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Tome 1, Chapitre 17 Tome 1, Chapitre 17

L’ancien sergent ne parle pas. Il est assis, concentré sur quelque chose que tu ignores, et patientes que tu en aies terminé avec lui. Tu ne sais pas trop quoi en penser. Est-ce que tu devrais te sentir vexée ? Blessée ? La partie rationnelle de toi te rassure que non, c’est tout à fait normal. Tu as changé. Physiquement changé. Tu n’as prononcé aucun mot lorsque tu t’es approchée de lui, pas même croisé son regard. Il est donc impossible pour James Buchanan Barnes de te reconnaître. Ce n’est peut-être, au final, pas plus mal. Ainsi, tu peux rapidement l’ausculter et t’enfuir. Consacrer ton temps à un autre guerrier. Un impatient qui n’a de cesse d’arguer qu’il va bien et qu’il doit retourner au combat. Car ils savent tous que la dernière bataille contre le monstre violet – couleur à présent détestée de beaucoup de personnes – est maintenant. C’est pour ça que vous, le corps médical, devez faire vite. Soyez rapide. Soyez sommaire. Si la personne doit mourir, c’est parce que son heure est venue. C’est tout. C’est ainsi. Ne cherchez pas à le sauver, vous n’en avez pas le temps. Ton bouillonnant patient ne veut pas se laisser faire et il te faut menacer d’une voix forte qu’il ne bougera pas de son siège tant qu’il ne se sera pas calmé. Quitte à ce qu’il doive regarder ses frères d’armes partir, cela ne te dérange pas du tout. À lui de choisir. Ta voix est dure. Ta voix est autoritaire. Néanmoins, tu t’étonnes de constater que l’individu s’assagit, peinant à croire que ta menace ait si efficacement fait mouche. Jusqu’à ce que tu sentes une présence derrière toi et que tu sursautes en le découvrant juste derrière ton dos.

— Je ne voulais pas vous faire peur, s’excuse l’homme d’une voix contrite.

— Vous ne l’avez pas fait. Et grâce à vous, je peux l’ausculter plus calmement.

— Au moins, j’aurais pu faire une chose utile dans ma vie.

Tu serres les lèvres et baisses le regard, te sentant infiniment coupable. C’est uniquement ta faute s’il pense ainsi et tu ne sais pas quoi faire, quoi dire pour que cela cesse. Pour que son regard pétille à nouveau et qu’il arbore ce fameux sourire séduisant qui te faisait craquer. Seigneur Dieu, quelle connerie as-tu faite ? Sauras-tu te rattraper un jour ? Tu ne sais pas. Tu jettes un coup d’œil vers ton patient et lui apprend qu’il peut quitter la pièce, qu’il est en parfaite santé et qu’il peut aller se faire trouer la peau. Rapidement, ce dernier se lève et s’en va. Lorsque tes yeux font face à ceux de ton ancien cobaye, tu découvres qu’il arbore une moue dubitative ainsi qu’un sourcil arqué. Il te demande si c’est une bonne chose de t’être débarrassé de lui ainsi et tu réponds en balayant ta main devant ton visage que, de toute manière, toutes les personnes revenues vont bien. Aucune blessure. Aucune séquelle. Ils sont réapparus comme ils ont disparu. Alors pourquoi cette perte de temps ? Parce qu’ils étaient tous mort d’inquiétude, mort de désespoir, et qu’il leur faut repartir à la guerre. Mourir une deuxième fois.

— Votre voix me rappelle quelqu’un, note-t-il soudainement, te faisant pâlir.

C’est trop tôt.

Tu n’es pas encore prête à l’affronter.

— … C’est la pire technique de drague que l’on m’ait faite.

— Je ne vous…

— Je sais. Je le sais très bien. Dépêchez-vous de vous préparer et de sauver le monde. Nous aurons tout le loisir d’en discuter.

