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Tome 2, Chapitre 2 Tome 2, Chapitre 2
Le souper était indéniablement le pire moment de la journée chez les Hangus. Le petit déjeuner était vite expédié à cause du travail, qui attendait. Le déjeuner se limitait à des sandwichs mangés sur place au champ ou à l’étable. Il ne fallait pas interrompre ce foutu travail.
    
    Le diner lui venait en conclusion. On y prenait son temps. On se détendait. Seulement la détente prenait un aspect assez particulier au sein du clan Hangus.
    
    Tout y suivait un protocole strict. Le chef de famille en bout de table. Sa femme Janice à sa droite du moins lorsqu’elle ne servait pas. Son fils ainé à sa gauche. Lucy à coté de sa mère et George de son frère parce que les garçons avec les garçons et les filles avec les filles.
    
    Lucy se souvenait de la réputation de snob que ses concitoyens faisaient aux gens des villes. Alors qu’à la campagne on restait simple.
    
    La mise en place effectuée la phase suivante débuta : à savoir les grâces. Contrairement aux autres Lucy gardait les yeux ouverts. C’était sa petite rébellion. L’une des rares qu’elle pouvait se permettre.
    
    Autrefois elle leur faisait des grimaces. A présent Lucy se contentait juste de les observer ainsi mis à nue. En fait il n’y avait rien à relever. L’adolescente ne détestait même plus cette famille. Au fond ils étaient rien d’autres que des sortes d’outils, qui une fois leur fonction rempli on rangeait mais au cimetière au lieu de l’établi.
    
    Lucy se focalisa sur Alexander, qui parvenait encore à le distraire un peu du fait de sa nouveauté. Son oncle paternel s’était installé à New York il y a quelques années. Ah New York. Rien que le nom lui plaisait ! Déjà il sonnait bien. Ensuite il y avait New dedans.
    
    Alexander était apparut il y avait environ deux mois. Son petit commerce n’ayant pas marché, Simon l’avait accueillit au nom de la solidarité familiale . Alexander s’était acclimaté très rapidement au point de devenir aussi morne que les autres habitants de Catville. A croire que cet endroit était maudit.
    
    Quant à la fameuse New York Lucy n’avait pu obtenir de son oncle que le sempiternel couplet d’antre de la dépravation. Des voleurs, des femmes de mauvaises vies, des immondices plein les rues, voilà à quoi se limitait apparemment cette grande cité.
    
    Les bénédicités achevées, Simon donna le signal en soulevant sa fourchette. Robert parla d’une des vaches, qui boitait un peu. Une soirée passionnante en perspective.
    
    Au milieu de cette conversation un peu de bruit retentit dans la cuisine. Le chat avait encore dû faire tomber quelque chose.Qui disait cuisine, disait femme. Janice se leva, et alla voir.
    
    Un autre bruit un peu plus fort retentit. Simon soupira un peu face à la maladresse de sa femme, et reprit son dialogue bovin avec son ainé.
    
    Du fait de son emplacement seule Lucy disposait d’un angle de vue sur la porte de la cuisine. Si bien qu’elle le vit arriver. C’était la brute en personne. Comment ? Pourquoi ?
    
    Certains détails répondaient plus ou moins à ses questions comme le sang sur sa main ou son sourire sadique. Un sourire similaire à celui de George, lorsqu’il mettait la main sur un petit animal.
    
    Lucy ne repéra aucun de ces indices, son attention focalisée sur le fusil que brandissait l’intrus. Elle n’eut droit qu’à un instant de stupeur. L’instant suivant fut impossible à décrire précisément. Du tonnerre, des étincelles, du sang, de la chair, des cris...
    
    A peine remise de sa violente chute à terre Lucy ressentit un poids sur elle. C’était George inerte et sanglant. L’instinct prit alors le dessus. Elle l’enleva brutalement tout en poussant un cri mélangeant dégoût et frayeur.
    
