Ils reprirent leur route à pied. La chasseresse et le garou marchaient côte à côte dans un désagréable concert de chaînes grinçantes. Garance grimaçait à chaque pas. Il faudrait qu’on les leur enlevât ou cela allait devenir un problème.
Peu après, la stèle annoncée par les éclaireurs se profila à l’ombre d’un très vieux chêne, jaillissant d’un bouquet de fougères. C’était une simple borne de granite gris, couverte de lichens, sans aucune inscription à l’exception d’une tête de loup stylisée, grossièrement gravée. Un frisson inexplicable s’empara de la jeune femme quand elle l’aperçut.
« C’est ici qu’ont été retrouvés les cadavres de ceux qui ont cherché à trouver la Pierre aux Loups, indiqua Hahn.
— Charmant », commenta Garance.
Elle sentait toujours la vibration résonner en elle, plus pressante qu’auparavant. A côté d’elle, Wolfgang serrait les dents. Mais il n’avait pas recommencé à trembler et ses pupilles étaient normales. Il avait repris le contrôle.
Le jeune homme étudiait leur environnement immédiat, humant l’air.
« C’est le territoire d’une meute, déclara-t-il. Une très grosse meute.
— Alors la pierre ne doit pas être bien loin, déduisit le capitaine Hahn avec une satisfaction évidente. C’est à vous de jouer. Nous vous suivons. »
Garance claqua la langue contre son palais.
« Attendez, vous... Vous n’allez quand même pas nous forcer à y aller désarmés et enchaînés ! »
Le regard que lui adressa le capitaine indiquait que c’était exactement son intention. La jeune femme allait protester, mais Wolfgang la coupa dans son élan.
« Dites-moi, capitaine, savez-vous ce que c’est qu’une meute de loups qui veut votre peau ? »
Une étrange lumière brillait dans ses yeux en prononçant ces mots. Hahn hésita un instant, jetant un œil incertain à ses hommes. Puis, il secoua sèchement la tête, une seule fois.
« Croyez-moi, vous préféreriez savoir que nous sommes à vos côtés. »
Le hussard tergiversa de nouveau. Il était plus que visible qu’il ne leur accordait pas une once de confiance. Après une longue délibération intérieure, il se redressa, releva le menton et déclara d’une voix martiale :
« N’essayez même pas de vous enfuir. Au moindre geste suspect, mes hommes auront ordre de tirer à vue.
— Au risque d’attirer l’attention de… de ce qui se cache dans cette forêt ? » maugréa Garance.
Hahn lui renvoya une œillade glaciale.
« Rien ne se cache dans cette forêt, rétorqua-t-il. Vous êtes prévenus, n’essayez même pas de nous fausser compagnie. »
La chasseresse leva les yeux au ciel. L’officier parvint toutefois à leur extorquer la promesse de ne rien tenter de stupide. Son expression indiquait assez bien qu’il ne faisait pas grand cas de leur parole. Il dut s’en contenter.
L’officier se tourna vers ses hommes.
« Ôtez leurs fers, ordonna-t-il. Dépêchez-vous. La nuit va tomber. Je préférerais que cette affaire soit réglée le plus rapidement possible. Quant à vous, ajouta-t-il en pointant un index sur Wolfgang, vous savez où nous devons aller. Pas de détours. »
Garance ne savoura guère la sensation de sa liberté retrouvée. Elle s’approcha de Wolfgang.
« Il vaudrait mieux que tu restes là, déclara-t-elle. Quoi qu’il y ait de l’autre côté de cette stèle, je ne pense pas que nous puissions prendre le risque de… »
Wolfgang s’était mis à sourire et avant qu’elle ne pût aller plus loin, il avait enroulé sa main autour de sa nuque et l’avait attirée vers lui pour l’embrasser.
« J’aime quand tu t’inquiètes pour moi, murmura-t-il contre ses lèvres.
— Idiot ! grogna Garance en lui donnant une tape sur l’épaule. Je suis sérieuse.
— Je sais. »
Il regarda autour de lui, tandis que les hussards s’activaient, fourbissant leurs armes, attachant les montures dans les fourrés. La chasseresse nota qu’ils prenaient garde de rester le plus loin possible de la stèle.
« Je ne pense pas que nous séparer soit une bonne idée. Si la pierre est là-bas, nous la trouverons plus vite ensemble. Et si nous sommes attaqués…
— Ce n’est pas un bon plan, rétorqua Garance. Si tu te transformes, je…
— Escroquer des villages en leur faisant croire qu’ils sont attaqués par un garou, ça aussi, c’était un mauvais plan.
— Mais…
— Tant que je reste avec toi, ça ira, l’interrompit le jeune homme. Tu m’aides à… à rester humain. »
La réplique de Garance mourut sur ses lèvres. Elle soupira.
« J’espère que tu as raison. »
La jeune femme récupéra son coutelas et son arbalète, un très mauvais pressentiment au fond du cœur.

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