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Tome 1, Chapitre 4 Tome 1, Chapitre 4
— Tu es venue.
    
    Perdue dans tes sombres pensées, tu décides de ne pas répondre et, pour te donner une contenance, tu allumes ta cylindrée puis t’adosse au mur. Le jeune homme persiste.
    
    — Assume-le. Si tu es là ce soir, c’est uniquement pour lui. Tu te fou comme de l’an quarante de ce mariage.
    
    Illan patiente un peu, te laissant le temps d’assimiler ses paroles et reprends.
    
    — Tu voulais sans doute jauger nos réactions n’est-ce pas ? La sienne en particulier. Elle ne t’invite que pour te blesser un peu plus, tu le sais.
    — À quoi tu joues ?
    
    Il est surpris. Le métis l’ignore mais cette fois, c’est toi, jeune femme, qui contrôle.
    
    — Aux dernières nouvelles, nous ne vous parliez plus alors je te repose la question. À quoi tu joues ? Tu ne l’aimes pas plus que moi, si ce n’est encore moins que moi.
    
    Tu reprends.
    
    — Mensonge ou vérité ?
    
    Il refuse de participer à ce qu’il sait être un guet-apens. Avec toi, il n’y a jamais de bonne réponse.
    
    — Les deux. Laisse-moi choisir ensuite.
    — J’ai fait un cauchemar et je ne l’ai pas réveillé. Cette fois-là, je ne voulais pas qu’il me dise que tout irait bien. Je crois d’ailleurs que c’était la première fois où, alors que je faisais un cauchemar, j’ai su que ça ne marcherait plus entre nous. Ça n’aurait jamais pu fonctionner à partir du moment où il s’embourbe dans ses mensonges et refuse de voir la vérité en face.
    — Alors félicitation. Je sais combien cette décision était dure à prendre mais ça ne m’explique toujours pas pourquoi tu es ici ce soir.
    — Ça n’a jamais été un choix.
    — Si au contraire. Ils ne devraient jamais savoir que tu aurais pu rester.
    — Chacun de nos actes sont encrés en nous à tout jamais. Il a miss parfaite, j’ai Matty.
    — Tu es naïve.
    
    Il tape là où il ne devrait pas et vos mauvaises humeurs empirent. Lasse de tous ces mensonges, ou omissions, selon le point de vue, ma belle blonde, tu acquiesces d’un faux sourire et plante le jeune homme. Ta veste sur tes épaules et tes clefs en main, tu te diriges vers ta voiture quand tu sens une présence derrière toi. C'est Charlie qui s'est enfin décidée.
    
    — Attends, viens. Suis-moi.
    
    Vous n'avez pas eu le temps de vraiment vous retrouver et, alors que les hommes discutent entre eux, Charlie t'entraîne à l'extérieur de la propriété. Seuls le bruissement des cailloux sous vos pieds et les quelques oiseaux chantonnant perturbent le silence. Quand enfin vous vous arrêtez, tu ne dis rien mais nous savons que tu reconnais cet endroit. La scène devient intéressante. Perplexe, tu finis par lancer du bout des lèvres, en n'espérant aucunes représailles :
    
    — Cet endroit est encore plus magnifique que dans mes souvenirs.
    
    Alors que tu observes le grillage minutieusement, tu sens son regard sur toi et bien que tu aimerais lui dire d'arrêter, tu te crispes un peu plus.
    
    — C'est drôle. L'eau a coulé sous les ponts et pourtant nos cadenas sont toujours accrochés. D'autres couples, d'autres amis qui pensaient rester ensemble, soudés, ont suivi l'idée.
    
    Le maire a respecté sa parole, si tu en doutais. Il ne les a pas enlevés mais a demandé aux villageois de ne plus en poser sous peine d'amende. Quelques munies s'écoulent durant lesquelles vous, les anciennes (pas si meilleures que ça) meilleures amies, vous jauger en silence. La grande Connasse reprend :
    
    —C'est compliqué d'aimer quelqu'un entièrement et sans concessions. Et surtout pour ce qu'il est concrètement. Ça passe ou bien ça casse.
    
