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Tome 1, Chapitre 21 Tome 1, Chapitre 21

Enfermée. Tu es tout bonnement enfermée dans cette chambre à la fenêtre scellée. Pas de pièce attenante qui pourrait t’aider à t’enfuir. Il n’y a rien pour t’occuper l’esprit, les mains. Tu es seule avec cette frustration qui te dévore lentement le crâne. Il entre régulièrement, surveille que tout se passe bien et repart. Il apporte parfois un plateau de nourriture, de l’eau, consent à t’emmener aux toilettes ou dans la salle d’eau. Dans ces moments-là, il ne te quitte pas du regard. Peu importe à quel point cela peut être gênant. C’est toujours les mêmes habitudes, le même rituel et tu en es venue à compter les jours sur le mur. Vous n’échangez aucun mot. Quelques mots. Une ou deux phrases. Les reproches viennent uniquement de ton côté. Tu as l’impression que tu vas devenir folle. Tu ne supportes plus cette situation. Est-ce ta punition ? Souhaite-t-il te faire ressentir cette torture que tu lui avais infligée ? Soit. Tu tiendras. Peu importe le temps qu’il te faudra endurer, tu es prête à le supporter. Tu le sais. Alors, tu joues avec sa patience, prenant tout ton temps lors de tes ablutions, ne dissimulant aucunement ta nudité, en effectuant une grève de la faim, en cessant de parler. Tu vois bien que cela l’agace, qu’il a envie d’exploser, mais il se retient et tu ne t’avoues pas vaincue. Jamais.

Enfin, vient un jour où tu entends une voix masculine. Ce n’est pas celle de James. Tu penses reconnaître celle de Rogers, mais tu n’en es pas certaine. Ce n’est pas faute d’avoir plaqué ton oreille contre le bois de la porte et d’avoir regardé par le trou de la serrure. Pas moyen de savoir et tu n’as pas envie de perdre à ce jeu que tu as toi-même lancé. Alors, tu restes allongée sur le lit, face au mur. Ton estomac crie famine et ta vessie commence à se manifester. La lumière du jour ne passe que finement à travers les interstices de la fenêtre condamnée. Les éclats reprennent à nouveau dans le couloir et tu ne peux t’empêcher de tendre l’oreille. Tu sursautes quand la porte s’ouvre dans un grand fracas, mais tu ne tournes pas la tête pour comprendre une telle violence. Tu te concentres à faire semblant de dormir. Cependant, les bruits de pas furibond se rapprochent et tu te tends malgré toi. Une main empoigne durement ton épaule et t’oblige à te retourner, à dévoiler ta supercherie. C’est Steve et tu n’es pas du tout surprise de le découvrir ici. Il est toujours là où se trouve Bucky. Il est son ombre et sa lumière à la fois. Son expression est mitigée, partagée entre la colère et l’inquiétude. La tienne ne montre rien. Tu ne veux lui céder aucune parcelle de toi.

Ils n’auront plus rien de toi.

— Il faut que tu manges.

Tu gardes la bouche close.

— Ash’, tu ne vas pas tenir comme ça. C’est complètement stupide.

Tes narines frémissent d’irritation à ce sous-entendu insultant, mais tu serres la mâchoire et fais mine de vouloir te rallonger. L’homme s’agace et te force à te lever de ton lit, te tenant douloureusement par le poignet. Tu grimaces, mais n’émets aucun son. Tu ne lui feras pas ce plaisir. Vous descendez les escaliers et tu pénètres dans le salon pour la première fois. Il y a James parqué dans la cuisine, les bras croisés. Vos regards se croisent, mais tu t’en détournes très vite. Ses yeux sont emplis de vie, d’amertume et cela te rend mal à l’aise.

Tu n’aimes pas être mal à l’aise.

