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Tome 1, Chapitre 14 Tome 1, Chapitre 14

— Mais qu’est-ce qu’il vous a pris de sortir ?!

C’est ce que n’arrête pas de signer de Kaare, allant et venant dans la petite chambre que vous partagez dans cet hôtel miteux. Tu as bien proposé d’en choisir un autre d’un meilleur standing, persuadée que vous avez certainement été suivis, mais le Danois a refusé de répondre et de céder à tes arguments. Il n’est définitivement pas d’humeur. Et cela depuis maintenant une bonne heure. Une heure entière calée contre la tête de lit, tes genoux ramenés à toi et encerclés par tes bras. Tu n’arrives pas à déterminer si tu es en colère ou si tu boudes, tout simplement. Tu n’avais pas prévu de te faire rattraper aussi rapidement. Aussi facilement. Tu as, également, un peu de mal à te remettre de tes émotions. Tu as failli te faire reconnaître par ce blond décidément un peu trop fouineur et tu ne dois ta survie que grâce à ton partenaire qui a su si bien jouer le jeu lorsque tu l’as embrassé à pleine bouche. Assez étrangement, tu ne t’attendais pas à ce qu’il y réponde et, surtout, qu’il embrasse aussi bien. Quelle chance avait donc son épouse de tomber sur un tel homme. Tu t’octroies une gifle mentale. Pauvre idiote. Qu’est-ce qui te prend donc de penser de cette manière et dans une telle situation ? Ce baiser t’aurait-il, à ce point, chamboulée ? Cesse tout de suite d’y penser. Il faut que tu trouves un moyen de t’enfuir à nouveau. De t’éloigner de cet homme qui a trahi votre cause d’une simple décision. Tu sais qu’il ne servira à rien de tenter de le convaincre. Sa décision est déjà prise.

La tienne aussi.

— Vous allez enfin me répondre et m’expliquer ?!

Ses gestes sont saccadés, virulents et tu peux lire la fureur sur son visage. Tu ne sais pas ce qui le retient de te frapper, d’obtenir tes aveux par la force. Tu le sais pourtant capable de tout, même du pire. Pourtant, tu restes obstinément prostrée dans ton silence et tes réflexions, réfléchissant à toute vitesse à un moyen de disparaître de la métropole. Peut-être arriveras-tu à te rendre jusqu’à la ville où ont vécu tes parents, trouver leurs tombes et leur faire tes adieux comme il se doit. Maintenant que tu as revu leur visage sur la photographie présente dans cette mascarade appelée musée, tu n’as de cesse d’y songer. Il faut que tu leur parles une toute dernière fois. Il n’y a que les morts qui ne jugent pas. Deux bruits distincts te font sursauter et ton corps rate quelques battements. Tu sors de tes pensées, alarmée. C’est Arenstoff qui a clairement perdu patience et qui vient de donner un coup de poing dans le mur. Ses phalanges saignent, mais il s’en moque. Son œil valide est furibond. Le coup a été porté tout près de ton visage. Tu ne bouges pas, immobile. Néanmoins, il peut lire dans tes expressions, celles que tu permets d’apparaître. Il y voit de la reddition et c’est sûrement ce qui l’aide à se calmer quelque peu. Juste assez pour desserrer son poing et pour s’asseoir sur le lit. Son corps est toujours tendu, prêt à bondir.

— Vous embrassez plutôt bien, est la première chose qui sort par la bouche.

Tu combats vaillamment le rougissement qui s’empare de ton visage. Bordel de merde ! Ce n’était pas ce que tu voulais dire. Alors, pourquoi c’est sorti comme ça, sans préambule ? Voilà, que tu n’oses plus le regarder. Tu ne veux pas voir sa réaction. Pourtant, il faut bien que tu parles, te débarrasser de ce silence devenu gênant. Tu passes une main sur ton visage, se posant sur ta nuque. Il faut que tu trouves une excuse et vite. Il ne supportera pas d’entendre la vérité qu’il jugera, une nouvelle fois, digne d’un caprice de gamine.

— J’avais entendu parler, quand je me suis réveillée à l’hôpital, de ce musée. Avec le temps, je l’avais totalement oublié. Je ne m’en suis souvenue que maintenant.

— Pourquoi ne m’avoir rien dit ? demande-t-il avec une gestuelle un peu plus calme.

— Parce que je sais que vous auriez absolument voulu me suivre. Mais ça n’aurait pas été une bonne idée.

Il grimace à cette réponse, pas du tout convaincu.

