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Tome 1, Chapitre 13 Tome 1, Chapitre 13

Vous êtes partis de la Russie après avoir écumé tous les lieux mentionnés sur la liste que tu as dressée juste avant votre départ du bunker. Il a fallu que vous patientiez jusqu’à la fin de la tempête de neige et cela n’a pas été une mince affaire. Encore en colère l’un contre l’autre, vous aviez du mal à supporter votre présence et ne rien faire mettait votre patience à rude épreuve. Jusqu’à ce que vous trouviez chacun une occupation. Kaare décida de lire et relire tes notations, aidé d’une carte du monde afin de trouver quel chemin rapide et efficace emprunter. Quant à toi, tu as pris le temps de repasser toutes tes annotations au peigne fin. Toutes tes avancées, toutes tes contrariétés. Les choses à revoir, à corriger. Les dessins, les schémas. Tout cela te semble si loin et si proche dans le même temps. Es-tu la même femme ? Es-tu bien celle qui a écrit tous ces mots sans ciller ? Oui. Tu le penses sincèrement. Est-ce que tu le regrettes ? Non, absolument pas. Tu ne faisais que ton travail, ce pour quoi tu as été recrutée. Ce pour quoi on t’a laissée la vie sauve. On t’a donné une opportunité de briller par tes recherches, de prouver qu’un sexe faible pouvait faire autant, voire mieux, qu’un homme. Et c’est ce que tu as fait. Et c’est ce que tu continueras de faire. Sous couvert de l’aide de ton coéquipier. Tu escomptes lui faire croire que tu l’aideras dans sa quête de sauver le Soldat de l’Hiver d’Hydra. Lui qui n’a pas pu sauver sa femme.

C’est sa rédemption.

Pas la tienne.

Tu dois terminer ton œuvre.

Tu te souviens que ton geste s’est arrêté dans les airs. Il y avait une page rouge que tu ne reconnaissais pas. C’était la première fois que tu la voyais. Elle semblait avoir été déchirée et tu t’étais demandé qui l’avait placée là. Espérait-on que tu la trouves et que tu la lises ? Arenstoff n’avait pas daigné te dire où il avait trouvé ton précieux carnet. Peu importe, il devait bien y avoir une signature. Une écriture appartenant à quelqu’un ayant travaillé à tes côtés. Ton souffle s’est bloqué en même temps que tes yeux se sont écarquillés. Tu ne t’étais pas attendue pas à ce que ce soit lui qui te laisse ses derniers mots. Lui qui s’était marié et avait fondé une famille. Et était mort. Sans que tu puisses lui dire correctement « au revoir ». Sans que tu puisses lui dire ces mots qu’il attendait tant de toi. Une boule s’était formée dans ta gorge et tu avais combattu tes larmes qui ne demandaient qu’à sortir. Pas maintenant. Ce n’était pas le moment. Alors, tu as pris une grande inspiration et clos tes paupières à t’en faire mal. Au bout de quelques longues secondes, tu avais rouvert les yeux et lu ce texte qui avait mis ton cœur en émoi. C’était lui. Isaaki. Ses phrases étaient en russe. Tu en as gloussé d’amusement. Il n’a jamais aimé l’anglais.

« Mon amour,

Ces mots seront les derniers que je puisse t’offrir dans ce monde des vivants. Des années se sont écoulées, je me suis marié et je ne peux t’oublier. J’eusse préféré que nous ne soyons jamais séparés pour enfin obtenir ton cœur. Mais les choses sont ainsi faites et il me faut dorénavant vivre avec ton souvenir et le regret de notre séparation. Un nouvel ennemi est né peu après ton départ. Le Shield. Il nous traque. Il te traquera. Ils savent que tu existes, que tu as disparu pour plus de sécurité. Ils ne te trouveront pas. Ils ne savent pas que ta création dort dans d’autres locaux. Ton nom ne traversera pas l’histoire, ma douce, mais restera dans mon cœur. Le Shield va te traquer. Tu es la seule qui soit capable de tout arrêter, de tout recommencer. Mais je t’en conjure, amour, ne le fait pas. Abandonne. C’est une guerre que mon absence ne peut te voir mener. Mérite cette vie que tu as tant repoussée. Deviens une brillante chercheuse, montre ton visage, ton nouveau nom. Tu n’as plus besoin de te battre. Libère-toi d’Hydra. Brise tes chaînes. Mes dernières pensées t’appartiennent.