Bucky ne dit rien. Il ne bouge pas et cela t’angoisse. Il cherche à sonder l’expression de tes yeux quand tu t’obstines à contempler le bout de tes chaussures et les siennes. Il y a de la terre et de l’herbe. Fascinant. Au bout de quelques instants, tu distingues le son de ses pas s’éloigner et tu as trop peur de relever le nez, de le voir se retourner. De retrouver ce sergent qui avait fait chavirer ton cœur. De constater une nouvelle fois à quel point tu as été un monstre. Sauve le monde, Bucky, penses-tu. Sauve le monde pour que je puisse te rendre le tien. Sauve ton monde pour que j’y disparaisse enfin. Comme les grains de sable s’écoulent du sablier, tu vois tous les guerriers sortir de l’infirmerie et tu te diriges vers la vitre. Sans surprise, tu distingues parfaitement leur roi et tes poings se serrent d’inquiétude lorsque tu distingues sa sœur à ses côtés. Au fil des ans, elle s’est révélé être une femme avec qui tu as pu te lier d’amitié. Cela faisait des années que cela ne t’était plus arrivé. C’est avec une étonnante facilité que tu as pu tout lui révéler. Absolument tout. De tes plus noirs secrets jusqu’à ton fol espoir. Tu n’espères pas le pardon. Juste qu’Ashleigh meurt enfin. La Ashleigh qui trahit, manipule, torture, abuse. Qu’elle disparaisse enfin de ce monde. Qu’Una prenne définitivement sa place. La douce et gentille Una, la soigneuse avec un sacré caractère, mais incapable de faire le moindre mal. Saura-t-elle être toi pour de bon ? Tu l’espères de tout cœur. Une présence près de toi. C’est la reine-mère. Elle avait été snappé, elle aussi. Quel bonheur cela a dû être pour la princesse de retrouver à la fois son frère et sa mère. La famille enfin réunie. Il n’y a rien de plus beau.

La monarque reste quelques instants à côté de toi, silencieuse, jusqu’à ce que vous voyez toutes les deux, tous les combattants pénétrer dans un étrange cercle tournoyant semblant fait d’or en fusion. C’est étrange. C’est magique et tu en restes ébaubie. Un à un, ils disparaissent et tu pries pour leur salut, pour leur âme. Toi qui as perdu la tienne. Que James la conserve pure et intacte. Le jugement dernier n’est pas pour tout de suite. Une tête se lève vers vous et tu devines le faciès fermé, concentré, de Bucky. Il vous regarde. Il te regarde. S’en est-il souvenu ? De ta voix ? Sait-il enfin à qui elle appartient ? Tu l’espères comme tu le redoutes. Mais tu poses une main sur la vitre et ne détournes pas tes yeux des siens. Tu seras là à son retour. À lui de revenir. Avant que la peur prenne tes tripes en otage et te fasse fuir cette terre d’asile. La paix peut être étouffante lorsqu’on est trop habituée à la guerre. Une main se pose brièvement sur ton bras. C’est la reine qui s’en va et te laisse à ta solitude. Vous en avez besoin toutes les deux. Alors, lentement, tu parviens à te détacher de cette pièce. Tes pas s’accélèrent, mais tu ne cours pas. Pas encore. Tu n’as pas envie de bousculer qui que ce soit dans les couloirs. Tu souhaites garder le dos droit, le menton haut et le regard fier une dernière fois. Une toute dernière fois. Tes mains sont fébriles lorsque tu allumes le contact de ton véhicule et il te faut tout ton contrôle pour ne pas appuyer sur l’accélérateur.

Pour ne pas fuir.