— Si, j’ai raison. N’est-ce pas parce que vous êtes recherché que nous nous retrouvons dans cet hôtel miteux ? Quelqu’un vous aurait forcément reconnu et la situation aurait dégénéré.

Ses mains répliquent que cela n’a pas été le cas lorsqu’il est sorti et qu’il t’a retrouvée, devant t’embrasser devant le célèbre soldat. Tu rosis à ce souvenir. Bordel, mais qu’est-ce qu’il se passe chez toi ?!

— Sans doute, mais je n’ai pas voulu prendre de risque. C’est pour cette raison que je suis allée au musée seule. Pour y trouver des informations qui pourraient nous aider concernant Le Soldat de l’Hiver.

Kaare fronce les sourcils, attendant ta conclusion.

— Dans le musée en lui-même, j’ai fait chou blanc. Mais je suis maintenant persuadée qu’il est en Europe.

— Qu’est-ce qui vous rend sûre de ça ? signe-t-il, curieux de saisir ton raisonnement.

— Parce que, s’il se trouvait encore ici, Steve l’aurait sûrement retrouvé.

Le borgne rétorque quelque chose qui a du sens à tes ouailles. Il te parle d’une information qu’il a reçue via une vieille connaissance qu’il a rencontrée dans cette chambre. C’est ce qui l’a poussé à se demander pourquoi tu mettais autant de temps pour te laver et à, finalement, défoncer la porte. Une information que vous avez ratée durant votre séjour en Russie, lorsque vous étiez encore dans le bunker, coupés du monde. James Barnes a été retrouvé en Roumanie. Il a été accusé à tort d’un attentat qui ôta la vie du roi du Wakanda. S’il a été innocenté, personne n’a, pourtant, retrouvé sa trace. Mais ce n’est pas ce qui a fait tiquer l’informateur et le muet. Habitués à regarder chaque détail à la loupe, les deux hommes n’ont pas saisi pour quelle raison l’héritier au trône d’un pays pacifique, aveuglé par sa soif de vengeance et de justice, qui a traqué, pourchassé et combattu le Soldat de l’Hiver, a soudainement cessé toute investigation. Certes, la preuve que l’individu était, au final, innocent, peut jouer, mais cela n’explique pas… Tu le coupes, dubitative, arguant que c’est pourtant une excellente raison pour ce monarque en devenir de cesser sa chasse et de retourner à son pays pour son couronnement ainsi que pour exécuter ses devoirs qui lui incombent dorénavant. Kaare ne prend pas la mouche face à ton impolitesse. À la place, il se lève et attrape une série de photographies posées sur la table de travail. Il te les tend, tu les prends. Il se réinstalle, détendu. Toi comme lui, vous êtes satisfait que l’entente entre vous deux soit revenue.

Que la colère soit retombée.

Lentement, tu détailles chaque cliché, t’arrêtant longuement sur le visage de ton cobaye. De ton ex petit-ami. Tu repenses aux propos de ton collègue. De ce fameux caprice. Est-ce que c’en était vraiment un ? Est-ce que tu dois vraiment le sauver de ces mots qui l’emprisonnent ? Tu ne sais pas si tu le peux. Tu ne sais pas si tu en as vraiment envie. Tu voulais vraiment qu’il souffre. Est-ce que ce n’est pas trop tard pour réparer ce que le Danois considère comme une erreur ? Tu ne sais pas. Tu n’as pas envie d’y réfléchir pour l’instant. Tu préfères te concentrer sur les raisons qui ont amené le muet et sa connaissance à se méfier, se douter de quelque chose. Et celle qui t’interpelle, c’est la dernière. Celle présentant Bucky et James en premier plan, te faisant écarquiller les yeux. Horrifiée. Inquiète. Non, tu ne devrais pas être inquiète. Tu leur as tourné le dos depuis des années. Votre amitié est morte en même temps que ton humanité. Elle ne pourra jamais renaître de ses cendres. Ce n’est pas un putain de phénix. Mais tu vois Steve blessé, épuisé. James n’est pas en meilleur état et tu blêmis quelque peu lorsque tu distingues sa prothèse semblant avoir été arrachée avec une telle violence que tu te demandes contre quel monstre il s’est battu pour en arriver là. Au bord de l’évanouissement, blessé et infirme. Un doigt pourvu d’un ongle coupé à ras apparaît sur l’image, t’obligeant à fixer deux formes floues en arrière-plan. Tu plisses les yeux et la rapproches de toi. Tu ne parviens pas à deviner ce que tu es censée voir et tu arbores une mine contrariée quand tu lèves enfin le nez, regardant l’homme en face de toi.