Avec tout mon amour,

Colonel Isaaki Baranov. »

Tu as précieusement replacé le papier dans le carnet avant de sécher tes larmes qui menaçaient une nouvelle fois de tomber. Et maintenant, alors que tu quittes une seconde fois ton pays d’adoption, tu sens poindre en toi comme une vague mélancolique et une multitude de questions tandis qu’une agaçante hôtesse de l’air ne cesse d’effectuer des allers-retours dans le maigre couloir de l’avion. Êtes-vous donc ainsi dérangés même en classe économique ? Ta tête se colle contre le hublot. Le trajet risque d’être très long et tu as déjà écumé en long, en large et en travers toutes les pages de ton carnet, lu toutes les annotations qui ne t’appartiennent pas et réfléchi à plusieurs reprises sur les mots de ton défunt amant. Comment peut-il te souhaiter une autre vie que celle que tu as choisi de mener ? De quel droit ? Tout n’est pas terminé. Tu peux encore le récupérer. Un coup d’œil sur ta gauche et tu constates que ton partenaire est aux aguets. Son corps est entièrement tendu et il semble vouloir bondir à n’importe quel moment. Tu signes, demandant si un ennemi est à bord de cet avion. Sa tête bouge à la négative. Et il te faut un moment avant de comprendre et de le regarder avec un étonnement que tu as du mal à dissimuler. Cet homme toujours inébranlable. Toujours fort, protecteur.

Il a peur de l’avion.

— Dans ma valise, il y a un livre, souffles-tu.

Il te regarde étrangement, comme si tu étais devenue totalement folle. Bien évidemment qu’il y a un bouquin. Pourquoi diable prends-tu la peine de préciser cette absurdité ? Saisissant qu’il ne connaît pas les règles de ce jeu, tu prends le temps de le lui expliquer et l’invites à y participer. Cela fera passer le temps, encourages-tu. Inutile de dire que cela lui permettra de penser à autre chose qu’à sa peur, il se braquerait à coup sûr. Il hésite. Grogne. Souffle. Cède. Tu dissimules avec difficulté ton amusement. Ce jeu dure longtemps et vous vous amusez à y ajouter des absurdités. Au final, Kaare finit par s’endormir et tu ne bouges pas, ton épaule servant d’oreiller. Tu es fière de toi. Et c’est le cœur un peu plus léger que tu sombres dans le sommeil à ton tour.

C’est décidément une mauvaise idée de vous rendre aux États-Unis. Certes, le changement de ton visage t’aide à passer inaperçue, mais ce n’est pas le cas de ton coéquipier qui se retrouve actuellement avec une estafilade courant le long de sa joue. Dissimulée dans une chambre d’hôtel miteuse, tu te hâtes de sortir gaz et désinfectant, tout en grimaçant sur l’eau marron sortant du robinet. De mauvaise humeur, Arenstoff refuse de se laisser faire, mais tu argues que tu ne bougeras pas tant qu’il n’acceptera pas que tu le soignes. Il grogne, t’arrache des mains ce que tu as apporté et te laisses le soin de t’assurer que les lieux sont sûrs et que personne ne vous a suivis ou vous a vus. De ton côté, tu ne peux t’empêcher de pester contre le laisser aller d’Hydra. Comment diable cette Française a-t-elle pu omettre le fait que Kaare était dans la liste rouge du Shield ? Qu’il serait forcément recherché et surveillé aux quatre coins du globe. Comment allez-vous faire maintenant que la sécurité va être renforcée. Tu ne le sais pas. Tu commences à craindre le pire. Il ne reste plus que vous deux pour représenter l’Ordre dans ce chaos tout en sachant que ton collègue souhaite le trahir en libérant ton cobaye de ses chaînes.

Non.

Tu ne le permettras pas !

Mais comment faire ? Le Danois est pire qu’un chien aux abois et ne manquera pas d’agir plus vite que ton ombre pour te mettre hors d’état de nuire. Tu regardes par toutes les fenêtres, t’assurant qu’il n’y a pas âme qui vive aux alentours et que vous n’êtes pas trop haut. Il serait stupide de ta part que tu te foules la cheville, ou pire, dans ta fuite. Une petite voix te glisse que tu devrais plutôt le tuer avant qu’il ne le fasse, mais tu ne le peux pas. Pas lui. Tu n’as rien contre lui. Il agit pour ce qui lui semble juste. Au même titre que toi. Alors, tandis que tu le vois allongé sur le lit, fixant un plafond qui aurait bien mérité un bon coup de nettoyage, tu prends ton sac, arguant que tu souhaites te laver tant que cela t’est possible et fermes la porte à double avant qu’il n’ait le temps de répondre quoi que ce soit. Sans plus attendre, tu fais couler l’eau et profites du bruit pour balancer ton sac à l’extérieur, priant pour que le borgne ne voit pas ton coup bas venir. Retenant ta respiration dans l’espoir de ne faire aucun bruit, tu enjambes l’ouverture, peu à l’aise avec le vide sous tes pieds et décomptes dans ta tête avant de lâcher prise et d’atterrir sur ton arrière-train. Tu ne perds pas de temps, récupérant ton bagage. Tu coures dans la ruelle menant à une rue étonnamment bondée. Tu ne sais pas pourquoi, mais les décorations de Noël te mettent aisément sur la voie. C’est le jour où tous les retardataires se ruent dans les boutiques et les marchés pour se procurer un cadeau. Pour leur femme, leur enfant.

