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Tome 1, Chapitre 3 Tome 1, Chapitre 3
Trois jours. Trois jours qu'on est dans cette putain de cellule. Trois jours que je les supplie de m'écouter. Trois jours qu'on me répète que je vais moisir en prison, quelques soient mes explications. Il ne reste plus que 55 jours à vivre à Alex. Mais ils ne veulent rien entendre. J'ai l'impression de devenir fou. J'ai fait des milliers de fois le tour de la cellule, j'ai parcouru des kilomètres sur ce sol capitonné. Ils nous ont forcés à mettre un uniforme jaune. La même couleur que portait ceux qui auraient dû être nos passeurs. La couleur des méchants. La couleur des connards. Est-ce que c'est un crime de vouloir rentrer chez soi ? Est-ce que c'est un crime de vouloir revoir sa famille ? Est-ce que c'est un crime de vouloir être heureux ? Je me mets à hurler. Hurler. Je veux que quelqu'un m'entende, que quelqu'un m'écoute. Que quelqu'un ressente ma douleur. Je continue d'hurler. Mes phalanges blanchissent tant je sert fort les barreaux. Mais je continue de crier. Je n'ai plus de souffle, ma voix se casse. Je me mets à pleurer. Je deviens fou. Je sens une main sur mon épaule.
    
    -Ça ne sert a rien. Ils s'en foutent de nous.
    
    Comment peut elle dire ça ? Non. Quelqu'un va finir par venir. Cette fois-ci, elle se trompe.
    
    -C'est de ma faute.
    
    Et je le pense.
    
    -Thomas, tu n'y es pour rien. C'est moi qui ai voulu partir; pas toi.
    
    -Non ! C'est moi qui est pris la main de ce gars. C'est moi qui ai décidé de parler à ces deux gars en jaune.
    
    -C'est moi qu'ils ont abordée, les gars en jaune.
    
    -Mais c'est moi qui ai demandé a cet homme où se trouvait la banque. C'est moi qui ai fabriqué les outils. C'est moi qui ai crocheter le premier coffre. Et c'est moi qui a levé les bras en premier, plutôt que d'essayer de s'enfuir.
    
    Elle a lâché mon épaule.
    
    -Tu sais quoi ? T'as raison. Tout est de ta faute. Je ne sais même pas pourquoi je te parle encore.
    
    -Alex, tu ne va pas me faire la gueule pour ça, quand même ?
    
    -Si. Et je ne vais pas juste te faire le gueule. Je vais te quitter. J'en ai marre de tes crises de nerfs. On est enfermés, c'est fini. J'en ai marre que tu crie, que tu frappes aux murs, que tu pleures comme un gamin de dix ans, t'as plus dix ans. Et plus que tout, j'en ai marre de devoir te supporter.
    
    J'hocquete. Non. Elle ne peut pas me quitter. Non. Il en est hors de question. Je me jette sur elle, l'attrape par les épaules. Je doit la raisonner.
    
    -Lache-moi !
    
    -Alex, tu n'as pas le droit de me quitter.
    
    Elle continue d'hurler, de se débattre, de se dégager. Mais à chaque fois, je la prend à nouveau. Je dois lui parler. J'entends les clés dans la serrure, elle continue de hurler, des gros bras me prennent pas derrière. Je suis trop menu pour me dégager, l'homme m'emmène jusqu'à une autre cellule. Il me laisse par terre et referme, avant de se tourner vers moi d'un air menaçant.
    
    -On peut savoir ce que tu lui fais pour qu'elle hurle si fort ?
    
    -Je voulais lui parler, mais elle ne voulais pas ! je décide de profiter que quelqu'un m'écoute pour lui expliquer notre problème. Écoutez, on viens pas de ce monde, nous. Tout ce qu'on voulais, c'était retourner sur notre Terre natale. Mais vous nous avez pris et on s'est retrouvés ici. Je vous en supplie, laissez nous rentrez chez nous ! Il lui reste 55 jours à vivre. Je ne veux pas qu'elle les passes en prison.
    
