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Tome 1, Chapitre 26 « Mauvaises surprises (Part 1) » Tome 1, Chapitre 26

– Que veux-tu ?

Uriel ne sourcilla pas au ton peu affable de Michael. Le rejoindre alors qu’il était en train de tempêter sur des anges pris en flagrant délit de port d’ailes colorées n’était pas la situation la plus recommandée pour entamer une conversation avec lui. Il savait à quel point le Prince tenait à ce que ses Anges fussent irréprochables, en tant que dignes représentants de Dieu ; leurs ailes ne pouvaient que resplendir de la lumière de leur Seigneur et donc, n’être que blanches ! Cependant, cette affaire n’intéressait que peu Uriel. Ainsi, comme les secondes s’étaient égrenées sans qu’il ne concédât à partir, accompagné d’une aura que nul n’était en mesure d’ignorer, Michael s’était résigné à porter son attention sur lui. Ses deux victimes du moment n’avaient que peu hésité et s’étaient empressés de s’éclipser après une œillade de gratitude à l’égard de leur sauveur providentiel. Michael avait grimacé, fâché, mais n’avait rien fait pour les retenir ; il se contentait dès lors de jauger Uriel avec insistance.

Il n’y avait rien à redire sur son apparence, à part peut-être ces lunettes qui accentuaient son air sérieux. Michael n’avait jamais réussi à comprendre pour quelle raison son collègue tenait tant à les porter, puisqu’elles étaient inutiles par essence pour eux ; les problèmes de vue ne les affectaient pas. Il lui concédait aisément cette petite fantaisie car il était sans doute l’un des anges les plus raisonnables qu’il fût au Paradis et, de ce fait, il n’avait jamais aucune remarque à lui adresser. C’était quelque chose de rafraichissant et d’agréable, car il avait l’impression de passer son temps à faire la police auprès de ses pairs quand il ne sauvait pas les fesses d’un quelconque incapable. Il n’était pas rare que des anges eussent besoin que d’autres fussent envoyés pour leur porter assistance, ce qui s’ajoutait à tout ce qu’il devait déjà gérer. Certains idiots particulièrement nuls, comme Picarel et Cockatiel, parvenaient à empirer la situation de telle sorte que l’intervention des Archanges eux-mêmes – Gabriel et lui-même en tête – devenait une nécessité. Uriel, lui, n’avait jamais posé aucun problème d’aucune sorte, même du temps où il n’était qu’un simple Ange. Si seulement il n’y avait pas ses goûts douteux en matière d’activités, bien qu’il n’en eût jamais eu la preuve…

Après un silence prolongé qu’Uriel ne chercha pas à rompre, il grogna.

– J’espère que tu as une bonne raison pour m’avoir interrompu.

– Je le pense. En tout cas, l’affaire dont je souhaite te parler est plus importante qu’une affaire de couleur d’ailes.

– C’est important ! rouspéta le Prince, mécontent. C’est notre crédibilité qui est mise en jeu de cette façon ! Nous sommes les représentants de Dieu, pas des clowns ou des bêtes de foire ! Si nous laissons passer cela –

– Je le sais, je le sais. Nous en avons déjà discuté à de multiples reprises. Ce point est d’ailleurs le sujet du tiers des sessions urgentes que tu organises au Conseil des Archanges, soupira Uriel, las.

– Parce que c’est important !

Uriel s’abstint de lui faire remarquer que même Dieu s’en fichait comme d’une guigne, malgré la tentation. En vérité, Il trouvait cela plutôt divertissant et Il aimait assister aux concours clandestins des plus belles ailes chatoyantes et autres événements du même acabit que Michael s’efforçait de faire cesser. Rares étaient les anges à être au courant, comme Raziel et lui-même, et le Prince des Archanges ne l’était assurément pas. Uriel suspectait Dieu, dans Sa grande mansuétude, de désirer éviter une syncope à Son favori.

– Souhaites-tu réellement que nous débattions de cela encore plusieurs heures ou puis-je te parler de la raison de ma venue ? Je n’ai pas tout mon temps.

Michael croisa les bras, le sourcil haussé. Uriel faisait partie des rares exceptions à qui il permettait une telle familiarité – Dieu ne comptait pas, évidemment –, quand cela ne dépassait pas certaines limites, plus hautes pour lui. Il ne s’en indigna donc pas, lui-même aspirant à régler cette affaire, quelle qu’elle fût, au plus vite.

– Alors ? Que me veux-tu ? Et que fais-tu avec cette plaquette et cette feuille ?

Uriel n’était pas venu les mains vides. Cela n’avait rien d’étonnant en soi puisqu’il était souvent aperçu avec un livre ou un volumen calé sous le bras, cependant rien de tel cette fois. Juste une plaquette et une feuille. Michael ne l’avait pas remarqué jusque-là et à présent, cela l’intriguait. Uriel avait-il un souci dans les archives ou quelque chose dans ce genre ? Ce n’était pas un domaine où le Prince excellait ni n’aimait se plonger, lui préférant l’action, mais il ne niait pas leur nécessité. Il s’obligeait donc à répondre aux demandes de ses pairs avec patience et efficacité. C’était son rôle, après tout. Et Uriel n’était pas de ceux qui en abusaient.

– Elles sont la raison de ma présence, soupira Uriel.

– Et ?

– C’est un inventaire, celui des objets magiques jugés dangereux que nous récupérons en vue de les détruire. Il en manque un.

– Comment cela, il en manque un ?

Uriel tendit la plaquette vers lui. Michael se pencha tandis qu’il lui désignait une ligne de l’index.

– Celui-ci.

Michael se frotta le menton, dubitatif. Il y était tant confronté, depuis plusieurs siècles, et il avait tant de soucis à gérer que l’appellation de cet objet n'éveilla en lui aucun souvenir.

– Que veux-tu dire par le fait qu’il manque ? Cela ne signifie-t-il pas juste qu’il n’a pas encore été récupéré ? Peut-être faudrait-il que j’envoie –

– Non, il a bien été référencé, une équipe avait donc déjà attesté de sa récupération. D’ailleurs, tu l’as confirmé toi-même.

– Vraiment ?... Es-tu sûr qu’il est réellement manquant et que ce ne sont pas juste tes anges qui –

Les yeux d’Uriel se plissèrent dangereusement. Michael s’interrompit, dissuadé de terminer cette phrase. Il n’insista pas et décida de ne pas vérifier lui-même. Il n’avait pas envie de risquer de s’attirer le courroux d’Uriel, surtout en songeant aux rumeurs qui couraient sur ses activités hypothétiques. De toute façon, il était sérieux, alors pourquoi mettre sa parole en doute ? Cependant, cela n’arrangeait pas sa confusion.

– Je ne comprends pas, si j’ai confirmé sa réception – Attends, qui était en charge de ramener cet objet ?

Uriel ne releva pas le fait qu’il aurait pu s’en rappeler, puisque la période était plutôt calme et ce genre d’incident peu courant ces derniers mois. Michael lui en fut gré. C’était assez vexant rien que d’y penser.

– Les Anges Picarel et Cockatiel.


Texte publié par Ploum, 16 septembre 2021 à 16h37
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