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Tome 1, Chapitre 9 Tome 1, Chapitre 9

— Ça suffit. J’ai besoin d’une pause, halètes-tu.

Tu es couverte de sueur, tu ne supportes plus tes vêtements pourtant légers. Cela fait des jours que tu jongles entre les entraînements de tir et le combat au corps-à-corps. Tu n’es douée dans aucun de ces deux domaines au plus grand dam de ton partenaire. Tu sais, pourtant, qu’il fait tout pour t’expliquer au mieux en prenant bien soin de décortiquer chacun de ses gestes pour que tu puisses mieux les reproduire, te guidant, te corrigeant. Tu t’étonnes qu’il soit aussi patient avec toi alors que cela fait bien plus de cinq heures que vous vous entraînez et que tu ne t’améliores pas d’un iota. Tu aurais abandonné depuis longtemps. Mais il semble pourvu d’une volonté de fer et d’un calme à toute épreuve. Il ne te laisse d’ailleurs que le temps de boire quelques gorgée d’eau avant de te forcer à reprendre là où vous vous étiez arrêté, bien décidé à venir à bout de cette prise de défense. Tu grinces des dents. Épuisée et agacée, tu le suis de mauvaise grâce sur le ring. Tu n’es pas une femme d’action. Tu n’as pas la trempe d’une combattante comme celles que tu croises de temps à autre dans le bunker et qui se moquent ouvertement de toi. Tu ne sais pas pour quelle raison et cela t’énerve. Que tu aimerais leur rabattre le caquet, leur planter une seringue dans le cou et les voir se contorsionner sur le sol, à la recherche d’oxygène tandis que de la bave sort de leur bouche et que leur regard apeuré se plante sur toi, te suppliant de les aider. Tu adorerais tant les regarder de haut et leur tourner le dos. Quelle douce vengeance cela serait.

Une droite te fait brusquement sortir de tes rêveries. Ta pommette te fait horriblement souffrir et, alors que tu poses ta main dessus dans un réflexe, tu plantes un regard assassin vers Kaare qui n’en a strictement rien à faire, se remettant sa garde. Le message est clair : reste concentrée ou il ne se retiendra pas. Tu pestes et grommelles. Tu es une infirmière, une chercheuse. Une scientifique. Tu n’en as que faire des armes à feu et des crochets et uppercuts bien placés. Tout ce qui t’intéresse, c’est de le retrouver et ensuite… Un autre coup. Au même endroit. Nul doute que tu vas être marquée durant plusieurs jours. Tu en as plus qu’assez et c’est pleine de rage que tu te jettes sur ton partenaire, prête à en découdre quitte à en payer le prix fort. C’est brouillon, et tu te rends bien compte qu’il pare aisément tes coups, te force à y mettre plus de vigueur, de force, qu’il t’oblige à reproduire les gestes que tu n’as cessé de répéter depuis la veille. Est-ce que cela fonctionne, tu ne saurais pas le dire. Tu ne réfléchis pas, restes obnubilée sur le coup que tu veux lui porter. Tu cries de rage et te débats alors qu’il parvient dans un jeu de jambes et des gestes experts à te mettre dos à lui, les bras bloqués dans le dos. Tu lui gueules de te lâcher, qu’il te fait mal, mais il ne cède et ne bouge. Cela t’énerve encore plus et tu tentes de lui donner des coups de tête et des coups de talon. En vain. Jusqu’à ce que tu te te fatigues, il ne te lâche ou desserre sa prise. Et même alors que tu es immobile, tête penchée en avant et le souffle haletant, il patiente encore quelques longues secondes avant de consentir à te libérer et à reculer. Tu ne bouges pas, te frottes juste les épaules. Tu n’as pas besoin de te reculer pour savoir qu’il a quitté la pièce.

L’entraînement est terminé pour aujourd’hui.

Tu as déçu Arenstoff.