    Il rit.
    
    -Et comment je peux être sûr que ce que tu dit est vrai, gamin ?
    
    -Demandez au docteur de la deuxième rue de la deuxième avenue. C'est lui qui a dit qu'il lui restait 55 jours.
    
    -Je m'en fout, de son temps de vie. Je te demande comment je peux être sûr que tu ne viens pas d'ici.
    
    -Il y a un homme qui nous a amenés là parce qu'on l'avait vu alors que sur notre Terre les gens ne connaissent pas l'existence d'un multivers.
    
    -Oh, et il a un non le monsieur qui vous a changé d'univers ?
    
    Il se fout de ma gueule. Mais j'essaie de rester calme et de m'en souvenir.
    
    -Il avait un rendez-vous. Il s'appelait Salèmne Tess- quelque chose.
    
    Il rit a nouveau.
    
    -Écoute p'tits gars. Salèmne Tesslarun, c'est notre ministre. Je vois pas trop pourquoi il serai allé sur ta Terre, et encore moins pourquoi ils vous aurez ramenés, alors qu'il aurait pu occulter vos souvenirs.
    
    -Il peut occulter nos souvenirs ?
    
    -Tais-toi ! Tu me fais perdre mon temps.
    
    Il part. Je lâche les barreaux que j'avais de nouveau attrapés, et je vais m'allonger sur ma couchette. Je n'en peut plus, de ce plafond, de ce sol et de ces murs capitonnés, pour ne pas qu'on se fasse mal. Les barreaux peuvent nous faire mal, alors pourquoi ne sont-ils pas enroulés dans de la mousse, eux aussi ? Il faut que je m'évade. Je ne veux pas rester un jour de plus ici. Je ne peux pas rester un jour de plus ici. Le gars repasse en courant devant ma cellule, j'entends des cris, et à nouveau des pas rapides. Je ne sais pas ce qu'il se passe, je n'ai pas envie de savoir. Toujours du vacarme. J'entends des rires aussi, sûrement les autres prisonniers. La cellule qui faisait face à celle d'Alex et moi était vide. Nous n'avons parlé à personne, sauf les employés. Je n'ai pas encore pris la peine de regarder dans celle en face de moi, alors je tourne nonchalamment la tête. Il y a quelqu'un, collé à ses barreaux, qui essaie de voir ce qu'il se passe. Je me lève, me laisse tomber contre les miens, verrouillant mes genoux pour ne pas m'écraser au sol. Le bruit lui fait relever la tête, et il me sourit. Je le reconnait, c'est l'ami du passeur qui aurait du nous ramener chez nous.
    
    -Qu'est ce que tu fais là ? Ton ami ne t'as pas suivis en taule ?
    
    Il baisse la tête.
    
    -Je me suis fais prendre à vendre de la drogue. Et toi, qu'est-ce que tu fous là ?
    
    -A ton avis ? Vous vouliez 100 000, on a essayer de les voler. Mais il y avait des caméras.
    
    Il rit.
    
    -Si ta petite amie avait accepté de nous faire un petit cadeau, vous seriez encore dehors.
    
    Quel connard.
    
    Je détache mon attention de lui et la place que le chariot de plateau qui se dirige vers nous. Ça sens bon, ça me donne faim. En fin de compte, je déteste avoir faim. Ça viens, tout le temps, et ça tiraille jusqu'à ce qu'on puisse se remplir la panse. L'employé passe mon plateau repas par la trappe sous la porte, qui ne s'ouvre que de l'extérieur. De tout façon, c'est trop petit pour qu'un humain passe.
    
    -T'es nouveau ? Je t'ai jamais vu ici.
    
    Moi non plus, je ne t'ai jamais vu.
    
    -Ça fait trois jours que je suis là.
    
    -C'est toi qui à tenter de cambrioler une banque ? Franchement, t'as du culot. Jamais j'aurais tenté une chose pareil. Tu dois vraiment être désespéré.
    