La chaise racle sur le carrelage tandis que tu t’assieds dessus, un bol de soupe présenté devant toi. La vapeur te donne envie, fait grogner ton estomac, mais tu ne t’empares pas de la cuillère et regardes fixement le vieux bois de la table. Leur attention est totalement braquée sur toi et tu sens leur impatience monter en flèche, mais tu ne cèdes pas. Jamais. À la place, la conversation que tu as entendue entre Shuri et Rogers refait surface et il te faut prendre une grande inspiration et serrer des poings pour garder ton calme. Pour gagner cette énième bataille. Le blond, de sa voix cassante, t’indique que tu ne bougeras pas de ce siège tant que tu n’auras pas avalé cette nourriture, mais tu ne réagis pas. Tu ne lui offriras pas ce plaisir. Pas même alors qu’il tente de titiller ton intérêt en parlant des hommes qui ont tenté de te tuer dans la forêt ainsi que de leur employeur. La dernière menace d’Hydra. Tu restes immobile, impassible et tu sens des ondes d’agacement provenir de Captain America. Parfait. Qu’il s’énerve. Qu’il crie, hurle, frappe du poing ; tu resteras stoïque. Tu n’es plus leur ennemie, mais tu n’es plus leur amie non plus. Ce temps-là est révolu.

— Mais merde, Ash’ ! Dis-nous au moins pourquoi !

Aucune réaction. Aucune réponse.

Sauf celui d’un téléphone portable ainsi que de la voix énervée et mal contenue de Steve. Un silence se fait et ce n’est que lorsqu’il raccroche qu’il annonce à son meilleur ami qu’il va devoir s’absenter. Ils se souhaitent bonne chance, ils se disent d’être prudents et la voix claire de Rogers espère que tu te décideras à délier ta langue, à cesser ce comportement puéril. Tes yeux fusillent la table tandis que le bol se brise au sol. Qu’il aille se faire foutre. Voilà ta réponse. Avant que James ne puisse réagir, sans doute étonné par ton éclat, tu te lèves de ta chaise et court dans l’escalier et le couloir. Tu sais qu’il est à ta poursuite. Tu entends son pas lourd juste derrière toi et c’est totalement essoufflée que tu claques la porte des toilettes juste devant son nez. Bordel, tu ne tenais plus.

═════════╬═════════

— J’ai refait de la soupe si jamais tu as envie.

Quelques jours se sont écoulés depuis l’éclat de Steven et ce dernier n’est toujours pas revenu. Tant mieux. Tu n’as pas envie de le revoir. Tu ne réagis toujours pas à l’invitation de James, mais ce dernier ne semble toujours pas décidé à quitter la pièce. Quelque chose doit le travailler, mais tu ne veux pas savoir. Qu’il s’en aille. Ton ventre crie famine et la fatigue dévore ton corps à petit feu. Se lever devient une épreuve. Tu serres les poings et la mâchoire, fronces les sourcils et fermes les yeux, t’obligeant à ne pas réagir, à ignorer cette nourriture salvatrice. Tu sais ton obstination totalement idiote. Tu le sais. Et tu ne cèdes pas. Un poids sur le matelas t’indique qu’il s’est assis au niveau de tes pieds, mais tu ne bouges pas. Il soupire.

— J’ai beaucoup réfléchi ces dernières années et j’ai fini par comprendre pourquoi tu nous as tra… pourquoi tu as rejoint Hydra. Tu nous en voulais, n’est-ce pas ? Pour la mort de ton frère. Pour la promesse que je n’ai pas tenue. Pour t’avoir trompée en allant à cette exposition avec deux femmes alors qu’on devait y aller ensemble. Pour toutes les fois où j’ai dragué les filles alors que j’étais avec toi. Tu voulais que je ressente ta souffrance.

— … Je voulais aussi exister, réponds-tu finalement après un long silence.

Ta gorge est sèche et douloureuse. Ta voix t’es méconnaissable à force de ne plus l’avoir entendue.

— Comment ça ?

Tu soupires. Il te tape sur les nerfs.

— Tu m’énerves, claques-tu en faisant écho à ta pensée. Si tu veux que je te réponde, apporte donc cette soupe. Je ne pourrai pas marcher dans mon état.

Tu craques.

Ta faim emporte cette bataille.

