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Tome 1, Chapitre 1 Tome 1, Chapitre 1
ELÔN
    

    Nom donné pour désigner le vaste territoire gouverné par les rois élonites.
    
    Antarxes est la capitale, connue pour ses nombreux marchands mais aussi pour son insécurité. La ville accueille également en son sein le palais royal, communément « Porte du Roi ».
    
    L'apogée d'Elôn est représentée par la dynastie des bahramites, dont les conquérants Bahram Ier et Dastan Ier étendirent les terres du royaume au-delà des montagnes d'Al-Gizem et jusqu'aux côtes de la Grande Mer Occidentale. Cela permit aux élonites de prospérer grâce à leurs nombreuses mines de fer et de cuivre, ainsi qu'à leurs villes portuaires.
    
    En la vingt-cinquième année de règne du roi Dastan Ier, une sécheresse survint sur tout le royaume et même au-delà, provoquant des tensions avec les contrées voisines.
    

- Encyclopédie Polymathe de la Culture Antique et des Civilisations (1849)


    
    
    

    ***

    
    
    Dans les rues d'Antarxes, la canicule régnait, suffocante, asséchant les terres, tarissant les fleuves, affamant le peuple.
    
    Pourtant, la chaleur accablante de ce milieu de journée était bien pire encore dans les cuisines du palais. Ehsan essuya son front avec le dos de sa manche et retourna à la marmite brûlante dont elle avait la charge.
    
    Seule la Porte du Roi protégeait de la famine ceux qui l'habitait. D'ailleurs, alors que la nourriture se faisait rare au dehors, un banquet était organisé pour les hauts dignitaires de la ville.
    
    « Il y aurait suffisamment de nourriture pour nourrir la moitié de la ville ! » s'exclama l'aide en cuisine.
    
    Un coup de cuillère à l'arrière de son crâne la fit grimacer.
    
    « Si tu as quelques critiques que ce soit, garde-les pour toi ! Il en faut beaucoup moins que cela pour perdre sa tête ici ! lui intima Zohreh, la cuisinière en chef. De plus, si tu veux pouvoir augmenter ta ration de blé tu ferais mieux de me couper ces poireaux plus vite que ça! »
    
    Zohreh était comme une mère pour Ehsan, une mère sévère, mais attentive. Le genre de personne qu'on ne voulait pas décevoir. Elle l'avait recueillie lors de son arrivée au palais, alors qu'elle n'était qu'une enfant grandie trop vite, privée de l'insouciance joyeuse de l'enfance. Sans parent ni famille, Zohreh avait adopté un petit être chétif et sauvage. Durant huit ans, elle s'était efforcée d'en faire une femme accomplie.
    
    Aujourd'hui la gamine des rues farouche s'était métamorphosée en une jeune femme délicate et attentionnée. Elle possédait un charme inhabituel grâce à l'acajou de ses cheveux bouclés et le bronze de ses yeux qui se confondait à celui de sa peau. Trop fière pour l'avouer, Zohreh se surprenait souvent à admirer sa chevelure éclatante.
    
    « Ehsan ! Prends les plats et porte-les au Palais d'Honneur ! »
    
    Celle-ci s'exécuta, il lui était arrivé une ou deux fois de discuter les ordres de la cuisinière : jamais plus. Son regard incandescent suffisait désormais à l'en dissuader.
    
    Au fil des années elle avait appris à connaître sa mère adoptive. Zohreh était la fille d'un érudit du nord du royaume, vendue par ce dernier pour éponger ses dettes de jeux.Les années passant sans mari ni descendance, Zohreh s'était dévouée corps et âme dans sa mission : transformer Ehsan en une personne respectable.
    
    Alors que la jeune servante s'emparait du plateau, elle fut surprise du poids de ce dernier. Ne le tenant plus que d'un bras, elle essuya ses mains, l'une après l'autre sur les pans de sa robe en toile, craignant que leur moiteur ne fasse glisser le plat.
    
    D'un regard en coin, elle aperçut la cuisinière, bouche crispée, en train de la fixer d'un œil critique. Un gloussement échappa à Ehsan, elle sortit rapidement de la pièce de peur de se faire botter les fesses.
    
