     C’est seulement à cet instant que je réalisai ce qu’il venait de se passer.
     Mais… Qui ? Comment ? Pourquoi ?
     J’orientai immédiatement mon regard vers la porte pour découvrir à qui je devais cette agression aquatique. Là, une jeune fille d’environ vingt ans me toisait. Elle était grande et belle : ce fut ma première pensée en la voyant. Ses habits étaient identiques aux miens, mais sur elle ils me semblaient avoir beaucoup plus de style. J’enviai surtout sa peau mate et ses magnifiques yeux bleus. De longs cheveux bruns ondulaient sur ses épaules, complétant l’harmonie. Cependant, il ne me serait pas venu à l’idée de la complimenter, ni même de lui adresser la parole : son expression sévère, ses lèvres pincées et son regard dur me dissuadaient de toute tentative de communication. De plus, j’étais trop occupée à me demander comment elle m’avait aspergée sans transporter de seau ni de tuyau d’arrosage…
    - C’est quoi ces étincelles ? me lança-t-elle. C’est tout ce que tu sais faire ?
     Des étincelles ? Elle peut les voir ?!
     J’étais trop stupéfaite pour lui rétorquer quoi que ce soit. De toute façon, la petite fille s’en chargea à ma place.
    - Je pense que tu ne te rends pas bien compte de ce à quoi tu viens d’assister, Sara, dit-elle d’un ton posé.
     Au son de sa voix (qui me surprit à nouveau), je me tournai vers elle. Elle avait enfin daigné lever les yeux et avait même enlevé ses lunettes. Par contre, elle me regardait intensément et cela me mit mal à l’aise.
     En guise de réponse, l’autre croisa les bras et haussa les sourcils.
    - Elle contrôle les énergies, lui expliqua la petite.
     Comment a-t-elle deviné ?
     Elle ne m’avait toujours pas quittée des yeux.
     Ça commence à devenir flippant…
     Heureusement, elle détourna aussitôt le regard pour porter son attention sur son interlocutrice.
    - Et alors ? répliqua Sara.
     Soit elle n’était pas de bonne humeur, soit ce n’était pas la grande entente entre ces deux-là. Ou les deux.
    - Et alors ? répéta la petite dans un rire léger. Etant donné qu’il y a de l’énergie dans absolument tout ce qui existe dans l’univers, on peut en conclure qu’elle a le contrôle… de tout l’univers !
     Le contrôle de l’univers ? C’est quand même un peu exagéré...
     Sara sembla enfin se rappeler de ma présence dans la pièce et se tourna vers moi. Elle avait l’air un peu dubitative, ce que je pouvais comprendre au vu de la petite chose que j’étais. Finalement, elle haussa les épaules et s’apprêta à partir.
    - Au fait, la rattrapa la petite, elle s’est aussi battue contre Marcus.
     Sara la fusilla du regard, l’autre le soutint sans ciller. J’avais l’impression d’assister à un véritable combat silencieux. Enfin, elle réagit.
    - Remets tes lunettes, dit-elle, tu sais bien que c’est dégueu de faire ça !
     Quoi ? Ses lunettes ?
     Sur ces mots étranges, elle sortit en claquant la porte derrière elle. La rouquine et Mr Barkley se regardèrent un instant, puis celle-ci se mit à rire. Lui secoua la tête en soupirant.
    - Tu as été un peu dure avec elle, dit-il, et elle n’a pas tout à fait tort.
    - Elle n’avait qu’à se comporter un peu mieux, répondit l’intéressée en haussant les épaules.
     Cependant, elle ramassa ses lunettes sur le canapé et les remit sur son nez.
     Mais qu’est-ce qu’elles ont ses lunettes ?
     J’appréciais tout de même le fait qu’elle m’ait défendue face à Sara : elle ne m’avait pas parue tellement impatiente, elle non plus. Mr Barkley se leva lentement et se tourna vers moi.
    - Ça ira mieux maintenant, dit-il, ne t’en fais pas : je te laisse entre de bonnes mains.
     Mouais…
     Il s’adressa à la petite rousse.
    - Je te laisse le soin de tout lui expliquer : tu sais bien que ce n’est pas mon fort.
     Elle acquiesça avec un large sourire. Ensuite, il nous fit un clin d’œil avant de quitter la pièce. Je me retrouvai donc seule en compagnie de l’étrange inconnue. Celle-ci referma son livre, le posa sur le divan, puis m’adressa un regard bienveillant.
    - Tu peux te rapprocher, tu sais ? Je ne mords pas.
     Toujours très mal à l’aise, je glissai sur le canapé pour rejoindre son côté.
    - Désolée pour cet accueil quelque peu… agressif, s’excusa-t-elle, mais Sara tenait absolument à te faire passer un « test » et, comme tu as pu le constater, elle est de nature plutôt irritable.
