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Tome 1, Chapitre 2 Tome 1, Chapitre 2
PROCÉDÉS MÉDICAUX ET CROYANCES ASSOCIÉES

    
    La pratique et l'étude de la médecine en Elôn possède une histoire longue et prolifique. Elle subit l'influence de différentes traditions médicales des royaumes voisins pendant plus de mille ans, avant de s'avérer à son tour extrêmement novatrice et appréciée des titulaires de la profession. Son approche méthodique et scientifique érige la thérapeutique élonite au rang de nouvelle référence en la matière dans de nombreux pays orientaux.
    
    Des écrits religieux furent retrouvés sur le site archéologique d'Al-Shênaz en 1823. Y figurent trois types de procédés médicaux distincts : par le couteau, autrement dit la chirurgie ; par les herbes, à savoir baumes et onguents en tout genre et le traitement le plus sacré de tous, par les dieux.
    
    La pratique de la médecine était alors considérée comme un véritable volet à part entière de leur religion.
    

- Encyclopédie Polymathe de la Culture Antique et des Civilisations (1849)


    
    
***

    
    
    Vie ou mort, santé ou maladie, richesse ou pauvreté, abondance ou famine, seuls les dieux en décidaient.
    
    Depuis bientôt une semaine, les médecins affluaient dans la suite de la reine. Ils s'efforçaient de trouver le remède miraculeux qui la sauverait. La pièce, pourtant vaste, exhalait désormais de fortes odeurs de camphre et de cannelle qui irritaient les narines.
    
    Les guérisseurs se démenaient nuit et jour pour trouver la cause du mal. Des émissaires parcouraient le pays de long en large faisant parvenir onguents, baumes et élixirs des royaumes les plus lointains. Tout cela sans succès. L'état de la souveraine se dégradait : la fièvre ne diminuait pas malgré les bains d'eau froide quotidiens, quant à son cœur, il montrait des signes de faiblesse de plus en plus alarmants.
    
    A chaque repas, Ehsan apportait un plateau de nourriture destiné tant à la reine qu'à son époux, qui ne quittait plus son chevet. Mais lorsqu'elle venait le rechercher, il était aussi plein qu'à son arrivée.
    
    Le roi Dastan avait les yeux cernés et les joues creusées par la fatigue et l'inquiétude. En tendant l'oreille, elle pouvait entendre le roi confier à sa bien-aimée combien elle lui était précieuse et qu'il ne pourrait jamais vivre sans elle. A ces mots, la reine lui répondait de rester fort, des larmes roulant sur ses joues. Ehsan éprouvait une profonde empathie pour cet homme.
    
    Les draps de soie finement brodés laissaient à peine deviner la présence d'un corps en dessous d'eux tant la malade était maigre. Observer sa femme s'éteindre ainsi devait être cruel, inhumain. Que deviendrait le roi d'une nation si puissante suite à cette perte ? Tout Elôn commençait à craindre le pire.
    
    La jeune servante commençait également à s'inquiéter de son propre avenir et de celui de ses amis. Étant au service d'Astar, qu'allait-il advenir d'eux si celle-ci venait à mourir ? Serait-elle expulsée du palais ? Si tel était le cas, où irait-elle ? N'ayant plus de famille, se retrouverait-elle à la rue ?
    
    Une montée d'angoisse serra son cœur à cette simple idée.
    
    Pitié non, pas la rue... pas encore.

    
    De retour dans les cuisines, l'atmosphère était lourde et humide à cause des grands faitouts en terre dans lesquels l'eau bouillait. Les mains prises par le plateau encore plein, elle ne pouvait dégager de son visage la mèche auburn qui lui obstruait la vue. Benyamin s'approcha d'elle et lui prit gentiment le plateau.
    
    « Laisse-moi t'aider, ça a l'air drôlement lourd pour toi ! »
    
    Benyamin, à peine plus âgé qu'elle, servait déjà en cuisine lorsqu'elle était arrivée au palais, même si on ne lui confiait que de petites tâches faciles à cette époque.
    