Cependant, c’est au pas de course que tu te diriges vers ce que tu peux appeler ta maison. Elle est rudimentaire. Faites de pierre et de terre. Elle est spacieuse. Il y a de la technologie et un endroit où tu peux travailler tes potions, cataplasmes et pommades, où tu peux ranger tes bandages et tes ustensiles. Il a fallu que tu travailles dur pour t’émanciper de la modernité médicale, que tu effectues de nombreuses recherches, certaines avec succès, d’autres non. Tu n’as pas baissé les bras. Mais ce n’est pas ce qui t’intéresse pour le moment. C’est ce que tu as dissimulé dans le trou de ton matelas, juste au niveau de ta tête, creusé de tes propres mains. Peur paranoïaque que quelqu’un tombe dessus et s’en serve à mauvais escient. Comme tu l’as fait auparavant. C’est un simulacre. Un placebo. La retranscription quasi complète de ton carnet. Tout ce dont tu te souviens. C’est un bordel sans nom uniquement composé de feuilles volantes. Il n’y a pas d’ordre, pas de logique. Juste des souvenirs d’un passé dont tu étais extrêmement fière et dont tu as honte aujourd’hui. Ce n’est lorsque tu t’es relue, un soir où tu subissais une insomnie, que tu as réalisée l’horreur de tes actes.

Tu n’as pas pleuré. Tu n’as pas pu jeter ces notes dans le feu. Tu n’as pas pu t’y résigner. Pas encore, te répètes-tu à chaque fois comme un mantra. Pas encore. Qu’il guérisse et tu le feras. Qu’il guérisse et Ashleigh mourra. Tu prends ta tête dans tes mains, te demandant ce que tu fous, pourquoi c’est autant le foutoir dans ta tête. Ce n’était pas autant comme ça dans le temps. Tes idées, tes intentions, tes ambitions… tout était clair, limpide. Tu savais qui tu étais. Tu savais ce que tu voulais. Et maintenant, tu hésites. Tout le temps. Sans cesse. Tu sais ce que tu dois faire. Tu as peur de le faire. Tu n’as jamais été aussi lâche. Tu penses à Isaaki. Qu’est-ce qu’il penserait de toi à l’heure actuelle ? Serait-il heureux de ta nouvelle vie ? De ton nouveau départ ? Et Kaare ?

— Kaare !

Merde ! Comment as-tu pu oser l’oublier ! Lui qui a été là pour toi alors qu’il aurait pu tout simplement t’abandonner à ton sort. Est-il, lui aussi, revenu ? Et, si c’est le cas, où ? L’homme est-il réapparu au beau milieu de l’eau ? Quelle conne tu es de ne pas avoir pensé à lui. Stupide ! Ingrate ! Gamine ! Tu te lèves subitement, il faut que tu fasses demi-tour et que tu rejoignes le palais pour supplier la reine d’obtenir l’autorisation de quitter le pays, de partir à sa recherche. C’est alors que tu notes quelque chose, une missive épinglée sur l’intérieur de ta porte par un couteau, l’un des tiens. L’écriture est reconnaissable. C’est celle de Shuri et tu te demandes quand elle a trouvé le temps de l’accrocher là. Tu prends le papier, te moquant bien de le déchirer. Il faut que tu lises.

« Salut la renarde ! »

La renarde… Pourquoi faut-il que Shuri donne des surnoms d’animaux à tout le monde. Et pourquoi « renard » pour toi ? Il va falloir que tu lui en touches deux mots lorsqu’elle reviendra. Parce qu’elle reviendra. C’est une certitude. Tu reprends ta lecture.

« Salut la renarde !

Tu te demandes sûrement ce que fait ce papier épinglé sur ta porte avec l’un de tes couteaux.

Premièrement, parce que j’ai imaginé ta tête et que je trouvais ça assez hilarant.

Deuxièmement, parce que le temps nous manque. Les Avengers ont trouvé le moyen de voler les Pierres d’Iinfinités à Thanos et ce dernier est là. Il est revenu. Dans le but de répéter ce qu’il a déjà fait. Nous devons l’en empêcher. Tous ceux qui ont été snappés se sont portés volontaires pour reprendre le combat. Même Loup Blanc. N’oublie pas de tenir ta promesse le concernant. De le libérer une bonne fois pour toute. Libérez-vous tous les deux.

