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Tome 1, Chapitre 3 « Chapitre 1 - Mikla » Tome 1, Chapitre 3
Mikla Lëkön était pressé. Il avait pris du retard en se soumettant aux jeux auxquels s'adonnaient ce matin ses jeunes sœurs, Dara et Stia, filles de la quatrième épouse de son père, Pria. Le jeune homme avait bien du mal à résister aux yeux d'antilopes bronzes, hérités de leur mère, des plus jeunes membres de sa famille. Cette faiblesse, qui n'était pas passée inaperçue des petites filles, était exploitée sans relâche par ces dernières.
    
    Le jeune atlan, après avoir quitté sa demeure et traversé nombre de ruelles, cheminait à présent sur la Grande Rue pavée qui traversait la cité d'Atelmisïa du nord au sud. Cette dernière était bordée de nombreuses statues, colorées et vêtues, à l'effigie des grands Rois, Hauts-Rois et autres importants dignitaires du passé, depuis longtemps décédés. Au loin, à l'ouest, il pouvait observer le Haut-Temple fait de pierre obsidienne qui s'élevait vers les cieux en trois étages aux angles vifs et abrupts, qui se rétrécissaient à mesure qu'ils gagnaient en hauteur. Là, on pouvait se rendre afin de prier à l'autel officiel des différents dieux du Panthéon atlante. Ce qui n'empêchait pas nombre de citoyens de dédier en leur demeure, ou en pleine rue, des alcôves sacrées vouées à la prière et aux offrandes.
    
    Mikla se trouva bientôt dans la colonne éparse de badauds qui remontaient la rue et se faufila un chemin entre eux. Il dut s'excuser pour passer au travers d'un groupe de femmes qui marchait à une allure d'éléphant, comme si elles avaient tout le temps du monde. Ces dernières s'écartèrent en grommelant leur désapprobation, mais Mikla n'avait cure de leur courroux. Après deux centaines de mètres de marche encore, à contourner les passants au pas de course, il aperçut enfin la ruelle qu'il recherchait et connaissait bien. Il l'emprunta. Fort heureusement, cette dernière était déserte et l'atlan put enfin se mettre à trottiner, espérant rattraper une partie de son retard par ce biais. Quand, enfin, une grande demeure cubique à un étage bien connue se dessina sous ses yeux miel, un grand sourire vint éclairer son visage.
    
    L'atlan se dirigea vers elle et s'arrêta devant la porte rouge du domaine, close. Il tira immédiatement sur la cordelette à l'extrémité de laquelle était attachée une clochette, accrochée au mur à sa droite et attendit. Le clappement de sandales contre des pavés l'avertit de l'approche de quelqu'un et il trépigna d'impatience. Soudain, les pas se stoppèrent et le bruit d'un loquet qui s'ouvrait lui parvint. Un visage gracile apparut bientôt et la porte s'ouvrit en grand un instant plus tard pour le laisser passer. L'esclave adolescente qui lui faisait face l'avait reconnu comme un invité régulier et n'osa pas questionner les raisons de sa venue. Une fois passé le mur d'enceinte, Mikla se dirigea immédiatement vers l'entrée de la demeure, qu'il franchit avec l'assurance d'un habitué. Il se retrouva bien vite au point d'orgue de la villa, que son propre foyer possédait, comme toutes les habitations de notables : le bassin décoratif. Là, il patienta. Nulle doute que l'esclave qui l'avait fait entrer était partie prévenir ses maîtres de sa présence. Il n'eut pas à attendre longtemps. Une silhouette voluptueuse qui lui était familière se dessina entre deux colonnes ébènes, suivie par une seconde, en retrait.  
    
    — Tu es en retard, l'accusa celle qu'il était venu voir en s’arrêtant devant lui, avant de lui tendre ses deux mains.
    
    En réponse, Mikla s'avança d'un pas et se courba pour embrasser les paumes offertes en offrande de son interlocutrice, signe traditionnel de salutation envers une femme. Tout en se redressant, il prit la parole à son tour.
    
     — Je m'excuse, mes sœurs m'avaient pris en otage. Il n'a pas été facile de leur échapper.
    
    L'atlane qui lui faisait face sourit alors avec attendrissement.  
    
    — Bien, je suppose qu'en de telles circonstances, je peux accepter tes excuses. Puisque tu es enfin là, ne perdons pas de temps et partons. Zama, as-tu pris ma bourse ?  
    
    — Oui maîtresse, lui répondit la concernée qui portait en travers de sa poitrine un large sac brun, décoré de formes géométriques rouges et blanches.  
    
    — C'est bon de te revoir Zama, l'interpella alors le jeune atlan sans se départir de son sourire, qui trahissait la sincérité de sa déclaration, et l'esclave le lui rendit.  
    
    — Comme de vous revoir maître.
    
     — Eh bien, ne perdons pas plus de temps ! s'exclama Adia Kal, avant de s'élancer en direction de la sortie, rapidement suivie par son ami et sa servante.
    
    Une fois le domaine quitté, tous prirent le chemin pour rejoindre le marché, au sud de la cité. Le quart d'heure nécessaire pour s'y rendre fut passé à discuter des derniers potins entre les deux atlantes, tandis que Zama se tenait trois pas derrière eux, silencieuse. Cela faisait deux semaines que les deux amis ne s'étaient pas vus, et il y avait beaucoup à rattraper. Ils arrivèrent finalement à l'entrée est de la zone commerciale d'Atelmisïa, bondée. Les deux jeunes gens furent immédiatement submergés par un mélange odorant de viandes et poissons en pleine cuisson, d'épices et de la fragrance fauve d'animaux aussi bien endémiques qu'exotiques, proposés à la vente. Sans attendre, Adia se dirigea vers sa partie préférée du marché, où l'on troquait pièces contre habits et bijoux. Mikla eut un sourire indulgent, après avoir levé les yeux au ciel, reconnaissant bien là la jeune femme. Après avoir déambulé quelques minutes, l'atlane se stoppa devant une échoppe où, sur de multiples présentoirs, trônaient des parures colorées et visiblement précieuses. Adia se saisit immédiatement d'un collier en perles multicolores, qu'elle examina quelques instants, avant d'exiger d'une voix douce mais ferme :
    
    — Zama.
    
