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Tome 1, Chapitre 1 « Chapitre 1 - Adia » Tome 1, Chapitre 1
Adia Kal s'éveilla en douceur alors qu'un rayon de soleil vint se poser sur ses yeux encore clos. Elle bâilla et entreprit de s'étirer pour faire disparaître les vestiges de son sommeil. La jeune femme ne se leva pas immédiatement, décidant de se prélasser encore quelques minutes. Elle ne tarderait pas à se faire tirer du lit par Zama, son esclave personnelle depuis une décennie déjà, cadeau de ses parents pour fêter son jour de naissance de l'époque. C'était probablement l'un des plus précieux qu'elle ait jamais reçu.
    
    Zama était devenue au fil du temps bien plus qu'une servante, Adia irait jusqu'à dire qu'elle était une de ses amis les plus chers ; une confidente. Il n'était pas commun en Atlantis d'éprouver ce genre d'affection pour un esclave, car ils étaient inférieurs en tous points au Peuple Élu dont faisait partie la jeune assoupie. Malgré tout, si Adia ne considérait effectivement pas Zama comme son égale, elle n'avait pu s'empêcher de s'y attacher. Après tout, qu'aurait-il pu se produire d'autre en offrant une personne si attentionnée à une fillette de six ans ?
    
    Bien qu'elle avait conservé les yeux clos, Adia s'aperçut qu'elle n'était plus seule dans son appartement. Un froissement de tissus contre une chair qu'elle savait étrangement foncée l'avertit que Zama avait fait son entrée.
    
    — Il est temps de vous lever jeune maîtresse. l'informa une voix profonde mais douce, avec un léger mais reconnaissable accent étranger, vestige de l'usage passé d'une langue primitive, tandis qu'une main écartait de son visage une mèche noire et bouclée avec la tendresse d'une mère.
    
    Alors seulement Adia souleva les paupières, révélant à l’orée du jour deux prunelles faites d'or en fusion. Au-dessus d'elle, entre deux voilages de lit translucides, se tenait une silhouette aux formes voluptueuses qu'elle connaissait bien, drapée d'émeraude et d'un doux brun. Ainsi qu'un visage qu'elle avait tant contemplé au fil des années qu'elle aurait pu en esquisser les traits acérés à l'aveugle.
    
     — Bonne matinée, Zama.
    
     — Bonne matinée, jeune maîtresse. Vos parents sont déjà levés et le maître a quitté la demeure tôt aujourd'hui. Voulez-vous que je vous apporte le petit-déjeuner ici ou souhaitez-vous le prendre dans le solarium ?
    
     — Dans le solarium, merci, répondit l'Atlane en bâillant une fois de plus avant de s'asseoir sur sa couche surélevée du sol, faite de lattes en osier superposées les unes aux autres et recouvertes d'une multitude de draps et de coussins colorés, qui mêlaient lin et lainages.
    
    Zama s’agenouilla instantanément devant elle pour faire couler sur ses pieds une paire de chausses d'intérieur, afin que la pierre noire et froide du par-terre n'incommode pas sa maîtresse. Quand ce fut fait, elle se dirigea vers l'une des malles élégamment décorée de sigles cunéiformes en or, caractéristiques de l'écriture Atlane, présentes dans l’imposante pièce. Elle en extrait une robe de chambre en lin, embellie de fleurs, pour en couvrir la belle. Cette dernière n'était, jusque-là, vêtue que d'une longue tunique de nuit transparente. Une fois vêtue, l'Atlane quitta ses draps chauds pour se diriger vers sa coiffeuse, suivie de près par son esclave. Celle-ci s'attacha immédiatement à brosser ses longs cheveux aux boucles récalcitrantes, avant de les nouer en un ensemble complexe de tresses qui devait lui durer la journée entière.
    
    Pas un mot de plus ne fut échangé durant les quelques minutes qui suivirent, les deux femmes partageant un silence coutumier et confortable. Puis, elles quittèrent les appartements aux murs de pierres blanches, agrémentés de fresques carmines, cobalt et or de la jeune maîtresse et atteignirent le solarium, où cette dernière fut surprise de trouver sa mère, déjà toute apprêtée pour la journée. Le solarium, comme son nom l'indiquait, était baigné de la lueur du jour, qui se reflétait sur l'immense mosaïque représentant une scène bucolique, qui s'étendait sur un pan de mur entier de la pièce semi-close par plusieurs colonnes obsidiennes, décorées d'ocre rouge et jaune. Au dehors de ce dernier, se trouvait le bassin décoratif de la villa, cœur de cette dernière, lui-même baigné de lumière grâce à l'absence de toit au-dessus de lui et rempli d'eau, sur laquelle diverses fleurs odorantes se mouvaient au gré d'une douce et chaude brise matinale.
    
