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Tome 1, Chapitre 3 « Les cachots et la Naïade » Tome 1, Chapitre 3
Les cachots, lieu de désolation et d’abandon complet, certainement propices aux dépressions et à la folie, étaient tout à fait à l’image que Gabrielle s’en était toujours faits : humides et sales, un peu poisseux, nauséabonds et grouillants de rats et d’insectes peu ragoûtants. Elle avait été enfermée dans une cellule munie d’un matelas mangé par les mites, et d’une motte de foin presque pourrie, ce qui devait faire office de toilettes pour les prisonniers. Si le monde d’en haut avait eu le mérite d’éblouir Gabrielle et de la dépayser, cet endroit ne lui inspirait rien de bon, et elle s’en voulait d’avoir une imagination capable de créer un lieu si immonde. C’était moyenâgeux, et certainement peu conforme aux normes d'hygiène et de salubrité.
    
    Car oui, Gabrielle restait persuadée de faire un rêve, tout à la fois étrange et merveilleux : si le Roi lui avait demandé son espèce, c’était certainement parce que les humains ne devaient pas être les seuls habitants de ce lieu, et à en juger par la promiscuité de cette prison, mais aussi par le peu qu’elle avait vu du monde d’au-dessus, ce n’était certainement pas des extraterrestres : peut-être des fées ? Des nains ? Des dragons ? C’était excitant, quoique légèrement effrayant. Cependant, elle avait le sentiment d’être un petit peu trop à la merci de sa propre imagination, et elle aurait aimé en prendre le contrôle pour s’échapper rapidement des cachots. Il ne pouvait s’agir que d’un rêve, cela défiait entièrement les lois de la physique et de la nature, et même les lois de l’humanité, que de se retrouver propulsée en un rien de temps dans un univers nouveau et étrange, ça n’arrivait que dans les livres et dans les films. Gabrielle n’était pas dans un scénario d’Hollywood, ni dans un livre de contes : elle était étudiante en troisième année de lettres modernes, elle vivait à Brest et devait à tout prix se coller à ses révisions. Elle incarnait la normalité et la jeune femme française dans toute sa splendeur, elle ne pouvait pas être réellement en train de vivre ce qu’elle était justement en train de vivre. Ça n’arrivait pas. C’était impossible.
    
    Et pourtant, Gabrielle était toujours un peu nauséeuse depuis son violent voyage à travers ce magma de matières et son atterrissage brutal sur la place publique, c’était comme avoir le mal des transports. Or, dans les rêves, ou l’on se réveille, ou bien on ne ressent ni la douleur, ni aucune perturbation physique. Peut-être avait-elle attrapé la gastro durant sa journée au magasin ? C’était de toute façon impensable qu’elle soit réellement en train de croupir dans cette saleté.
    
    Elle passa un moment assez interminable seule face à ses pensées et à ses interrogations. Le choc était passé, elle essayait simplement de rationaliser les choses et de donner un minimum de cohérence aux événements, et s’il ne s’agissait pas d’un rêve, dans ce cas-là, il n’y avait ni rationalisation, ni cohérence. C’était donc un rêve. Ses diverses tentatives de persuasion la rassuraient un moment, puis l’angoissaient juste après. C’était délirant.
    
    Gabrielle commençait sincèrement à s’impatienter et à tourner en rond dans son propre esprit, lorsqu’elle entendit la porte grincer puis claquer, bruits directement suivis de pas légers sur les escaliers en colimaçon. Une tête rousse apparue alors devant les barreaux de sa cellule : c’était la jeune fille qu’elle avait vue dans la cour du château, quelques heures plus tôt. Elle tenait une torche enflammée à la main, et regardait timidement Gabrielle, comme si elle attendait son autorisation pour approcher.
    
