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Tome 1, Chapitre 6 « Une nuit chez Lisette » Tome 1, Chapitre 6
VI – Westown, mercredi, 4e jour de l’hiver, 22 h 50
    
    
    Au moment d’entrer dans l’infirmerie, Tara éprouva un peu de réticence. Wayne irradiait d’un magnétisme lumineux qui l’attirait comme un soleil. Robuste et énergique, il débordait de vie ; en dehors des moments où il se détendait au Bison gourmand ou chez Frank, la jeune fermière le trouvait toujours occupé, soit à travailler derrière le guichet, soit à parcourir d’un bout à l’autre des trois villes, soit à balayer devant le bureau de poste. Le voir si pâle, si immobile l’avait profondément affectée.
    
    Elle prit son courage à deux mains et contourna le paravent. Enfoui sous les couvertures, le postier ressemblait à un petit garçon. Sa peau claire, que le soleil des saisons passées avait à peine dorée, semblait presque translucide. Des cernes violets entouraient ses yeux et ses traits fins lui donnaient l’air presque… fragile.
    
    La jeune fille résista à l’envie de repousser les cheveux blonds qui retombaient sur le front du blessé. Elle se pencha pour murmurer à son oreille :
    
    « Tout va bien. Tu te remettras très vite… »
    
    Elle eut l’impression qu’un léger sourire flottait sur ses lèvres, si ténu qu’elle l’avait peut-être imaginé. Même si sa condition lui serrait le cœur, elle se sentit un peu rassurée.
    
    « Je dois rentrer à présent, dit-elle en se tournant vers le médecin.
    
    — Seule, dans la nuit ? Ce n’est pas très prudent, et tu dois être épuisée. Je te rappelle que comme le pont est détérioré, tu vas devoir faire un détour important par Tsuyukusa. Pourquoi n’irais-tu pas dormir chez Lisette ou Miranda ? »
    
    Tara ne s’étonna pas de la prévenance de Ford. Son manque absolu de tact pouvait laisser croire qu’il n’était pas attentif aux autres, mais cette façade avait fait long feu. Elle aurait pu lui répondre qu’elle avait l’habitude de parcourir les trois villes par tous les temps, qu’elle avait fait bien pire certains soirs, en rentrant bien plus tard, sous une pluie battante ou un vent violent… Mais le médecin avait raison de se montrer aussi insistant. Après ce qui venait de se passer, il s’inquiétait d’autant plus pour les gens de Westown.
    
    La jeune fille se sentait épuisée. D’un autre côté, elle n’avait pas envie de déranger une de ses amies… Elles devaient dormir à cette heure-ci. Ford la regarda par-dessus ses lunettes :
    
    « Je ne vois pas ce qui te retient. C’est la solution la plus rationnelle. »
    
    — Tu as raison, concéda-t-elle. Même si Mirande est encore réveillée, Noëlle doit dormir. Je vais frapper chez Lisette. Si elle m’ouvre, je resterai avec elle pour la nuit », promit-elle avec un petit sourire.
    
    Elle s’étira pour éliminer les raideurs que la longue attente avait laissées dans ses membres, salua le médecin et quitta la clinique. Aussitôt, le froid la saisit. Et dire que ce n’était que le début de l’hiver… Elle gravit avec précaution la volée de marches qui montaient à la terrasse supérieure. La boutique de fleurs se trouvait entre le Bison gourmand et le Magasin de l’Ouest, qui tenait Miranda. De la lumière filtrait encore à l’étage, ce qui lui parut bon signe. Elle frappa à la porte, décidée à faire demi-tour si son amie ne répondait pas. Une fenêtre s’ouvrit :
    
    « Tara, c’est toi ?
    
    — Oui… je suis navrée, Lisette. Je sais qu’il est tard, mais est-ce que je peux entrer ?
    
    — Bien sûr ! Attends-moi ! »
    
    La jeune fleuriste avait dû voler dans les marches, car elle ouvrit presque aussitôt :
    
    « Tara, tu as l’air glacée ! Viens vite ! »
    
    La jolie blonde la fit entrer dans la boutique, où Tara fut aussitôt accueillie par mille senteurs délicates.
    