Leur famille.

Tu te fraies difficilement un chemin parmi la foule et c’est non sans effort que tu parviens à atteindre le parvis d’un bâtiment qui ne te dit absolument rien. Sans doute a-t-il été construit durant ces soixante-dix années où tu as été coupée du monde. Sans réfléchir, tu payes l’entrée et acceptes le petit masque cartonné représentant le visage de Captain America vendu pour l’occasion. Laquelle ? Tu n’en sais rien et tu n’as pas cherché à le savoir. Tu t’en fiches. Lorsque tu te retrouves à l’intérieur, tu restes figée par la surprise. Un musée. Il s’agit d’un musée sur les soldats de la Seconde Guerre mondiale. Sur ces héros tombés au combat. Tu grimaces. Héros est un terme si arrangeant à employer pour le vainqueur d’un conflit. C’est plus facile de ne pas parler de leurs travers, de ce qu’ils ont fait de mal au fil des raids. De taire ce qu’ils ont été capables de faire pour survivre. Si la populace l’apprenait, on ne pourrait plus les qualifier de « héros ». Mais de voleur, violeur. D’assassin.

C’est au victorieux d’écrire l’Histoire.

C’est son droit.

Son privilège.

D’un pas lent, tu prends le temps de regarder toutes les photographies, toutes les illustrations, tous les textes, toutes les annotations. Bien évidemment, cela ne parle que des alliés et tu affiches clairement une expression de dégoût que tu t’empresses de dissimuler derrière le masque en carton lorsque tu en reconnais certains. Tu ne pourras jamais oublier leur visage. Ce sont tes exécutants, tes bourreaux. Ceux qui ont exigé de se soulager en toi malgré ton clair désaccord. Sauf celui-là. Et celui-ci. Ce sont les rares seuls qui n’ont pas cherché à profiter de leur statut de sexe fort. Ils ont dû perdre le jour où tu as décidé de renier ta patrie. Le jour où Crâne Rouge t’a montré la voie à emprunter pour ton salut.

Ou ta damnation.

Tu t’immobilises net dans ta visite, le souffle coupé et les yeux écarquillés devant ces deux portraits. Collés l’un contre l’autre. Tu reconnais ton visage, celui que tu as dû abandonner pour ta survie. Mais cela n’est pas revoir ton ancien faciès qui te met dans un tel émoi, mais plutôt de clairement distinguer le visage de ton grand-frère dans son costume militaire monstrueusement abîmé, le regard éteint, le sourire triste, entouré de vos parents à l’expression à la fois heureux et affligé. Tu plaques une main contre ta bouche, t’interdisant d’émettre le moindre bruit dans ce lieu où seules les exclamations d’enfants et les voix pré-enregistrées trahissent le silence. Les yeux écarquillés, bientôt baignés de larmes, tu lis et relis cette petite plaque qui raconte l’histoire de ton aîné.

« Soldat combattant courageusement dans la 107ème compagnie d’Infanterie, il fut fait prisonnier en 1943 par Hydra et fut présumé mort. Il s’avéra qu’il avait été utilisé pour de sombres expérimentations et ne réussit à s’en sortir qu’avec l’aide de Captain America. Il retrouva sa famille et mourut d’une gangrène le 7 avril 1945. »

Vivant.

Il était vivant.

Alors, pourquoi t’a-t-on menti ? Pourquoi ils t’ont fait croire que ton grand-frère avait perdu la vie, qu’ils n’avaient pas pu le sauver ? Tu ne comprends pas. Tu sens ton sang bourdonner dans tes oreilles et il te faut prendre une grande inspiration pour garder le contrôle de tes émotions. Par curiosité, tu prends le temps de lire ce que l’on a rédigé à ton sujet et cela te surprend quelque peu. On te présente comme étant une infirmière exemplaire ayant sauvé autant de soldats qu’il lui t’était possible. On ne parle pas du fait que tu as trahi ton camp et que tu as rejoint l’ennemi. Seulement que tu as été présumée disparue et, quelque temps plus tard, il a été décrété que tu étais officiellement morte. C’est à en pleurer de rire.

