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Tome 1, Chapitre 4 Tome 1, Chapitre 4
Ma tête heurta quelque chose et je repris connaissance. J’étais allongée dans un endroit étroit, ballottée par de nombreuses secousses. Une voiture. Elle roulait à vive allure dans une direction qui m’était inconnue.
    Mais qu’est-ce que je fais là ?
    Prenant mon courage à deux mains, j’entrepris de m’asseoir. Tous mes muscles protestèrent sous l’effort que je leur imposais.
    Pas de souffrance physique… Encore bien raisonné !
    Ce n’était pas la première fois que je me trompais sur les plans de Marcus. En revanche, cela ne m’avait jamais couté aussi cher.
    Je laissai un gémissement franchir le seuil de mes lèvres tandis que je parvenais à mes fins et les deux personnes à l’avant semblèrent remarquer mon réveil. Celle du siège passager se retourna et je vis avec surprise le visage soucieux, encadré de boucles brunes, de mon professeur de mathématiques.
    Mme Rossetti ?! Mais qu’est-ce qu’elle fait là ?
    Mon étonnement fut à son comble lorsque, me penchant un peu, je découvris l’identité du conducteur. C’était la directrice de l’école qui, tout en se préoccupant de ce qu’il se passait à l’arrière, essayait tant bien que mal de se concentrer sur la route.
    Je ne savais que dire. La situation était des plus étranges, si bien que je crus être toujours inconsciente. Mais je ne rêvais pas : la douleur de mon corps était bien trop réelle.
    Mme Rossetti et moi continuâmes un moment à nous dévisager, sans un mot, puis elle jugea bon de dire quelque chose :
    - Tu… tu te sens mieux ?
    - Bof, grimaçai-je en guise de réponse.
    Mais qu’est-ce que c’est que cette conversation ?
    Il fallait arrêter de tergiverser. Elles avaient tout vu, elles savaient tout. Alors, à présent, le tout était d’essayer de me sortir de cette situation au plus vite. En premier lieu : demander pourquoi et comment j’étais arrivée là.
    - Que s’est-il passé ? demandai-je, reprenant contenance.
    - Eh bien… commença Mme Rossetti.
    - J’ai appelé la police, la coupa la directrice, elle est arrivée un peu après que tu aies perdu connaissance.
    La police ! Mais alors…
    - Tout le monde était sorti et cet… homme avait disparu, continua Mme Rossetti, mais je me suis dit que s’ils te voyaient avec tes…
    Elle sembla un peu confuse et m’indiqua l’arrière de mes épaules.
    Mes ailes !
    Je me retournai vivement, mais fus immédiatement rassurée : heureusement, elles n’étaient plus là. Mme Rossetti hésita avant de reprendre. Elle semblait basculer entre la compassion et la panique. C’était compréhensible.
    - Bref, poursuivit-elle, je t’ai transportée dans ma voiture avant qu’ils n’arrivent et Madame la directrice a convenu avec moi qu’il valait mieux t’éloigner au plus vite.
    Ouf…
    J’étais abasourdie. Elles avaient fait exactement ce qu’il avait fallu faire, elles m’avaient sauvée. Un élan de gratitude envers ces deux femmes que je connaissais à peine me traversa, mais je ne trouvai que très peu de mots pour l’exprimer.
    - Merci, balbutiai-je.
    La prof me répondit par un demi-sourire gêné. Elle avait surement des questions, mais elle n’osait pas me les poser. Pour ne pas la déranger plus longtemps en l’observant, je reportai mon attention sur la fenêtre. Nous étions toujours en ville, mais suffisamment loin de l’école car je ne connaissais pas les environs.
    - Où allons-nous ? demandai-je, me rendant compte que nous tournions en rond.
    - C’est à toi de nous le dire, me répondit la directrice. Pour le moment, je n’ai fait que m’éloigner du centre. Tu veux qu’on te ramène chez toi ?
    - Non ! Surtout pas ! m’exclamai-je.
    Elle me jeta un regard surpris dans le rétroviseur et Mme Rossetti, qui avait retrouvé sa position initiale, se retourna de nouveau.
    - Désolée, bafouillai-je, mais n’y aurait-il pas une gare à proximité ?
    - Une gare ? s’étonna la prof. Tu ne préfères pas que nous te conduisions quelque part nous-mêmes ?
    Elle semblait très inquiète, comme tant de gens à mon sujet ces derniers temps…
    - Non vraiment, il vaut mieux que je voyage seule, insistai-je.
    - Tu es sûre ? Tu veux vraiment partir ?
    - Vous voyez une autre solution ? rétorquai-je.
    Elles se regardèrent un instant, se concertant en silence. Finalement, la directrice prit un virage et dit :
    - Il y en a une à quinze minutes environ et les trains vont dans presque toutes les directions. Ça te va ?
    J’acquiesçai en silence. Je n’avais pas encore vraiment réfléchi à ma destination. Tout ce que je savais, c’était qu’il fallait que j’aille le plus loin possible, le plus vite possible.
