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Tome 1, Chapitre 5 Tome 1, Chapitre 5
C’est tellement mystérieux l’Amour. Quelques fois, il ne suffit que d’un moment choisi, d’une petite étincelle, pour que tout explose à nouveau. Ou d’un message reçu sur le téléphone de ton ex que j’aurais laissé bien en évidence. S’en était trop pour toi et, dans ta précipitation à fuir Charlie ainsi que cet endroit maudit ; tu n’avais prévenu personne de ton départ. Pas même Illan avec qui tu devais déjeuner et qui s’obstine dans ses messages vocaux et textuels, depuis plus d’une heure. Je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi tu ne l’as pas éteint mais soit. Tu t’es rendu compte, après deux années de mensonges et d’illusions que tu ne pouvais plus interférer avec les événements à venir et surtout, en belle princesse que tu es, tu ne veux plus les subir en silence. Je retrouve la jeune femme dont je suis tombé amoureux et qui est plus que disposée à les vivre. Et tant pis s’ils étaient probablement écrits par avance, si chacun ne faisait que suivre un chemin déjà tracé, comme je le pensais. Sans le savoir, tu t’apprêtes à lt ; un lieu qui jusqu’alors, te procurait sérénité et bien-être. Une décision finement modelée année après année et que j’attendais depuis bien longtemps. Mon moment propice, comme j’aime l’appeler.
    
    C’est tellement mystérieux l’Amour. J’ai appris il y a bien longtemps que la véritable force n’a rien de physique bien au contraire. La véritable force d’une personne est sa connaissance globale des autres et du monde qui l’entoure. Il faut beaucoup de patience ainsi qu’une forte maîtrise de soi pour chercher chez l’autre cette faille. Ça peut être un désir, une phobie, un amour, un secret inavouable, une culpabilité... Une cumulation certaine comme dans ton cas mettra bien plus de temps mais tout le monde à un point faible très secret qu’il garde bien caché et il me suffisait de bien chercher. Cette faille peut faire trembler les fondations des gens et si tu leur en parles, d’une voix haute et posée, si tu la découvres, alors tu auras toujours un tour d’avance sur eux. Connaître les secrets inavouables de quelqu’un signifie pouvoir le manipuler, le doubler, le saboter ou même le faire chanter. Et je suis doué. Vraiment très doué. Parce que très jeune, j’ai compris que même tes amis peuvent devenir tes ennemis un jour ou l’autre et qu’il valait mieux avoir quelque chose contre eux, par précaution.
    
    C’est tellement mystérieux l’Amour. Nombreux sont les adjectifs qui naviguent dans tes pensées mais aucun ne reflète réellement ce que tu éprouves. En conclusion un mot n’était qu’un mot, rien d’autre qu’un mot. Tu te sens de nouveau trahie et tu te jures une fois de plus qu’on ne t’y reprendrait plus. Assise sur un banc, dos aux arbres blancs, tu es moralement épuisée bien que tu tentes par tous les moyens de le cacher. Mais je te connais et si tu peux leur mentir, tu sais que ça ne fonctionne pas avec moi. Tu viens d’écrire d’une traite une cinquantaine de pages dans ton journal et tu t’apprêtes à froisser une fois de plus une nouvelle ébauche de lettre que tu leur destines. Dans les airs, une comptine choisie avec soin se fait entendre et, surprise, je te vois observer les alentours, cherchant la source de ce bruit que tu discernes avec peine.
    
    
Promenons-nous dans les bois
    Pendant que le loup n’y est pas
    Si le loup y était Il nous mangerait
    …

    
    Je trouvais bien plus amusant de rajouter des éclats de rire d’enfants. Tu refermes brutalement ton exutoire sans voir la feuille propre qui s’en échappe et tombe au sol. Celle que je ramasse discrètement et conserve jusqu’au moment où elle me sera utile. Tu as l’art des mots ma puce. Après lecture, je me demande qu’elle ineptie tu comptes nous faire. Tu n’oserais pas l’utiliser et c’est pourquoi je le ferais pour toi, ne t’en fais pas. Sans un regard pour ton carnet vieilli — l’un des rares cadeaux utiles qu’il t’aura faits, tu l’échanges pour l’appareil au fond de ton sac et quelques bruyants soupirs plus tard, tu te lèves, bien décidée à percer mon mystère. Cette mélodie doucereuse qui semble pourtant être une mise en garde. En jeune fille adorable, tu continues ton chemin, ne t’arrêtant que pour saisir quelques photographies. L’une de tes nouvelles passions consiste à capturer des instants. À tes yeux, une image bien prise ne saurait mentir, au contraire. Chaque cliché que tu prends te révèle des secrets jusqu’alors bien gardés, quand tu sais les lire. Il t’a offert cet objet sans réaliser l’impact qu’il aurait sur vous. Je t’avais pourtant prévenue ma belle. Certaines choses se doivent de rester enfouies. Comme cette photo d’eux prise dans un moment intimiste et qui aura été ton déclic.
    