— C’est la première fois que je vois quelqu’un s’attarder aussi longtemps sur ces photos.

— Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas d’importance ou parce que les autres en ont trop ? claques-tu, agacée que l’on vienne te déranger.

Cette voix. Elle te dit quelque chose.

Elle te rappelle quelqu’un.

— Les gens préfèrent s’intéresser au Captain America.

— Pfeuh. Cet homme ne serait rien sans ses amis ou ceux qui sont restés derrière pour ramasser ou terminer sa merde. Ou s’il n’avait pas été chimiquement dopé. Au choix.

Du coin de l’œil, tu distingues l’homme se tourner vers toi, la mine surprise. Sûrement, est-il surpris d’entendre autant de venin venant d’une personne se cachant derrière le visage du militaire. Il te faut plusieurs longues secondes pour réagir et reculer d’un pas avant de te reprendre et de faire mine de partir avec nonchalance. Ton cœur bat la chamade et tu résistes difficilement à ton envie de fuir à toute vitesse. Tu continues de faire mine de t’intéresser aux armes à feu employées à l’époque, d’en lire chaque détail, mais tu le sens. Il te suit. Oh, il est discret et garde une distance entre lui et toi. Néanmoins, tu es loin d’être dupe et tu te doutes qu’il n’en a pas en avoir terminé avec toi. C’est dommage. Tu aurais préféré retrouver ta solitude. Tu finis par t’arrêter devant la partie dédiée à James Buchanan Barnes, meilleur ami de Captain America et présumé mort. Ta mâchoire se serre tandis que tu prends le temps de détailler son visage et de lire la courte description de cet homme. Ton ex-copain. Ton cobaye. Tu avais oublié qu’il avait eu des cheveux aussi courts. Cela lui allait bien. Cela te rappelle pourquoi tu étais tombé amoureuse de lui. Tu te mords l’intérieur de ta joue. C’est du passé.

Et il ne doit pas être ressassé.

— Vous saviez, qu’en réalité, cet homme n’était pas mort et qu’il était devenu un terroriste ?

— Qui ne le sait pas de nos jours…

Tu ne vois pas ce que tu pourrais rajouter à cet homme dont tu as reconnu les traits. Tu ne souhaites pas qu’il perce ta couverture. Tu ne désires pas qu’il continue à te suivre plus longtemps. Tu ne veux pas entamer une quelconque conversation avec lui. Mais tes désirs semblent être en totale opposition avec les siens puisque, alors que tu fais mine de t’en aller une bonne fois pour toute, il t’attrape par le bras et t’avoue que ta voix lui rappelle fortement quelqu’un. Une personne qu’il n’a plus revue depuis des années et dont il était persuadé qu’elle était morte. Tu as des sueurs froides qui commencent à couler le long de ta colonne vertébrale. Tu es mal. Tu n’aurais jamais dû quitter l’hôtel. Tu viens de rencontrer un ennemi bien plus dangereux que les membres banals du Shield. D’un ton que tu espères assuré, et louant ton masque de fortune, tu lui réponds que, si c’était le cas, tu te souviendrais avoir rencontré le célèbre Capitaine Steve Rogers.

— Vous en êtes sûre ?

— Ce dont je suis certaine, fais-tu froidement, c’est que j’aimerais que vous relâchiez mon bras. Vous me faites mal.

Steve desserre sa prise, mais ne te lâche pas pour autant et tu claques ta langue afin de souligner ton énervement. Tu hausses le ton, le menaçant de crier pour que tout le monde braque leur regard sur vous deux et qu’ils puissent reconnaître Captain America malmener une pauvre femme. Tu vois sa mine se durcir en même temps qu’il jette des regards de droite à gauche. Tu en profites pour t’arracher à son emprise et te diriger très rapidement vers la sortie, profitant de la foule pour jeter ton masque et rabattre ta large capuche sur ta tête, t’assurant qu’aucune mèche de cheveux n’en dépasse et prenant soin de suivre le courant de la foule jusqu’à atteindre un centre commercial. Tu pries pour que ce lieu t’offre une cachette bien plus efficace que le musée. Cependant, tu as également conscience que si tu souhaites passer inaperçue, il va falloir que changer de tenue et de visage. Pas au sens stricte du terme dont tu as déjà eu droit. Merci bien. Mais à l’aide de coloration et de maquillage. C’est dommage. Tu étais particulièrement fière de ta crinière rousse.

