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Tome 1, Chapitre 2 « Un postier introuvable » Tome 1, Chapitre 2
II - Westown, mercredi, 4e jour de l’hiver, 20 heures 30

    
    
    Le cœur battant, Tara se hâta de retourner au Bison gourmand. Quand elle entra, tous les yeux se braquèrent sur elle :
    
    « Alors ? L'as-tu retrouvé ? »
    
    La question provenait de Ford ; comme à l’accoutumée, son visage impassible ne trahissait rien de ses sentiments. Malgré tout, sa position tendue et l’intensité de son regard témoignaient de son inquiétude.
    
    « Peut-être qu’il était fatigué et qu’il est resté dans une autre ville pour la nuit… hasarda Carrie.
    
    — Tu as sans doute raison ! renchérit Brad. Nous aurons des nouvelles demain matin. En tout cas, je compte bien lui sonner les cloches pour nous inquiéter ainsi ! »
    
    Frank demeurait muet ; ses sourcils épais ombrageaient son regard clair, si semblable à celui de son frère, sans l’éclat impérieux qui caractérisait souvent Daryl. Après un instant de silence, il se tourna vers Hector.
    
    « J’vais pas tarder à rentrer, mais j’vais quand même en profiter pour jeter un coup d’œil aux alentours. Ça n’lui ressemble pas de nous laisser sans nouvelles. Il aurait trop peur qu’on s’inquiète pour lui...
    
    — Pas faux », appuya Hector, toujours aussi taciturne.
    
    Tara aurait voulu les suivre, mais elle savait que les deux hommes connaissaient mieux la ville et serait plus prompts à intervenir en cas de problème.
    
    « Je pars également, déclara Ford. Autant que je sois à la clinique, si on a besoin de moi.
    
    — J’espère que ce ne sera pas l’cas, souffla Miranda.
    
    — Et toi, Tara ? Que vas-tu faire ? » lança Marco.
    
    La jeune fille se tourna vers le vieux cuisinier :
    
    « Je… je vais attendre un peu.
    
    — Si tu préfères rester là pour la nuit, nous pouvons t’héberger, proposa Carrie avec chaleur.
    
    — Tu as raison, approuva Brad. Avec le temps qu’il fait dehors, il vaut peut-être mieux que tu ne rentres pas ce soir. Après tout, tu as fini toutes tes corvées, le reste peut bien attendre demain matin ? »
    
    Tara baissa la tête, ne sachant que dire. Rester loin de sa ferme l’inquiétait ; après tout, depuis son arrivée presque deux ans plus tôt , elle y avait passé toutes ses nuits sans exception. Et si le toit d’une des granges s’effondrait sous le poids de la neige ? Si l’un des animaux s’échappait, que deviendrait-il avec ce temps épouvantable ?
    
    « Ça ira, finit-elle par répondre. j’ai déjà fait le chemin sous le blizzard, l’hiver dernier. C’était bien pire que cela… Je ferai juste attention en traversant le pont ! »
    
    Tandis qu’elle prononçait ces mots, elle sentit comme un frisson parcourir son dos. La structure s’était beaucoup dégradée durant le mois précédent. Chaque fois qu’elle passait dessus, les craquements du bois l’inquiétaient un peu plus.
    
    Déjà, Ford avait quitté la pièce ; Miranda jeta un châle sur ses épaules :
    
    « Je vais voir si Noelle est endormie. Je reviens tout d’suite. »
    
    Elle emboîta le pas à Frank et Hector qui se dirigeaient déjà vers la sortie. La fermière les regarda quitter le Bison gourmand avant de reporter son attention sur les lattes usées du parquet.
    
    « Assieds-toi, au moins », lui proposa gentiment Carie.
    
    Tara songea qu’elle devait avoir l’air un peu ridicule, debout au milieu de la pièce. Elle s’installa à la table la plus proche. Un plat apparut par magie devant elle : une tarte au poisson, le tout premier qu’elle avait dégusté au restaurant. Elle leva les yeux vers le visage souriant de Brad :
    
    « Je suppose que tu n’as pas dîné ? Quand on a le ventre vide, l’inquiétude est encore pire à supporter.
    
    — Je te dois combien ? murmura-t-elle, un peu gênée.
    
    — Rien du tout ! J’en avais fait un peu trop aujourd’hui et elles ne sont pas toutes parties ! »
    
    Marco glissa un regard vers son petit-fils :
    
    « S’il t’en reste une autre, je suis preneur...
    
    — Eh non, papi, c’était la dernière... »
    
    L’ancien restaurateur se renfrogna ; Carrie laissa échapper un petit rire à sa mine boudeuse. Tara se demanda comment ils parvenaient à rester aussi enjoué. Elle reporta son regard sur le plat devant elle : malgré l’odeur délicieuse qui en émanait, elle avait le ventre trop noué pour pouvoir l’apprécier. La jeune fille avait beau se dire que son attitude était ridicule. Après tout, ces gens présents connaissaient Wayne depuis bien plus longtemps qu’elle ! Il était l’un de leurs plus proches amis. Elle ne comprenait pas pourquoi la situation la touchait autant.
    
    Brad croisa les bras et son visage reprit une expression sérieuse.
    
    « Nous finirons par avoir des nouvelles, j’en suis certain !
    
    — Brad a raison, déclara Carrie. Et nous nous sentirons tous bêtes de nous être fait du de mauvais sang pour rien !
    
    — Se faire du mauvais sang pour un ami n’est jamais une perte de temps ! » décréta Marco en tortillant sa moustache.
    
    Leur confiance rassura Tara, suffisamment pour qu’elle retrouve un peu d’appétit. Comme d’habitude, les réalisations de Brad étaient excellentes. Le jeune cuisinier la complimentait toujours pour ses prouesses lors des concours culinaires, mais elle savait qu’elle se trouvait encore très loin derrière lui.
    
    Tara entama le repas en parlant de choses et d’autres avec le vieil homme et le jeune couple. Elle commençait à se détendre et même à rire un peu de ses craintes. Sur la pendule du restaurant, les aiguilles tournaient, mais elle s’efforçait de ne pas la regarder. Après avoir pris soin de sa fille, Miranda revint et discuta à voix basse avec Carrie.
    
    La fermière releva la tête de son assiette et les observa avec attention. Même s’ils prétendaient le contraire, elle pouvait voir à présent que leur anxiété ne s’était pas dissipée. Ils donnaient juste le change pour éviter de sombrer dans la panique. En dépit de leur caractère heureux et de leur générosité profonde, ils menaient une vie rude et modeste, qui les obligeait bien souvent à enterrer leurs soucis pour continuer à avancer. Certains d’entre eux avaient traversé bien des épreuves avant de trouver la paix dans la bourgade minière. À côté d’eux, elle se faisait l’effet d’une enfant gâtée.
    
    Quand elle baissa les yeux vers le plat, elle s’aperçut qu’il était vide ; elle l’avait englouti sans même y penser.
    
    « Il est sans doute temps que j’y aille, déclara-t-elle en se levant. Merci pour tout… »
    
    Avant même que les restaurateurs ne puissent la retenir, la porte s’ouvrit brusquement, pour laisser entrer un abominable homme des neiges…
    
    … qui n’était autre qu’oncle Frank couvert de flocons. Il s’ébroua, sans prendre garde aux cristaux blancs qui atterrissent sur le parquet pour y fondre en petites mares. La situation aurait paru comique sans l’expression d’effroi sur son visage :
    
    « Le pont… il est à moitié effondré ! »

Texte publié par Beatrix, 26 janvier 2020 à 19h13
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