Troisièmement, parce que tu as sûrement dû te souvenir du chien d’Hydra, Kaare Arenstoff. Ton ami qui a été snappé sur un bateau au beau milieu de l’océan. Ne t’en fais pas, j’ai tout prévu et il est, à l’heure actuelle, au combat avec nous. C’est lui qui a décidé de ne pas te retrouver. Il ne veut pas que tu le vois. Il a peur que cela te fasse changer d’avis. Et lui, il veut se battre pour le bien pour une fois. Une dernière fois. Respecte cela. Ne l’incrimine pas.

Il n’y pas d’au revoir entre nous, renarde. Mais je te dis à bientôt. Je te dois une revanche au strip-poker et tu vas devoir te tenir prête pour soigner du monde. Beaucoup de monde.

Garde espoir pour nous.

Ton amie, Shuri. »

Tu poses la feuille sur le meuble juste à côté de toi. Ainsi donc, Kaare a décidé de t’éviter, de te fuir. Pour que tu ne changes pas d’avis. Mais quelle idée totalement idiote ! Changer d’avis sur quoi au juste, hein ? Sur le fait de soigner Bucky ? Tu sais que tu n’as pas le choix, que tu es accueillie uniquement dans ce but. Cela a toujours été ainsi. Depuis cinq ans. Tu n’es pas une invitée, juste une prisonnière. Tu es dans une prison quoi qu’on en dise. Tu te rends utile parce que ta culpabilité te ronge le cerveau. Le calme te rend folle. Toi qui as constamment dû bouger, fuir, courir, réfléchir. Jamais une minute sans penser à rien. Tu pousses un « merde » agacé. Tu aurais au moins voulu lui souhaiter bonne chance. Juste ça. Il n’avait pas le droit de t’interdire de le voir. Lui qui a été ton unique soutien. Tes yeux se perdent par la fenêtre, sur la silhouette de ton véhicule. Il y a ta besace à l’intérieur. Et tu n’as pas terminé de cueillir tes plantes. Mais tu ne vas pas en avoir le temps. Il faut que tu ailles préparer les lits à l’infirmerie. Tu attrapes donc toute ta réserve de bandage avant de refermer la porte de ta demeure derrière toi.

Tu vas avoir beaucoup de travail.

C’est une fourmilière grouillante dans laquelle tu te trouves. Plusieurs pièces du palais ont été réquisitionnées et vous courez ici et là, sous les directives des chefs médecins, pour que tout soit fin prêt. Vous avez récupéré tous les pansements que vous pouviez trouver, tous les lits, les couvertures, des tissus, des récipients. L’adrénaline afflue déjà dans vos veines alors qu’ils ne sont pas encore arrivés. Pas encore. On vous a annoncé que cela ne saurait tarder. Ils ont gagné. La victoire est totale. Mais personne ne hurle sa joie. Parce qu’il y a des morts, des agonisants. Les pertes sont sûrement terribles et il va falloir garder tout votre self-control, votre énergie, pour aider vos futurs patients. On t’a proposé de manger afin que tu puisses prendre des forces avant ta propre bataille, mais tu as refusé. Tu as l’estomac noué. Tu ne pourras rien avaler. Ou plus tard. Quelque chose de rapide.

— Ils arrivent ! entendez-vous crier.

— À vos postes, messieurs, dames ! Vous savez ce que vous devez faire.

