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Tome 1, Chapitre 1 « Décès prématuré » Tome 1, Chapitre 1

L'histoire et certains personnages sont issus de mon imagination et m'appartiennent donc, le reste étant emprunté à la mythologie chrétienne qui appartient, elle, au domaine public. De ce fait, tout plagiat est interdit conformément à l'article L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Picarel ouvrit largement ses ailes pour ralentir sa descente. Il voulut se poser à terre avec classe mais sa maladresse naturelle l’en empêcha ; il trébucha tête la première et dans sa chute, il se cogna contre le couvercle d’une poubelle qui roula pour retomber quelques mètres plus loin. Lui s’étala de tout son long contre le bitume. Pestant contre sa malchance, il se redressa, douloureux, vira le morceau de banane gluante écrasée sur sa chemise et épousseta ses vêtements avant de penser à faire disparaitre ses ailes et son auréole dorée. L’avait-on vu ? Personne ne devait savoir qu’un ange était apparu ici, Michael le tuerait si de telles rumeurs se répandaient et parvenaient à ses oreilles ! Il balaya du regard la ruelle devant lui ; rien, hormis quelques rats et un chat malingre qui fuit à sa vue. Ou à son odeur nauséabonde ? Un grincement en provenance du fait des bâtiments lui fit lever la tête. Le quartier n’avait aucun charme ; il se composait d’une succession d’immeubles de hauteurs variables et aux fenêtres carrés et obscures, lisses, sans âme et aux murs sales. A sa droite, un escalier extérieur en fer striait le mur et allait du sol jusqu’au toit-terrasse de l’habitation. Le son, métallique et désagréable, venait de ce dernier. A son sommet, il y aperçut une jeune fille en jupe et en manteau avec une écharpe corail. Elle admirait la vue en contrebas, penchée par-dessus la balustrade, dans une direction différente de la sienne. Cela lui paraissait quelque peu risqué car la structure ne cessait de bouger, laissant suspecter qu’elle ne fût pas très solide. La témérité de la jeune fille, ou sa stupidité, le laissa indifférent. Il s’en détourna sans s’y intéresser ; le plus important était qu’elle ne l’eût pas vu se téléporter là, au bout de cette sombre ruelle sans issue. Il ne tarda pas à la quitter.

Il fut heureux de ne pas être interrompu durant son trajet, sans savoir que le fumet de détritus qu’il dégageait dissuadait quiconque de le toucher, même de manière involontaire. Après une dizaine de minutes, il parvint au petit parc du quartier, un petit îlot de verdure au milieu de cet assemblage anarchique de béton, de goudron, de métal et de plastique. Il s’agissait davantage d’un terrain vague avec des arbres que d’un jardin entretenu, ceinturé par une clôture. Il repéra l’arbre habituel et s’y dirigea, mû par l’habitude et par une excitation croissante.

Sa journée avait été affreuse. On lui avait confié une mission à laquelle il n’avait strictement rien compris, et forcément la situation avait dérapé – cependant, il était incapable de dire comment, ni d’expliquer le lien entre ce flacon que les uns désiraient et que les autres maudissaient, cette dague en bronze et les événements, ni la raison pour laquelle ces humains avaient failli les tuer pour le récupérer. Heureusement que Michael était intervenu à temps pour leur sauver la mise… même s’il leur avait bien fait regretter son intervention ensuite. Comme d’habitude, Cockatiel et lui avaient eu droit aux sempiternels reproches sur leur incompétence et leur bêtise. Etait-ce donc de leur faute si les humains étaient si idiots ?

Il oublia ce souvenir désagréable lorsqu’il aperçut la lisière du terrain, signe qu’il était presque arrivé.

— Nana, je suis là !

Exclamation un peu inutile toutefois. Nana était une gentille petite limace, un peu simple d’esprit mais très à l’écoute. Elle était donc incapable de lui répondre. Cependant, il aimait ce petit rituel qu’il avait instauré et ne se lassait pas de l’appliquer à chaque fois, même s’il passait pour un idiot aux yeux d’humains éventuellement présents, comme ce fût le cas ce jour. Comme d’habitude, il les ignora, sans savoir qu’ils le lorgnaient d’un œil bizarre, dubitatifs devant ses vêtements dégoûtants mais de bonne facture et les relents qu’ils sentaient dans son sillage. Un nouveau pauvre, peut-être ?

Picarel gagna son arbre et en inspecta le pied. De joyeux, il devint dépité. Il ne vit son amie nulle part.

— Nana ?

Après quelques secondes, il aperçut une limace sous une feuille qu’il venait de soulever mais il ne la reconnut pas. C’est qu’elle était spéciale, sa Nana ! Il se redressa et dans le même mouvement, il lissa sa veste outremer, songeant alors qu’il aurait dû la retirer. Il faisait déjà chaud et avec elle, c’était une véritable fournaise. Il commença à s’éloigner, perplexe. Où pouvait-elle donc être ?

Un bruit mou l’alerta et il leva le pied. Il aperçut au sol, entre les brins d’herbe, les restes d’une limace écrasée. Il se baissa avant de bondir en poussant un glapissement horrifié. C’était Nana ! Il tomba à genoux devant elle. Son amie était là, à l’état de cadavre. L’avait-il tuée lui-même ? La poitrine serrée, il se demanda comment en avoir le cœur net. Il nota ensuite qu’elle était un peu sèche et racornie ; elle devait déjà être morte lorsqu’il lui avait marché dessus. Alors qui ? Quelle semelle avide de sang et de chair fraiche avait tué sa meilleure amie, sa confidente, et l’avait impitoyablement réduite en bouillie ? Les larmes vinrent poindre aux coins de ses yeux. Il n’en avait pas la moindre idée. Qui donc aurait pu lui vouloir du mal ? Elle était pourtant si gentille, si prévenante ! Presque tous les jours, il lui confiait ses peines et ses déboires et jamais elle ne bronchait ni ne le traitait d’imbécile comme les autres anges, jamais elle ne divulguait ses confidences et ses secrets à quiconque. Une amie en or ! Et elle venait de disparaitre à jamais. Bouleversé, il se mit à pleurer. A quelques pas de lui, une famille le considéra avec pitié, pensant qu’il était fou.

— Oï, le clodo ! Dégage de là, y en a qui bossent ici ! râla une voix rauque.

Un bâton lui frappa les côtes, dur retour à l’amère réalité. Il renifla et dévisagea l’agent d’entretien impoli.

— C’est quoi un clodo ?


Texte publié par Ploum, 27 janvier 2020 à 23h25
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