Tu mâches un juron. Tu ne sais pas de quoi tu es le plus humiliée. Ton comportement immature ou d’avoir senti la déception sortir de tous les pores de l’homme. Merde. Même la douche ne parvient pas à calmer ton esprit et c’est toujours crispée que tu avances d’un pas énergique, mais fatigué, dans les couloirs. Au bout d’un mois, tu éprouves toujours de la difficulté à te repérer et ne t’éloignes jamais des lieux que tu connais. Ta chambre, le réfectoire, la salle d’entraînement, le bureau de la Française ainsi que la salle d’eau collective. Tu ne t’y sens pas à l’aise. Les gens y vont et viennent sans aucune pudeur et se moquant bien de celle des autres. Tu y croises parfois le dénommé Nathan et tu te surprends à bien discuter avec lui. Ce n’est pas vraiment le cas de Cadélia. Elle agit comme son grade l’exige et elle te rappelle parfois cette veuve noire croqueuse de diamants de génitrice. Ce soir, tu ne te rendras pas à la cantine. Tu préfères t’enfermer dans ta pièce, pillant ta réserve de barre énergétique et plongeant dans un bouquin que tu as réussi à trouver et à acheter avec beaucoup de difficulté. Tu te souviens encore de la crise que tu as piquée devant de Mussy pour obtenir l’autorisation de sortir en ville pour quelques achats importants. Forcément, tu as dû lui faire un rapport et lui faire savoir ce que tu as exactement acquis. Tes yeux, rivés sur les pages cornées, ne remarquent absolument pas la présence féminine jusqu’à ce qu’elle se racle la gorge, te faisant refermer ton livre en catastrophe et le cachant sous l’oreille, prête à crier sur l’intrus qui a osé te déranger.

Cadélia de Mussy.

Forcément.

— Herr Arenstoff m’a fait savoir que l’entraînement d’aujourd’hui a été une catastrophe. Souhaitez-vous en parler, Fräulein Gallagher ? demande-t-elle en s’installant sur l’unique siège présent dans la chambre.

Tu soupires, comprenant que tu n’as pas d’autres choix que de fournir ton rapport.

C’est ainsi que les choses fonctionnent ici.

— Je n’y arrive pas. Au tir, je n’atteins pas ma cible alors que j’ai un appui et je retiens trop longtemps ma respiration. Au corps-à-corps, je ne maintiens jamais ma garde bien longtemps, je ne suis pas… ferme comme il m’indique et je me déconcentre trop facilement.

— Pourquoi vous déconcentrez-vous ?

— Parce que j’ai mille choses, mille questions dans la tête. Des agacements. Entre cette quiche qui se moque ouvertement de moi dès qu’elle me croise dans les couloirs et cette époque à laquelle je ne parviens pas à m’habituer... Je ne sais toujours pas comme faire fonctionner ce fichu ordani… ordina… ce truc, t’exclames-tu, laissant ta frustration éclater. Je me demande où se trouve mon sujet, comment il a fait pour s’échapper du Contrôle et si je parviendra à le retrouver.

Tu serres les dents. Cela ne t’a aucunement calmé et tu sens qu’une migraine se profile à l’horizon. Bien. Il ne manquait plus que cela pour rendre ta journée parfaite à tout point de vue. La française ne parle pas, garde le silence tout en t’étudiant. Tu pressens bien qu’elle commence à douter de tes compétences et qu’elle ne va bientôt pas avoir le choix de t’éliminer si tu ne t’améliores pas. Tu en as parfaitement conscience et cela t’effraie. Tu ne veux pas mourir. Tu ne veux pas…

— Reposez-vous, cela ira mieux demain, conclut la cinquantenaire en te laissant seule.

Cela ira mieux demain. Tu n’y crois pas vraiment. Ta vie sera toujours en sursis, tu seras toujours aussi nulle au tir et tu feras encore n’importe quoi au combat. L’autre pouf viendra encore te rire au nez et tu décevras une nouvelle fois ton partenaire. La routine, en somme. Tu soupires. Tu connais le dossier que l’on t’a confié sur le bout des doigts. Le couple que vous devrez former sera censé être fort, fusionnel. Vous devrez être inséparables sauf dans certains cas où vous n’aurez pas d’autres choix. Mais comment être ainsi alors que vous ne prenez pas la peine de vous connaître ? Alors que votre entente semble être au plus bas. Tu ne sais pas. Tu l’ignores. Tu reprends ton livre et retrouves la page, mémorisant chaque lettre, chaque schéma. Peut-être qu’en faisant un pas vers lui, les choses s’amélioreront entre vous deux.

Tu l’espères.