À peine termines-tu ta phrase que tu le sens bondir et quitter la chambre en quelques enjambées. Tu l’entends dévaler les escaliers. Tu as envie d’en sourire d’amusement et d’attendrissement, mais ton visage est neutre lorsqu’il revient, pose le bol sur la commode et t’aide à t’adosser contre la tête de lit. Il te propose même de te donner la becquée, mais c’est trop pour ton orgueil et tu refuses. Ta main tremble lorsque tu amènes le couvert à ta bouche et tes papilles gustatives explosent tandis que le liquide coule doucement dans ta bouche et ta gorge. Tu as si faim. C’est si bon. James est à côté de toi et toute son attention est focalisée sur toi au point même qu’il sursaute tandis que son portable sonne. À son expression, tu devines qu’il s’agit de Steve et tu retournes à ta soupe, scrutant d’une oreille attentive leur conversation. C’est lorsque tu entends « pas de changement concernant Ashleigh » que tu lèves ton regard sceptique vers lui. Lorsqu’il raccroche, c’est un rictus penaud qu’il t’offre.

— Tu sembles être très en colère contre Steve alors j’ai préféré ne rien dire. Je suppose que ce n’est pas seulement en rapport avec les paroles de la dernière fois.

— En effet.

— Tu m’en parles ?

— La soupe d’abord, clos-tu en avalant une nouvelle cuillerée.

Il affiche une moue boudeuse et impatiente. Il te faut toute ta concentration pour ne pas sourire. Cela l’encouragerait. Tu veux vraiment reprendre un peu de force avant de répondre. Tu t’es remémoré les paroles de Kaare lorsque vous vous trouviez dans le bunker en Russie. Tu te comportes comme une gamine et il faut que cela cesse. Tu n’as jamais craint d’affronter tes ennemis ou les situations. Cet instant ne doit pas faire exception et ce n’est qu’une fois le bol vide reposé sur la commode que tu consens à reporter ton attention sur James. Un geste de la main et tu lui montres qu’il peut te questionner.

— Tu as dit que tu voulais rejoindre Hydra pour exister. Qu’est-ce que tu voulais dire par là ?

— C’est simple. Je voulais être reconnue pour mon travail. Au camp, on me remerciait en me…

Tu bloques. Le mot ne sort pas, mais un regard suffit à comprendre qu’il a très bien saisis de quoi tu parles.

— Je ne détestais pas mon travail, précises-tu, mais je haïssais de plus en plus les soldats. Quand Schmidt m’a proposé de le rejoindre, il s’était déjà renseigné sur moi, sur mes capacités. Il me voyait moi et pas une femme en âge de procréation. Et c’était ce dont j’avais vraiment besoin à ce moment-là.

— Alors, tu as accepté.

Tu opines du chef.

— Et j’ai accepté.

— Mais Steve ne t’a jamais touchée et pourtant, j’ai… c’est comme si tu le haïssais, observe-t-il avec hésitation.

— Je n’ai jamais haï Steve à cette époque. On te l’a peut-être déjà raconté, mais j’ai également été cryogénisé et je n’ai été réveillée qu’en 2017. On n’avait pas besoin de moi pour mon travail, on avait seulement besoin de moi parce que leurs effectifs baissaient à vue d’œil et qu’ils voulaient que je te retrouve.

— Je sais. Tu étais accompagnée d’Arenstoff. J’ai effectué quelques missions avec lui dans le passé.

Tu acquiesces.

Tu ignorais ce détail.

— La piste nous a guidés jusqu’aux États-Unis. Et un jour, je suis entrée dans le musée du SHIELD. Je suis tombée sur ma photo et celle de mon frère. Celle-ci indiquait qu’il était mort dans les bras de mes parents.

— Steve m’a raconté tout ceci, s’impatiente-t-il. Mais vous vous êtes expliqué et ça avait l’air d’aller mieux au Wakanda.

Tu serres la mâchoire.

— Ça allait « mieux », oui. Mais c’était avant que j’entende sa conversation avec Shuri quand je me suis enfuie de l’hôpital.

— Quelle conversation ?

Tu le fusilles du regard, agacée qu’il t’interrompe. Son regard est sérieux, concentré. Il souhaite réellement comprendre et tu ne te sens pas de vitupérer contre son comportement et sa manie de couper la parole.

— Mon frère ne vous a jamais fait promettre de se faire passer pour mort. Il ne vous a jamais rien dit. Vous avez pris cette décision tous les deux, conclus-tu d’une voix polaire. Maintenant, c’est à mon tour de poser une question. Pourquoi ce mensonge ?

— Ash’, je…

— Je t’ai raconté toute la vérité, James. J’attends de même de ta part.