    La rouquine devait à peu près avoir son âge, mais était incontestablement plus jolie : elle était plus grande que Gabrielle, plus svelte, et étrangement vêtue : une longue robe bleu turquoise près du corps, brodée aux extrémités, dont le col, rond sur la poitrine, se surélevait vers l’arrière, entourant ainsi le cou de la jeune fille jusqu’à la naissance de son crâne. Ses cheveux d’une rousseur éclatante cascadaient jusqu’au bas de son dos, tandis que son visage pâle, aux traits fins et réguliers, restait dans l’attente d’un quelconque signe de la part de Gabrielle. Les yeux verts de la rousse la fixaient avec intelligence et curiosité. Un peu gênée, Gabrielle se leva, épousseta sa veste en cuir et son jean sale, puis s’approcha un peu plus des barreaux.
    
    - « Qui es-tu ? » demanda doucement la rouquine.
    
    - « Je m’appelle Gabrielle Numière. Et toi ? »
    
    - « Hortense », répondit la jeune fille, « je suis la fille du Roi Edmund. »
    
    Gabrielle l’examina un peu plus, et conclut sans trop de difficultés qu’elle avait en effet tout d’une princesse.
    
    - « J’ai vu Jared et ses hommes te mener jusqu’au Roi », reprit Hortense, « qu’as-tu fait ? Et d’où viens-tu ? Je te trouve bizarrement habillée. »
    
    - « Je te trouve bizarrement habillée aussi », se contenta de répondre Gabrielle, « et je n’ai pas franchement l’habitude des cachots sombres et des princesses en robe bleu turquoise ».
    
    - « Donc tu ne viens pas de l’Île … Tu viens d’une autre ? »
    
    Gabrielle fronça les sourcils tout en haussant les épaules.
    
    - « Je ne sais absolument pas de quoi tu me parles. »
    
    Les yeux de la Princesse s’agrandirent un peu plus, et un étrange sourire fit son apparition sur son visage angélique.
    
    - « Donc tu viens réellement d’un autre monde … » souffla-t-elle, presque émerveillée.
    
    Elle s’intéressa de très près aux vêtements de Gabrielle, lui posa diverses questions sur les tissus, sur ses préférences vestimentaires, mais aussi sur la mode en général, dans son monde.
    
    - « Écoute », l’interrompit finalement Gabrielle, de plus en plus confuse, « je ne voudrais pas paraître impolie, mais j’aimerais plutôt que tu m’expliques ce qu’il se passe. »
    
    Hortense ne se vexa pas le moins du monde. Elle sourit à nouveau avec tendresse :
    
    - « Tout le monde ne parle que de toi : dans les couloirs du château, dans les jardins, même les gardes parlent de toi entre eux, et je suis presque certaine que les habitants de la ville en font autant. »
    
    Il y avait de l’excitation dans sa voix.
    
    - « Il fallait donc bien que je vienne rencontrer notre nouvelle arrivante. Tu es littéralement sortie de nulle part. Tu es apparue sur la place de Gorgaut, comme par enchantement. Heureusement, les gens n’ont pas été particulièrement effrayés, mais les gardes qui t’ont repérée se sont inquiétés à leur place. »
    
    Gabrielle cligna plusieurs fois des paupières. La Princesse se moqua gentiment de son état d’hébétude.
    
    - « Tu sais faire de la magie, avoue-le », dit-elle.
    
    Cette fois, Gabrielle éclata d’un rire carillonnant.
    
    - « Ah ! Ah ! Ah ! Et tu me poses la question comme si c’était normal ! Ah ! Ah ! Ah ! J’ai l’air de quelqu’un manie la magie ? »
    
    Décidément, en plus d’avoir une imagination débordante, elle se révélait être une comique. Son rêve promettait peut-être d’être drôle. Sans se départir de son sourire, Hortense rétorqua :
    
    - « Tu essaies de noyer le poisson ? »
    
    - « Absolument pas, je ne sais encore une fois pas de quoi tu me parles, et sois certaine que je suis sincère. Je suis désorientée et j’ai de plus en plus envie de vomir. »
    
    Gabrielle se tut avant d’ajouter :
    
    - « Les gens savent faire de la magie dans cet endroit ? »
    
    Hortense hocha vaguement de la tête. Le verrou de la porte cliqueta et son grincement annonça la venue d’un des gardes.
    
    - « Mince », dit la Princesse, « je vais encore me faire rouspéter. »
    
    Elle jeta un regard désolé à Gabrielle.
    