    Les plats sentaient merveilleusement bons, jamais elle n'avait goûté de mets si délicats...hormis dans ses songes. Devant ses yeux gourmands, une abondance de poireaux, de dates et de raisins, sans même parler des viandes, du pain et des vins qui venaient des quatre coins du monde. « Les meilleurs produits pour le meilleur des rois », du moins c'est ce que vantaient les ambassadeurs.
    
    Un dédale de couloirs reliait les cuisines au Palais d'Honneur, ceux-ci était étonnement exigus quand on les comparait à la taille disproportionnée des assiettes qui y étaient véhiculées. Pourtant le va et vient des serviteurs ne cessait pas, l'un se penchait, l'autre se collait au mur ou soulevait son plateau, priant pour que ce dernier ne chut pas.
    
    Une fois dans le Palais d'Honneur, le chemin semblait mille fois plus praticable. Ehsan remercia silencieusement les dieux pour n'avoir rien renversé.
    
    Au loin, les rires joviaux des convives faisaient écho.
    
    Lorsque les portes s'ouvrirent sur la salle de banquet, la jeune femme eut le souffle coupé. Ce n'était pas la première fois qu'elle y entrait, mais cela lui faisait à chaque fois le même effet.
    
    Démesurément grande, la pièce possédait des murs parés de mosaïques bleu et or. Chaque motif floral épousait à la perfection la moindre courbe des alcôves et des colonnades. Le clou du spectacle était l'immense jardin fleuri que dévoilaient de grandes ouvertures. Jasmins et passiflores se mêlaient l'un à l'autre et entouraient de leurs lianes les colonnes sculptées, laissant entrapercevoir une luxuriance d'arbres et de fleurs. Les oiseaux s'y plaisaient et pépiaient tant que leurs chants s'unissaient à celui des hommes.
    
    Un jardin d'Eden.
    
    Magnifique... Un seul pan de ces murs pourrait servir à nourrir la ville pendant un mois...
    
    Une valse de serveurs tournoyait autour des couches où une trentaine de convives y étaient allongés, piochant dans les plats de ci de là. Cette opulence en temps de famine, Ehsan n'en comprenait pas la logique. Elle n'avait que seize ans, mais elle voyait bien que cette inégalité n'était pas uniquement l'œuvre de la sécheresse.
    
    Des danseuses évoluaient ensemble au centre de la salle de banquet. Leurs hanches oscillaient au rythme du grand tambour, des luths et de la flûte. Les grelots attachés à leurs chevilles tintaient discrètement tandis que leurs voiles virevoltaient en un spectacle de couleurs et de légèreté.
    
    « AAAAAh ! »
    
    Le cri retentit dans la salle tel un coup de tonnerre, et immédiatement, un brouhaha immense débuta, la foule s'affola. La musique se tut, les dernières notes résonnèrent comme suspendues dans les airs. Puis les invités se turent peu à peu, laissant place à la stupeur.
    
    La reine Astar était allongée de tout son long, reposant sur les genoux de son époux visiblement effrayé. La blancheur de la souveraine et les perles de sueur sur son front ne laissaient présager rien de bon.
    
    Un homme de petite taille, médecin à en juger par sa coiffe, s'approcha humblement de la reine, mais non sans hâte. Il saisit son poignet, et après quelques secondes qui parurent une décennie pour le souverain terrifié, le verdict tomba :
    
    « Le pouls est faible, Votre Majesté ! Qu'on l'emmène immédiatement dans ses appartements. »
    
    Un soldat de sa garde rapprochée la souleva précautionneusement et s'éloigna rapidement du banquet, laissant le roi Dastan abasourdi quelques secondes.
    
    Quelle étrange impression que d'observer son souverain dans un tel état, lui qui avait vécu les guerres, assisté aux pires images que ce monde pouvait offrir, il arborait désormais le visage d'un enfant tétanisé par la peur.
    
    Cela retentit en Ehsan comme une évidence : Il l'aime.
    
    Du plus loin que remontait sa mémoire, elle ne put se remémorer plus tragique expression d'amour sur un visage.
    
    L'hébétement passé, le monarque sortit de sa torpeur et bondit à la suite des gardes et médecins. La jeune servante quant à elle retourna en cuisine, chamboulée par ce qui venait de se produire.
    
    La nouvelle semblait s'être propagée à toute vitesse car même si tout le monde continuait consciencieusement son travail, un seul nom se trouvait sur chaque lèvre : « Astar ».
    