     Irritable ? Bel euphémisme !
     Le coin de sa lèvre se leva légèrement.
     Est-elle en train de se retenir de sourire ?
    - Reprenons depuis le début, si tu le veux bien, poursuivit-elle. Mon nom est Lisbeth, mais… ce prénom est atroce alors, je t’en prie, appelle-moi Liz.
    - D… d’accord, dis-je en tendant la main, moi c’est…
    - Emily, je sais, m’interrompit-elle avec un sourire contrit. Par contre, je suis désolée, mais… je ne serre pas la main. En fait, j’évite tout contact physique. Non pas que ça me dérange ! C’est juste que… ça pourrait être dangereux.
    - Euh… d’accord, dis-je en baissant la main, décontenancée.
     Dangereux ?
     Elle parlait non seulement avec une voix surprenante, mais aussi avec un débit très rapide, ce qui s’avérait plutôt pratique pour communiquer des informations aussi surprenantes et bizarres : c’était vite dit, vite oublié. Mais elle semblait réellement désolée et fourra rapidement ses mains dans les poches de son sweatshirt.
    - Alors comme ça, dit-elle pour changer de sujet, tu contrôles les énergies et tu peux les voir… Comment ça fonctionne, au juste ?
    - Euh oui… dis-je légèrement déstabilisée (je n’avais pas vraiment l’habitude d’en parler), en fait je ne sais pas : je les sens et puis il me suffit de… Mais, au fait, comment tu le sais ?
     Je ne me souvenais pas de l’avoir dit à Mr Barkley. Son expression changea et elle eut un sourire amusé.
    - C’est juste ! s’exclama-t-elle. J’aurais dû commencer par me présenter entièrement, et puis ce serait malhonnête de ne pas te prévenir dès le début…
     Me prévenir ?
     Elle se redressa et prit une expression plus sérieuse.
    - Donc, comme je disais, je m’appelle Liz et, pour ta gouverne, j’ai quinze ans et non dix.
     Quoi ?!
    - Je vais t’expliquer, ne t’en fais pas ! dit-elle aussitôt. Voilà, chacune d’entre nous peut faire quelque chose de différent. Toi, par exemple, c’est l’énergie. Sara, elle, maîtrise les quatre éléments : l’eau, la terre, l’air et le feu. Tout à l’heure, elle a d’ailleurs choisi de t’attaquer avec de l’eau afin de ne pas te blesser…
     Délicate attention !
     Jusque-là, je comprenais, mais une question me brulait les lèvres :
    - Et toi ?
     Elle eut un sourire énigmatique dont, je l’apprendrais plus tard, elle avait l’habitude. Cependant, je commençais à me douter de la réponse.
    - Je pratique la télékinésie et… la télépathie.
    - Tu peux lire dans les pensées ! m’exclamai-je.
     En effet, ça explique pas mal de choses…
    - Oui, dit-elle avec un demi-sourire, même si « lire » n’est pas le terme approprié. Disons plutôt que je les entends… D’ailleurs il m’arrive de confondre avec ce que les gens disent : surtout ne t’étonne pas si je réponds tout haut à l’une de tes pensées !
    - Euh… d’accord.
     Je savais déjà que j’aurais du mal à m’y faire… Qu’allait devenir la piètre menteuse que j’étais si, en plus, on pouvait lire dans mes pensées ? Je la scrutai un instant, essayant de savoir si elle entendait réellement tout ce qu’il se passait dans ma tête.
    - Ne me regarde pas comme ça ! s’esclaffa-t-elle. Je n’entends pas tout, non plus !
     Ah bon ?
     J’attendais plus d’explications. Il fallait me comprendre : on ne se retrouve pas souvent dans une telle situation, même dans une vie comme la mienne. Mais je n’eus pas besoin d’exprimer mes interrogations.
    - En temps normal, expliqua-t-elle, j’entends absolument tout ce que tout le monde pense dans un rayon d’environ… vingt mètres. Tu peux déjà imaginer le bruit que cela occasionne : c’est similaire à se trouver au milieu d’une foule en permanence… C’est même encore pire car, dans une foule, tu ne peux pas comprendre ce que les personnes qui t’entourent disent, mais ce ne sont pas mes oreilles qui perçoivent les pensées des gens, c’est mon esprit. Je peux donc comprendre distinctement chaque mot pensé par chaque personne, mais tout en même temps.
     Quelle horreur !
    - Un enfer… acquiesça-t-elle. Heureusement, j’ai ceci maintenant !
     Elle désigna ses lunettes.
     Mais qu’est-ce qu’elles ont ces lunettes, à la fin !
    - Oui, dit-elle avec un petit rire, c’est vrai que, pour quelqu’un qui n’est pas au courant, ça peut paraître un peu bizarre.