— Mademoiselle, attendez !

Et merde !

Tu n’as pas le temps de faire un pas de plus que le soldat passe un bras autour de son épaule et t’oblige à avancer dans son rythme, te soufflant que, pour des raisons que tu n’es pas censée ignorer, il n’est plus vraiment le bienvenu sur le sol américain. Tu ne réponds rien, surprise par cette nouvelle. Tu n’étais pas du tout au courant et tu te demandes bien ce qui a bien pu se passer pour que le célèbre Captain America soit devenu l’ennemi public numéro un de son pays natal. N’ayant guère le choix de le suivre, tu l’obliges à te donner sa parole que vous ne serez que tous les deux, que rien ne t’arrivera et que tu seras libre de partir quand bon te semblera et, surtout, que personne ne te suivra. Tu ne veux pas qu’on t’accuse de complicité. Tu vois bien qu’il n’apprécie pas cette situation, mais finit par te le promettre. Tes conditions n’étaient pas dans ses plans et tu es bien contente de lui avoir mis une épine dans le pied. Bon gré, mal gré, vous marchez jusqu’à une sortie de secours donnant sur une petite ruelle qui n’augure absolument rien de bon et tu regrettes immédiatement de ne pas avoir crié à l’intérieur du bâtiment. Au final, vous n’en bougez pas. C’est inutile, de toute manière. Il fait bien trop sombre et la nuit commence déjà à tomber. Il se cale contre un mur, tandis que tu te plaques contre celui opposé au sien, ton regard défiant le sien.

— Ce n’est pas vraiment l’endroit parfait pour agresser ou violer quelqu’un, vous savez ?

— Je vous ai promis que rien ne vous arriverait, réplique-t-il en fronçant les sourcils.

— Je pourrais vous citer une longue liste de personnes faisant des promesses, mais ne les tenant jamais. Votre ami James Buchanan Barnes, par exemple.

Son visage se fait interdit, presque menaçant.

— Bucky ?

— Vous ne savez peut-être pas qui je suis, mais voilà ce que je sais. Le portrait de la jeune infirmière devant lequel vous avez engagé la conversation. Votre ami lui avait juré de protéger son frère. Non seulement, il n’a pas tenu sa promesse, mais il lui a menti. Il lui fait croire à sa mort. Vous, les héros de guerre, une fois que l’on sait de quoi vous êtes faits, vous ne valez pas grand-chose.

Il s’approche d’un pas et tu regrettes immédiatement toutes tes paroles assassines. Accusatrices. Pourquoi n’as-tu pas choisi de te taire et d’en finir le plus rapidement possible ? Sa voix est dangereusement grave lorsqu’il prend la parole, sa silhouette dominant la tienne, plus chétive, plus fragile.

— Qui êtes-vous ?

— Mon…, tu te racles de la gorge pour retrouver contenance. Mon nom est Una Wynn Gallagher. Je suis historienne spécialisée dans la Seconde Guerre mondiale. Il est donc normal que je connaisse ce genre de petits détails effacés de l’Histoire.

— … Effectivement.

Ton ancien ami ne semble pas particulièrement convaincu, mais ne cherche pas à t’empêcher de partir, à t’échapper de cette ruelle sordide, à retrouver la sécurité de la foule. Tu n’entends rien d’autre que ton palpitant battant à tout rompre. Tu as besoin de respirer, de retrouver une quelconque sécurité. Avant de retourner vers l’artère, tu regardes derrière toi et tu constates que Rogers n’a pas bougé d’un iota et ce n’est pas pour te rassurer. Tu sursautes quand une main s’empare durement de la tienne et tu retiens un sursaut de justesse lorsque tu reconnais Kaare, l’air hors de lui. Paniquant à l’idée de détruire définitivement ta couverture et la sienne, tu te jettes sur l’homme et fais la seule chose logique à faire sur le moment. C’est-à-dire l’embrasser à pleine bouche et avouer que tu as eu peur quand la foule vous a séparés, lui soufflant dans l’oreille que tu promets de tout lui raconter. Il opine du chef, saisissant à quoi tu joues, et se montre plus doux, plus amoureux. Cette fois, tu ne regardes pas si Steve se trouve toujours au même droit, tu sais qu’il a disparu, mais qu’il y a de fortes de chances pour qu’il décide de te surveiller.

D’un certain côté, tu l’espères.


Texte publié par Edda T. Charon, 23 mai 2022 à 17h29
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