— Il s’agit du nouveau roi avec sa fidèle Général.

— Vous voulez dire qu’il l’aurait aidé à se cacher ?

Kaare opine du chef, satisfait que tu saisisses enfin. De ses mains, il pose une simple question qui fait mouche dans ton esprit. Et si l’homme ne l’avait pas dissimulé dans son pays. Il est roi. Être sous sa protection serait une valeur sûre pour quelqu’un d’aussi recherché, traqué. Tu tiens ton menton entre ton pouce et ton index, réfléchissant sérieusement à cette hypothèse. Certes, cela reste tiré par les cheveux mais cela ne semble pas quelque chose d’impossible. C’est une idée à creuser. Encore faut-il trouver un moyen, ainsi qu’une excuse pour s’y rendre, et certainement pas en touriste. Tu en parles à ton partenaire qui grimace d’assentiment. Il n’y avait pas encore songé. Vous restez ainsi silencieux quelques minutes avant de décréter que la solution viendra sûrement en temps et en heure. En attendant, l’homme a très faim et escompte bien se détendre en préparant le repas. Tu pouffes.

C’est quelque chose d’agréable à laquelle tu ne parviens pas à t’habituer tant cela t’étonne. Le Danois adore cuisiner, ne te laissant jamais t’essayer à la cuisine. Certes, tu n’es pas quelqu’un de très doué dans cette discipline, mais quand même. Cela reste un poil vexant. Du moins, au début. À la place, tu déclares que tu vas aller te laver. Véritablement, cette fois. Et, pour faire bonne mesure, tu ne prends pas la peine de fermer la porte que tu découvres très abîmée. Le loquet défoncé. Ce n’est même plus la peine d’espérer de pouvoir te barricader derrière là. Patientant que l’eau se réchauffe, tu te déshabilles et te regardes dans le miroir, fixant ce visage dont tu ne parviens toujours pas à te familiariser. C’est, pourtant, le tien à présent. C’est toi.

Et uniquement toi.

Una.

Tu as à peine le temps de te glisser sous l’eau chaude et de soupirer de contentement qu’une silhouette masculine apparaît soudainement dans ton champ de vision, te faisant sursauter de surprise. Maladroitement, tu tentes de cacher ta poitrine et ton entrejambe, fusillant du regard le borgne qui arbore une lueur surexcitée que tu ne lui connais pas. Toi, tu es à deux doigts de lui crier dessus, lui offrant une vague chance de s’expliquer. Ses mains s’agitent et il te faut te concentrer au maximum pour suivre le rythme et comprendre ce qu’il souhaite dire. Au final, tu finis par saisir qu’il souhaite profiter du fait que tu ais rencontré le capitaine pour le pousser à t’obtenir une autorisation spéciale pour pouvoir le retrouver. Tu demandes, les dents serrées, comment tu vas devoir t’y prendre parce que tu connais Steve et la séduction féminine ne lui fait aucun effet.

— Racontez-lui toute la vérité, signe-t-il sous tes yeux qui s’exorbitent.

— Plaît-il ?

Arenstoff se corrige, assurant qu’il ne faut pas que tu révèles que tu as trahi ton pays de ton plein gré, mais que tu y as été forcée. Sous la contrainte de voir ton frère mourir – on t’aura fait croire que ce dernier était toujours en vie, fait prisonnier et qu’il ne tenait qu’à tes tortionnaires de le tuer et d’envoyer un petit groupe d’homme te ramener la tête de tes parents. Que tu as su si bien jouer ton rôle que l’on t’a fait subir ce changement de visage et cet endormissement forcé pour que tu puisses servir encore la cause. Ce serait en te rendant au musée que tu aurais découvert la vérité sur ton frère. L’explication est bancale et tu n’es pas franchement convaincue. Tu demandes alors pourquoi tu n’aurais rien avoué à Steve dès l’instant où tu l’as vu. La réponse est simple.

La peur.

La peur d’être retrouvée, de ne pas être crue par la personne que tu peux encore considérer comme ton ami.

— Et toi, dans tout ça ? Je t’ai présenté comme une personne très proche vu ce… ce qu’on a fait. Mais s’il apprend que tu travailles pour Hydra, on aura fait tout ça pour rien.

— Je ne veux plus servir Hydra, souvenez-vous. Le vouvoiement te force à te rappeler que tu viens de le tutoyer, te mettant quelque peu dans l’embarras. J’ai quitté la cause et je vous ai protégée au mieux en restant proche de vous avec mon métier de comptable. C’est ce qui a fait que nous nous sommes mariés.

