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Tome 1, Chapitre 15 « Aegritudo » Tome 1, Chapitre 15
Sanne eut le sentiment d’émerger de sables mouvants. Elle ne savait pas où elle était, ni ce qu’elle faisait là : tout ce qu’elle voyait se résumait à un plafond blanc au milieu duquel flottait une aura désagréable, électrique. L’odeur d’hôpital revenait hanter ses narines, mais sans ce côté éthéré qui lui avait mis les nerfs à vif. Oui, il y avait eu une odeur médicamenteuse un peu masquée... cette fois, les fumets de désinfectant ne se cachaient plus.
    
    — Ne bougez pas, lui dit-on.
    
    Elle avait déjà entendu cette voix. Non, ce n’était pas exactement une voix familière, c’était plus récent que ça.
    
    Un murmure. Des chuchotements. Sanne saisit au vol le nom de Duke, précipitamment prononcé. Malgré les instructions que la voix lui avait données, elle se redressa vivement… et le regretta. Un tambour s’était déclenché dans son crâne, les échos de ses coups douloureux se répercutant jusque dans sa poitrine. Les sables mouvants glissèrent de sa peau pour laisser place à une sensation de brûlure généralisée, guère plus agréable. Elle avait l’impression de tout entendre à travers deux pots de yaourt renversés au-dessus de ses oreilles.
    
    Oh, non… ce n’était pas… elle n’avait tout de même pas…
    
    — Vous avez fait une crise. Assez violente, si je puis me permettre, bien que je ne puisse pas juger en fonction de vos crises précédentes.
    
    Sanne avait la tête qui tournait et sa vision floue ne lui permettait toujours pas de se situer. De même, il lui fallut du temps pour assimiler ce que la voix avait dit. Lorsqu’enfin, le sens de ces mots fut clair, son premier réflexe fut de contredire cet homme : quelles crises précédentes ? Non, il n’y en avait jamais eu d’autres, c’était faux, elle n’était pas faible.
    
    Mais elle se rendit compte de la futilité de ce mensonge, avant de le prononcer ; bien sûr qu’elle avait eu d’autres crises, il le savait. Sinon, que serait-elle venue faire ici ?
    
    La Chasseuse se souvenait à présent. Le mot de Duke… Beacon Hill… Roy, le brillantiné… le cabinet du docteur Fitz. Elle était venue là pour se guérir.
    
    Combien de temps cela faisait-il ? Ses yeux cherchèrent désespérément une horloge, quelque chose qui aurait pu la renseigner sur les longues minutes – heures ? – qui s’étaient perdues ici.
    
    — Calmez-vous, voulut la rassurer Fitz en posant une main sur son avant-bras. Il fait nuit. Vous êtes restée inconsciente plus de douze heures.
    
    Douze heures… ce scénario était pire que son pire cauchemar. Elle était rarement restée inconsciente si longtemps. Et Memoria ? Elle n’était pas en congé, elle aurait dû rejoindre Duke et les autres Chasseurs en service.
    
    Machinalement, Sanne voulut plonger la main dans la poche de son manteau pour y pêcher son com.
    
    Elle se rendit compte qu’elle n’avait plus son manteau.
    
     — Mon manteau…
    
     — Ne vous inquiétez pas pour ça. Nous vous l’avons enlevé.
    
     Mais non, il ne comprenait rien !
    
     — Mon com… tenta-t-elle.
    
     Un silence gêné lui répondit.
    
     — Mon com ! insista-t-elle.
    
     — Il s’est cassé dans votre chute, malheureusement. Votre corps aura roulé dessus.
    
     Paniquée, Sanne chercha à se mettre sur ses pieds mais les bras d’un homme la retenaient fermement. Duke ? La jeune femme eut un instant de confusion extrême en percevant, à travers ces fichus pots de yaourt qui l’assourdissaient, la tonalité de respiration de son compagnon de mission, le caractère rauque du souffle qui sortait de ses poumons et passait dans sa trachée. Mais sa vision se rétablissait au rythme de ses battements de cœur, de plus en plus stables ; un coup, deux, trois, et les traits de Roy, couronnés de sa petite moustache, sortirent l’un après l’autre du marécage.
    
     Ses iris verts la troublaient, décidément. Au moment où il se redressa et passa une main dans les mèches folles – et grasses - qui dansaient devant son front, Sanne comprit. C’était un geste qu’elle avait déjà vu chez Duke. Exactement le même, à croire que la génétique s’exprimait jusque dans la contraction des muscles et les mouvements.
    