    -C'est la fille trois cellules plus loin qui était désespérée. Moi, je suis désespéré de rester enfermé dans cette cage. J'ai rien fait de mal, je voulais juste rentrer chez moi. Vous n'avez qu'à demandé au gars d'en face.
    
    Je ramasse mon plateau, et vais m'asseoir sur mon lit. Le gars continu de distribuer les plateau repas. Je commence à manger mes pâtes à la sauce tomate. Au moins, elle sont bien cuite. Pas toutes molles, pâteuse et granuleuses, comme faisait mon père à chaque fois. De temps en temps, ça m'arrivait de les manger pour lui faire plaisir. En dessert, un simple pomme traîne dans le coin de mon plateau. Une fois les pâtes avalées, je croque dedans; elle est fade, pas vraiment mure, pas vraiment juteuse. Je continu quand même à prendre des bouchées, parce que c'est sans doute la meilleure chose que je mangerai de la journée. Je pose le trognon dans mon assiette, et je regarde mon plateau. Mes couverts. Mais surtout ma fourchette. J'ai était enfermé ici pour avoir crocheté des serrures, et il me remette dans un endroit fermé avec une serrure. Depuis le temps que je suis ici, j'ai pu observer les heures de passage de chaque employé. Et une fois que le gars des plateau repas sera passé, personne ne viendra plus pendant quatre heures. Le problème, c'est qu'on a des caméras. Elle sont a portée de main, pour bien nous faire comprendre qu'elles nous surveillent. Et elles effectuent un balayage permanent, pour qu'aucune zone ne soit mise dans l'ombre. Je la fixe, et commence à compter des qu'elle regarde une extrémité de la cellule. Je m'arrête quand elle retourne de l'autre côté. Elle reste stable juste le temps qu'il faut pour avoir le temps de faire quelque chose de l'autre coté. J'attends qu'elle regarde vers l'entrée de ma cellule, pour m'emparer de mon couteau et de ma fourchette et de les glisser dans ma combinaison jaune. Ils descendent jusqu'à mes pieds, se stoppent au niveau de l'élastique qui serre l'uniforme à la cheville. Ça m'a égratigné, mais au moins, personne n'a rien vu. Je me dirige vers les toilettes. Lorsqu'on y est, notre tête dépasse du panneau, pour être sur qu'on y est toujours. Je m'y assied, fait comme si de rien n'était. Personne ne me regarde, même pas le gars d'en face, trop occupé dormir. Je me demande comment il a pu s'endormir si vite, mais ça m'arrange. Je récupéré mes couverts dans le bas de ma combinaison, et attends que la caméra détourne le regard pour commencer à tordre les piques de la fourchette. Dès qu'elle revient vers moi, je me gratte la joue, comme si j'étais juste au toilettes. Puis je reprend mon travail. Après cinq ou six aller-retour, ma fourchette est prête a crocheter. Elle ne sera pas pratique, elle trop épaisse, mais je n'ai pas d'autres choix. Je vais devoir improviser. Et j'aurais approximativement vingt secondes avant que la caméra se fixe sur l'entrée. Donc vingt secondes pour ouvrir la porte. Je laisse mon couteau par terre dans les toilettes et rentre ma fourchette dans ma manche, son métal froid contre mon avant bras. Je marche jusqu'à la grille devant les caméras, replace mes mains sur les barreaux et attends le gars des plateaux. Je lui donne le mien, il n'en regarde même pas le contenu. Il le remet juste sur le chariot. Une fois qu'il est à l'autre bout du couloir, j'attends encore un peu, et je regarde la caméra, comptant encore et encore le temps d'angle mort que j'aurais. Puis je remarque un point noir, juste à côté. Je m'approche, souris à la caméra, m'adosse au mur, et inspecte cette pastille. C'est un micro. Ils vont peut être m'entendre ouvrir la porte. Je me demande pendant quelques secondes avec quoi je vais pouvoir le casser. J'ai toujours mon couteau, mais la caméra me verrai traverser