    - « J’aurais aimé continuer cette conversation avec toi, tu m’intrigues. Une prochaine fois peut-être. »
    
    - « Demande à ton père de me sortir de là », hasarda Gabrielle, « ça pue et c’est dégoûtant. »
    
    - « Tu en sortiras, il compte discuter ton cas avec Ethan, je ne te garantis en revanche pas que ça ira dans ton sens. »
    
    - « Comment ça ? » s’alarma Gabrielle.
    
    Jared, qui terminait de descendre les escaliers, poussa un long soupire de désespoir :
    
    - « Hortense, ta place n’est pas aux cachots. »
    
    - « La sienne non plus », rétorqua Hortense en désignant Gabrielle.
    
    - « File », se contenta de répondre Jared.
    
    La Princesse, reprenant sa torche, salua rapidement Gabrielle et disparut dans les escaliers. Jared prit sa place devant les barreaux et inspecta longuement la jeune fille.
    
    - « Je vais croupir ici longtemps ? » demanda-t-elle.
    
    - « Aussi longtemps que le désirera le Roi. »
    
    - « Et il désire longtemps, en général ? »
    
    Jared lui lança un regard perçant.
    
    - « Tu es bien effrontée, je trouve, surveille-toi si tu veux qu’il soit clément. »
    
    Puis, après une courte pause :
    
    - « Tu es blessée ? »
    
    Surprise qu’il s’intéresse à son état, Gabrielle répondit que non.
    
    - « Tu ne veux toujours pas me dire d’où tu viens ? »
    
    Gabrielle s’exaspéra :
    
    - « Mais je vous l’ai déjà dit ! Seulement, vous pensez que je suis folle et que je raconte des bobards ! Je ne vois pas comment on va s’en sortir si vous ne donnez pas un minimum de crédit à ce que je dis ! J’ai l’air d’une menteuse ? »
    
    Jared conservait son air sérieux de garde royal.
    
    - « Non », avoua-t-il, « mais c’est mon rôle de protéger cette ville, en particulier ses souverains. »
    
    - « Donc vous jetez tout ce qui vous est étranger au fond d’un trou à rat qui sent la mort ? C’est le début de l’intolérance. »
    
    - « Tu n’es clairement pas d’ici », dit Jared, « tu saurais qu’on ne s’adresse pas de la sorte aux gens, et surtout qu’on ne conteste jamais un Roi. »
    
    Gabrielle pouffa. Elle pensait que Jared, malgré sa méfiance exacerbée et son sens aigu du devoir, n’était pas un homme mauvais. Il ne faisait qu’obéir aux ordres et faire ce qui lui semblait le mieux pour la protection des siens.
    
    - « D’où je viens non plus, normalement, on ne s’adresse pas aux gens de cette manière », répondit Gabrielle, « je suis juste étonnée par vos méthodes, bien éloignées de celles auxquelles je suis habituée. »
    
    Jared s’approcha un peu plus des barreaux et planta ses yeux sombres dans ceux de Gabrielle.
    
    - « Je te conseil de modérer tes ardeurs si tu veux t’en sortir », dit-il gravement.
    
    Puis il s’en alla avec empressement, plongeant une nouvelle fois Gabrielle dans la pénombre.
    
    La jeune fille retourna s’asseoir à tâtons sur le sol poisseux, évitant soigneusement la paille et le matelas mangé par les mites, puis, après avoir ramené ses genoux sous son menton, croisa ses bras et y enfouit son visage.
    
    Qu’est-ce qu’elle fabriquait là ?
    
    Le temps s’écoula bien trop lentement, ses pensées ne s’interrompaient que lorsque les gardes venaient lui apporter un repas auquel elle ne touchait pas. Elle crut s’endormir plusieurs fois, espérant dès qu’elle se réveillait qu’elle était à nouveau dans son lit, chez elle. Mais l’odeur âcre du cachot la ramenait vite à la conclusion qu’elle était loin d’être de retour dans le monde réel. De plus, ses besoins naturels commençaient très sérieusement à se faire sentir, ce à quoi s’ajoutait une très nette impression de sentir le fennec.
    