Machinalement, tu opines du chef et puis, plus rien. Tout n’est plus que bruit, cri, gémissement, supplication. Le blanc laisse place au rouge. Les personnes valides vous aident ou s’en vont. Tu as reconnu T’Challa gérer l’organisation du matériel, Shuri assister au soin les plus basiques, Rogers tenir les hommes devant remettre leur os dans le bon alignement pour leur guérison. Tu ne vois pas Bucky. Tu ne vois pas Kaare. Tu as peur de savoir pourquoi. Tu ne le veux pas. Tu as trop peur et trop de choses à penser. Tu as l’impression de retourner soixante-dix ans en arrière. Lorsque tu soignais dans le camp américain et que tu n’hésitais plus à déchirer ta robe, faute de bandages, ou encore d’essuyer ton front avec tes mains ensanglantées. La pointe de ta queue-de-cheval te chatouille la base de la nuque, mais cela reste supportable comparé au regard que tu sens soudainement se vriller vers toi. C’est une sensation que tu détestes. Te sentir scrutée ainsi. Mais il ne faut pas que tu te déconcentres. Pas encore. Tu as aussi beaucoup de travail à effectuer et cela va sans doute durer jusqu’au lendemain matin. Alors, il ne faut pas que tu t’arrêtes, que tu faiblisses. Soigner un patient, passer au suivant, puis à un autre. Jusqu’à ce que tu arrives devant lui. Assis sur un brancard. Il est blessé à divers endroits, mais rien dont il ne se remettra pas. Tu ne dis rien, ne le fais pas savoir et tu t’armes de désinfectant et de pansement et t’occupes des plaies les plus profondes. Il a un mouvement de recul dont tu ne t’occupes pas. Ce sont des soldats revenant d’une bataille. Tu as déjà vécu cela. Tu sais exactement quoi faire.

— Qui êtes-vous ?

Sa voix à la fois dure et fatiguée te fait tressaillir et tu espères que tu ne t’es pas trahie. Pas encore. Ce n’est pas le moment. Une main attrape ton poignet. Il te fait mal. Tu soupires exagérément avant de planter ton regard agacé dans le sien. Tu veux lui montrer que ce n’est vraiment pas le moment.

— Una. Una Wynn Gallagher. C’est le nom qu’on m’a donné.

— Qui ?

— Mes créateurs. Si je peux les appeler ainsi. Lâchez-moi. J’ai encore beaucoup de travail.

Ne craque pas. Ne craque pas. Ne craque pas.

— Bucky ?

Tu fermes les yeux et serres la mâchoire. C’est la voix de Steve. Quelque chose te dit que cette histoire ne va pas bien se terminer. Mais ce n’est pas bien grave. Tu récoltes ce que tu as semé. Une main, plus douce, se pose sur ton omoplate et tu vois Shuri se poster à côté de toi avec une expression triste et résignée. Sa bouche est close et il te faut un moment avant de comprendre de quoi il retourne. Kaare s’est battu. De toutes ses forces. Et à présent, il a rejoint sa femme et sa fille. C’est tout aussi bien. Il va enfin pouvoir se reposer. Il le mérite. Plus que toi. Plus que n’importe qui. Tu te tournes vers James et poses doucement tes doigts sur sa patte qui te fait mal. Tu auras sûrement une marque plus tard.

Ce n’est pas grave.

Tu lui réponds doucement que vous avez beaucoup de choses à vous dire, tous les trois. Que tu as beaucoup de choses à lui dire. Mais pas tout de suite. Il y a encore des personnes qui doivent se faire soigner, qui doivent survivre. Mais, s’il souhaite rester pour te surveiller, il peut toujours déplacer ceux que la vie a quittés afin de faire de la place. Vous avez besoin de bras et vous n’êtes pas assez nombreux. Il met un moment avant de daigner te relâcher et tu te permets de reculer d’un pas. Tu jettes un coup d’œil vers Captain America qui opine du chef. Il te fait confiance et tu ne comprends pas trop pourquoi. Est-ce que le fait d’avoir enfin pu vider votre sac a détruit la hache de guerre ? Tu ne sais pas et tu ne prends pas le temps d’y réfléchir plus en profondeur. Un homme a une jambe méchamment arrachée. Il va falloir que tu fasses vite pour retirer le morceau infecté et arrêter l’hémorragie. Tu ne t’occupes plus d’eux. De Shuri. De James. De Steve. Tu ne t’occupes plus de Kaare. Il a fait son choix. Le meilleur qu’il puisse prendre pour lui. Tu comptes bien faire en sorte de ne pas le décevoir.