    Elle insiste sur le « ça casse » et tente de te percer à jour. Heureusement pour nous, elle ne sait pas s'y prendre.
    
    — Quel pessimisme.
    — Non je suis réaliste. Regarde autour de toi.
    
    C'est tellement mystérieux l'Amour. Charlie englobe le paysage d'un geste de la main. Autour de nous s'étend une étendue verdoyante et, en arrière-plan, un parc pour enfants composé d'une balançoire double, deux toboggans et quelques pousse-pousse. Le bac à sable qui te faisait fondre auparavant a disparu, remplacé par un petit terrain de basket. A cette époque, tout paraissait plus simple, et votre relation amicale, bien plus sincère. Charlie ne se sentait pas encore trahie et aucune gêne ne se ressentait dans ton comportement. Une époque idéale que tu pensais pouvoir retrouver en revenant. Combien de fois t'es-tu imaginée ici ? Charlie avec Lùca et Léo, leur petit garçon. Simon lui, voulait une petite fille et tu avais donc décrétée que vous auriez des jumeaux : une poupée et un bonhomme, pour clore le débat. Pourtant, dans le fond, tu te visualisais avec Léo. Distraitement, tu te rapproches du grillage et effleure du bout des doigts le cadenas que tu avais toi-même accroché il y a quelques années. Je me rappelle à quel point tu te sentais presque invincible, bien qu'entourée d'une bande de crétins qui se voulait soudée et indestructible. Mais Charlie reste Charlie.
    
    — Tous ces cadenas ici et là, posés par des groupes d'insouciants.
    — Des couples tu veux dire.
    — Non. Des insouciants qui se croient au-dessus de tout. Des immatures pris dans leurs délires d'éternité et qui négligent les aléas de la vie. Regarde-nous à présent.
    — La légende raconte que tant que le cadenas reste accroché, l'amour perdure.
    
    Charlie se poste devant toi, agrippe ton bras. Je ne perds pas une miette du spectacle. Vous êtes toujours aussi amusantes les filles. Elle hausse le ton :
    
    — En parlant de ça, tu penses qu'en brisant le nôtre tout s’arrangera pour vous ?
    
    Pourquoi ce mouvement de recul ma belle ? Tu sens cette plaie mal refermée se rouvrir au gré des paroles de la future mariée qui jubile sans se cacher. Charlie déblatère en se foutant d'être écoutée. Aujourd'hui, c'est à son tour. C'est à elle de vider ce sac qu'elle a remplie -bien souvent avec mon aide, de tous vos secrets piochés au fil des ans. Et toi ma puce, tu restes bien longue à la détente. Sans comprendre cette agression verbale, tu soupires et t'exprime d'une voix lasse :
    
    — Pourquoi cet endroit ?
    — Parce que ce n'est jamais simple. Tu es méprisable.
    
    « Enjoy the show ! » Il ne me manque que le fauteuil confortable et le pop-corn. La conversation passe de médiocre à passionnante.
    
    — Je ne vois pas de quoi tu parles mais faisons comme si c'était le cas.
    
    Quel spectacle ! Bien sûr que tu ne comprends pas, tu es la plus douée quand il s'agit de se mentir à soi-même. Même moi qui suit extérieur à l'histoire dans une certaine mesure du moins, je vois ou elle va en venir.
    
    — Je sais tout.
    — Pardon ?
    
    Mon Élie jolie.
    
    — Mon homme et toi.
    
    Charlie appuie sur ce pronom intentionnellement d'une voix pleine de dégout.
    
    — Parfois la vérité fait mal. Tu l'aimes encore et c'est pour ça que t'es revenue. Si t'es là aujourd'hui, c’est uniquement pour lui.
    