    Cette éternité noire et puante prit fin avec le retour de Jared.
    
    - « La vie sous terre ne te réussit pas, apparemment », dit-il en déverrouillant les barreaux et en s’introduisant dans la cellule.
    
    Gabrielle était couchée au sol, parfaitement consciente, mais affaiblie.
    
    - « Vous êtes vraiment un con … » souffla-t-elle alors que Jared s’accroupissait et s’apprêtait à l’aider à se relever.
    
    - « Dans ce cas, on fait la paire », répondit-il en la redressant sans difficultés.
    
    Jared ne portait pas son armure reluisante, il avait opté pour une tunique et un pantalon en coton, mais alors qu’elle s’appuyait sur lui, Gabrielle sentit qu’il devait porter une cotte de mailles sous ses vêtements. Elle peinait à tenir debout, et sa vision avait du mal à s’accoutumer à la lumière des torches des cachots. Avec une délicatesse et une patience plutôt inattendue, Jared sortit Gabrielle de sa cellule et la guida jusqu’aux escaliers en colimaçon.
    
    - « Où m’emmenez-vous ? »
    
    - « Je t’emmène voir notre Soigneuse, et tu as besoin d’un bon bain. Le Roi te recevra ensuite. »
    
    À la bonne heure ! songea Gabrielle, qui n’avait pourtant aucune idée de ce qu’était une Soigneuse.
    
    - « Combien de temps m’avez-vous laissée pourrir là-dedans ? »
    
    - « Un peu plus de deux jours, ce n’est pas si long, crois-moi », répondit Jared, « certains prisonniers y demeurent des semaines. »
    
    En haut des escaliers, un garde leur ouvrit la porte. Par réflexe, Gabrielle se protégea le visage avec sa main, éblouie par la lumière du jour.
    
    - « Vous êtes des barbares », dit-elle.
    
    Jared ne répondit pas. Il la guida à travers plusieurs couloirs, certains étroits et sombres, d’autres, plus larges et bordés de hautes fenêtres encadrées par de somptueux rideaux de velours, gris ou bleus, sans exception. Ils ne croisèrent personne, hormis les gardes, postés aux différentes portes. Gabrielle s’était doucement accoutumée à la lumière du jour, et, s’étant peu à peu déverrouillée, elle parvenait à marcher sans difficultés. Elle était affamée, elle n’attendait plus qu’une seule chose : se laver et manger.
    
    Après avoir gravi encore quelques marches, Jared et Gabrielle s’arrêtèrent devant une porte en bois sculpté. Le garde s’écarta après s’être incliné.
    
    - « Pourquoi est-ce qu’il s’incline ? » demanda Gabrielle, surprise. Elle était persuadée qui ni elle, ni Jared, ne représentaient des gens d’importance.
    
    Jared ricana, et frappa à la porte sans lui répondre. Gabrielle lui lança un regard inquisiteur, et s’apprêtait à lui lancer une énième remarque acerbe, lorsque la porte s’ouvrit. Une femme aux longs cheveux gris tonnerre se tenait devant eux. Gabrielle, bouche bée, ne parvint pas à dissimuler son étonnement : la prunelle de ses yeux était pour ainsi dire inexistante, son regard baignait dans une mer mauve et brillante. Elle avait une peau parfaitement lisse et si blanche qu’elle en étincelait presque. Son visage, doux et mélancolique, incarnait la perfection absolue : c’était une pure beauté plastique, totalement démunie de défauts. Elle portait une robe simple et légère, du même gris que ses cheveux. Elle inclina légèrement la tête en regardant Jared, puis posa ses yeux mauves sur Gabrielle. Éblouie, et confuse, la jeune fille détourna le regard.
    
    - « Bonjour Aelis », dit Jared, « je t’emmène le spécimen. »
    
    Outrée, Gabrielle le fusilla du regard. Jared ricana encore. La femme hocha la tête, puis se décala et invita Gabrielle à entrer.
    
    - « Comporte-toi bien », dit Jared avant de partir, « les Naïades sont des êtres d’exception, et méritent mieux que tes remarques déplacées. »
    
    Prenant sur elle pour ne pas répondre, Gabrielle l’ignora et pénétra à l’intérieur de la pièce. La femme referma la porte derrière elle.
    