Pas une nouvelle fois.

La nuit est tombée depuis longtemps et le dernier patient vient d’être soigné. Il n’a pas survécu à l’hémorragie et le médecin, à tes côtés, le recouvre d’un linge. Une piètre couverture que vous avez récupérée en urgence. L’homme pleure et tu t’éloignes, le laissant à sa fatigue et à sa tristesse. Il t’a avoué qu’il le connaissait bien et le roi lui a ordonné de rester auprès de lui pour le soigner. Tant de reconnaissance dans les yeux de ce docteur, mais cet effort a été vain. Cela n’a pas été suffisant pour le sauver. Ce jeune garçon. La chair de sa chair. Son propre fils. Tu quittes la pièce et déambules dans les couloirs comme un automate, ne sachant plus trop ce que tu dois faire, où te rendre. C’est comme cela à chaque fois. Et tu te remémores que cela se terminait toujours par un viol. Un remerciement pour tes précieux services. Tu les avais aidés à ne pas se vider de leur sang, il fallait donc bien qu’ils se vident d’autre chose. Et tu étais là pour ça. Vous étiez là pour ça.

— Una, viens là !

Tu tournes la tête doucement vers Shuri qui te hèle. Elle est entourée de sa mère, de son frère, mais aussi des Avengers survivants. Ils mangent et tous te regardent fixement. Tu hoches négativement de la tête. Il y a trop de monde. Trop d’ennemis. Tu ne peux pas. Pas encore. Tu veux te reposer. Être seule. Retrouver ta maison, celle qui t’abrite depuis cinq ans. Tu recules et t’éloignes. Tu n’es pas prête. C’est trop tôt. Mais ton amie arrive et t’attrape par les épaules te promettant qu’aucune question ne te sera posée. Qu’il faut que tu manges et qu’il n’y a plus rien dans les cuisines. Tu t’en fiches, tu n’as pas faim. Elle insiste, mais tu refuses encore. Jusqu’à ce que T’Challa t’invite à sa table. Tu déglutis. Un ordre derrière une invitation. Tu saisis très bien cette image. Tu la connais. Tu acceptes. Tu te résignes. Ton refus ne sera que trop mal vu. Tu soupires. Tu t’avances. Tu t’assieds. Un plat est présenté devant toi, mais il ne te fait pas envie. Ton estomac est encore noué et tu arrives à peine à accepter le verre d’eau. Les regards sont braqués sur toi. Tu ne devrais pas être là. Tu veux souffler que tu as encore du travail à faire tant que tu tiens toujours debout. Remplacer les infirmières trop fatiguées pour rester éveillées. Toi, tu peux le faire. Mais on t’en empêche. Tu grimaces. Ce n’est pas vraiment étonnant, songes-tu. Après tout, aucune promesse n’a été faite. Jamais ils n’ont donné leur parole qu’aucune question ne te serait posée. Seulement Shuri. Mais Shuri sait déjà tout.

— C’est quoi le dernier mot d’Hydra ? demande subitement un inconnu.

Tu as envie de ricaner, mais ta bouche est résolument close. Tu as envie de le fusiller du regard, mais tes yeux restent baissés sur ces aliments qui te donnent des haut-le-cœur. Le piège est trop énorme pour que tu sautes à pieds joints dedans.

— Sérieusement. Y’a que moi qui veut savoir ?

— Sauf que ce mot agirait comme un reboot sur James, claques-tu agacée par ce clown entouré de… fourmis.

— … C’est-à-dire ? parle doucement un homme étrange à la peau verte.

— Les mots qu’a retirés Shuri. Tout reviendrait.

Pour la première depuis vos retrouvailles, tu oses enfin planter ton regard dans le sien.

— Le Soldat de l’Hiver reviendrait.

Et tu es venue pour tuer Le Soldat de l’Hiver.

Et sauver James.


Texte publié par Edda T. Charon, 27 mai 2022 à 19h20
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