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Sur l'onde mourante - Morceaux épars
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Tome 1, Chapitre 8 « Amies (Alyssa, Margaret) » Tome 1, Chapitre 8

– Je n’aurais pas cru qu’il fasse aussi beau aujourd’hui.

– Cela fait déjà une semaine que tu me répètes ce constat. Peut-être devrais-tu te faire à l’idée que l’image que tu te faisais de notre climat est un tantinet erronée ?

Alyssa gloussa aux propos de son amie ; le ton amusé ne lui avait pas échappé, aussi elle ne prit pas la peine de lui répondre. Elle leva le nez vers le ciel d’un bleu azuré exempt de nuages, puis ferma les yeux tandis qu’une brise légère se mit à agiter quelques mèches devant son visage. De la Grande-Bretagne, elle n’avait connu jusque-là que des rumeurs dont celle d’un mauvais temps quasi omniprésent. Depuis son arrivée quelques jours plus tôt, le pays semblait s’efforcer de détromper ses croyances ; pas une goutte de pluie n’était encore tombée et c’était à peine si elle avait aperçu quelques rares nuages gris. Le beau temps était de mise en ce milieu de printemps.

Un léger bruit rompit le silence et sortit Alyssa de ses pensées. Son regard tomba sur un écureuil grisâtre qui se détachait entre les mottes d’herbe. Alerte, l’animal huma l’air quelques secondes, la queue frémissante, avant de bondir et de reprendre sa course pour s’élancer vers le bois à proximité. Il disparut bientôt de son champ de vision. Un sourire étira alors les lèvres de la jeune femme, amusée par la scène, puis elle huma l’air à son tour. Des odeurs champêtres, douces et apaisantes, de fleurs et d’herbe stimulaient ses sens.

– C’est si apaisant.

Aucune réponse ne vint. Une brève œillade à sa droite l’informa que le visage de Margaret n’affichait qu’une placide indifférence à ses propos, cependant son regard lointain lui disait que son esprit était ailleurs. Elle plissa les yeux avant de les reporter sur le paysage autour d’elles. Il était difficile d’imaginer qu’un cadre aussi beau et enchanteur finirait par être détruit, comme tout le reste. Bulle naturelle préservée de la domination des Hommes, elle paraissait hors du temps, or cette impression n’était qu’une simple illusion ; et la réalité, elle, la rattraperait bientôt, comme tout le reste. Même si cette perspective ne ravissait pas Alyssa, il ne s’agissait rien de moins que de leur rôle et de leur devoir, sans compter les révélations d’Azazel. Pour Margaret, ce n’était plus seulement cela – auquel cas, elle n’aurait pas été tant enthousiaste à s’y soumettre.

C’était un désir plus que profond de punir ces êtres qui lui avaient pris ce qu’elle avait de plus cher, essayer de leur appliquer une forme de justice que personne d’autre ne leur infligerait.

Ce ne serait qu’un juste retour des choses, en somme.

– C’est un peu triste, quand même.

Alyssa ne douta pas que Margaret savait à quoi elle pensait, car elle répondit aussitôt :

– Ce ne sera que partie remise, et amplement mérité. De toute façon, n’est-ce pas ce qu’eux-mêmes veulent, que nous détruisions tout cela ?

Alyssa fit la moue.

– Si. Mais c’est quand même dommage.

Margaret ne répondit pas. Même si elle tentait de le masquer, sa tristesse était palpable, et cela émut son amie. Avec la disparition de Gabriel, Margaret ne compatissait plus tant au futur sort de leur espèce ni à celui des autres êtres vivants. Cela ne lui importait plus. Et comment le lui reprocher ? Ce n’était sans doute pas plus mal, d’ailleurs, car tout cela était voué à disparaitre. Il était plus facile de s’y résigner ainsi.

Le regard d’Alyssa se perdit sur l’herbe balayée par la brise, les quelques éclats rouges et jaunes qui la parsemaient comme autant de fleurs éparses et éphémères.

– Tout du moins… je suis heureuse que tout cela m’ait permis de te connaitre, finit-elle par avouer du bout des lèvres, un peu gênée.

Même si cela faisait un moment qu’elle y pensait, jamais elle n’avait posé des mots dessus de vive voix ni devant Margaret. Avec ce qui les attendait prochainement, Alyssa trouvait le moment opportun pour se confesser.

– Je suis heureuse de t’avoir rencontrée.

Cette fois, Margaret se tourna vers elle, attentive. Une certaine émotion transpirait de ses traits.

– Moi aussi, j’en suis heureuse, lâcha-t-elle dans un souffle.

Elle hésita quelques secondes avant de poursuivre :

– Tu es sans doute la seule personne au monde que je considère comme une véritable amie, tu sais ?

Alyssa sourit, les joues roses et le cœur gonflé de joie à l’entente de ces mots, plus encore parce qu’ils étaient prononcés par elle. L’amitié était une chose rare dans leur monde, plus encore à cause de ce qu’elles étaient. Sans être en mesure de se contenir, elle lui attrapa la main.

– Je ressens la même chose.

Margaret fixa quelques secondes leurs mains nouées, sans pour autant chercher à s’y soustraire.


Texte publié par Ploum, 24 mars 2021 à 17h40
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