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Tome 1, Chapitre 16 « Invitation (Part 1) » Tome 1, Chapitre 16

Byleth n’avait pas été difficile à trouver, du moins pour la paire que constituaient Achamoth et Sytry ; Picarel, lui, s’était contenté de suivre le mouvement avec Coussin. Il avait tenté de comprendre l’itinéraire emprunté dans la demeure, aidé du livret donné par Byleth, mais en vain. L’aisance avec laquelle les deux démons se repéraient dans ce labyrinthe forçait le respect et avait de quoi susciter une certaine jalousie, cependant Picarel était seulement dépité par ce constat. Était-ce grâce à l’habitude ? Y arriverait-il lui-même si – ah non, il n’était pas supposé rester là indéfiniment. Il était un ange, après tout. Il était juste venu récupérer son amie.

Byleth avait ses petites habitudes, aussi l’avaient-ils retrouvé vautré dans la salle occupée par de nombreux poufs colorés et ma mare d’oreillers, un cocktail à la main qu’il sirotait avec une paille. La vue d’Achamoth lui avait arraché un haussement de sourcil mais il n’avait pas bougé d’un cil pour la saluer ou autre. Il connaissait la raison de sa venue. Ce n’était pas comme si d’autres circonstances la conduisaient à se présenter devant lui, seule, même s’il n’aurait pas refusé. Byleth pouvait se révéler aussi doué en la matière qu’il le voulait, il ne parviendrait jamais à arracher ne serait-ce qu’une œillade intéressée de cette dernière, qui préférait examiner les éléments féminins du domaine avec un œil avide.

— As’ m’invite ?

Sytry s’affala aux côtés de Byleth sans aucune gêne et Picarel l’imita. La masse moelleuse l’attirait irrésistiblement. Coussin se retira sur un signe de Byleth, au grand dépit d’Achamoth qui croisa les bras sur son ample poitrine, dubitative. Sa moue fut bien vite remplacée par un sourire amusé tandis qu’elle observait la pose nonchalante du roi démon.

— Eh bien, je vais finir par ne plus avoir besoin de parler, ma simple venue suffira…

— En même temps, tu ne viens que pour cela ! se plaignit Byleth dans un soupir, une grimace boudeuse sur les lèvres.

Au lieu de s’en émouvoir, Achamoth se laissa choir à son tour avant de ronronner de satisfaction. Les coussins de Byleth étaient si confortables ! Elle glissa sur le flanc et se tourna vers le Seigneur démon, guillerette.

— Tu sais bien que je ne suis pas intéressée, mon chaton, mes préférences vont ailleurs. Par contre, j’en connais un autre qui serait plus que ravi que tu viennes le voir plus souvent – et que tu visites un peu plus ta boite mail, aussi, ça pourrait être utile.

— Voyons, tu sais bien que tout cela, ce n’est pas pour moi… Je parle de la boite mail, bien sûr. Trop d’effort inutile, et je crois ne plus me souvenir comment cela fonctionne.

Achamoth roula des yeux, amusée.

— Dis surtout que tu n’as jamais cherché à le savoir !

– C’est vrai aussi.

– Tu sais pourtant quelle énergie il met pour t’envoyer ses cartes personnalisées avec des images et des messages plus que suggestifs ?

— Ah oui ? Je devrais peut-être aller voir ça, un jour…

— Cela fait des années que tu dis cela ! rit-elle. Lui-même n’espère plus, je ne sais pas pourquoi il continue de t’en envoyer – ça doit beaucoup l’amuser de les faire, j’imagine.

Pour toute réponse, Byleth haussa les épaules avant de siroter son cocktail. Le silence s’installa quelques instants et Picarel se serait endormi dans des circonstances habituelles – il avait l’impression d’être allongé sur des nuages ! –, mais sa hâte à se rendre chez Asmodée pour y chercher Nana l’empêchait de se laisser aller à sa paresse coutumière. Cependant, il n’osa pas presser Byleth d’accepter même si ce dernier ne se pressait pas d’obtenir les détails. Au contraire, celui-ci s’était recouché et achevait tranquillement son verre, après avoir ordonné à une âme présente dans la pièce de servir ses invités. Achamoth allait reprendre la parole mais Byleth se montra plus rapide :

– L’invitation est pour quand ?

Son attitude flegmatique ne laissait en aucun cas présager une éventuelle acceptation, ce qui angoissait un peu Picarel.

– Il a proposé demain mais comme d’hab’, tu peux venir quand tu veux. Le mieux serait de prévenir avant, même si on se doute qu’avec toi –

– Voyons, tu sais bien que je n’ai pas pour habitude de faire ça non plus.

– Qu’est-ce que je disais ? Tu n’es qu’une feignasse, ricana-t-elle.

Byleth plissa les lèvres avant de vider son verre d’un trait.

– Disons plutôt que j’aime lui laisser la surprise de ma venue. C’est plus stimulant, non ?

– Tu parles !

Elle rit franchement avant de se laisser tomber sur un oreiller vert. Picarel fixa Byleth, impatient de connaitre son verdict. Ce dernier prenait son temps, semblant peser le pour et le contre. Son attitude négligente, tandis qu’il triturait négligemment un bout de tissu, fit bondir son angoisse à son paroxysme. Pourquoi Achamoth ne le pressait-elle pas de répondre ? N’avait-elle donc rien de mieux à faire que d’attendre ici ? A moins qu’elle n’en eût l’habitude… Du coin de l’œil, il s’aperçut qu’elle ne bougeait plus et il se demanda un instant si elle ne s’était pas endormie. Picarel se garda pourtant de parler – il ne savait pas trop quoi dire, de toute façon, et craignait de dissuader plus que de convaincre Byleth de s’y rendre. L’enjoindre à visiter son ami parce que ce serait quand même sympa ne suffirait pas, n’est-ce pas ? Près de lui, Sytry dégageait de son emballage un bonbon en forme de sablier alors qu’une fine tige blanche dépassait déjà de ses lèvres, dénonçant la présence d’une sucette. Après quelques secondes d’observation attentive, il lui demanda s’il n’en avait pas une autre, curieux de découvrir son goût. Le démon hocha la tête sans un mot et la piocha dans un large pot calé près de lui pour la lui tendre. Picarel fut surpris par sa saveur de fraise et de lavande.

Au bout de longues secondes qui lui parurent des heures, Byleth se leva paresseusement, s’étira sous l’inattention générale puis frappa des mains, ce qui eut le mérite de faire sursauter tout le monde.

– Tu as raison, c’est vrai que j’y pense trop rarement. Pourquoi pas aujourd’hui ?

Achamoth haussa un sourcil.

– Aujourd’hui ? Incroyable comme tu peux être pressé, tout à coup. Tu t’ennuies ?

Byleth adopta un air digne.

– Tu m’as donné envie avec tes sous-entendus – et puisque tu n’es pas encline à me satisfaire…

Cette fois-ci, Achamoth se redressa brusquement, son indolence remplacée par un air effaré.

– Attends, par aujourd’hui tu entends maintenant ?


Texte publié par Ploum, 8 novembre 2020 à 00h04
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