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Tes pas te dirigent vers la salle de tir. Tu as conscience que tu ne seras pas performante aujourd’hui, tu n’as que très peu dormi, bien trop plongée dans ta lecture. Au moins, et avec un peu de chance, parviendras-tu à briser la glace et amorcer une conversation avec lui. Oui, tu en es persuadée. Une douleur dans ton dos et à l’arrière de ton crâne te fait sortir de tes pensées optimistes. C’est cette femme que tu ne peux supporter qui t’a violemment plaquée contre le mur. Elle se tient devant toi, droite et menaçante, une main posée sur la pierre, presque collée à toi. Tu lèves le menton, bien décidée à ne pas lui montrer ta crainte, tes faiblesses. Elle parle, crache, mais tu ne comprends pas ce qu’elle te dit. Sa langue t’est étrangère. Son regard se fait de plus en plus dangereux et le tien reste incompréhensif. La combattante semble en colère contre toi sur un sujet que tu ignores. Tu grimaces alors qu’elle empoigne ton bras et te force à apprendre une position qui te fait couiner de douleur. Tu cherches à te défendre, à te débattre. Mais, plus tu bouges, plus tu as mal. Tu te retrouves alors dans cette position, penchée en avant, ton bras prisonnier derrière toi et te faisant mal. Soudainement, la prise est relâchée et tu tombes à genoux, tenant ton membre douloureux et regardant ce qui l’a fait cesser. C’est ton partenaire qui se tient entre toi et la guerrière. Droit et fier. Il l’écoute parler dans cette langue que tu ignores. Il la gifle.

Tu en restes pantoise de surprise.

Elle également.

Finalement, il finir par lui tourner le dos, t’oblige à te remettre debout ainsi qu’à suivre son rythme jusqu’à votre salle d’entraînement. Kaare ne bouge pas et tu saisis que c’est à toi de tout préparer, de montrer que tu as tout su mémoriser même si tu ne parviens toujours pas à toucher une cible. Tu le fais, n’osant briser ce silence quasiment religieux, te demandant si c’est le bon moment pour agir. Tu restes incertaine jusqu’à ce qu’il se colle contre ton dos, guidant tes bras et la posture à tenir. Cette odeur… Tu la reconnaîtrais entre mille. Elle te fait froncer le nez et t’écarter vivement de lui avec un regard accusateur.

— Vous puez le sexe.

À ces mots, tu te forces à l’ignorer malgré de nouvelles questions qui fusent et tourbillonnent dans ton esprit. Avec qui a-t-il couché ? Est-ce avec son épouse ? Avec l’autre quiche ? D’ailleurs, ne seraient-ils pas mariés ? Cela pourrait expliquer son mépris, son dédain, sa haine envers toi. Ne connaît-il donc pas les règles d’hygiène qui consistent à se laver après le coït ? Bordel. Tu ne parviens pas à te concentrer, trop atteinte par ta colère et ta frustration. Tu ne sais pas pourquoi tu réagis ainsi. Ce n’est que ton partenaire de travail, vous ne partagez rien, mise à part votre mission. Rien d’autre. Il ne doit y avoir et il n’y aura rien d’autre. Tu vises à côté et soupires. Au moins, tu as touché la feuille. C’est déjà ça, non ? Tu te tends alors qu’il se remet contre toi, épousant ton corps d’une manière que tu veux qualifier de trop intime. L’odeur t’envahit. Tu ne l’aimes pas. Tu ne dis rien, te laisses guider. Tu es consciente que tu dois cesser de pinailler si tu veux réussir et rester en vie. Alors, tu suis ses gestes, ses directives. Tu te redresses quand il tire doucement sur tes épaules. Tu colles ton coude contre ta hanche. Tu expires quand il appuie doucement sur ton ventre et tu tires. Ce n’est pas encore ça.

Mais l’épaule est touchée.

C’est déjà ça.

Malgré toi, tu sens les muscles de tes joues se tirer, signe que tu es en train de sourire. Tu recharges immédiatement après, peu désireuse de voir son visage. Tu veux uniquement tirer, atteindre et trouer ce corps de papier qui te nargue depuis des jours. Arenstoff corrige rapidement ta position avant de s’écarter, te laissant te débrouiller toute seule. Tu as plus de mal sans son aide et tu te retrouves à bleuir tandis que tu sens tes mains trembler. Tu rates et grognes. Encore une fois, tu ne te tournes pas vers lui. Tu ne veux pas voir son expression déçue alors que tu venais à peine de réussir. À la place, tu recharges et te remets en position. Tu es bien décidée à y passer la journée, quitte à sauter tous les repas. Ton partenaire ne te touche pas, sauf pour appuyer ton ventre que tu comprends comme un coup d’envoi pour expirer et tirer tout de suite après. Le cou est troué. Tu recules d’un pas, prenant le temps de réfléchir et le regardes.

— Il faut que je tire juste après avoir vidé mes poumons, c’est ça ? Je ne dois pas attendre même si je tremble ?