    « Prions les dieux pour qu'il ne s'agisse que d'un coup de chaleur ! Ehsan, tu l'as vu ? demanda Zohreh avec cette vigueur qui était sienne.
    
    - Oui, elle était allongée là, inerte... c'était effrayant. »
    
    Ehsan grimaça.
    
    « Un peu de sang-froid, ma petite ! Tu en verras d'autres. Rends-toi plutôt utile et aide-moi à ranger ce foutoir ! »
    
    Avec Zohreh, elle n'avait le temps de rien : pas le temps de bavarder, pas le temps de réfléchir, alors encore moins le temps de s'inquiéter ! Ehsan s'empara des quelques récipients qui traînaient sur la table et alla les plonger dans la fontaine.
    
    La fontaine, jamais elle n'avait vu pareille installation avant de rentrer dans la Porte du roi. L'eau arrivait jusque dans les maisons, dans les cuisines, dans les appartements et même dans les salles de banquet. L'homme avait su la dompter, à moins que ce ne soit l'œuvre des dieux.
    
    L'eau était fraîche, elle paraissait si pure. C'était son corps tout entier qu'elle aurait aimé plonger dans cette eau, dans l'espoir que son pouvoir purifiant l'aide à penser à autre chose. C'était plus fort qu'elle, la jeune femme ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour autrui, d'autant que sa maîtresse, la reine, était d'un naturel doux et bienveillant.
    
    Huit années auparavant, Ehsan n'était animée que par la peur, la crainte et la volonté de survivre. La première fois où elle aperçut l'épouse du roi, elle s'était émerveillée devant la surabondance de ses joyaux et la finesse de ses toilettes, n'admirant la souveraine qu'à la manière d'une pie convoitant un morceau de verre brillant. Mais les ans passant, elle apprit à percer cette muraille dorée qui l'entourait et distingua les traits d'une femme bienveillante et forte.
    
    La jeune fille se souviendrait toujours de cette fois où n'ayant pas mangé depuis presque quatre jours, pour avoir regardé dans les yeux l'une des concubines du roi, la reine Astar avait remarqué sa faiblesse.
    
    Ehsan n'avait qu'une douzaine d'années, elle croulait sous le poids d'une corbeille de tissus sales et malodorants à laver lorsque la favorite la soulagea de son fardeau. Le confiant à l'une de ses suivantes, elle salua la jeune domestique. La petite fille, prosternée, le front à même la pierre froide, en signe de profonde gratitude, s'était étonnée quand la reine s'était accroupie à ses côtés. Elle l'aida à se relever en époussetant ses genoux poussiéreux.
    
    Cet acte de bonté, peut-être anodin aux yeux de certains, l'avait marqué profondément. Elle était intimement persuadée depuis ce jour que la reine Astar aimait sincèrement son peuple, pauvre comme riche, libre comme asservi.
    
    Ehsan envisageait de se reposer quelques instants, quand soudain, un homme entra avec grands fracas dans les cuisines. Visiblement l'heure n'était pas au calme.
    
    « Qu'on apporte du lait et des fruits à la reine ! » ordonna-t- il.
    
    Sans même attendre l'aval de Zohreh, Ehsan saisit un plateau, prit le nécessaire et suivit le messager. Agir ainsi lui paraissait évident. Si elle se trouvait encore de ce monde, c'était grâce à la Porte du Roi qui l'avait sauvé des rues pauvres d'Antarxes.
    
    Arrivée au Palais de la Reine, des portes gigantesques s'ouvrirent sur son passage. De grandes colonnes dorées, des murs taillés à même la malachite, des tentures finement tissées, tout criait "faste" et "luxe".
    Au centre de la vaste pièce se trouvaient de nombreux voilages blancs dissimulant un lit. Dans celui-ci était allongé un corps frêle et fébrile.
    
    Ehsan s'inclina devant le médecin, présentant le plateau.
    
    « Donnez-le-lui ! » lui ordonna celui-ci.
    
    Elle pouvait compter sur les doigts de sa main le nombre de fois où elle avait pu approcher la reine de si près. Le front courbé, son cœur battait la mesure d'une danse effrénée, elle sentait ses mains trembler. Un silence de mort régnait dans la vaste pièce, ce qui n'aidait en rien la jeune femme à s'apaiser. Elle souffla, comme pour expulser la pression qui s'amassait en elle, dégageant au passage une mèche rebelle de son visage.
    