Tes ongles se plantent dans ta chair tandis qu’il évite ton regard. Tu sens bien qu’il a envie de sortir de cette pièce, de fuir cette conversation. Mais il ne bouge pas, sa bouche se ferme et s’ouvre. Se pince. Il cherche ses mots et tu restes silencieuse, patiente. Enfermée dans cet endroit, tu as tout ton temps. Tu n’as plus à courir, à fuir, à séduire. Tu peux être toi. Enfin, l’homme prend la parole et se souvient qu’ils ont décidé de cacher l’état de ton frère pour ne pas te faire souffrir. Tu voyais déjà tant d’horreurs au camp qu’ils ne voulaient pas t’imposer ça.

— Quand j’ai vu que tu avais rejoint l’armée en tant qu’infirmière, j’étais rongé par l’inquiétude. Et à cause de mon comportement et de mes missions, je ne pouvais pas te protéger. C’était horriblement frustrant. Alors, quand Steve a décidé qu’on devait te révéler le strict minimum, j’ai tout de suite accepté. Je te protégeais.

— Ça n’éclaire rien. Rien du tout. Qu’est-ce qui s’est réellement passé, James ?

C’est à son tour de soupirer, de baisser les yeux et de serrer les poings. Toi, tu patientes. Encore et toujours. Tu ne fais rien pour l’aider à parler. Finalement, ses lèvres s’ouvrent et les paroles sortent. Il te raconte que Jefferson a bien été utilisé comme expérience parce que trop faible et qu’il s’est bien retrouvé défiguré. Mais quand lui et Steve l’ont retrouvé, inconscient et gravement blessé, il n’a pas réfléchi plus que cela quand son ami a décidé de cacher l’état de ton aîné. Quant à la photo dans le musée, elle est authentique. Mais ton frère était déjà mort à ce moment-là. C’était un cliché d’adieu avant son enterrement. Cependant, ce qui a été marqué sous le portrait était totalement faux. C’était le gouvernement de l’époque qui avait pris cette décision à leur insu. Ils voulaient rajouter une énième bonne image de Captain America pour inciter les récalcitrants à s’engager.

— Alors pourquoi quand je lui ai demandé des explications, il m’a caché ça ? Ça n’a pas de sens.

— Il a honte. Honte de t’avoir menti et de ce que les politiciens ont fait. Il s’est toujours senti responsable de ta tra…

— Tu peux dire « trahison ». C’est ce que j’ai fait, le rassures-tu d’une voix plus douce.

Il acquiesce.

— Il s’en est toujours voulu. Tout comme il s’en est voulu de ma « mort ». Les gens ne l’ont jamais su, mais je l’ai bien compris. Lorsqu’il s’est crashé avec le vaisseau de Crâne Rouge, il aurait très bien pu sauter, mais il ne l’a pas fait. Il n’a pas voulu.

James continue ses confidences en te révélant que Steve a voulu se donner la mort. Une manière de vous rejoindre tous les deux. Vous qui étiez ses deux seuls vrais amis. Même s’il était amoureux de Peggy Carter, il ne souhaitait pas vivre sans vous deux. Alors, quand il a su que Bucky était encore en vie, il l’a pourchassé dans tous les recoins du monde pour le retrouver, le ramener à lui. Cela a été une nouvelle déchirure quand il a fallu le cryogéniser de nouveau et une blessure béante quand il a été snappé. Et quand le blond a su que tu étais vivante, cela a été un choc pour lui. Et ce choc a été plus grand encore lorsqu’il a appris que tu étais du côté de l’ennemi. Il t’a cherchée aussi partout, le Shield l’aidant. Sam, alias le Faucon, alias Nathan, l’assistant également. Il voulait t’entendre t’expliquer. L’homme était partagé entre la joie et la colère te concernant. Il y avait aussi la frustration de ne pas comprendre, la honte et les remords. Quelque part au fond de lui, Steve savait qu’il était fautif.

— C’est tout Ash’. C’est toute la vérité, conclut-il enfin.

— Nous sommes tous les trois responsables de notre actuelle situation.

— Il semblerait. Tu nous pardonnes ?