Tu opines du chef, pas vraiment convaincue, mais prête à tenter ta chance. Tu acceptes puis, fusilles ton interlocuteur du regard. Tu grondes, lui demande de sortir, car tu n’es absolument pas présentable et que tu souhaiterais te laver en toute quiétude. Cela ne semble qu’être à ce moment-là que Kaare réalise que tu es totalement nue. Son œil fixe ta poitrine et tu le vois combattre pour ne pas descendre plus bas. L’homme quitte la pièce avec empressement et tu es maintenant partagée entre l’amusement et l’agacement avant de retourner à tes ablutions, réfléchissant sérieusement à tout ce qu’il t’a dit. Tu restes mitigée. Est-ce que cela va fonctionner ? Est-ce que Steven va tomber dans le panneau ? Te croire ? Te pardonner ? Tu pousses un long soupir, perdue. Tu ne le sais pas.

Tu as peur.

Tu as peur de le revoir, de lui raconter cette version, de devoir détailler tout ce que tu as fait et dans quel but. Est-ce que tu vas devoir révéler ta relation avec Isaaki ? Avec ton assistant ? Avec le Général ? Tu n’en as pas envie. Tu ne veux pas sortir de cette douche, affronter cet homme que le temps et les obstacles n’ont pas épargné. Est-ce que tu veux réellement sauver ton sujet d’étude ? Est-ce qu’on te permettra seulement de le revoir ? Et lui, quand il te reconnaîtra. Comment va-t-il réagir ? Ne cherchera-t-il pas à te tuer ? À se venger ? Aux yeux de beaucoup de monde, ce serait amplement mérité. Tu le sais. Tu en as conscience. Tu ne l’acceptes simplement pas. Tu as fait ce qui te semblait juste. Pour te venger. Pour briller.

Pour exister.

Tu finis par sortir de la salle d’eau, l’air songeur et pas franchement convaincue. Le repas est prêt et se trouve déjà sur la table. Tu notes que l’homme semble t’attendre et tu admets que tu as mis pas mal de temps à te laver. Mais cette proposition, cette soudaine remise en question t’a donné le besoin de t’isoler quelques instants. Au final, tu ne sais toujours pas. Tu accompliras ta mission jusqu’au bout. Tu ne sais tout simplement comment t’y employer. Tu es perdue. Habillée, mais tes longs cheveux encore humides, tu t’installes à ton tour et commences à manger. C’est toujours aussi délicieux et tu te surprends à manger avec appétit. Cela faisait tellement de temps que tu n’avais pas dégusté un vrai, un bon repas. Pas cette nourriture faite à la va-vite et vendue seulement après avoir bien tiédi. Avec surprise, – décidément, c’est la journée – tu contemples la bouteille de vin que Kaare tient dans sa main, te proposant un verre. C’est sans aucune hésitation que tu acceptes l’offre. Cela fait tellement longtemps que tu n’as pas goûté à cette boisson. Est-ce son ami qui vous l’a offert ? Tu ne poses pas la question. Le silence est étonnement agréable et tu n’as aucune envie de le briser. Il n’y a pas de dessert. Pas que vous n’en ayez guère envie, mais vous n’en avez tout simplement pas. Vous n’avez pas un grand budget et il vous faut le surveiller. Ce qui signifie : pas d’écarts inutiles. C’est dommage. Tu aurais bien aimé mangé une bonne glace. Peu importe la saveur. Une simple petite gourmandise. Tant pis. Cela sera peut-être pour la prochaine fois. Profitant de cette accalmie, tu l’aides sereinement à débarrasser la table avant de te diriger vers le sac proche du lit avant de te figer.

Tu sens un souffle sur ta nuque. Il est lent. Il est chaud. Il y a des doigts qui effleurent délicatement tes avant-bras nus. Et puis des lèvres fines se posent sur ta peau, obtenant de toi un long frisson. Tu restes immobile, ne sachant pas comment réagir. C’est la première fois que Kaare se montre ainsi entreprenant envers toi. Jamais, l’homme n’a tenté quoi que ce soit à ton égard. Alors, quel a été l’élément déclencheur ? Tu aimerais bien le savoir. Ton stoïcisme ne décourage nullement ton partenaire qui se colle doucement contre ton dos, te laissant parfaitement sentir ce membre qui semble se durcir doucement au fil de ses actions. Malgré toi, tu finis par fermer les yeux et par te laisser aller. Tu n’esquisses pourtant aucun geste d’encouragement, mais peut-être qu’il s’en fiche et souhaite seulement prendre ce qu’il désire. Non. Le Danois n’est pas ainsi, tu le sais très bien. C’est un homme respectueux. Il est tout ce que tu n’es pas. Il prend son temps quand tu t’empresses. Il demande quand tu exiges. Il protège quand tu mets en danger. C’est un homme bien. Malgré tout ce que ses ennemis et ses alliés peuvent dire sur lui. Tu n’en crois pas un traître mot.