     Cet homme faisait partie de la même famille que Duke. Cousin, frère… une branche proche en tout cas, elle était prête à le parier.
    
     Une fois qu’elle se fut calmée, Fitz et Roy se montrèrent très prévenants avec elle. Avec des gestes doux, ils l’aidèrent à se relever du sol où elle avait dû s’écrouler, juste au pied du bureau du docteur. L’avaient-ils donc laissée croupir là pendant plus de douze heures ? Le moustachu brillantiné, l’air sincèrement soucieux, lui tira un fauteuil en chintz où Fitz la fit asseoir. Sanne se sentit disparaître dans l’assise profonde et moelleuse, et le tournis la reprit, le malaise enfonçant ses minuscules poings dans son estomac. Elle ne s’était pas attendu à perdre tous ses moyens dans le cabinet. Aussi vite… oui, il y avait eu des alertes, celle de la nuit précédente où elle avait échoué dans les bras de Duke, sous le regard perçant de Selena. Y avait-il eu de la peine, de la compassion dans ce regard ? Elle qui s’efforçait de rester distante et de faire valoir un manque total d’empathie. Mais il y avait autre chose. Selena avait beau se trouver de l’autre côté de la barrière elle était, tout comme les Chasseurs, tout comme les responsables de Memoria au fond, broyée par une mécanique trop vaste pour elle.
    
     — Mon com, se désola Sanne une fois de plus.
    
     Elle venait de voir les restes du petit rouleau sur un plateau, près de la fenêtre bouchée par le rideau.
    
     — Oh non, mon com…
    
     Fitz, penché sur elle comme au-dessus d’un landau de nourrisson, l’observait attentivement.
    
     — Ne vous inquiétez pas pour cela. À quand remonte votre dernière alerte ? En avez-vous eu plusieurs ? Une seule ?
    
     Voilà, les questions arrivaient. Sanne ne put retenir un ricanement, qui s’embourba dans sa trachée avant d’être tout à fait émis. Un ricanement de femme très malade… excessivement malade, ça dépassait les bornes du bon goût. Elle ne voulait tout de même pas croire à son état de mourante.
    
     — Hier. Dans la nuit. Plusieurs… je ne me souviens plus.
    
     — Etait-ce violent ? Avez-vous la force de me décrire ce que vous avez ressenti ?
    
     Elle avait ressenti ces choses qui la terrifiaient la nuit. Ça la hantait, ça la détruisait d’attendre que son corps ne meure par petits coups, qui distillaient en elle un noir de plus en plus compact. Elle avait dans ces moments-là le sentiment que son sang s’imbibait de nuit liquide et que la substance, trop lourde pour ses veines et artères, la tirait vers le bas.
    
     Mais rien de dramatique. Elle n’avait plus envie d’en faire un événement dramatique, et ce docteur l’ennuyait profondément à prendre son ton professionnel, à lui tirer les paupières ou à poser deux doigts contre sa carotide pour mieux effectuer son examen.
    
     — Duke avait raison, murmura-t-il en massant les tempes de sa patiente.
    
     Il avait le regard levé, un air pensif qui n’augurait rien de bon. Sanne frissonna quand les mains molles mais sûres descendirent vers son ventre et le palpèrent, d’un côté puis de l’autre. La jeune femme se blinda contre l’intimité malvenue, mais nécessaire, de l’examen. Elle se demanda si Fitz restait conscient, véritablement, qu’il s’offrait à elle comme un livre ouvert, dévoilait la cacophonie de son corps par la simple proximité.
    
     Sanne, restait aussi consciente de Roy, debout derrière le docteur. Il était là sans être là, ne s’occupait plus tant de la situation depuis qu’il avait aidé Sanne à s’asseoir, se contentant d’un rôle de témoin.
    
     — Votre Transformation ne se porte pas au mieux, continuait Fitz. Comment vont vos oreilles ?
    
     Il voulut poser ses paumes contre les oreilles de la Chasseuse mais, là, elle recula vivement dans le dossier du fauteuil, les mains crispées sur les accoudoirs.
    
     — Non, chuchota-t-elle. Pas ça.
    
     Les pots de yaourt s’étaient brusquement percés et une déferlante de sons trop aiguisés pour ne pas causer de souffrance passait maintenant jusqu’à ses tympans. Une ombre peinée tomba sur les prunelles de Fitz. Ses bras retombèrent de chaque côté de lui et il s’accroupit devant le fauteuil. Il avait l’air fatigué : des cernes, des traits tirés. Bien sûr… s’il l’avait veillée toute la journée… honteuse, elle enfouit son visage dans ses mains.
    