Tes yeux se perdent dans le vague, réfléchissant sérieusement à cette question. À cette possibilité. Tu lui avoues que tu ne veux plus qu’on t’appelle par ce prénom donné par tes parents. Ce n’est pas une façon de fuir, comme argue si bien Rogers, mais c’est une manière pour toi de tuer celle que tu étais avant. De tuer la scientifique cruelle qui n’a pas hésité à torturer. Tu le regardes à ces mots. De mettre fin à la vie de cette femme n’hésitant pas à user de ses charmes pour obtenir gain de cause et protection. Ashleigh représente tout ce que tu ne veux plus être. Elle doit mourir. C’est pour cela que tu te fais dorénavant appeler Una Wynn Gallagher. Certes, c’est une identité fournie par Hydra, mais tu as su façonner le personnage au fil de tes péripéties auprès de Kaare puis, lorsque tu t’es réfugiée pendant cinq ans au Wakanda. Una est celle que tu veux être. Celle que tu dois être.

— Contrairement à ce que pense Steven, je n’ai jamais fui mes responsabilités concernant mes actions au sein Hydra.

— Je sais. Et Shuri et moi tentons de le lui faire comprendre. Ce n’est pas chose facile, glisse-t-il sur le ton de la confidence.

Tu te surprends à pouffer et tu notes le pétillement dans son regard. Tu as envie de lui avouer que ces moments où vous étiez tous les trois, à vous amuser tranquillement, te manquent. L’époque de l’insouciance te manque. Ses bras te manquent. Sa force, son odeur, sa voix, son sourire… tu sens les larmes monter et tu tentes de les combattre vaillamment, de les refouler loin en toi. Tu ne veux pas pleurer. Pas devant lui. Tu viens d’assurer que tu prenais tes responsabilités alors, tu n’as pas le droit de craquer. Cependant, cela semble être contre l’avis de James qui se glisse jusqu’à tes côtés et passe doucement son bras métallique autour de tes épaules, t’encourageant à te blottir contre lui. Tu résistes, mais il insiste et n’hésite pas à user de sa force bien plus grande que la tienne. Tu pestes contre cette injustice et il ricane. Tu dissimules ton sourire dans ton reniflement fort peu gracieux. Mais la grimace revient et, cette fois, tu ne parviens pas à cadenasser les vannes qui explosent et te font agripper d’une main faible le haut de Barnes. Ce dernier t’encourage à lâcher prise, d’être cette Una que tu désires tant. Il argue qu’Ashleigh cachait tout, notamment ses émotions. Una, elle, ne doit pas avoir peur de les afficher, de se confier. Qu’il ne lui en portera aucun jugement et qu’il sera là, toujours. Peu importe la manière. Il te promet de te poursuivre à chaque fois que tu tenteras de fuir. Il te pourchassera.

Et chaque geste tendre, chaque mot est comme un coup de poignard planté en ton sein. Chaque caresse dans tes cheveux, dans ton dos, chaque parole rassurante te soulage et te libère de tout le poids que tu as porté durant toutes ces années. Tu cries, tu pleures, tu te laisses aller. Et lui, il t’encourage, te berce et t’emprisonne de ses bras. Tu ne peux pas fuir. Tu ne veux pas fuir. Ton nez coule et tu as envie de t’écarter pour lui éviter cet affreux spectacle, mais il serre plus fort et tu ne peux que souffler des « je suis désolée » à n’en plus finir. Désolée de l’avoir giflé, de lui en avoir voulu. Désolée de l’avoir trahi, de l’avoir choisi, lui, pour tes expériences. Désolée de l’avoir torturé, de l’avoir fait souffrir, de l’avoir emprisonné dans son propre corps, de l’avoir obligé à tuer des innocents. Désolée, désolée, désolée…

— Je suis désolée… !

— Ce n’est rien, Una. C’est notre faute à nous aussi.

Prisonnière contre le corps de James, les yeux clos, tu ne sens absolument pas la présence de Steve, immobile dans l’embrasure. Tu ne vois pas sa gorge serrée, ses mains tremblantes et ses yeux brillants. Tu ne l’entends pas s’approcher et poser une main sur l’épaule de son meilleur ami. La seule chose dont tu es consciente, c’est que tu es désolée. Que tu as la véritable sensation qu’on te libère enfin d’Hydra et de ta haine.

Ashleigh, dans ce pardon, est enfin morte.

Una va pouvoir avancer.

Et vivre.


Texte publié par Edda T. Charon, 30 mai 2022 à 17h32
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