    La directrice (je ne pensais pas avoir jamais connu son nom) reporta toute son attention sur sa conduite. Elle voulait sans doute se débarrasser de cette histoire. Me conduire à la gare, et ensuite oublier. Je la comprenais : moi aussi, j’aurais voulu pouvoir faire pareil. Mme Rossetti, au contraire, cherchait à en savoir plus. Elle continua de me dévisager sans pour autant oser se lancer. C’était très embarrassant : comme si j’avais été infirme et qu’elle ne voulait pas me blesser en me demandant comment la « chose » était arrivée. Au bout de quelques minutes, je n’y tins plus :
    - Bon, vous voulez savoir quoi ? lui lançai-je.
    Son visage se décomposa et elle rougit de confusion. Elle me fit penser à un enfant que l’on prend en flagrant délit de bêtise.
    - Je ne sais pas, balbutia-t-elle, je voulais juste…
    Mais vas-y : parle !
    Elle semblait vraiment désolée et c’en était énervant. Pour qui me prenait-elle ? Pour la reine d’Angleterre ? Non, j’étais juste une pauvre fille qui ne comprenait rien à ce qui lui arrivait, qui ne trouvait rien de mieux à faire que de mettre tout le monde en danger et qui, pour couronner le tout, se retrouvait à la rue sans nulle part où aller ! Pire encore : je n’étais même pas sure d’être humaine ! J’ignorais totalement ce qu’il s’était passé. Des radiations nucléaires ou une erreur dans mon code génétique comme dans les films ? Un monstre, voilà ce que j’étais. Alors oui, la voir prendre des gants avec moi m’exaspérait. Bien que je lui en fus reconnaissante, je ne comprenais même pas le fait qu’elle ait voulu m’aider. Avait-elle songé aux conséquences, à tous les ennuis que cela pourrait lui apporter ? Mais non. Tout ce qui semblait la préoccuper, c’était de ne pas me froisser en posant des questions trop indiscrètes.
    On croit rêver…
    En attendant, elle semblait reprendre contenance et osa enfin me demander ce qui lui brulait les lèvres.
    - En fait, je me demandais ce que tu… Enfin je veux dire, comment… Tu as toujours été comme ça ?
    Elle avait bien fait de modifier sa question : je n’aurais pas pu répondre aux deux autres de toute façon.
    - J’avais huit ans lorsque ça s’est manifesté, répondis-je simplement.
    Elle parut un peu déconcertée par ma réponse, sans doute trop courte et pas assez satisfaisante à son gout, mais à présent que le sujet était lancé, elle rechignait moins à poser ses questions.
    - Et donc… ça consiste en quoi, au juste ?
    J’eus un sourire amer : subtil euphémisme. Cela ne m’empêcha cependant pas de traduire par « Qu’est-ce que tu es, en fait ? », question qui m’avait taraudée durant la moitié de ma vie. J’avais cependant décidé de jouer la carte de la sincérité avec cette femme qui m’avait aidée plus que personne auparavant.
    Je lui racontai tout : l’apparition de mes pouvoirs et comment j’avais trouvé ça génial au début, puis comment ça avait viré au cauchemar lorsque Marcus avait débarqué l’année suivante, comment Il m’avait suivie partout où j’allais, les poursuites, les combats, les blessures… mais aussi l’incident du mois dernier et comment celui d’il y avait de ça quelques heures était arrivé… Les mots sortaient de ma bouche comme s’ils venaient d’être libérés d’une longue incarcération. Je parlais comme je ne l’avais jamais fait avant. Je pleurais aussi. Les larmes coulaient en abondance sur mes joues, mais je ne m’arrêtai pas pour autant. Et tout cela me faisait du bien.
    Lorsque j’eus fini, nous étions dans le parking de la gare. La directrice était toujours tournée vers le volant, mais je la voyais me lancer des coups d’œil furtifs dans le rétroviseur. La prof, elle, m’observait avec un air bouleversé. Elle ne dit pas un mot, mais me tendit mon sac et ma veste, qu’elle avait dû récupérer dans la classe avant de partir. Un peu embarrassée de m’être autant dévoilée, je sortis sans demander mon reste et fis de mon mieux pour tenir debout malgré mes jambes en compote. La voiture démarra presqu’aussitôt et je me retrouvai seule au milieu du parking désert. J’enfilai ma veste en vitesse (elle cacherait les deux trous que mes ailes avaient percés dans mes vêtements) et entrai dans l’immense bâtiment qu’était la gare de Ville-Prés. J’achetai un billet pour le premier train, sans même faire attention à sa destination : une ville en Flandre, au bord de la mer. C’était assez loin et c’est tout ce qui m’importait.
    Je ne ressentais plus rien lorsque le train s’éloigna du quai. Ni peine, ni soulagement : rien qu’un grand vide. D’un côté, j’étais soulagée d’un lourd fardeau mais, de l’autre, j’abandonnais là ma vie, mes parents, une part de moi-même… Tout cela appartenait au passé désormais. Une page venait de se tourner.
    

Texte publié par LizD, 10 juillet 2020 à 09h35
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