    La brute surprise à son tour s’approcha, et constata l’incroyable réalité. Il fallait se rendre à l’évidence. Son bon vieux pompe avait épargné une vie. Pourtant le Winchester M12 n’était pas un tendre. Même les allemands qui n’étaient pas les derniers questions tueries, s’en étaient plein durant la der des ders. Ils trouvaient cette arme trop dévastatrice pour être vraiment équitable.
    
    Sans doute les autres membres de famille avaient servit involontairement de bouclier. L’homme de main n’était pas du genre à s’attarder sur les détails. Il préférait aller au plus simple. Si bien qu’il actionna une fois encore la pompe de son arme.
    
    Toutefois il avait un peu trop prit son temps. Le voir faire sortit Lucy de sa torpeur. Elle devait agir. Qu’est-ce qui pouvait dissuader la brute ?
    
    Simon conservait son argent dans une boite fermée à clé sur la commode à coté de son lit. Ses pensées concentrées sur sa seule personne, Lucy n’y songea même pas. Qu’avait-elle d’autre à proposer.
    
    « Je suis vierge. » Balança-t-elle d’une voix tremblante.
    
    Si toute sa famille veillait à ce qu’elle le reste, c’est que ça devait bien avoir de la valeur.
    
    Lorsque la brute releva son arme, elle eut un soupir de soulagement. Ce ressentit fut bien court face à l’expression de cet homme se penchant sur elle. Il bavait. Il n’y avait pas d’autre mot. Il bavait bel et bien à la vue de cette gamine couverte de sang.
    
    Quel type d’homme réagissait-il ainsi ?
    
    Alors que sa main gauche se trouvait à quelque centimètre de la malheureuse, la brute stoppa son geste. Son visage changea également. Elle paraissait contrarié. La brute prit sous le bras Lucy comme un vulgaire sac, et se mit à détaler. Meubles, portée d’entrée... il chassa tout d’un coup d’épaule jusqu’à être à l’extérieur.
    
    Etrangement Lucy en voyant s’éloigner cette maison contenant toute sa vie, ne ressentit pas grand chose. Probablement accusait-elle encore le coup ? La brute continua à marcher sur environ un kilomètre jusqu’à sa voiture. Elle jeta son colis sur le siège passager.
    
    La violence du choc réveilla une seconde fois Lucy, hélas avec un temps de retard. La brute s’était déjà installée à l’intérieur, et démarrait le véhicule en trombe. Elle conduisait comme elle marchait : sans la moindre retenue, poussant à bout sa voiture, se tenant au centre de la route désertique, ignorant l’usage du frein.
    
    Lucy ne paniqua pas. Elle songeait à sa mère. Qu’est-ce que la brute lui avait fait ? L’évidence finit par parvenir jusqu’à la jeune fille. Cet homme était venu pour tuer. Il n’y avait pas de raison, que sa mère ait été épargné.
    
    La brute se mit à marmonner. Elle insultait sa voiture apparemment pas assez rapide à son goût. La raison de son impatience était facile à deviner. Lucy revint à certaines priorités.
    
    Où était le fusil ? Entre les jambes de son détenteur. La portière était-elle verrouillée ? Qu’importe il n’était question de sauter en marche à cette vitesse.
    
    Le dénouement de cette nuit était déjà décidé. Lucy avait passé un pacte avec ce tueur, et ne pouvait plus s’en dédire. Résignée l’adolescente regarda le paysage défiler devant elle. Cette obscurité donnait l’impression que cette route n’avait pas de fin. Cette douce illusion ne tint pas longtemps.
    
    La brute freina brutalement, et traina une Lucy à l’extérieur. Le froid, et l’obscurité suggéraient une heure tardive. Combien de temps leur cavalcade avait-elle durée ? Trop visiblement au goût de la brute.
    
    L’homme l’allongea sur le capot encore chaud de la voiture tout en lui adressant ce même regard répugnant. Lucy regretta de ne pas s’être éjectée de la voiture quitte à se briser le cou.

Texte publié par Jules Famas, 12 février 2020 à 19h37
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