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Tome 2, Chapitre 3 Tome 2, Chapitre 3
Lucy attendait de nouveau. Cette attente divergeait de celles d’autrefois. Déjà il fallait la mériter. Lucy s’était dépêchée de nettoyer la table, de mettre en place les chaises, de sortir les verres et la bouteille de gnôle...
    
    Ensuite à Catville l’attente ne débouchait sur rien. A présent il en allait différemment sans que ce soit un mieux pour autant. Une sale soirée se présageait surtout dans son dénouement.
    
    Le peu de temps qu’elle était parvenu à gagner, Lucy le consacra à se pencher à la fenêtre. Ce court instant de détente lui fut tout de même refusé. Elle sentit les regards émanant d’autres fenêtres braqués sur sa personne. Tout le monde était le policier de tout le monde à East Harlem.
    
    Jusque là Lucy ne connaissait que Harlem tout court du moins d’après les descriptions de son oncle. « Le coin des négros » voilà à quoi se résumait son analyse. East Harlem était le refuge des siciliens, les parias de la communauté italienne déjà peu élevée dans la hiérarchie sociale.
    
    Si bien qu’ils se repliaient sur eux-mêmes, et traquaient la moindre déviance en leur sein. Lucy étant une étrangère avait droit à une dose particulièrement élevée. Le « bonjour » de l’épicière en bas de la rue était suffisamment éloquent. Comment un simple mot pouvait-il contenir autant de mépris ?
    
    La nuit vint et la fraicheur avec. Lucy referma la fenêtre afin de préserver la chaleur. De toute façon ils ne devraient plus tarder. Désormais elle avait prit le pli. Dire que la nuit fatidique remontait à peine à trois mois. Le massacre de sa famille, son enlèvement, son viol, comment pouvait-on continuer après ce genre de chose ?
    
    La vie se poursuivait tant bien que mal. Et il fallait bien l’accepter. C’était là son secret.
    
    Brusquement la serrure de la porte d’entrée produisit un bruit très caractéristique. Après le déclic du verrou nécessaire à l’ouverture suivit un crissement. Comme si son auteur ne comprenait pas qu’un tour suffisait.
    
    La brute entra toujours avec ce léger balancement comme si sa propre masse le gênait.
    
    « Gina. » Dit-il seulement avant de s’installer.
    
    Quelles étaient les raisons de ce nouveau prénom ? Un changement d’identité afin de brouiller les pistes auprès de la police. Une manière de mieux l’intégrer dans le quartier à l’aide d’un patronyme italien.
    
    D’après Lucy c’était juste une manière de marquer son territoire, d’en faire sa chose. La brute était incapable de raisonner plus loin. En guise de confirmation de son manque d’imagination son propre prénom était Gino. Gino et Gina difficile de faire plus stupide.
    
    Gino était accompagné des trois autres habitués de ses soirées pokers. Il y avait Abruti un et Abruti deux. Ce duo de trainards était là pour ne pas être ailleurs. Lucy n’était pas en mesure d’en dire plus à leur sujet tellement elle les trouvait inintéressants.
    
    Le dernier convive Cerveau paraissait plus vif, juste un peu. A vrai dire Lucy lui avait accordé ce sobriquet par défaut. Lui au moins le jeune âge de la compagne de son hôte l’avait troublé. En tous cas lors de leur première rencontre, puis il s’y était fait.
    
    Elle était mal placée pour lui jeter la pierre à attendre sagement dans son coin les éventuelles demandes de son violeur. La disposition des joueurs variaient d’un soir à l’autre sauf sur un point. Gino et Cerveau se retrouvaient toujours l’un à coté de l’autre.
    
    Depuis son installation forcée à New York Lucy savait remarquer ce genre de détail et en tirer des informations. Le chemin qui l’avait amené jusqu’à cette ville, avait été riche en enseignement sur les apparences et le genre humain.
    
    Durant le voyage au coté de Gino, elle évitait même de croiser son regard. Seul un fou pouvait agir ainsi. Alors elle ne le contrariait pas préférant chercher une opportunité de fuite. Cette idée ne dépassa jamais le stade du projet. Lucy n’était qu’une gamine paumée à la merci d’un malade totalement imprévisible.
    
    Ils sillonnèrent les routes une journée entière. Gino n’accorda qu’une pose à une station service où il emmena discrètement Lucy aux toilettes afin qu’elle se débarrasse du sang. En terme de conversation il fournit juste son prénom.
    
    Ensuite vint New York. D’abord ce fut l’illumination de la découverte. Les grands immeubles et l’architecture ne retinrent pas le plus l’attention de l’adolescente. La vie voilà ce qui l’intéressait. La foule remplissant chaque coin de rue. Ce bruit omniprésent des véhicules. Cette impression mouvement incessant.
    
    Devant ce spectacle Lucy parvint même à chasser de son esprit son horrible situation quelques temps.
    
    L’illumination céda devant la déception lorsque Gino se gara. Le quartier était bien moins vivant que les précédents. Et surtout les habitants paraissaient tous similaires, que se soit leurs physiques méditerranéens, leurs habits, leurs attitudes. A cette première impression déjà peu engageante s’ajouta une attitude hostile à son égard. Une nouvelle personne suffisait à les chambouler.
    
    C’est comme si on avait transposé Catville en plein New York.
    
