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Je venais de revenir de la Terre, à bord du vaisseau, le premier à m’accueillir fût le commandant.
    
    — Alors Aylrick ? Qu’avez-vous pour nous ?
    — Un livre… dis-je en extirpant péniblement un cahier de ma combinaison.
    Il eut un rictus.
    — C’est tout ? On vous a laisser partir trente putains de jours pour un livre ? C’est une blague ?
    — Je n’ai rien d’autre monsieur…
    — Tss. Vous n’avez rien trouvé là-bas ?
    — Rien de vivant, pas même un brin d’herbe.
    — Racontez-moi.
    — Le premier jour, j’ai parcouru ce que je croyais être une ville, c’était si calme que je me suis cru dans un immense cimetière. Je suis rentré dans un magasin dont l’enseigne était jaunie, rien. J’ai continué ma route, suis rentré dans un deuxième magasin dont la devanture était défoncée et j’ai trouvé mon premier cadavre. Celui d’un animal. Un truc avec des grandes cornes sur quatre pattes. Il était en décomposition. C’est la que j’ai compris que ce n’était pas qu’une impression, j’étais vraiment dans un cimetière.
    — …
    — …
    — Continuez je vous prie.
    — Plus j’avançais, plus j’errais, plus je rencontrais des cadavres, des squelettes, le cimetière est vite devenu oppressant.
    — Vous n’êtes jamais aller en ville ?
    — C’est ce que je vous dit.
    — Vous ne faites que de me parler de cimetière, mais sur Terre, il devait bien y avoir des villes, des campagnes, des lacs et tout un tas d’autres choses non ?
    — Partout où j’allais il n’y avait que de la terre brûlée, du béton ou des macchabés, j’ai dû me rationner sur mes propres vivres car je n’ai pas trouvé une seule goutte d’eau. Sans vouloir vous manquer de respect, je ne vois aucune différence entre un cimetière et la Terre monsieur.
    Il grimaça.
    — Continuez.
    — Au bout de trois jours, j’ai cru devenir fou, alors j’ai couru, j’ai couru à en perdre haleine pour voir autre chose. Quand je me suis essoufflé, j’étais à côté d’une petite maison au milieu de nulle part. J’ai pénétré cette maison pour m’asseoir mais l’envie m’est passé lorsque je suis tombé nez à nez avec mon premier tas. Alors après j’ai…
    — Votre premier tas ? Qu’insinuez-vous ?
    — Des humains… Morts… Ensembles…
    — …
    — …
    — Continuez.
    — Après ça, j’ai perdu la notion du temps. Dans un grand cimetière de béton, entre plusieurs bâtiments je suis tombé sur un mort qui semblait différent. Ses vêtements étaient sales, sur son dos il avait un énorme sac, la façon dont il était laissé à supposer qu’il avait rampé. Alors je l’ai examiné de plus près, dans son sac j’ai trouvé des boites en métal fermées, des gourdes, des cartes et ça.
    Par « ça », j’entendais le livre, le commandant l’avait bien compris.
    — Et ça raconte quoi ?
    — Tout. Tout depuis le début.
    — Racontez.
    — J’ai pas tout compris mais en gros il explique sur les premières pages qu’il ne pensait pas que ça pouvait arriver…mais ‘qu’ils’ l’avaient quand même fait, ‘qu’ils’ s’étaient envoyé des bombes… j’ai mangé le nom mais des bombes dévastatrices en somme…
    — Des bombes nucléaires ?
    — Heu… Ouais… Je crois… ça vous parle comm-
    — Continuez.
    — Pardon. -Je me racla la gorge- Après il dit que tout s’est accélérer, bien sûr les bombes nuclaires
    — Nucléaires.
    — Bref, elles ont fait énormément de mort mais en plus elles ont continué d’en faire même après l’explosion et que pleins d’autres pays en ont envoyés par représailles. Du coup, lui et beaucoup d’autres ont tentés de se réfugier, mais beaucoup sont mort. Lui, comme beaucoup d’autres, se sont servis dans les magasins en denrées diverses et variés, puis l’électricité est tombée définitivement, plus aucun son, plus aucune vidéo ni même d’argent. Plus rien n’avait de sens qu’il a écrit.
    