    Une fois Adia arrivée à destination, Zama s'inclina comme le voulait sa position - passant totalement inaperçue de ses propriétaires, qui ne se quittaient pas du regard - avant de s'éclipser sans un bruit. Derrière l'Atlane plus âgée se trouvait, debout et aussi immobile qu'une statue, sa propre esclave personnelle, Arenia. Cette dernière, au teint plus clair qu'Adia ou sa mère, dont la carnation était d'un miellé brun, était déjà une femme âgée, comme le trahissaient les mèches grises qui striaient ses longs cheveux noirs, relevés dans son habituel chignon strict.
    
     — Mère, je suis surprise de te voir ici. D'ordinaire tu es déjà toute à tes affaires à cette heure-ci, s'étonna la nouvelle arrivée en prenant place autour de la table, bientôt alanguie sur d’épais et doux coussins brodés aux mille couleurs.
    
    Elle se saisit d'un morceau de figue fraîche dans la petite coupole circulaire en bronze posée devant elle et eut le temps d'en croquer un morceau avant que son interlocutrice ne prenne la parole.
    
     — C'est que j'ai un sujet d'importance à discuter avec toi, ma fille. Une nouvelle demande pour ta main a été formulée et je voulais t'en faire part.
    
     — Oh ? De qui vient-elle cette fois-ci ? s'enquit distraitement la jeune femme, avant d'avaler le reste du fruit violacé qu'elle tenait entre deux doigts, qu'elle ne tarda pas à lécher pour en faire disparaître le jus.
    
     — Du Seigneur Araëm, j'en ai bien peur.
    
     — L'homme n'a-t-il pas déjà plus de soixante-dix années passées et six femmes pour le satisfaire ? Que pourrais-je lui apporter de plus ?
    
     — Son goûts pour les plaisirs et la chair fraîche ne connaissent aucune limite, semble-t-il. Évidemment, comme ton père et moi n'aurions aucun intérêt à forger des liens matrimoniaux avec sa famille et que ton bonheur nous tient à cœur, un refus s'impose. Je voulais juste te faire connaître les faits, répondit la femme plus âgée, tout en versant à sa fille une tasse de lait bovin coupée d'eau chaude, miellée et épicée.
    
    Se saisissant du récipient brûlant avec minutie, la jeune Atlane reprit la parole.
    
     — Néanmoins, c'est un sujet que tu aurais pu évoquer au dîner de ce soir, et pourtant, tu as préféré me parler seule ce matin. Quelle en est la raison ?
    
     — Je sais combien tu es éprise de liberté Adia, mais je dois te dire en toute franchise que ton célibat m'inquiète. Tu as déjà seize années révolues. A ton âge, j'étais déjà mariée et mère. Ne veux-tu pas accomplir le destin que les dieux ont tracé pour toi en mettant au monde des enfants ?
    
     — Bien sûr que je veux honorer les dieux mère, mais aucun homme convenable ne m'a encore fait sa demande.
    
     — Alors c'est à toi d'en trouver un à épouser ! Tu es une femme depuis quelques années maintenant, tu as fleurie aussi joliment que l'on pouvait s'y attendre ; plus même à mes yeux. Et cela me désole de te voir encore sous mon toit alors qu'un avenir radieux t'attend en dehors de ces murs, confessa Melekna Kal, les yeux humides et le souci gravé sur ses traits sans âge, qui ne disaient rien des trente-huit années qu'elle avait déjà passées à arpenter ce monde.
    
     — Oh, mère, ne pleure pas. Ton inquiétude est infondée. Je trouverai bientôt un homme à vous présenter, à père et toi. Il n'y a aucune raison de s'alarmer. N'es-tu pas déjà satisfaite que Tesios se marie prochainement ?
    
     — Bien sûr que je suis heureuse que ton frère prenne femme dans un avenir proche, tout comme j'ai été ravie que Morak épouse Mira, il y a déjà six ans. Mais je veux que tous mes enfants connaissent le bonheur d'une vie conjugale épanouie, toi y compris Adia. Alors promets-moi de le rechercher.
    
     — Bien mère, soupira la jeune femme, avec l'accent du renoncement. Je ferai comme tu le souhaites.
    
    Puis, cette conversation close, les deux femmes achevèrent leur petit-déjeuner dans un silence relatif, échangeant parfois ci et là des banalités, avant de se séparer pour la journée, chacune partant vaquer à ses occupations quotidiennes.

Texte publié par Alie, 11 janvier 2020 à 23h21
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