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Tome 3, Chapitre 6 Tome 3, Chapitre 6
Elle vivait dans ce petit studio depuis quelques années déjà, et l’avait aménagé à sa convenance. Pourtant Anne ressentit l’impression de ne plus y être à sa place.
    
    Les citations, les tirades, les références historiques.... Bref toutes les paroles de Séraphine et les leçons sous-entendues dedans, se résumaient dans cette sensation.
    
    Autant de changements étaient difficiles pour quelqu’un d’aussi jeune. Il aurait fallut quelqu’un pour l’aider, la conseiller. Malheureusement Séraphine était irremplaçable.
    
    A défaut d’une solution, vint une distraction. Quelqu’un frappait la porte. La propriétaire n’était plus en mesure de se plaindre de ses retards de loyer à présent. Ses relations actuelles se limitaient ces derniers temps à Séraphine.
    
    Alors qui ?
    
    Anne ne s’attendait pas à un coup de théâtre. Simplement elle avait besoin d’un peu de changement. Par conséquent elle s’empressa d’ouvrir. Surprise, joie, et dégoût s’enchainèrent.
    
    C’était la fausse Séraphine de l’enterrement.
    
    « Puis-je entrer ? » Dit-elle sans attendre de réponse.
    
    La fausse étudia l’endroit cliniquement comme un détective en quête d’un indice. Une fois cette analyse effectuée elle reporta de nouveau son attention sur Anne.
    
    Elle lui adressait ce même regard écœuré qu’à Green Wood.
    
    « Vous pourriez fermer la porte. »
    
    Le ton sec et rigide employé était en parfaite adéquation avec le reste de sa personne.
    
    Anne s’exécuta mécaniquement, le regard toujours braqué sur sa visiteuse. Son air si guindé, ses mouvements réduits, et sa tenue fade, donnaient à Anne l’envie de lui arracher ce visage, qu’elle souillait.
    
    Au bout de quelques minutes la fausse exprima une autre émotion que la répugnance, l’agacement. Remise de la surprise Anne en comprit progressivement la raison : les usages. Elle était censée accueillir son hôte, lui demander les raisons de sa présence, lui proposer de s’assoir....
    
    Suiveuse de nature Anne n’en fit pourtant rien. C’était certes mesquin, mais tellement agréable de voir la fausse s’énerver dans le vide.
    
    Acculée la fausse fut bien obligée à prendre la parole debout.
    
    « Je suis Mary Winston, la soeur de Elisabeth. »
    
    En plus de la froideur s’ajoutait dans cette phrase un certain orgueil. L’indifférence d’Anne n’en fut que plus blessante. Mary sortit alors de ses gonds du moins autant qu’elle en était capable, c’est-à-dire en laissant émerger une pointe de colère.
    
    « Je suis là pour le testament. »
    
    « Pour l’argent. » Rectifia Anne.
    
    Elle-même fut surprise par sa propre réplique. Anne avait toujours été effacée. Avant de juste aborder une femme à son goût, elle prenait milles précautions. Et voilà qu’elle donnait dans le sarcasme.
    
    Au contraire Mary persévérait dans son comportement habituel.
    
    « Pour la justice ! »
    
    Face à cette réplique si pompeuse Anne se retint de rire, et laissa donc l’autre femme poursuivre.
    
    « C’est sa famille, qui devrait hériter des biens d’Elisabeth et non vous. »
    
    « Ça va pourtant être le cas. » Rétorqua Anne toujours cynique.
    
    Ces dernières paroles figèrent un court instant Mary. D’abord offusquée elle se reprit rapidement. Mais le ton employé avait changé. Il était plus menaçant.
    
    « Ce qui vous avez fait avec Elisabeth était immoral et illégal. »
    
    « La loi sur la sodomie ne s’applique pas à votre sœur et moi. »
    
    La réplique de Mary se limita cette fois-ci à du cafouillage. Tellement sûre de son bon droit, elle ne lui était même pas venue à l’esprit que ces pratiques obscènes ne puissent pas être sanctionnées légalement. Seulement Anne affichait une telle assurance. Elle disait forcément vrai. Mary le sentait bien tout en le niant.
    
    Si l’une hésitait, l’autre au contraire savait parfaitement ce qu’elle avait à faire. Tout sourire Anne alla jusqu’à la porte d’entrée, l’ouvrit, et effectua une large révérence.
    
    Dans son petit monde si lisse et si restreint de Mary, ce genre d’action s’apparentait à de la démence. Elle n’obtempéra pas. Elle fuya.
    
    Une fois la porte refermée aucun cri de victoire n’eut lieu. A la place Anne poussa un soupir nostalgique. La dernière action ayant chassée cette horrible femme, était en fait l’oeuvre de Séraphine.
    
    C’était elle, qui lui avait légué ses biens. C’était elle, qui l’avait informée à propos des failles juridiques sur les invertis. C’était elle également, qui avait congédié Mary avec son style si particulier. Anne n’avait été, qu’une sorte d’intermédiaire.
    
    Suite à ce retour fugitif Anne se sentit atrocement seule. Elle se dirigea alors vers son miroir dans le but d’au moins faire face à un visage.
    
    L’intervention de Mary avait eu au moins une utilité : lui faire réaliser l’ampleur de l’héritage. Anne se sentait si dépassée. Histoire de se remonter un peu le moral elle se repassa intérieurement l’éjection de Mary.
    
    Un élément la perturba quelque peu. Il s’agissait d’une omission. Séraphine et elle n’avaient jamais couché ensemble. Séraphine s’y refusait. Elle ne voulait pas devenir ce qu’elle surnommait une prédatrice. Une personne profitant des nouvelles venues encore malléables.
    
    « Trouves-toi en une de ton âge. »
    
    Une autre de ses fameuses leçons.
    
    Ce mensonge destinée à encore plus choquer cette femme souillant le visage qu’elle portait, était une initiative d’Anne. Elle pouvait donc agir de son propre chef. Soudain Anne trouva son reflet trop fade. Elle releva un peu ses cheveux pour voir ce que cela donnait.
    
    C’est ainsi que Dominique commença à prendre forme, et décida de reprendre la direction de l’établissement de Séraphine.
    
    Après tant d’années un seul regret subsistait. Dans son petit oasis elle la revoyait sans cesse comme un fantôme. Sacrée Séraphine même la mort n’en viendrait jamais à bout.

Texte publié par Jules Famas, 3 mai 2020 à 18h23
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