     — Que s’est-il passé ? demanda-t-elle.
    
     — Vous veniez de vous asseoir à mon bureau. Votre respiration s’est accélérée, vous avez ri, vos yeux se sont révulsés, énuméra-t-il. J’ai tenté de vous calmer mais vous êtes tombée dans l’inconscience avant que j’aie pu vous aider. C’était très soudain.
    
     C’était toujours soudain. Parfois il fallait un élément déclencheur, un bruit en général, mais les crises n’avaient pas besoin de cela pour se manifester. C’était un peu comme miser tout son argent à un jeu de hasard, contre son gré, et ne même pas savoir quand la partie commençait.
    
     — Nous n’avons pas osé vous déplacer, de peur d’aggraver votre état. Je vous ai dispensé les soins que je pouvais, puis je vous ai laissée… dormir, si l’on peut dire.
    
     Sanne baissa les yeux et aperçut pour la première fois depuis son réveil un coussin et une couverture par terre. Amenés spécialement pour elle.
    
     — Bien sûr, c’est assez spartiate ici. Mais…
    
     — Il vous a sauvé la vie, conclut Roy, laconique.
    
     Fitz le regarda par-dessus son épaule. L’homme avait contracté ses mains sur ses avant-bras croisés.
    
     — Probablement, admit le docteur.
    
     — Vous avez dit… vous avez dit que Duke ne s’était pas trompé, articula Sanne. Il vous a parlé de moi ? Avant ?
    
     Un instant, Fitz eut l’air contrit. Sanne le dévisagea, puis reporta son attention sur Roy avant de revenir vers son aîné, et recommencer le manège.
    
     — Oui, il lui arrive de nous parler de vous. De ses collègues. Enfin, quand il nous parle… c’est-à-dire excessivement rarement.
    
     — Quasiment plus, rectifia Roy.
    
     Dans la façon dont le docteur avait prononcé sa réponse, Sanne sut que Duke ne parlait en fait pas des autres. Ou alors, très peu, comme une masse d’individus indistinct. En revanche, elle… c’était différent.
    
     Elle demanda à Roy :
    
     — Vous êtes de sa famille ?
    
     Il sembla particulièrement agacé par la question.
    
     — Et voilà. Tu vois ? fit-il. Il n’aurait jamais dû nous l’amener. L’imbécile !
    
     — Du calme, mon garçon.
    
     — Dites-moi qui vous êtes, reprit Sanne. C’est tout ce que je veux savoir.
    
     Croiser la famille d’un Chasseur, voilà qui était inédit. Les Chasseurs étaient des sans-famille, des êtres dépossédés de leurs racines qui ne savaient plus rien d’eux-mêmes et devaient entièrement se reconstruire. Elle sentait qu’un morceau de la vérité si ardemment désirée venait de lui être offert. Là. Ici. C’était aussi soudain qu’inattendu, et son cerveau était trop embué pour tout saisir.
    
     Pourquoi Duke l’avait-il envoyée ici, au fond ? Etait-ce uniquement pour la soigner, ou avait-il voulu la lancer sur une nouvelle piste… l’aider, sans qu’elle ait rien demandé ? Elle qui était à l’affût de son passé depuis sa première heure d’Amnésie, ou presque, avait du mal à ne pas en vouloir à son coéquipier. Quelles qu’aient été ses intentions, il venait de lui donner un aperçu de son passé à lui, si proche… à Boston-même.
    
     En même temps… et s’il essayait de lui donner un coup de pouce ? Et si ces deux hommes qui avaient veillé sur son inconscience avaient des réponses à lui apporter ? Mais elle n’avait pas la moindre idée des questions qu’elle était censée poser… ce n’était pas faute d’avoir réfléchi à ce qu’elle recherchait en priorité, mais à cet instant précis elle avait tout oublié.
    
     Elle poussa un geignement.
    
     — Doucement, l’avertit Fitz. Je vous conseille de garder votre calme. Vous n’aurez pas la force de surmonter une nouvelle crise de la même violence.
    
     Sanne se sentit partir d’un grand éclat de rire, dénué de joie.
    
     — Je vais crever, c’est ça ? Vous pouvez le dire. Alors, combien de jours il me reste ? Combien d’heures, même ? C’est ça, ça se compte en heures, n’est-ce pas ? Je suis peut-être déjà morte, ajouta-t-elle en jetant des regards suspicieux autour d’elle.
    
     La peur, la panique et la fatigue la faisaient délirer. Il lui fallut un moment pour recouvrer un semblant de dignité, aidée de Fitz qui lui maintenait les épaules contre le dossier.
    