Doucement, avec lenteur, il t’oblige à te retourner à lui faire face. À le regarder. Il cherche ton consentement, prêt à abandonner si tu refuses. Tu n’as qu’un seul mot à dire et il te laissera en paix. Jamais plus il n’agira de manière déplacée envers toi. Tu le sais. Tu en es persuadée. Néanmoins, cela fait très longtemps pour toi également. La dernière fois a été un au revoir. Non. Un adieu. Tu n’as pas pu prononcer ces mots qu’il attendait tant. Cette fois, il n’y en a nul besoin. Arenstoff te propose de rassasier cette faim qui vous affame tous les deux. Un échange de bon procédé entre collègues de travail. Il n’y a personne à manipuler. Il n’y a pas de cœur à voler. Juste un moment que le Temps ne peut dérober. Il vous appartient, à tous les deux. Un moment de douceur si dur à obtenir. Tu n’as qu’un mot à dire et cela vous sera refusé sans aucun retour de bâton. Juste, peut-être, un brin de frustration. Ses doigts continuent de caresser doucement tes bras, refusant d’aller plus loin sans ton accord. Accord qu’il obtient finalement par un baiser. C’est toi qui as approché ton visage du sien, fermant tes yeux et profitant de l’instant. Tes mains se posent sur ses épaules, en apprécient le toucher avant d’enrouler tes bras autour de son cou, plaquant tes seins contre sa poitrine ferme, sentant sa dureté contre ton aine. Dieu que cela faisait longtemps.

Dieu qu’il embrasse bien.

Avec lenteur, l’homme te débarrasse de ton haut et tu frissonnes légèrement, te collant à nouveau contre lui pour retrouver sa chaleur. Tu fais la moue et il s’en amuse. Tu trouves cela injuste que tu sois la seule à être dévêtue. Tu tires sur son pull pour appuyer ton mécontentement. Son rire est court, doux. Et tu t’étonnes de le voir aussi détendu. La douceur a atteint ses yeux et tu préfères retourner l’embrasser une fois satisfaite de son torse dénudé. Tu n’as pas envie de voir cette tendresse dans son regard. Cela ne devrait pas être là. Vos mains descendent vers le bas du corps, touchant le dos, les hanches, la boucle de la ceinture, le bouton et la fermeture éclair. Tu te surprends à rire tandis que vous bataillez tous les deux à vous déshabiller, le laissant avec son caleçon. Toi, avec ton soutien-gorge et ton boxer. D’un commun accord, vous vous allongez tous les deux sur le lit. Lui à côté de toi passant sa main dans ta crinière enflammée, plaquant sa main sur tes fesses. Il se plaque contre toi et cela t’échauffe plus que de raison. Tu griffes doucement son dos, ses épaules. Tu lui montres silencieusement que tu en as tout aussi envie que lui, de lui.

Vous oubliez la mission, Hydra, les vestiges du Shield. Vous oubliez Le Soldat de l’Hiver, Captain America. Vous oubliez Una et Kavan. Peu importe que l’hôtel soit miteux et que le lit grince affreusement. Tout ce qui compte, c’est votre chaleur. C’est votre toucher. C’est le baiser de l’un, les soupirs et les gémissements de l’autre. Ce sont les caresses, les griffures et les morsures, la peau durement empoignée lors d’une sensation trop forte. C’est le petit jeu de dominance et de soumission. Il n’y a pas de mot. Il n’y en a pas besoin. Vous n’en voulez pas. Lorsque la petite mort vous atteint enfin, il n’y a que vos souffles erratiques qui brisent le silence. Lui contre toi. Toi contre lui. Sous la couverture. Vous n’avez pas envie de bouger, juste vous reposer. Après un temps, après avoir bien profité des battements de son cœur et, plus secrètement, de son odeur, une drôle d’idée vient te traverser l’esprit. Une réflexion que tu ne parviens pas à retenir et qui traverse tes lèvres, le faisant franchement rire.

Un son que tu juges agréable pour tes oreilles.

— Si je tombe enceinte, tu as intérêt à prendre tes responsabilités.

Si tu tombes enceinte, tu t’accepteras une vie normale.

Et cessera de le pourchasser.


Texte publié par Edda T. Charon, 24 mai 2022 à 17h22
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