Il opine du chef et tu acquiesces pour recommencer encore. Et encore. Et encore. Tu ne sais pas combien de temps tu t’es entraîné, si vous avez sauté le repas du midi ou non. Tout ce dont tu as conscience est que tu as mal aux yeux tandis que l’homme tourne une manivelle pour rapprocher ta cible de vous deux. Tu grimaces, insatisfaite de tes performances. Tu as touché les épaules, les bras et parfois le torse. Tu notes également que tu as bien plus souvent raté ta cible ou juste l’effleurer. Tu as encore beaucoup de travail à faire. Il pose une main sur ton épaule, te surprenant. Son œil exprime la satisfaction et tu saisis qu’il est content de toi. Il y a même un début de sourire sur ses lèvres. Tu grommelles qu’il empeste toujours le sexe tandis que tu t’éloignes de lui, bien décidé à remplir ton estomac criant famine.

La journée s’est mieux déroulée que la veille malgré l’altercation de la matinée. Tu as râlé lorsque tu as senti qu’il ne s’était toujours pas lavé et que tu as compris que tu devrais supporter cette odeur durant votre entraînement au corps-à-corps. Elle se mêle rapidement à celle de sa transpiration. Tu n’arriveras jamais à sa situation, mais tu es fière d’être parvenue à le faire reculer, à le faire hésiter. Au final, vous vous arrêtez alors que tu es au sol, à bout de souffle et le corps totalement endolori. Il t’aide à te remettre debout et tu peux encore lire sa satisfaction quant à tes progrès sur son visage. Cela te gêne. Tu ignores pourquoi. En tout cas, tu éprouves beaucoup de difficulté à dissimuler ta surprise tandis que tu saisis que vous allez prendre votre douche en même temps. Ces derniers jours, vous vous êtes arrangé pour ne pas être ensemble lors de vos ablutions. Et c’est là que tu les vois. Toutes ces cicatrices, toutes ces marques montrant sa loyauté à l’Ordre. Tu rougis quand tu te rends compte qu’il te regarde fixement, se demandant sûrement pourquoi tu le reluques ainsi. Tu es mal à l’aise et tu te dis que c’est peut-être le bon moment pour faire enfin ce que tu avais en tête depuis la veille. Tu prends alors une grande inspiration et lui fait face, aucunement gênée de lui montrer ton corps nu. Un prêté pour un rendu.

Merci.

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Plusieurs jours s’écoulèrent depuis le passage de la douche. Ce moment où tu as lu sa surprise sincère se peindre sur son visage pourtant habituellement impassible. Il ne s’y attendait pas. Il n’était pas préparé à te voir signer dans l’air. Sur le coup, tu as cru que l’homme ne connaissait pas le langage des signes et tu as commencé à te sentir idiote. Mais ses mains ont bougé à leur tour, t’envahissant de question et tu y as répondu une par une, butant sur quelques gestes qu’il a tout de suite corrigés, t’aidant. Encore. Il ne fait que cela. Non, tu ne connaissais pas cette langue avant ton réveil à cette époque. Oui, c’est pour cette raison que tu as tapé du poing sur la table dans le but d’aller en ville. Oui, c’est pour lui que tu as décidé d’apprendre à signer. Tu as lu sa gêne sur son visage et depuis, il ne se lave plus en même temps que toi. Cela n’a aucune importance, car votre relation n’a jamais été autant au beau fixe. Le dialogue, bien que vous ne vous considérez pas comme étant des amis, est plus ouvert, plus facile. Tu maîtrises plus ou moins les bases du tir et du combat et Kaare t’a promis de t’apprendre quelques gestes faciles pour l’autodéfense.

Aujourd’hui, vous vous trouvez dans le bureau de la noble française, patientant qu’elle daigne terminer de lire un rapport qui semble ne pas avoir de fin. Cela t’agace quelque peu, ce manque flagrant de considération et de respect. Finalement, elle se redresse sur son siège et vous détaille tour à tour, les mains croisées sur son bureau.

— Herr Arenstoff. Fräulein Gallagher. Vous commencerez votre mission dès demain, aux aurores.

— Déjà ? Mais j’ai encore beaucoup à apprendre. Vous pensez que cela sera suffisant ?

— Nous n’avons guère le choix, fräulein. Le Soldat de l’Hiver a été vu quelque part en Russie. C’est là que votre voyage débutera.

Tu vois Cadélia ouvrir un tiroir et en sortir une petite boîte de velours noir qu’elle pose devant vous sur son bureau, ainsi qu’un livret de famille.

