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Tome 1, Chapitre 13 « Le Garde et le Changeforme » Tome 1, Chapitre 13
Il était une fois un tout petit royaume, avec un roi qui passait pour un assez bon souverain. Il avait gardé près de lui un garde d’une grande loyauté, un brave garçon sans vrai relief, mais qui lui demeurait totalement dévoué, du nom de Pierrin. Ce garde rencontra une charmante jeune fille, Stella, qui vivait dans l’empire tout à côté du royaume. Lors de ses permissions, il prit l’habitude d’aller la visiter.
    
    Certains collègues mal intentionnés vinrent le dénoncer au roi, qui éprouvait beaucoup de jalousie face à ce glorieux empire. Aussi convoqua-t-il Pierrin et le sermonna-t-il violemment, en l’accusant de vouloir le trahir et en lui interdisant de se rendre au-delà de la frontière. Le pauvre garde obéit et ne rencontra plus sa dulcinée qu’en cachette. Malgré tout, le roi conserva envers lui une rancœur cachée.
    
    Un jour, arriva dans la garde une nouvelle recrue, Zefirin, un homme fort épris de lui-même et qui ne cessait de critiquer son employeur. Le roi s’en méfia très vite, au point de demander à Pierrin de garder un œil sur lui, en échange de sa faveur passée. Pourtant, quand il apprit que l’intéressé appartenait à une noble lignée, le roi oublia ses doutes et se multiplia les gestes à son égard. Comme son nouveau favori haïssait le pauvre Pierrin, pour lui être agréable, le souverain accabla le malheureux de brimades et de vexations.
    
    Pierrin s’interrogea longuement sur les raisons de l’inimitié que lui portait son collègue. Il n’avait jamais fait le moindre mal à quiconque, sauf pour défendre son maître, cela allait de soi !
    
    C’était le cœur lourd que Pierrin se mettait chaque jour à sa tâche. Il éprouvait l’envie de quitter le petit royaume et de s’installer avec sa fiancée dans l’Empire, où il devrait chercher un travail, mais où il se trouverait à l’abri des menées de son rival. Il restait malgré tout, tant sa loyauté demeurait vive même envers ce souverain ingrat.
    
    Un jour, alors qu’il se rendait au rendez-vous secret avec sa fiancée, il l’aperçut sous le grand arbre où ils se retrouvaient habituellement, en compagnie d’un autre homme. Il poussa un cri déchirant. En l’entendant, l’intrus se retourna : avec stupeur, il reconnut son propre visage ! Le pauvre garçon crut devenir fou. Il s’enfuit en courant, aussi loin que possible.
    
     C’était l’hiver et la neige tombait à pleins flocons. Pierrin avait de plus en plus de mal à marcher, et finit par s’abattre sur le chemin. Le conducteur d’un traîneau qui passait par là le trouva et le ramena, inconscient, en sa demeure. Quand il reprit connaissance, Pierrin découvrit qu’on l’avait porté dans un vaste palais de glace où déambulait une foule de sujets vêtus de fourrures. Celui qui l’avait recueilli n’était autre que le roi du pays d’Hiver lui-même. Pierrin le remercia avec effusion et lui narra son histoire, que le vieil homme écouta avec attention.
    
    « Il est étrange qu’un simple garde comme toi fasse l’objet d’une telle vindicte ! Ton destin m’a touché, je vais donc te donner le moyen de te rendre invisible. Tu pourras ainsi comprendre qui a usurpé ton identité ! »
    
    Il lui confia une boule argentée :
    
    « Quand tu voudras disparaître de la vue des autres, il suffira que tu la brises ! »
    
    Un peu calmé, Pierrin retourna auprès de Stella et lui expliqua ce qu’il avait vu. La jeune fille eut du mal à le croire, mais elle avait assez confiance en lui pour ne pas rejeter ses dires. Elle lui confia qu’elle devait retrouver son double le soir même.
    
    Ils se concertèrent et décidèrent que Stella rencontrerait l’usurpateur. Pierrin se rendrait invisible pour le suivre et découvrir qui il était. Les choses se déroulèrent de la façon prévue ; Stella écourta le rendez-vous sous un prétexte quelconque. Pendant ce temps, Pierrin brisa la boule ; aussitôt, un scintillement l’enveloppa, puis son image s’effaça. Il put ainsi emboîter le pas à son sosie.
    
    À sa grande surprise, notre garde se retrouva dans la caserne, devant la chambre de Zefirin. En observant par le trou de la serrure, il vit son rival se changer en un monstrueux être verdâtre… Voilà donc à quoi le roi avait confié sa vie ? À cette monstruosité à la peau racornie, aux yeux brûlants et à la bouche emplie de crocs ? Il comprenait mieux pourquoi « Zefirin » l’avait tant haï !
    
    La créature, qui avait repris l’apparence du garde arrogant, quitta la chambre et se dirigea vers la grande salle où se tenait le banquet de Noël. Pierrin s’y glissa, toujours invisible ; il ne put s’empêcher d’admirer la vaste pièce, décorée de centaines de lanternes, de rubans brillants et de guirlandes de sapin. Des mets somptueux reposaient sur les tables en attendant d’être consommés.
    
    L’usurpateur n’y prêta aucune attention. Il fila vers les cuisines et, profitant du fait que tout le monde était affairé, se faufila jusqu’à une grosse marmite qui bouillait sur le feu. Il tira de sa poche un petit sachet, en dénoua les cordons et versa une poudre noirâtre dans la traditionnelle soupe de minuit. Devinant qu’il devait s’agir de poison, Pierrin passa derrière lui ; saisissant le tisonnier, il l’assomma et le précipita la tête la première dans la marmite, où il fut ébouillanté et empoisonné tout à la fois. Le personnel des cuisines, attiré par ses hurlements, put le voir perdre les traits aimables de Zefirin pour reprendre ceux du monstre. Le chaudron se renversa et le monstrueux comploteur roula au centre de la pièce dans l’effroi général.
    
    Pierrin s’approcha de la créature agonisante et souffla à l’oreille de l’être :
    
    « Pourquoi ? »
    
    « Zefirin » reconnut sa voix et esquissa une grimace où la haine éclipsait la souffrance.
    
    « Tu avais tout, un bon poste, une jolie fiancée… Alors que les êtres tels que moi sont condamnés à l’ombre…
    
    — Mais tu m’avais volé tout cela… Alors, pourquoi décimer la cour ? »
    
    Il vit briller dans les yeux mourants un éclat verdâtre – celui d’une envie si féroce qu’elle l’avait poussé à annihiler même tout ce qu’il avait pu gagner que par tromperie… en même temps que tout ce qu’il n’avait pas pu avoir. La bête rendit l’âme ; tandis que les cuisiniers disposaient du cadavre à moitié ébouillanté, Pierrin se précipita au-dehors pour prendre une longue goulée d’air. Était-ce donc cela, le visage de l’envie ?
    
    Le garde aurait pu en profiter pour regagner auprès du roi sa faveur perdue, mais il n’avait plus la volonté de servir un homme qui l’avait ainsi méprisé. Il partit chercher Stella et tous deux retournèrent au château du roi d’Hiver pour lui restituer la boule qui rendait invisible. Touché par son honnêteté, le souverain lui proposa de devenir garde dans son beau palais de glace.
    
    On dit que depuis, Stella et Pierrin y vivent encore, loin de jalousie de leurs semblables.

Texte publié par Beatrix, 23 janvier 2020 à 22h20
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