     — Reprenons depuis le début, dit le vieil homme avec une certaine sévérité.
    
     Sanne lui lança un regard lourd de reproches. Non, ce n’était pas de sa faute si elle s’était évanouie devant lui, si elle avait perdu toute consistance à ses pieds ; mais elle lui en voulait de lui faire ressentir cette honte cuisante en lui adressant la parole comme à une gosse difficile.
    
     — Je ne suis pas votre ennemi, assena-t-il en surprenant son expression. Croyez-moi, j’avais mieux à faire aujourd’hui que de prendre soin de vous. Je ne vous ai pas gardée par envie mais par nécessité. Je ne vous retiens pas prisonnière non plus.
    
     — Et un petit merci, ce ne serait pas de refus, renchérit Roy.
    
     Un autre silence se referma sur le cabinet. De vieux radiateurs en fonte diffusaient une chaleur douillette, mais elle n’arrivait pas à se sentir à son aise ici. Pas mentalement, pas physiquement.
    
     — Je vais mourir ? demanda-elle plus posément.
    
     Fitz se leva et, avant de répondre, attrapa les lunettes qui pendaient sur sa poitrine. Roy sortit un com, le front plissé. Il releva le menton jusqu’au docteur, qui lui accorda un hochement de tête sans vraiment le regarder. Roy rangea l’appareil et sortit.
    
     — Vous n’allez pas mourir aujourd’hui, dit enfin Fitz. Je ne vous cache cependant pas que votre santé est mauvaise. Duke, malgré tout, a bien fait de vous conduire à moi. Je suppose que vous n’avez pas le nom de votre Transformeur ou Transformeuse, aussi il serait inutile de vouloir remonter cette piste.
    
     Des plus inutiles, en effet. Les Transformeurs ne révéleraient pas, pour rien au monde, leur identité. Dans les bas-fonds de cette société gangrénée par un progrès fou, par la censure et les dogmes religieux, tout le monde vivait plus ou moins dans un secret de circonstance. On ne savait déjà plus bien si des choses parmi les plus anodines du quotidien étaient encore admises, alors faire ainsi joujou avec le Transhumanisme, ou en être victime...
    
     — Votre corps a mal réagi, énonça Fitz d’un ton docte.
    
     — Ah vraiment ? Merci, je suis au courant.
    
     Il avait rejoint son bureau et s’y était installé. Avec une nouvelle pointe de honte, Sanne remarqua qu’un bol de soupe, une cuillère et un verre y étaient posés. Là où, plus tôt, il avait dû y avoir des documents de travail. Fitz avait vraiment vécu ici, tout le temps de son inconscience.
    
     — Pas mal réagi au point de vous tuer aujourd’hui, ce qui nous laisse de l’espoir. Cela arrive plus fréquemment qu’on ne veut bien le dire. Mais suffisamment mal pour menacer de précipiter votre fin précoce. Vous n’ignorez pas que les gens comme vous ont une espérance de vie limitée ? dit Fitz doucement.
    
     Il avait posé sa main sur le manche de la cuiller qu’il n’osait visiblement pas lever à ce moment délicat de la conversation, de peur de paraître impoli peut-être. Elle ne put que secouer la tête.
    
     — Vu votre état actuel, je soupçonne que la personne qui vous a infligé ceci n’était pas des plus douées dans son travail. Enfin… bien sûr, je n’ai pas les éléments nécessaires pour prouver de manière certaine que l’opération était effectivement mauvaise. Vous pourriez tout aussi bien être plus faible que la moyenne. Seulement…
    
     Il eut un mince sourire, plus chaleureux que le tout premier cette fois. Réellement chaleureux.
    
     — Je subodore que vous êtes au contraire résistante, et en conclus que c’est votre Transformeur qui a péché.
    
     La conversation prenait un tournant légèrement plus aimable pour Sanne. Ce n’était pas grand-chose, mais s’entendre dire qu’elle était résistante et que ce n’était probablement pas sa faute, cela la réchauffait. À ce moment, la conscience tranquille sans doute, Fitz se crut autorisé à déguster quelques cuillérées de soupe. Déglutition, tintement contre le bol, déglutition, gestes mécaniques… Au moment d’enfourner sa quatrième gorgée de potage, le docteur suspendit son geste. Ainsi penché, il offrait les verres de ses lunettes aux dernières volutes de vapeur qui s’échappaient de son repas. Ses yeux disparurent derrière le film de buée.
    