     … Ok c’est un peu surprenant, quand même.
     Décidément, j’allais avoir beaucoup de mal à m’y habituer.
    - En gros, continua-t-elle sans prêter attention à ma stupéfaction, elles me permettent de « trier » les pensées que je capte, de sorte que je n’entende plus que quelques pourcents de ce que je devrais capter…
     Des lunettes peuvent faire ça ?
    - Comment ça marche ? demandai-je.
     Elle eut l'air ennuyée.
    - C’est un peu compliqué à expliquer… Tu veux vraiment savoir ?
     J’acquiesçai. Comment ne pas être curieuse ? Cette fille était une énigme de la nature à elle toute seule !
     Toi aussi, ma grande, t’as oublié ?
     Elle réfléchit un instant, puis se lança :
    - Et bien… Tout comme le son, mon pouvoir de télépathie se propage par ondes : mon esprit envoie continuellement des ondes qui me permettent d’entendre les pensées. Tu me suis ?
     J’acquiesçai de nouveau.
    - Certains matériaux ont des propriétés absorbantes face à certains types d’ondes. J’ai donc eu l’idée de chercher un matériau capable d’absorber les miennes. Donc, tout comme on insonorise des pièces, j’ai essayé d’insonoriser ma tête. Tu n’imagines pas le temps qu’il m’a fallu pour trouver ! Mais ça valait le coup… J’espère que ce n’est pas trop tiré par les cheveux et que tu as tout compris : on me reproche souvent de parler trop vite…
    - Non, non, ça va, dis-je. Mais… tu ne dois pas mettre ce matériau sur toute ta tête, du coup ?
     Et pourquoi des lunettes ?
    - Je pensais aussi, au début, mais tant que ça couvre les tempes, ça va… C’est d’ailleurs pour ça que ces lunettes sont si grosses… Et j’ai eu l’idée des lunettes car c’est discret et comme je suis myope, de toute façon… Tu comprends beaucoup de choses rapidement, il me semble. Tu aimes les sciences, c’est ça ?
     Je confirmai d'un hochement de tête. On ne pouvait pas lui cacher grand-chose, apparemment.
    - Tu sais quoi ? me dit-elle avec un sourire chaleureux. Je sens qu’on va bien s’entendre.
     Sa remarque fit naître un léger sourire au coin de mes lèvres : je ne la connaissais pas encore, mais le fait qu’elle m’apprécie était un sentiment assez nouveau et agréable. De plus, je l’avais moi aussi tout de suite trouvée sympathique. Soudain, je rougis en réalisant qu’elle entendait peut-être tout ce que j’étais en train de me dire et lui jetai un regard pour vérifier. Elle soupira, amusée.
    - Arrête ça ! Je t’ai dit que je n’entendais pas tout ! Bon, si tu veux savoir, il n’y a que les phrases que tu penses « tout haut » que je peux entendre, donc comme quand tu parles, mais dans ta tête.
     COMME ÇA ?
    - Pas si fort ! s’écria-t-elle en se prenant la tête entre les mains.
    - Oh, pardon ! m’exclamai-je.
     Elle fourra de nouveau ses mains dans ses poches et se remit à rire.
    - Ce n’est rien. Tu n’es pas la première à réagir comme ça. Je devrais peut-être prévenir les gens avant…
     Décontenancée, je ne savais plus si je devais être désolée ou rire avec elle. Elle était décidément bien excentrique : je l’appréciais déjà.
    - Bon, assez parlé de moi, dit-elle soudain. Je sais que tu as des tas de questions sur cet endroit… Oh, à propos, désolée pour tout à l’heure : la curiosité l’a emporté. Mais… je ne dirais rien, promis !
     Quoi ? Tout à l’heure ?
     Je dus fouiller un instant dans ma mémoire pour finalement retomber sur le moment où elle avait enlevé ses lunettes, me fixant si longuement.
     Se pourrait-il que… ?
    - Désolée, dit-elle en prenant un air confus.
    - Ce… ce n’est rien, dis-je. Je n’ai pas grand-chose à cacher, de toute manière.
     Enfin… je crois.
     Cela me faisait tout drôle que quelqu’un que je venais tout juste de rencontrer en sache autant sur moi. Que savait-elle ? Quelle quantité d’informations avait-elle eu le temps d’amasser ? Je n’avais pas eu l’intention de me dévoiler si rapidement, mais il était trop tard pour revenir en arrière. Je n’avais d’autre choix que de lui faire confiance.
     Au moins, ça m’évitera de raconter ma vie !
    - Donc, dit-elle, que veux-tu savoir ? Je suis là pour tout t’expliquer.
    

Texte publié par LizD, 24 juillet 2020 à 12h49
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