    Saisissant la teneur de l'ordre non formulé, l'esclave se rapprocha de sa maîtresse de façon à ce que celle-ci lui passe autour du cou sa trouvaille. Puis, l'atlane examina intensément le rendu que donnait le bijou une fois porté. Visiblement satisfaite, elle récupéra l'objet avant de se tourner vers son vendeur.
    
    — Je vais le prendre, ainsi que ces boucles d'oreilles, lui indiqua Adia en pointant ces dernières du doigt. Combien ?
    
    — Ça fera trois pièces d'or.
    
    Sans ciller devant cette dépense astronomique, Adia indiqua à son esclave de lui faire passer ce montant et celle-ci s'exécuta. Quand la transaction fut réglée, et les trouvailles d'Adia rangées précieusement dans le sac que transportait Zama, le petit groupe reprit la route, avec toujours la jeune femme à leur tête. Mikla n'avait, de son côté, aucune volonté d'acheter quoi que ce soit aujourd'hui, bien qu'il avait emmené avec lui sa bourse, attachée à la ceinture de son saroual. Pour cette raison, et parce que contrarier Adia n'était jamais une bonne idée, il laissait cette dernière s'adonner à tout le magasinage qu'elle souhaitait. Ils se retrouvèrent vite devant un nouvel étal, d'étoffes cette fois-ci, et la jeune femme se mit immédiatement en quête d'une nouvelle tenue, bien qu'elle disposait déjà de plus que suffisamment d'entre elles. Puis, alors qu'elle examinait un drapé vert d'eau d'un œil aiguisé, elle prit la parole, sans quitter le morceau de tissu des yeux.
    
    — Oh, je ne t'ai pas dit. Ma mère m'a révélé ce matin qu'une nouvelle demande avait été faite pour ma main. Elle venait du seigneur Araëm, tu te rends compte ? Ce vieil homme n'a aucune pudeur.
    
    Mikla tenta de garder une expression vierge à l'entente de cette nouvelle, de peur de trahir les sentiments qui le tourmentaient. Intérieurement, il bouillait. Le serpent de la jalousie qui ne le quittait plus depuis qu'Adia avait reçu ses premières demandes en mariage resserra sa prise sur ses tripes. Le jeune homme tenta de faire abstraction de cette douleur, devenue familière, sans beaucoup de succès.
    
    Il se trouvait que le jeune Lëkön était amoureux d'Adia Kal depuis aussi loin qu'il s'en souvenait, mais n'était jamais parvenu à lui déclarer sa flamme. Son père aurait sans nulle doute considéré cela comme de la faiblesse de caractère et Mikla n'aurait pas pu l'en détromper. Après tout, il était fils de seigneur, amené à devenir un notable lui-même. Révéler ses sentiments à celle qui faisait battre son cœur aurait dû être une simple formalité, d'autant plus que la belle n'aurait eu aucune raison valable de le refuser. Il avait, après tout, pour lui la vigueur de l'âge, le rang et un physique avantageux. Tout ceci, doublé d'un caractère aimable et conciliant. Qui plus est, Adia et lui se connaissaient depuis l'enfance et aimaient à passer du temps ensemble. En somme, tout le désignait comme le prétendant idéal de la jeune femme. Mais, malgré la connaissance de ses avantages, l'atlan ne trouvait pas en lui le courage de se déclarer de peur de perdre la relation privilégiée qu'il entretenait avec Adia. Celle-ci était notoirement difficile à impressionner, en démontrait la longue liste de ses soupirants éconduits, certains d'une caste qui lui était supérieure. Alors, Mikla ravala sa contrariété, et répondit simplement :
    
    — En effet.
    
    Mais, toute à ses emplettes, Adia était déjà passée à autre chose et admirait à présent un voilage brun, proche du noir, décoré de fils d'or.
    
    — Qu'en penses-tu, Zama ? interrogea-t-elle son esclave, un sourire aux lèvres. Ne penses-tu pas que ce coloris siérait à merveille à ton teint ?
    
    — Vous n'avez pas besoin de m'acheter quoi que ce soit maîtresse, vous êtes déjà trop bonne. lui répondit cette dernière, sans surprise, habituée à ce que la jeune Kal lui offre des présents.
    
    — Balivernes ! Je vais le prendre ! s'exclama-t-elle en direction de la propriétaire de l'échoppe, qui s'empressa de finaliser avec elle son achat, auquel s'ajouta bientôt trois autres pièces d'habillement, destinées Adia elle-même.
    
    Zama se saisit des drapés soigneusement pliés que lui tendit la marchande et les rangea dans son sac. Puis, tous reprirent la route. Une heure plus tard, alors que le dieu solaire s'était élevé à son zénith, Adia déclara qu'elle avait faim et Mikla convint qu'il était temps de rentrer. Le groupe se fraya un chemin hors du marché pour rejoindre la demeure de la jeune atlane, où cette dernière invita son ami à déjeuner. Ils se restaurèrent de dattes, viande de chèvre, lentilles, pois chiches, galettes d'avoine et vin miellé, avant de se séparer, convenant de se revoir rapidement.

Texte publié par Alie, 17 janvier 2020 à 13h49
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