A pied, ils avançaient lentement. Sans compter que cette partie de la forêt semblait plus épaisse, plus menaçante. Garance se sentait observée et elle n’aimait pas cela. La vibration augmentait en même temps que la sensation d’urgence et de danger. Wolfgang respirait de plus en plus fort. Au bout de quelques minutes à peine, ce dernier avait pris la tête de la troupe et les dirigeait très précisément dans le labyrinthe de broussailles et de ronces. Garance comprit que c’était la pierre qui le guidait.
Elle l’appelait.
Cela lui fit peur.
« D’après la légende, un loup peut la dénicher sans crainte. »
Parfois, les légendes se trompaient. Parfois, les légendes n’étaient qu’un ramassis d’âneries pour lesquelles des gens se faisaient tuer. Parfois… les légendes méritaient d’être oubliées.
Une comptine que lui chantait sa grand-mère quand elle était enfant revint la hanter, entêtante et aigrelette.
Il te regarde quand au bois, tu vas fredonnant.
Une jeune enfant,
Une jeune enfant,
S’en allait voir sa mère-grand.
Elle la trouva dans son lit dormant.
« Dis, Mère-grand, fredonna l’enfant,
Qu’ont donc tes vêtements ? Ils sont si grands !
— C’est que j’aime beaucoup les gâteaux, mon enfant.
— Dis, Mère-Grand, fredonna l’enfant,
Pourquoi ton nez est-il si grand ?
— C’est pour mieux te sentir, mon enfant.
— Dis, Mère-Grand, fredonna l’enfant,
Pourquoi tes crocs sont-ils si grands ?
— C’est pour mieux te manger, mon enfant. »
Un loup avait pris la place de la mère-grand,
Un loup avait pris la place de la mère-grand,
Méfie-toi du loup, mon enfant.
Il te regarde quand au bois, tu vas fredonnant.
Elle avait dû réciter la comptine une demi-douzaine de fois quand ils atteignirent une clairière bien dégagée.
De l’autre côté, les restes d’une cabane pourrissaient au gré des éléments. Une lueur rougeâtre en émanait. Garance crut d’abord que c’était un reflet du soleil couchant sur un objet quelconque. Mais après une inspection plus poussée, elle dut bien se rendre à l’évidence : quelque chose brillait là-bas.
Le capitaine Hahn et quelques-uns de ses hussards s’avancèrent dans cette direction sans hésiter. Méfiante, Garance resta en retrait. La vibration était si intense désormais que la chasseresse en avait presque la nausée. A ses côtés, Wolfgang tomba à quatre pattes, couvert de sueur, la respiration sifflante. La jeune femme s’accroupit à ses côtés, saisie de la terreur la plus profonde qu’elle eût jamais ressentie.
« Ne me lâche pas, souffla-t-elle. Reste avec moi. »
— Qu’est-ce qui vous prend, marmonna l’un des soldats, vous… »
Il fut coupé par le hurlement d’un loup, repris à l’unisson par d’autres. Des dizaines d’autres.
« Par le Ciel… »
Un craquement d’os écœurant se fit entendre.
« Wolfgang… »
Le jeune homme leva les yeux vers elle. Ses pupilles étaient si dilatées qu’elle ne voyait plus l’iris vert clair.
« Va-t’en. »

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