    « Tu es sûre que je ne te dérange pas ?
    
    — Bien sûr que non ! J’étais en train de lire… »
    
    Une délicate rougeur envahit les joues pâles de la fleuriste.
    
    « Le genre d’histoire que j’apprécie… »
    
    Tara ne put s’empêcher de sourire ; non sans gêne, son amie lui avait avoué sa passion pour les romances et les contes de fées. À l’étage, elle possédait deux grandes bibliothèques pleines à craquer. La jeune fille ressemblait elle-même à une princesse de légende, avec ses boucles blondes et son visage délicat. Son intérieur spacieux reflétait sa personnalité, avec ses meubles de bois clairs et ses tableaux qui représentaient des bouquets colorés.
    
    « Assieds-toi ! Tu as l’air fatigué. Quelque chose ne va pas, Tara ? »
    
    La fermière lui expliqua rapidement la situation ; Lisette pâlit, les deux mains serrées sur son cœur :
    
    « C’est terrible ! J’ai bien entendu de l’agitation dehors, mais je pensais que c’était juste les garçons qui quittaient le restaurant comme tous les soirs… »
    
    Tara lui adressa un sourire rassurant :
    
    « Le pire est passé !
    
    — Fort heureusement, la Déesse soit louée ! Je suis contente de ne l’avoir appris que maintenant, ou je me serais bien trop inquiétée ! Malgré tout, cela va entraîner beaucoup de complications. Si le pont n’est plus praticable, toute la ville sera affectée. Et Wayne ne pourra pas reprendre son travail avant un bon moment… »
    
    Tara la fixa d’un regard surpris : elle n’avait pas pensé à cela, tant elle était soulagée qu’il soit sauvé. Bien entendu, cela tombait sous le sens. Au-delà des problèmes liés au courrier, elle se demanda comment le jeune homme allait vivre la situation. Après tout, il adorait son métier. Se trouver réduit à l’inaction lui pèserait beaucoup.
    
    Un sourire rassurant éclaira le visage de Lisette :
    
    « Allons, il n’y a pas de raison de trop s’en faire ! s’exclama-t-elle, avec cette disposition enjouée qui la rendait si charmante. Après tout, nous serons tous là pour aider Wayne, jusqu’à ce qu’il aille mieux. Est-ce que tu as mangé ?
    
    — Rapidement, au restaurant, mais j’avoue que j’ai encore faim… admit Tara, un peu penaude.
    
    « Je peux te préparer quelque chose, reprit la fleuriste. Il doit me rester un peu de soupe… Je peux te la réchauffer. J’ai aussi du pain, des biscuits et des oranges…
    
    — Ce sera très bien, merci.
    
    — J’ai déjà dîné, mais nous pouvons préparer ton repas ensemble et nous discuterons pendant ce temps… »
    
    Les deux jeunes filles discutèrent de choses et d’autres : Lisette de livres et de fleurs, Tara du travail à la ferme, des poussins qui étaient nés récemment, de son lapin angora que Lisette mourrait d’envie de voir… Quand l’horloge sonna minuit, la fleuriste lui proposa d’aller se coucher :
    
    « Tu as beaucoup à faire demain. Veux-tu que je te prête une chemise de nuit ? »
    
    Tara s’apprêtait à refuser, mais son amie avait déjà tiré de son placard une longue chemise en flanelle bleu pâle, ornée de volants et de ruban, qui ressemblent plus à une robe qu’à vêtement de nuit. Elle ne put résister à l’envie de la passer… Elle la trouva étonnamment douce et chaude.
    
    « Ça te va très bien ! dit Lisette en riant. En tout cas, tu as eu raison de venir chez moi ! Il y a un deuxième lit, qui remonte à l’époque où mes parents tenaient la boutique et devaient rester à Westown pour une raison ou une autre ! »
    
    Elle se prépara également pour la nuit et bientôt, les deux jeunes filles se couchèrent et éteignirent la lumière. Tara resta éveillée un long moment, repassant dans sa tête les événements de la soirée. Elle finit malgré tout par sombrer, bercée par la respiration régulière de Lisette.

Texte publié par Beatrix, 8 juillet 2020 à 21h09
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