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Tome 1, Chapitre 3 Tome 1, Chapitre 3
Les boulots de fainéants. Il y en avait énormément et curieusement c’étaient toujours ceux des autres. Par exemple le commerçant passait sa journée vautré sur son comptoir. Jamais il ne rangeait de stock, nettoyait sa boutique, ou faisait sa comptabilité.
    
    Une nouvelle profession avait rejoint cette famille de parasites : la standardiste téléphonique, qui restait toute la journée assise à tripoter de temps à autre des fils.
    
    Comme Eva aurait aimé que se soit vrai. Le tableau parsemé de prises jack et de cordons lui faisant face avait beau être le summum de la technologie actuelle, des manœuvres bêtes et répétitives étaient nécessaire à son fonctionnement.
    
    Une voix retentissait dans le casque d’Eva et lui fournissait un numéro. Suivaient des connections de fils. Et les interlocuteurs pouvaient se parler. Certes ce n’était pas aussi éreintant que soulever des caisses ou visser des écrous. Sauf qu’il y avait un sacré rythme à tenir et surtout ce bruit incessant.
    
    Parce qu’Eva n’était pas seule. Toutes ses collègues étaient alignées dans cette vaste pièce au bout de laquelle trônait la surveillante. Chacune essayait d’entendre et de se faire entendre.
    
    Même au bout de trois ans Eva n’était pas parvenue à se faire totalement à ces bouts conversations se mélangeant en permanence. A la fin de son service un bourdonnement la harassait parfois une heure durant.
    
    Elle avait apprit à encaisser. Puisque tout cela en valait largement la peine. Le fruit de ses efforts elle le voyait concrètement lorsqu’elle arborait les rues de Manhattan à sa guise sans rendre de compte à un père, à un frère, ou à un mari.
    
    La mécanique était si bien entrée, qu’elle parvenait à songer à des choses et d’autres tout en travaillant. Généralement il s’agissait de petits détails du quotidien comme les courses. En ce jour il en allait différemment. Eva pensait à la proposition de Benny. Une proposition qu’elle ne pouvait pas accepter. Non pour l’aspect moral.
    
    Son amant ne la mêlait non plus à rien de violent ou dangereux. Le risque de se faire prendre était minime. En fait Eva n’était tout simplement pas capable de remplir sa part.
    
    Dans quatre jours une maison bourgeoise de Brooklyn devait recevoir un appel précisément à sept heure du soir. Benny voulait en connaitre l’origine.
    
    Ils croyaient tous que la téléphonie était une sorte de magie. En tant que rouage Eva connaissait la réalité. Une standardiste gérait les appels d’environ une centaine d’abonnés issus d’un même secteur. Soit à force d’habitude et de quelques combines ils étaient possibles de les identifier. Encore fallait-il que la personne contactant la fameuse maison bourgeoisie compte parmi eux.
    
    Donc même si l’offre était alléchante, Eva n’était pas en mesure de fournir ce service à moins d’une intervention divine.
    
    
    Justement vint un miracle. Une légère tape sur l’épaule gauche la tira de ses mauvaises pensées. Suzy était sa voisine de travail, et son amie. Avec sa chevelure longue mais relevée et ses jupes ni trop courtes, ni trop longues, elle incarnait une sorte de passerelle entre la femme moderne ou dévergondée comme Eva et la traditionaliste ou coincée. Sa vie sentimentale fonctionnait de la même manière avec un fiancé qu’elle voyait de tant à autre.
    
    Eva appréciait beaucoup le fait de pouvoir fréquenter un autre genre de femme sans être prise de haut par celle-ci.
    
    Une conversation faites de lecture sur les lèvres et de signes des mains débuta. Ce système permettait d’échapper à l’œil impitoyable de la surveillante et de ne pas être gêné par le casque avec un micro intégré.
    
    Suzy commença.
    
    « Après », « Travail », main-qui-danse
    
    « OK », « Qui », « Autre »
    
    Suzy désigna alors une bonne partie de leur rangée. Il s’agissait d’un petit rituel entre elles consistant à se déchainer dans un dancing histoire de décompresser du travail. L’établissement se situait à quelques pâtés de maison. Hélas il était « Dry ». Il fallait entendre par là, qu’on y servait aucun alcool même dans une arrière-salle.
    
    Ces sorties demeuraient tout de même amusantes. Et puis être entre filles la changerait de Benny. Sans le savoir cette pensée allait bientôt en engendrer une autre, une pensée discutable.

Texte publié par Jules Famas, 15 janvier 2020 à 18h55
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