    Elle aimait se souvenir des coups pendables qu'ils avaient fait à deux, dont Zohreh en était la victime à chaque fois. Comme cette fois où, cachés dans le cellier, ils s'étaient amusés à échanger le sucre avec le sel. Quand elle y songeait, encore heureux que Zohreh s'en était rendue compte avant de le servir à la reine, car cela leur aurait créé bien des problèmes !
    
    Aujourd'hui devenu un grand garçon à l'allure quelque peu dégingandée - sûrement dû à son jeune âge - les traits fins de son visage laissaient deviner un jeune homme au physique prometteur. Dans son cœur, Benyamin était devenu le grand-frère qui lui manquait et elle l'appréciait beaucoup. Lui aussi l'appréciait, peut-être trop. Cette sorte d'amour elle ne pouvait se permettre de la lui rendre. Mais elle préférait se taire plutôt que de briser une douce amitié. Abandonnée très jeune par ses parents, sa propre chair, elle s'était toujours montrée méfiante avec l'amour, le considérant comme un sentiment bien trop instable.
    
    « Merci Ben ! »
    
    Elle répondit distraitement, préoccupée par son avenir. Benyamin s'aperçut de son regard troublé, après avoir déposé le plateau il prit sa main dans la sienne.
    
    Zohreh, qui se tenait à l'autre bout de la cuisine, les scruta. Son cœur se réchauffait toujours quand elle les voyait ensemble. Elle s'approcha d'eux. Benyamin salua la cuisinière, s'empressant de lâcher la main de la jeune femme. Il retourna à son travail sans manquer de sourire tendrement à Ehsan. D'un coup d'œil en coin, Zohreh s'amusa des joues rougis par la gêne du garçon.
    
    « Ça va, ma grande ? Tu as l'air bien pâle !"
    
    Elle saisit le bras fin d'Ehsan, attentive.
    
    "Oui oui Zohreh, ça va, ne t'en fais pas... je suis juste préoccupée.
    
    - Je devrais demander à Benyamin de te remplacer au service des repas. Il ne manquerait plus que tu tombes malade toi aussi ! »
    
    Ehsan secoua vivement la tête, en protestant.
    
    « Non, ça va aller. J'ai juste tellement peur... Tu sais, que ma vie redevienne comme avant si la reine Astar venait à mourir."
    
    Sa vie d'avant... Une vie qui n'avait duré que huit ans, mais qui l'avait marqué au fer rouge.
    
    Elle se revoyait à errer sur la chaussée, terrorisée par ces grandes personnes à deux doigts de lui marcher dessus. De temps à autre, un marchand "charitable" lui jetait la pomme avariée qui faisait tâche dans son étal, mais la plupart du temps elle était condamnée à chaparder.
    Ce qu'elle craignait le plus, c'était la nuit. Des nuits froides et incertaines, allongée dans la poussière des allées de la ville. Combien de fois s'était-elle réveillée en sursaut pour tenter de sauver le peu de provisions qu'elle gardait de ces rats voraces ! Et cette peur viscérale qui serrait son cœur lorsqu'elle entendait une femme se faire abuser derrière une échoppe par un homme ivre... A cette simple idée, la voilà qui tremblait.
    
    Zohreh la sortit de sa torpeur en posant sa vieille main calleuse sur celle, douce et fraîche, d'Ehsan. Ces moments étaient rares mais cela ne les rendaient que plus précieux. Elle ne regrettait rien de sa relation avec sa mère adoptive, au contraire, elle lui devait tout. C'était une petite voleuse effarouchée et ignare que Zohreh avait recueilli. Pourtant elle s'était montrée patiente, du moins à sa façon. Elle lui avait appris les bonnes manières, à compter et à lire aussi, qualités rares parmi les serviteurs.
    
    La cuisinière planta un regard profond dans les yeux noisette de celle qu'elle considérait comme sa propre fille.
    
    « Je te promets de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu ne redeviennes pas la petite sauvageonne que j'ai connu ! »
    
    Les deux femmes partagèrent un rire complice.
    