    C'est tellement mystérieux l'amour. Tu n'es pas ici parce qu'elle te l'a demandé et certainement pas pour être au premières loges, au balcon comme elle aime à le dire, de son bonheur. Tu l'aimes. Ces trois mots te transpercent tel un poignard des plus effilés. Tu lui fais face, interrogative. Je te connais. Tu te sens plus durement atteinte que la première fois. Tu viens d'apprendre une autre leçon : les blessures d'antan, les fortes et puissantes émotions refoulées sont les plus faciles à manier. Progressivement, à l'aide d'un sourire, de quelques banalités échangées, de souvenirs et de rires, tu les dissèques et tu les extermines pour de bon. Car quoi de pire qu'un travail inachevé ?
    
    Ton regard s'éteint tandis que celui de Charlie, qui rigole, s'en voit ravivé. L'on peut observer dans ses yeux toute la haine ressentie et conservée pour ce moment si particulier. La joie qu'elle prend pour te meurtrir un peu plus. Un acharnement que je trouve franchement déplacé venant d'elle mais comme à son habitude, elle aime jouer les dramas queens. Une nouvelle fois, tu te sens humiliée par celle qui s'était pourtant donné tant de mal pour te faire revenir. Charlie prétextait du temps gâché et souhait réécrire votre amitié. Charlie, celle pour qui il t'avait quitté. La garce que je lui ai imposé de choisir. Et toi ma belle, dans ta naïveté, tu à voulue y croire. Mais peut-être que vous ne l'avez jamais été en fin de compte, amies. Peut-être n'était-ce qu'un groupe de lettres traitresses et inutiles. Ce que tu viens d'entendre s'est gravé en toi de la même manière qu'un jet d'acide défigure des visages. Cette conversation se termine de la pire des manières qu'on aurait pu imaginer.
    
    — Alors j'ai raison. Tu l'aimes encore n'est-ce pas ? Je t'ai fait venir pour que tu comprennes deux ou trois trucs.
    
    Je revisionnerais cet épisode ce soir, dans le calme de ma chambre. J’en apprécierais chacun de ces instants. Tu te contiens, serre ton cadenas au point d’en avoir mal aux doigts. Un cadenas que vous aviez idéalisé car, comme vous l’aviez entendu au Café des années auparavant, les rêves se vivent. On n’imagine pas qu’ils aient une fin. Que le temps y mette un terme. Caressant du pouce vos initiales, son regard en zieute un autre. Celui que Matty avait rajouté après que tu lui as raconté ce qui n’est qu’une simple anecdote désormais. Quand on vit un rêve, on le vit à fond sans se préoccuper de l’avenir et la chute ne fait que plus mal encore. Vous étiez un couple de filles, un couple d’amies. Un duo qu’elle t’avait juré de ne jamais anéantir au prétexte de l’amour. Une Garce, je te l’ai toujours dit.
    
    Alors que tu t’apprêtes à faire chemin inverse, souhaitant mettre le plus de distance entre vous et rejoindre Matty avant qu’il ne parte en tournée. Tu désires et je le lis dans tes différentes postures, t’éloigner de ce maudit parc qui te rappelle des horribles et pourtant merveilleux souvenirs. Mais la petite garce aux airs adorables t’ordonne de rester. Comme piquée par une abeille, son masque se fissure à nouveau, laissant apparaitre une rage que j’avais été seul à voir jusqu’à présent. Excédée, tu réponds une fois de plus à sa demande.
    
    — Écoute-moi bien, je ne me répéterais pas. Tu es ce grain de poussière qui dérange, celui que l’on sent sans arriver à l’enlever. Jusqu’au jour où, sans que tu saches comment, il disparaît. T’y penses plus et tu l’oublies. Je voulais te rappeler qu’il est à moi. Peu importe ce que tu mijotes avec Illan, ça ne fonctionnera pas. Lùca sera bientôt mien.
    
    Illan qui reste persuadé que ta destinée est d’être avec Lùca quand tu tentes de te convaincre de l’excellent choix qu’est Matty. Chérie, tu n’appartiens qu’à moi et il est grand temps que tu t’en souviennes.
    

Texte publié par Sara_B, 22 février 2020 à 11h34
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