    D’une certaine façon cette déception s’étendit également à son ravisseur. Il ne la découpa pas en tranche, ni ne s’adonna pas au cannibalisme, ne la sacrifia pas à une divinité païenne. A la place il fit de Lucy sa boniche.
    
    La boniche en question le regarda battre les cartes ou plutôt tenter de le faire. Il n’en était pourtant pas à sa première partie. Gino était le genre de personne trop butée pour réellement apprendre.
    
    A le voir faire Abruti un esquissa un sourire moqueur qu’Abruti deux remarqua et imita. Ça risquait de mal finir. Perspicace Cerveau alors se proposa à la distribution.
    
    La complicité entre Gino et lui était évidente. D’ailleurs le Cerveau passait régulièrement les voir. A partir des brides de conversation saisies lors de ses visites, Lucy avait apprit certaines choses. Pour commencer ils faisaient tous deux partis d’une bande pratiquant le racket des commerçants.
    
    Ensuite au sein de leur organisation Cerveau se chargeait de transmettre les informations. Quant à Gino il sévissait. Cogner et tirer constituaient les limites de ses compétences.
    
    De tout celà Lucy en tira une conclusion à la fois morbide et ridicule. Son foutu oncle lors de son séjour à New York avait eu à mal avec le gang. Peut-être ne voulait-il plus payer ? Il s’était alors résigner à fuir. Et ce demeuré s’était planqué chez son frère ! La touche finale de cette affaire Gino s’en chargea.
    
    Franchement Lucy préférait sa première explication à savoir l’acte d’un dément. A la place elle se retrouvait avec un agissement d’une stupidité rare. On pouvait même en rajouter un deuxième. Au lieu de balayer l’obstacle que représentait la famille Hangus à coups de fusil, Gino aurait pu se montrer plus subtil.
    
    La partie continua. Pour une fois Gino s’en tirait bien. Il s’offrit une rasade de cette gnôle ignoble en récompense. Rien qu’en le reniflant Lucy se demandait comment il était possible de survivre à ce breuvage.
    
    Visiblement Gino lui ne se posait pas la question. Il n’en était pas à une imprudence prêt. Après tout la fille, sœur, et nièce de ses dernières victimes, préparait ses repas et dormait à ses cotés.
    
    Sans doute croyait-il l’avoir dressé ? En fait ce n’était pas uniquement la peur, qui stoppait ainsi les envies de vengeance de Lucy. Même si elle ne les avait jamais vraiment aimé, le massacre de ses proches avait tout de même été un choc. Et surtout il y avait eu ce viol. Rien ne pourrait compenser une telle horreur même la plus atroce des morts.
    
    Puis derrière Gino il y avait cette pègre dont elle connaissait rien, tout comme la ville où elle se trouvait.
    
    La partie approchait de son dénouement. Gino tenta le tout pour le tout à relancer sans cesse. Abruti deux déjà suffisamment saigné se coucha. Abruti un hésita. Pourtant le bluff était évident. Ce procédé exigeait un minimum de subtilité que Gino ne possédait pas. Le stress suait de chaque pore de sa peau.
    
    Lucy partageait ce sentiment. S’il perdait elle aurait droit à une dérouillée. Dans le cas contraire il fêterait sa victoire en l’utilisant comme vidoir. C’est par ce terme qu’elle désignait leurs relations sexuelles. Et c’était parfaitement adéquate. Gino se soulageait en elle sans la moindre délicatesse, ni même un regard.
    
    Or depuis son viol quelque chose en Lucy s’était comme cassé à ce niveau là. Elle ne ressentait plus rien. Ce ne fut pas toujours le cas. Quand Eliott lui mettait la main dans sa culotte, elle éprouvait une sensation plutôt agréable à laquelle elle devait désormais tirer un trait.
    
    Par contre les coups de poing elle les sentait toujours.
    
    Abruti un suivi encore un tour, puis son étincelle d’intelligence s’éteint. Par conséquent il se coucha. Hélas il restait Cerveau. Il se fit désirer quelques instants les yeux errants ça et là dans la pièce.
    
    Lucy se mit à le détester. Qu’il en finisse ! Comme s’il avait perçu ses pensées, Cerveau finit par laisser tomber ses cartes. Il se couchait lui aussi. Ça n’avait aucun sens !
    
    Gino émit un grognement de satisfaction, qui clôtura la partie.
    
    Abruti deux partit la mine sombre, et Abruti un peu moins. Cerveau partageait leur état d’esprit. Ca n’avait toujours aucun sens. C’est quand il la salua d’un mouvement de chapeau avant de quitter l’appartement que Lucy comprit.
    
    Enfin quelqu’un lui accordait un peu d’attention dans ce maudit East Harlem.
    
    « Ranges. » Dit Gino avant d’aller au lit.
    
    Il avait l’air fatigué. Avec un peu de chance elle éviterait peut-être le vidoir. Décidément cette soirée lui était favorable.
    
    Avant de rassembler les cartes Lucy jeta un coup d’œil au jeu de Cerveau. Elle voulait savoir à quoi il avait renoncé en son honneur. Car il s’agissait forcément de cela. Cerveau connaissait bien le comportement de son confrère, alors il avait voulu épargner sa pauvre compagne.
    
    Cerveau avait une malheureuse paire de neuf. Lui aussi bluffait.

Texte publié par Jules Famas, 17 février 2020 à 19h49
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