     — Avec un traitement efficace, vous devriez vous maintenir quelques temps et améliorer significativement vos conditions de vie. Je ne vous promets rien mais… c’est à essayer. Duke a bien fait de vous conduire à moi, répéta-t-il. Il tient à vous.
    
     Cela faisait deux fois depuis son réveil, deux fois en quelques minutes que Fitz faisait allusion à cette présumée affection.
    
     Duke… Duke lui remit immédiatement Memoria en tête.
    
     — Mon travail, murmura-t-elle. Il faut que j’y aille, sinon ils vont…
    
     Elle ne savait pas exactement ce qui lui arriverait si elle ne se présentait pas au travail à l’heure ; elle ne s’était jamais écartée si évidemment du droit chemin et préférait les passages de traverse pour ce qui était de tenir tête à cette autorité. Et puis, au fond, Memoria était la seule entité capable d’assurer à ses employés, Transformés compris, d’avoir un peu de pain sur la table et pourquoi pas un toit au-dessus de la tête. Il ne fallait pas se priver d’une telle alliée, surtout quand elle pouvait si aisément devenir une ennemie.
    
     Elle se leva.
    
     — Désolée. Ce n’était pas prévu que je… je ne voulais pas m’évanouir dans votre cabinet. Je ne pensais pas que cela vous prendrait tout ce temps. Merci. Merci pour tout, mais je ne peux pas rester. Ah oui, le traitement… je reviendrai pour le traitement… mais il faut que je retourne travailler, ou ils vont se douter de quelque chose.
    
     Tout en parlant elle se dirigeait vers la porte, encore incertaine de ses mouvements. Fitz quitta son bureau et traversa le peu d’espace qui le séparait d’elle pour lui barrer la route. Sanne était si surprise par cette réaction qu’elle ne songea pas à le combattre.
    
     — Attendez, dit-il.
    
     — Mais il faut que…
    
     — Non, attendez, vous ne pouvez pas partir comme ça.
    
     Sanne s’abandonna à une colère déraisonnée, inattendue. Ce gros homme avait beau lui avoir sauvé la vie – probablement - il n’avait pas le droit de lui créer des ennuis ainsi. Elle comptait rester libre de ses mouvements. Ou, plutôt, ne pas laisser une énième entité, encore une, décider à sa place.
    
     Etait-ce un effet de son imagination ? La lueur qui brillait dans les yeux de l’autre à cet instant, derrière ses lunettes où la buée s’était changée en perles d’humidité, ne lui disait rien qui vaille. Lentement, elle se sentait devenir proie et se maudissait d’avoir cédé à l’appel des sirènes d’une possible guérison. Elle voulut contourner cet obstacle vivant, mais il se déplaça avec elle.
    
     Rapide, malgré le poids et l’âge.
    
     — Laissez-moi passer, avertit-elle.
    
     Sanne se tenait les poings serrés, prête à attaquer s’il le fallait. Elle ne se faisait pas d’illusions : elle était faible et pantelante, et Fitz, malgré sa mollesse, était imposant et paraissait en bonne santé. Ses sens s’aiguisèrent sous le coup de la peur et elle chercha du regard un instrument susceptible de lui servir d’arme.
    
     — Pourquoi réagissez-vous ainsi ? demanda-t-il avec surprise.
    
     Il se mit à l’étudier, calculateur.
    
     — Hmmm. Accès de paranoïa, signes de nervosité accrue…
    
     — Arrêtez ça, cracha-t-elle, je ne suis pas un objet !
    
     — Je vais devoir vous garder ici, insista-t-il. C’est pour votre bien. Duke nous a laissé entendre que la situation de Memoria était tendue en ce moment, et particulièrement ce soir. Saviez-vous que les responsables demandent une vingtaine de cobayes en plus ?
    
     — Et alors ? Quel rapport avec moi ?
    
     — Je vous le dis, Memoria subit une crise. J’ignore ce que ce besoin de cobayes en masse signifie. Je ne sais pas tout, Duke non plus, mais… il ne veut pas que vous vous mettiez en danger. C’est trop risqué pour vous. Dans votre état, je veux dire. Vous comprenez ?
    
     Elle était sur le point de dire quelque chose, sans vraiment savoir quoi au fond, lorsque des bruits familiers provenant du rez-de-chaussée la stoppèrent dans son élan.
    
     Fitz la regardait bizarrement. Lui n’avait rien entendu, évidemment ; mais là-bas, en bas, venait de pénétrer quelqu’un qu’elle connaissait : Blaster.

Texte publié par Jamreo, 22 mars 2018 à 13h20
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