    Alors que le roi Dastan et les médecins chuchotaient au loin, le regard d'Ehsan se tourna vers la malade.
    Les longs cheveux ébène de la reine formaient, autour de sa tête, une couronne. Quelle qu'était la situation, elle paraissait toujours royale.
    
    « Ma reine, dit-elle en s'inclinant, mangez un peu, s'il vous plaît. »
    
    La reine tourna son regard vers la servante, puis vers le plateau. Lentement, elle tendit sa main pour saisir un grain de raisin. Ses doigts tremblaient tant que la jeune fille ne put s'empêcher de ressentir un pincement au cœur.
    
    « Permettez-moi de le faire pour vous ! » s'empressa Ehsan.
    
    Elle porta le raisin à la bouche de sa souveraine.
    
    Une ombre obscurcit son champ de vision. Lorsqu'elle eut fini de s'assurer que le fruit avait bien été avalé, elle lança un regard furtif vers la silhouette. A cause du contre-jour les traits du visage n'étaient pas parfaitement saisissables, mais elle l'avait reconnu.
    
    Grand et athlétique et avec cette odeur citronnée typique des parfums d'Elôn, que seuls les grands de ce monde pouvaient s'offrir, Shahin, le fils de la reine Astar, se tenait à quelques pas.
    
    « Laisse-moi prendre le relais ! »
    
    Sa voix était grave, préoccupée.
    
    Il lui arracha pratiquement le plateau des mains, prenant place aux côtés de sa mère. Ses cheveux défaits et son manteau officiel mal ajusté laissaient deviner la précipitation avec laquelle le prince avait accouru au chevet de sa mère.
    
    « Bien, votre Altesse. »
    
    Ehsan se retira, jetant un ultime coup d'œil au roi qui discutait avec médecins et guérisseurs, l'air tourmenté.
    
    

    ***

    
    Shahin se trouvait dans ses appartements, contemplant les superbes nénuphars blancs du bassin extérieur, rêveur. Il aimait le calme qui se dégageait de cette surface lisse et limpide. Visiblement, il n'était pas le seul à l'apprécier puisqu'à l'autre bout de celle-ci, trois femmes de son sérail y baignaient leurs pieds en riant.
    
    Ces numéros de charmes pour être la favorite, il les connaissait bien. Elles ne manquaient pas de ressources, se surpassant à chaque fois en ingéniosité pour attirer son attention. Cela l'amusait beaucoup de les observer se disputer de la sorte son affection. Bien qu'il n'avait guère souvent de temps à leur accorder - davantage occupé par son poste de général de la cavalerie que par les plaisirs de la chair - il décida de les aborder.
    
    Il amorça un pas dans leur direction lorsqu'un messager fit irruption dans le jardin, brisant la sérénité qui régnait un instant plus tôt.
    
    En toute hâte, le serviteur le salua dans une révérence bâclée et débita à toute vitesse :
    
    « Mon Prince ! Votre mère... Elle est malade ! »
    
    Shahin mit un instant à comprendre ce qu'il venait d'entendre.
    
    Un nœud douloureux se forma dans ses entrailles... Mu par l'adrénaline, il se raidit, fonçant droit sur le messager de malheur.
    
    « Pardon ? Comment cela ? » le pressa-t-il brusquement.
    
    Le pauvre émissaire perdit toute consistance face à la véhémence de son maître. Il tenta d'articuler quelques mots mais seul un charabia incompréhensible sortit de sa bouche fébrile.
    
    Le prince perdit patience et l'attrapa par les épaules et le secoua fermement. Il était prêt à utiliser la force pour lui arracher des réponses s'il le fallait.
    
    Il haussa le ton :
    
    « Qu'arrive-t-il à ma mère ?
    
    - S-sa Majesté la reine a perdu connaissance lors du banquet ! »
    
    Une peur primale l'envahit un instant, mais il la repoussa, tenta de retrouver un semblant de calme.
    
    Il était le prince héritier du royaume d'Elôn, en tout temps il se devait de garder son sang-froid et pourtant...
    
    Comment le pouvait-il ?
    
    Mère...
    