    Promenons-nous dans les bois...
    (Je guette le moindre de tes fais et gestes mon amour)

    
    Tu ne m’entends pas évidemment. En bon petit chaperon rouge, tu ne te rends pas compte du danger et nous continuons chacun notre chemin. Tu es triste et tourmentée. Je suis tendu et empli d’adrénaline. Le chasseur et sa proie. Je suis à l’affût du moindre changement d’air, des vols d’oiseaux ou encore, du bruissement des feuillages. Tu pourrais une fois encore changer d’avis et t’en retourner les rejoindre. Chose qui me contrarie beaucoup car, aujourd’hui, nous sommes dans l’une des rares fois où je n’ai aucun contrôle intégral sur la situation. J’aperçois une rivière, aussi calme et lisse que peut l’être un cours d’eau en ce début d’hiver. Et nous continuons sur le chemin. Je suis suffisamment proche pour entendre les clics du capteur de merveilles et toi, les craquements des brindilles restantes, cachées sous la neige, qui annoncent une présence.
    
    
Promenons-nous dans les bois
    Pendant que le loup n’y est pas...
    (Je suis là, devant toi.)

    
    Sous ton regard étonné, je te souris. Nous nous dévisageons longuement. Tu ne t’attendais pas à me revoir et, enfin, tu prends conscience de toutes nos péripéties. Tu comprends qui je suis mais plus important encore, qui tu es. De taille moyenne, tu portes les cheveux bouclés en un carré court, mais abondant, que tu lisses chaque matin consciencieusement. Ils sont depuis plusieurs semaines de couleur rousse et si la première fois, j’étais septique, cela met en valeur ta peau laiteuse, ta bouche sensuelle légèrement rosée, ainsi que tes magnifiques yeux en amande, couleur noisette. Comme si ces détails changeaient l’histoire. Tu entrouvres à peine tes lèvres, troublée par cette rencontre et ses révélations que je tire. Pardonne-moi mon amour. Mon Élie. Tu t’écroules, endormie pour un moment.
    
    La jeune femme rêve et se revoit enfant tout d’abord, jouant dans l’impasse qui la verra grandir, et celle qui deviendra par la suite sa meilleure amie. Ce souvenir s’estompe à mesure que la Comptine se termine.
    
    
Promenons-nous dans les bois
    Pendant que le loup n’y est pas. Si le loup y était.
    Il nous mangerait.
    (Il est trop tard.)

    
    Je me rapproche et t’installe délicatement sur mes épaules, ramassant au passage ton sac qui s’est renversé. Dans mes pensées, des images que tu trouverais sans doute infâmes si tu les voyais.
    
    « J’attends depuis tant d’années. Si tu savais comme je rêve de les tuer, tous autant qu’ils sont. Je n’ai plus ni pitié ni remords. Je ne ferais aucun rescapé. J’ai un faible pour les mises à mort lentes et douloureuses, celles où je les écoute me supplier de les épargner, vainement. Tu découvriras bien assez tôt ce que tu représentes ; ma fascination envers toi remonte à plus loin que tu ne l’imagines mon amour. Et, tandis que nous converserons comme le feraient deux amis autour d’une table, je te demanderais enfin ton ressenti face à ces événements qui te guide vers moi et que tu n’auras jamais osé penser. Je contrôlerai ton esprit pour mieux les détruire, petit à petit. Ces humiliations te répugneront de prime abord mais elles t’apparaitront normales et méritées par la suite. J’ai tant à faire avec toi. Tes souvenirs d’une vie passée s’effaceront et le temps n’aura plus aucune emprise sur ton être. Puis, au moment fatidique, j’assénerai le coup de grâce. Je pourrais me détourner de toi alors même que tu me supplieras de continuer, de ne pas t’abandonner. Aie confiance en nous ma beauté. Ta sécurité sera ma priorité. »
    
    La nuit tombe et le sol de nouveau enneigé recouvre déjà leurs traces. On ne les reverra pas. Sans préavis la comptine s’est arrêtée tandis qu’il passe devant le petit poste caché sous une souche qu’il ne prend pas la peine de récupérer.
    

Texte publié par Sara_B, 22 février 2020 à 11h36
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