    - « Vous pouvez avancer », dit-elle d’une voix claire.
    
    Gabrielle s’exécuta, et découvrit une vaste pièce bordée de baies vitrées masquées par des voiles blancs et opaques. Les murs, comme le reste du château, étaient en pierres grises, et un tapis entièrement brodé de fils d’argent recouvrait la quasi-totalité du sol. Un bureau nacré faisait face aux fenêtres, plusieurs étagères, près de ce bureau, contenaient des fioles au contenu coloré. Un autre rideau servait de délimitation entre cette antichambre et une seconde pièce, qui, probablement, renfermait l’intimité de son habitante. Gabrielle s’approcha des fenêtres et dégagea un peu les rideaux : la vue était à couper le souffle. En contrebas, la ville s’étendait jusqu’aux abords d’un fleuve sur lequel voguait quelques voiliers, et plus loin encore, les contours de la terre se perdaient dans l’horizon. La jeune fille fut encore une fois saisie par ce même sentiment de petitesse : le monde qui s’étendait devant elle imposait toute sa magnificence et sa splendeur, la ramenant brusquement à sa condition de simple humaine. Étonnement et admiration se bousculaient en elle ; elle n’arrivait pas à décrocher son regard de ce tableau magique et surréaliste.
    
    - « C’est la première fois que vous venez ici ? » demanda la femme, arrachant Gabrielle à sa contemplation béate.
    
    - « Oui … » murmura-t-elle.
    
    - « Je suis Aelis », poursuivit la femme, « je suis la Soigneuse de la famille royale. J’ai été chargée de vous examiner et de vous remettre en état avant votre comparution devant le Roi et son conseil. »
    
    Gabrielle se détourna de la fenêtre afin de lui faire face.
    
    - « Vous savez ce qu’ils vont me faire ? »
    
    Aelis eut un sourire encourageant.
    
    - « La Princesse a plaidé en votre faveur, malgré les contre-arguments de son frère, je pense que cela aura suffi à infléchir les idées du Roi. Il sera probablement prêt à vous écouter. »
    
    - « Son frère ? Jared ? »
    
    - « Oui, il est le frère aîné de la Princesse Hortense et l’héritier du Trône de Gorgaut. »
    
    Gabrielle se mordit les lèvres : elle l’avait traité de con quelques minutes plus tôt.
    
    Contrairement aux autres, Aelis était bien plus tranquille : ni trace d’excitation, ni une quelconque méfiance. Elle paraissait bien plus disposée à répondre aux questions de Gabrielle.
    
    - « Je suis désolée », dit-elle, « mais je ne sais absolument pas ce qu’est … Gorgaut. »
    
    Aelis, sans cesser de sourire, s’approcha de Gabrielle et posa sa main fraiche sur son visage. La jeune fille se figea, et la laissa parcourir ainsi le reste de son corps.
    
    - « Gorgaut est une Île, Gabrielle », répondit-elle, « et vous vous trouvez en ce moment même à Rênir, dans sa capitale. »
    
    - « Heu … Qu’est-ce que vous faites ? »
    
    - « Je vous examine », répondit Aelis, « mais vous ne présentez aucun symptôme alarmant, hormis de la fatigue et une légère sous-alimentation. »
    
    - « Le dépaysement, ça compte ? »
    
    - « Ça ne relève pas de ma compétence, j’en suis navrée. »
    
    Aelis l’invita ensuite à se laver et à passer des vêtements propres. Elle lui avait préparé une tunique bleu lagon, plutôt près du corps et aux manches courtes, et un pantalon en coton blanc.
    
    - « Ce sont vos tenues traditionnelles ici ? » demanda Gabrielle.
    
    - « En général, c’est ce que les habitantes de Rênir portent le plus, je me doute bien que vous n’y êtes pas habituée. »
    
    Gabrielle regarda un bref instant son jean plein de saletés et sa veste en cuir.
    