    Je continuais mon récit mais je voyais qu’au fur et à mesure le visage du commandant s’assombrissait, il ne me regardait plus de haut, il buvait mes paroles.
    
    — Après quoi, il est entré dans un camp ou d’autres humains s’étaient réfugiés. Il n’a pas eu d’autres choix que de se plier aux lois qu’ils avaient érigées et devint grâce à sa force physique, un Bouk, b, o, u, k. Un bouk ouais, en gros, de ce que j’ai compris, ils avaient pour mission d’aller chercher de la nourriture et de l’eau là où ils pouvaient et de revenir avec, en échange, ils avaient accès à des lits confortable et pouvaient demandés à peu près n’importe quoi. Mais il explique pourquoi.
    — Et pourquoi ?
    Je sentais une pointe d’angoisse dans sa voix à ce moment-là mais je continuai.
    — Il dit que les bouks étaient destinés à mourir car ils étaient les plus exposés à des radiations, mais j’ai pas compris ça, m’enfin. Après, il explique ses sorties en tant que bouk, de la tristesse qu’il éprouvait. Il dit aussi qu’il enterrait le maximum de corps qu’il croisait et qu’il les priait. Ça se termine sur une page où il dit ne pas se sentir bien mais que les gens croient en lui. Et il a noté aussi ‘En espérant que ces écrits d’un bouk ne soient pas inutiles.’
    Le commandant réfléchis un moment puis me dit :
    — Dans son livre, le Bouk n’avait pas indiqué où se trouvait les autres humains ?
    — Si.
    — Et du coup ?
    — J’ai pas envie d’en parler monsieur.
    — Et moi je peux vous y renvoyer.
    — …
    Il cria par-dessus son épaule à d’autres personnes :
    — Préparez un sac avec quarante jours de rations pour Mons-
    — DES TAS D’HUMAINS ! Des tas d’humains… Des tas… C’est ça que j’ai trouvé là-bas putain d’merde !
    Ma vue s’était troublée. Je fléchis alors sur mes genoux.
    — Même avec le masque je sentais l’odeur... C’était immonde… Ceux qu’étaient pas sur des tas… ceux-là étaient sur des lits… Couverts de bandages… L’sol était terne… Du putain d’sang séché…
    — Votre langage.
    — Vous auriez pas tenu deux minutes ! J’y suis… J’y suis restés pendant des heures dans l’espoir, dans l’espoir de trouver un vivant. Et je… Et j’ai…
    — Vous avez quoi ?
    Je fondis en larmes, complètement brisés par ces images.
    — Qu’avez-vous vu ?!
    — J-…
    — Une dernière fois. Qu’avez-vous vu ?!
    Je renifla fortement et le toisa du regard avec toute la haine du monde possible dans mon regard.
    — Des parents en décomposition qui enlaçait leur putain d’gamine en putréfaction à qui il manquait une jambe. J’ai gerbé, détourné le regard, et là, là, j’suis tombés sur une pile d’animaux morts. J’me suis relevé et j’ai couru, j’ai trébuché sur des cadavres, mais j’ai continué à courir ! Y’a plus rien là-bas ! Y’a qu’là mort ! Vous cherchez quoi putain d’merde ?!
    — Vous ne comprendriez pas.
    — Ksh…
    
    Le commandant que j’étais tenta de garder la tête haute face à ce soldat qui avait vu l’horreur. Ne pas pleurer. Je ne devais pas pleurer devant ces nouvelles. La terre avait connu son apocalypse pendant la conquête spatiale sur Kepler-442b. Et rien n’avait subsisté.
    Rien.
    A part un livre.
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    

Texte publié par Yumon, 13 février 2020 à 19h44
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