    Elle qui lui avait donné le jour, qui l'avait aimé, chéri plus que sa propre chair. Ses principes, sa vision du monde, sa sagesse le construisaient encore aujourd'hui. C'était elle qui souffrait.
    
    « Où se trouve-t-elle ? demanda-t-il d'une voix crispé.
    
    - Dans ses appartements.
    
    - Bien, je m'y rends immédiatement. »
    
    Lors de sa conversation, ses trois concubines s'étaient furtivement approchées, curieuses en quête de ragots croustillants... La perfidie de ces femmes ne fit qu'accentuer sa mauvaise humeur. Shahin leur jeta un regard glacial qui traduisait toute la fureur qu'il éprouvait, et elles pâlirent d'effroi, s'éloignant de lui avec précipitation.
    
    Il s'empara de son vêtement officiel et le lança sur ses épaules sans cérémonie. Sans un regard derrière lui, il se hâta en direction des quartiers de la reine.
    
    Il se précipita, à demi-conscient, ne ressentant rien si ce n'est cette peur terrible qu'il subissait.
    
    Il arriva dans les appartements de la reine. Son père avait l'air très occupé avec les médecins, mais peu importait, son seul objectif était de voir sa mère.
    
    Une servante était à ses côtés. Elle posa sur le lit le plateau qu'elle gardait entre ses mains. Délicatement, elle porta ses doigts à la bouche de sa mère.
    
    Elle la nourrit ? Mère doit être faible.
    

    En effet, lorsqu'il arriva à leur hauteur, il fut choqué par la pâleur cadavérique de la reine. Elle qui d'ordinaire avait le teint si rose !
    
    Elle ne manquait jamais une occasion de rire, vaillante, solaire. La voir amorphe, sans aucune énergie allongée dans son lit lui retourna le cœur. Prit de vertiges, il dut prendre quelques secondes avant de s'approcher.
    
    « Laisse-moi faire la suite. »
    
    Trop inquiet pour entendre la réponse de la domestique, il surprit néanmoins une intense compassion dans les yeux noisette qui le regardaient. Il prit sa place aux côtés de sa mère.
    
    La reine saisit la main de son fils avec sa paume glacée.
    
    « Shahin, viens près de moi... souffla-t-elle imperceptiblement.
    
    - Mère, comment vous sentez-vous ? Que s'est-il passé ? »
    
    La reine poussa un long soupir.
    
    « Je me sens épuisée, que veux-tu, je vieillis et je ne supporte plus aussi bien la chaleur qu'auparavant. C'était co...comme s...si comme si... »
    
    Alors qu'elle parlait, elle fut soudainement prise d'étourdissements.
    
    Shahin souleva sa mère avec une délicatesse infinie et s'assit derrière elle afin de la soutenir. La reine transpirait à grosses gouttes et respirait avec difficulté.
    
    « Maman !
    
    - Ça va, ça va, tenta-t-elle de l'apaiser. Juste ma tête qui tourne un peu.
    
    - Tu es brûlante ! »
    
    Il se tourna vivement vers les médecins, les apostrophant d'une voix forte qui traduisait son angoisse.
    
    « La reine se sent mal, elle a de la fièvre ! »
    
    Aussitôt, les médecins se précipitèrent à son chevet.
    
    Avec beaucoup de précautions, Shahin se dégagea. Il reposa tendrement la tête de sa mère sur les draps de soie et se dirigea vers son père, qui semblait être dans tous ses états.
    
    « Père ? » appela t-il.
    
    Celui-ci était livide.
    
    « Elle va mourir. »
    
    La sentence tomba comme un couperet.
    
    Tout d'abord c'est le silence.
    
    Puis soudain quelque chose qui se brise en lui et une tempête intérieure éclate. L'incrédulité devient déni et le déni devient déchirement. Les émotions se bousculent, tourbillon incessant qui ravage tout sur son passage. Et il y a une souffrance monstrueuse qui lui tord les entrailles, un hurlement qui brûle sa trachée, un trou béant à la place de son cœur.
    
    Elle va mourir. Elle va mourir.
    
    La phrase horrible résonne dans son crâne en boucle. La douleur prend tellement d'ampleur qu'elle dévore le monde.
    
    Sa mère va mourir, et il a l'impression qu'il va mourir avec elle.
    
    

Texte publié par Sali, 1er avril 2020 à 15h11
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