    - « Non, ce n’est pas vraiment mon style, mais je ne tiens pas spécialement à me séparer de mes vêtements. »
    
    - « Je m’en chargerai, ne vous faites pas de soucis », répondit Aelis.
    
    Si ses vêtements étaient en réalité le cadet de ses soucis, Gabrielle souhaitait tout de même conserver ce qui lui restait de familier.
    
    Aelis souleva le rideau qui séparait les deux pièces : comme Gabrielle l’avait imaginé, il s’agissait bien d’une chambre, munie d’un lit à baldaquins en bois clair, d’un fauteuil et d’une petite bibliothèque. Dans un coin plus excentré de la pièce, il y avait une baignoire nacrée, déjà remplie d’eau chaude, à en juger par la vapeur d’eau qui s’en dégageait. Aelis passa devant Gabrielle et lui fit un rapide inventaire des produits d’hygiène qu’elle possédait : la jeune fille ne retint pas la moitié, tant les dénominations lui étaient étrangères. Avant qu’elle ne se retire, Gabrielle ne put s’empêcher de lui poser la question :
    
    - « J’espère que vous ne me trouverez pas indiscrète mais … Êtes-vous humaine ? »
    
    Aelis eut un rire léger.
    
    - « Je n’ai pas l’habitude que l’on me pose cette question », répondit-elle, « en général, les humains savent ce que je suis. »
    
    - « Eh bien je suis désolée, mais d’où je viens, il n’y a que des humains. »
    
    Aelis la regardait avec douceur et compréhension.
    
    - « Je suis une Naïade », répondit-elle, « une nymphe des eaux. »
    
    - « Wouaw … » souffla Gabrielle.
    
    Sur ces dernières paroles, Aelis quitta Gabrielle et tira le rideau derrière elle.
    
    La jeune fille fit ce qu’elle put avec ce qu’elle avait compris des explications de la Naïade Aelis, nymphe des eaux. Elle mit un temps assez important avant de réussir à se glisser dans l’eau trop chaude du bain, opta finalement pour un flacon de ce qui devait être du savon à la rose, puis, tout en s’attaquant au décrassage de son corps, tenta de faire le point sur ce qu’elle savait.
    
    Elle se trouvait sur un île qui s’appelait Gorgaut, gouvernée par un Roi dont elle avait déjà oublié le prénom, dans sa capitale, Rênir. Ce Roi avait deux enfants, Jared, qui était aussi son héritier, et qu’elle avait insulté, et Hortense. Et enfin, des nymphes soigneuses côtoyaient les êtres humains en toute normalité. Gabrielle en conclut encore une fois que c’était totalement surréaliste. Elle ne pensait pas son imagination capable de créer tout cela.
    
    Elle se sécha, s’habilla, abandonnant sans trop de regrets ses vêtements crasseux, puis rejoignit Aelis dans l’autre pièce. La Naïade discutait à voix basse avec Jared, qui, en voyant Gabrielle arriver, s’arrêta immédiatement de parler.
    
    - « Vous êtes bien mieux comme ça, Gabrielle », la complimenta Aelis.
    
    La jeune fille eut un sourire crispé, alors que son ventre recommençait à crier famine.
    
    - « Le Roi t’attend », dit brusquement Jared.
    
    Gabrielle fit la grimace : elle n’allait pas manger de sitôt. Répondant à son appel intérieur, Aelis lui tendit une toute petite fiole remplie de liquide transparent.
    
    - « Buvez-la, elle coupe temporairement la faim. »
    
    - « Qu’est-ce que c’est ? »
    
    - « Ne tergiverse pas et bois », ordonna Jared.
    
    - « C’est bon ça va … » répondit Gabrielle avant de boire la fiole.
    
    Le liquide était frais, sans goût. En somme, c’était de l’eau. Mais sa magie opéra quelques secondes après qu’elle l’ait bu : son ventre cessa de gargouiller et la faim, si elle ne disparut pas, se calma aussitôt.
    
    Gabrielle tendit le flacon vide à Aelis et la remercia du bout des lèvres, puis suivit Jared à l’extérieur de la pièce.

Texte publié par Velanebleue, 10 janvier 2020 à 10h12
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