    ***

    
    
    La nuit recouvrait Antarxes, mais les candélabres des appartements luxueux de la première concubine du roi étaient encore tous allumés.
    
    « QU'ATTEND-ELLE POUR MOURIR ! »
    
    Le rugissement retentit jusque dans les jardins du gynécée du roi.
    
    La rivalité entre Astar et Faraz avait toujours été impitoyable et la mort de l'une d'entre elle était un événement inespéré pour sa concurrente.
    
    Sa poitrine commençait seulement à se former lorsque Faraz entra aux services de Dastan. Sa mère morte en couche et son père toujours trop saoul pour s'occuper d'elle l'exposèrent très tôt à la rudesse de la vie. Elle grandit dans les bordels les plus malfamés d'Antarxes, élevée par des femmes aux mœurs douteuses. Elle trouva finalement refuge au sein du sérail du roi. Très vite, elle s'attira les faveurs du monarque, se hissant dans l'échelle sociale jusqu'à devenir Première Concubine royale. L'amour trouva place en son cœur, ne vivant que pour être chéri. Jusqu'au jour où Astar arriva. Fille de princes étrangers, son charme exotique avait conquis Dastan, destituant Faraz de son rang de favorite.
    
    Lorsqu'elle se rappelait les sourires innocents et les paroles doucereuses de la reine, elle ne pouvait retenir un rire cynique. Ce masque que l'épouse royale portait semblait bien différent de ce qu'elle avait pu apercevoir.
    
    « Ne peut-on pas l'aider un peu ? demanda cette dernière à son eunuque tout en tournant autour d'un divan tel un lion en cage.
    
    - Madame, c'est qu'il y a beaucoup de personnes dans les appartements de la reine ces derniers temps...
    
    - Frida, Frida, Frida...dit-elle d'un ton condescendant.
    
    - C'est Farid, Madam...
    
    - Qu'importe ! Le coupa-t-elle. N'es-tu pas eunuque après tout ! De plus, il va falloir t'habituer à m'appeler "Majesté" et non plus ce "Madame" ! lança-t-elle dédaigneusement.
    
    - Tr...Très bien Mad...Majesté. »
    
    L'eunuque s'inclina servilement. Celui-ci était de petite taille et possédait un visage émacié où un nez démesurément long jurait avec sa corpulence. Sur ses épaules pesaient les longues années éprouvantes au service de la princesse Faraz. Néanmoins, il lui restait fidèle, soumis, de peur de perdre sa tête.
    
    Un eunuque détenait le rôle de maintenir l'ordre au sein du harem habituellement, mais lui s'était totalement fait asservir par cette vipère.
    
    La concubine saisit les attaches de sa robe au niveau de ses épaules et laissa tomber celle-ci au sol. Elle se dirigea vers la porte de sa chambre, entièrement nue.
    La taille marquée et les hanches développées de Faraz prouvaient qu'elle était mère.
    
    Son fils, un garçon de quinze ans nommé Kia, possédait un prénom qui laissait très bien entrevoir les ambitions de la concubine à son égard. En effet, celui-ci dans la langue élonite signifiait « petit roi ».
    
    C'était une belle grande femme, elle possédait quelques atouts qu'elle se plaisait à exposer. Cependant, sa lutte acharnée pour protéger son fils du reste du monde avait réveillé en elle son âme ambitieuse, la rendant amère et faisant naître dans son regard quelque chose de féroce.
    
    « Patientons encore un peu...Farid !"
    
     Elle cracha ce dernier mot avec mépris et ouvrit la porte, se dirigeant vers le hammam.
    
    " Et si sa mort vient à tarder, il sera toujours temps d'improviser ! »
    
    Malheureusement, Ahrman, dieu de la Mort, ne se fit pas prier. La nuit suivante, la reine rendait son dernier soupir, et un vent de désolation souffla dans tout Antarxes.

Texte publié par Sali, 1er avril 2020 à 15h18
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