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Tome 1, Chapitre 5 « En attendant des nouvelles » Tome 1, Chapitre 5
Westown, mercredi, mercredi, 4e jour de l’hiver, 22 h 40
    
    
    Tara avait perdu toute notion du temps. Elle dut s’endormir deux ou trois fois durant la longue attente. La jeune fille espéra qu’elle n’avait pas ronflé, bavé, ni parlé pendant son sommeil... Ou, si c'était le cas, que personne ne s'en était aperçu.
    
    À côté d’elle, son oncle tentait de rivaliser avec une locomotive à plein rendement. Tara faillit lui envoyer un coup de coude dans les côtes, mais il était sans doute épuisé, comme eux tous. Pourtant, d'habitude, la petite bande ne quittait le restaurant que bien plus tard. La tension qu’ils avaient éprouvée avait laissé dans son sillage une profonde fatigue.
    
    Miranda était rentrée pour veiller sur sa fille. Carrie avait tenu à rester avec Brad ; la jeune femme blonde sommeillait sur l’épaule de son mari. Seul Hector demeurait éveillé ; il échangea un regard avec Tara.
    
    « C’est long, murmura-t-il, en tâchant de ne pas réveiller les autres.
    
    — Ford est quelqu’un de très soigneux, il ne prend aucun risque.
    
    — Hmm. »
    
    Le silence – pour ainsi dire – retomba dans la pièce. Tara n’avait jamais apprécié les salles d’attente – personne ne les aimait, mais elle les détestait tout particulièrement. C’était comme si un mélange épais d’angoisse et d’ennui y stagnait, comme une sorte de brouillard poisseux, mais invisible. Même dans la jolie petite clinique blanche qui ressemblait à une maison de poupée en taille réelle, où officiait un médecin certes rigide et tatillon, mais qui oeuvrait au mieux pour la petite communauté.
    
    La jeune fermière se demanda si elle avait sa place ici ; après tout, cela ne faisait pas si longtemps qu’elle habitait dans les environs. Si elle l’avait avoué à son oncle ou à quelqu’un d’autre de la ville, elle aurait certainement soulevé une volée de protestations. Elle se frotta les bras, autant pour ne pas s'endormir que pour lutter contre le froid qui s’installait lentement dans la pièce. Hector, toujours aussi observateur, le remarqua et se leva pour mettre quelques bûches dans le poële. Tara le remercia d’un sourire.
    
    Quand la porte s’ouvrit d’un coup, tout le monde s’éveilla en sursaut. Cinq paires d’yeux se braquèrent dans la même direction. Ford repoussa ses lunettes en place et laissa passer un temps de silence, sans doute pour être sûr d’avoir capté l’attention de son auditoire. Sans nécessité, car elle lui était d'emblée acquise !
    
    « Je suppose que vous voulez des nouvelles avant de rentrer chez vous. Je comprends… Je suis surpris qu’il s’en tire à si bon compte. Habituellement, les chances de survies quand on tombe dans de l’eau glacée sont très brèves. Je ne comprends pas tout, je l’avoue, mais je suppose que ce mystère peut attendre… »
    
    Tara leva les yeux au ciel… Elle n’était pas la seule à s’impatienter, mais brusquer Ford ne servirait à rien.
    
    « Son état est satisfaisant. J’ai pu ramener son corps à une température normale et soigner ses blessures. Il souffre de contusions multiples, liées à sa chute et aux rochers en aval du pont. Il a aussi une jambe cassée, mais c’est une fracture nette, qui devrait se ressouder sans problèmes. »
    
    Un soupir de soulagement accueillit ces nouvelles rassurantes.
    
    « Malgré tout, je le garderai ici le temps d’être certain qu’il n’y a aucune complication. »
    
    Oui, c’était parfaitement raisonnable. Ford pouvait jouer les savants fous par moment, mais il maîtrisait la situation quand il soignait ses patients.
    
    La plupart du temps, du moins...
    
    « À présent, poursuivit le médecin, vous devez rentrer chez vous. Vous pourrez le voir demain, quand il aura récupéré quelques forces. Pour ceux qui habitent au-delà du pont, ne prenez aucun risque et passez par Tsuyukusa. Le chemin sera plus long, mais un autre accident me donnerait trop de travail. »
    
    Tara réprima un sourire : pourquoi Ford s'efforçait-il toujours de cacher ses sentiments ? C’était un homme bien plus généreux qu’il ne voulait bien le montrer, et il tenait à ses amis, les anciens comme les nouveaux. Les événements l'avaient sans doute bouleversé autant qu'eux. Il se trahissait par l’infime tremblement dans ses mains gantées et la façon dont il remettait sans cesse en place ses lunettes, sans nécessité visible.
    
    Pour quiconque n’avait jamais croisé Wayne et Ford plongés dans des discussions passionnées, lors des dîners qu’ils partageaient au Bison gourmand, cette amitié pouvait sembler étrange. Qu’est-ce qui pouvait rapprocher un médecin certes brillant, mais sévère, maniaque et asocial, d’un postier désinvolte et charmeur dont le caractère sociable et le visage d’ange entraînaient derrière lui bien des cœurs ? Ils étaient tous les deux travailleurs et dévoués à leur communauté, mais c’était le cas de tout le monde ici, d’après ce qu’elle avait pu voir.
    
    Il lui arrivait de tendre l’oreille pour écouter leurs conversations. Elle s’était aperçue, non sans étonnement, qu’ils échangeaient sur une variété de sujets souvent profonds, parfois même complexes. Wayne possédait plus de culture qu’on pouvait en attendre d’un simple postier dans une contrée isolée. Chaque petit détail surprenant qu’elle découvrait sur lui la poussait à en apprendre davantage, mais elle ne voulait pas se montrer indiscrète… Ni se conduire comme toutes les filles qui le collaient comme des mouches sur un pot de confiture.
    
    « Tara ? »
    
    Elle sursauta et se tourna vers le médecin :
    
    « Tout le monde est déjà parti. Tu devrais faire de même. »
    
    Elle avait beau savoir que Wayne se trouvait entre de bonnes mains, elle éprouvait une étrange réticence à l’abandonner, même sous la garde de son meilleur ami. C’était ridicule ! Elle n’était pas responsable de lui. Alors pourquoi avait-elle l'impression de le déserter ? Ce n’était pas comme s’il y avait quoi que ce soit de sérieux entre eux. Certes, ils avaient partagé des moments très particuliers. Une certaine nuit sous les étoiles… Mais cela ne lui donnait aucun droit de se conduire de la sorte.
    
    Ford soupira en repoussant la longue mèche blond cendré qui retombait devant son visage.
    
    « Bien, j’ai compris. Viens. »
    
    Tara leva les yeux vers lui, bouche bée. À présent, elle ne pouvait plus reculer.
    

Texte publié par Beatrix, 12 mai 2020 à 20h43
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