— Voici ce qui vous rendra officiellement marié aux yeux de la loi. Je vous conseillerai de porter vos alliances tout de suite si vous ne voulez pas les oublier.

Ce conseil sonne comme un ordre.

Et vous obéissez.

Cela te fait étrange de sentir ce poids sur ton annulaire et tu te forces à ne pas le fixer, à rester concentrer sur votre supérieure qui semble ne pas en avoir terminé avec vous deux. C’est entièrement juste.

— Je me dois de vous faire savoir que la chute de Hydra est proche. Sans doute que ces Avengers détruiront notre Ordre. C’est pourquoi vous ne pourrez compter que sur vous-mêmes pour cette mission. Ce sera tout.

Vous acquiescez tous les deux avant de vous lever et de sortir de la pièce, le visage grave. Ce que De Mussy vient de vous annoncer n’est pas de bon augure. Tu n’es pas rassurée. Qu’allez-vous donc devenir si Hydra meurt ? Tu ne le sais pas. Tu jettes un coup d’œil vers lui et tu te rends bien compte que cela le travaille également. Tu as envie de lui demander son avis, mais lorsqu’il se tourne vers toi, c’est uniquement pour t’annoncer qu’il viendra te chercher dans tes quartiers pour votre départ et que tu devras être habillée et prête à partir. Il n’attend pas ta réponse et tu n’insistes pas. Sans doute que les paroles de la Française sont dures à avaler pour lui. Lui qui a tant sacrifié pour l’Ordre, apprendre cela aussi brusquement doit lui faire un choc, trop à avaler pour le moment. Ce n’est donc pas étonnant que tu boudes le repas du soir – et cela doit être similaire de son côté –, préférant le calme et relisant une énième fois le dossier que l’on t’a confié et que tu vas devoir détruire.

Una Wynn Gallagher, historienne spécialisée dans la Seconde Guerre Mondiale, âgée de vingt-cinq ans. Abandonnée à la naissance et mariée à Kavan Gallagher âgé de quarante-trois ans. Il pratique le métier d’expert-comptable. Vous vous êtes rencontrés alors que tu l’as engagé pour travailler pour toi et vous avez fini par vous marier au bout de trois ans. Pas d’enfant. Officiellement, tu es stérile. Mouais… Au moins, cette explication tient debout et vos interlocuteurs seront bien trop gênés pour demander plus de détails. Tu refermes le dossier et pousses un long soupir abattu. Tu finis par t’allonger, ayant dans l’idée de détruire ces papiers aussitôt que vous le pourrez. Ton sommeil est agité et tu finis par être réveillé bien trop tôt. Étrangement, cela semble être le cas de la personne venant doucement gratter à ta porte. Tu es surprise d’y voir Kaare déjà habillé et prêt à partir. Pas toi, tu n’es pas prête et tu te sens comme exposée avec ton sous-vêtement comme unique rempart. Poliment, il détourne son visage tandis que tu vas t’habiller promptement. Il finit par s’installer sur ton lit et tu te tiens à ses côtés.

— Vous pensez que ce qu’elle dit est…

— Elle ne ment jamais, signe-t-il.

Vous retombez tous les deux dans le silence, regardant tout et n’importe quoi plutôt que de croiser vos regards. Tu ne saurais pas expliquer pourquoi. Finalement, ton attention est captée par ses mains dansant dans les airs. Il ne va pas trop vite, sûrement conscient que tu ne maîtrises pas encore totalement sa langue. Tu lui en es reconnaissante. Il te présente ses excuses pour la rixe avec la femme. Tu ricanes. Comment oublier ce moment désagréable ? Tu en grinces encore des dents. Avec hésitation, tu lui demandes s’il sait pourquoi elle a réagi ainsi. Tu grimaces tandis qu’il te répond qu’ils étaient amants, d’où la fameuse odeur de sexe. La femme n’avait également pas supporté de ne pas pouvoir mener cette mission avec lui. Elle était amoureuse, pas lui. Tu ne peux que le comprendre. Toi qui n’as pas hésité à jouer avec les sentiments de ton colonel pour obtenir tout ce que tu voulais de lui. Son influence et sa protection.

— Et si nous partions maintenant ? propose-t-il.

Tu acceptes. Après tout, ce n’est pas comme s’ils avaient une quelconque attache à embrasser avant de partir.

Avant de disparaître.


Texte publié par Edda T. Charon, 16 avril 2022 à 17h16
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