la pièce. Je croise les bras, faisait se plier le pansement au creux de mon coude. Ils nous ont fait une prise de sang a notre arrivée. C'est presque si je peut entendre le déclic dans ma tête. Le pansement. Ça colle. Je remonte ma manche, heureusement la fourchette et dans l'autre. Je retire le pansement, le place au creux de main et replace ma manche. La caméra est vers moi. J'attends, elle repart. Je plaque le pansement contre le micro. Ils ne devrais plus m'entendre. Je retourne vers les barreaux, m'y installe à nouveau, soupir, regarde mes mains. J'ai une attitude normale. La caméra se tourne vers moi, je fait comme si je ne la voyait pas. Puis elle s'ébranle et repart dans l'autre sens, et je passe à l'action. Je rentre la fourchette dans la serrure, trifouille, gratte, gigote. Et j'entends la déclic au moment ou ma fourchette tourne. J'ai tout juste le temps de me mettre debout devant avant que le caméra ne remette son œil sur moi pendant d'interminables secondes. Puis, pour la millième fois, elle fait demi-tour. Je retire la fourchette, pousse la porte, qui, heureusement, ne grince pas. Je sort sans refermer, à quoi bon. Et je me met à courir de toutes mes forces. Heureusement que j'ai suffisamment manger ces trois derniers jours. Puis je me rappelle d'Alex. Elle m'a lâchement laissée tomber. Mais ce n'est pas une raison pour faire la même chose. Je m'arrête devant sa cellule. Elle est vide. la porte est ouverte. Elle s'est déjà barrée, et n'est pas venue me chercher. Je me remets à courir, en suivant les lumière vertes qui indiquent les sorties de secours. Et c'est au détour d'un couloir que j'arrive devant. Je sort dans la cour, grillagée, avec des fils barbelés. Merde. Je chercher des yeux une porte, j'ai toujours ma fourchette. Mais rien, pas un échappatoire. Alors, je fais ce que mon père m'a toujours raconté, lorsqu'il parlait de la première guerre mondiale. J'escalade le grillage, et en mettant mes mains aux endroits sans piques, j'écarte les fils barbelés en face de moi, et j'enjambe le haut du grillage. Puis je lâche le fil tueur qui reprend sa place en se frottant contre mon poignet. Je réprime un gémissement, j'ai une grosse entaille. Je mets ma douleur de côté. J'entends la porte de secours s'ouvrir a nouveau, mais je suis déjà en train de courir. Je ne sais pas d'où je tire cette force, mais je crois que l'adrénaline y est pour quelque chose. Le vent siffle dans mes oreilles, et pendant quelques secondes, je ralentit pour m'arrêter au bord de la route, avant de me rappeller que les voitures volent. Alors je continu, arrive dans une des innombrables rues de cette ville. J'ouvre la première porte et la claque en espérant ne pas avoir été suivi jusqu'ici. Je souffle comme un bœuf, ma tête tourne, j'ai peur de m'évanouir. Un homme débarque dans l'entrée, me fais face, les yeux écarquillés jusqu'aux joues. C'est Salèmne. Le premier ministre.
    
    -Qu'est-ce que tu fais là ? Vous étiez en prison !
    
    -Je me suis évadé.
    
    -Mais qu'est-ce que vous avez tous à venir chez moi après vous être évadé ?
    
    Je ne sais pas si c'est une question rhétorique, ou si je suis censé lui répondre. Mais une voix fluette le fait avant moi.
    
    -C'est parce que vous habitez en face de la prison. Clairement, vous êtes le premier refuge.
    
    Je me tourne vers cette voix familière. C'est Alex. Voilà pourquoi il a dit "vous". Je ne sais pas quoi faire, ni quoi dire. Mais une question me trotte dans la tête.
    
    -Pourquoi tu ne m'as pas emmener avec toi, quand tu t'es évadée ? Moi, je suis passé à ta cellule ! Et tu n'y étais pas !
    
    -Désolée, mais tu était encore dans les bras d'un surveillant, au moment où je me suis rendue compte qu'il n'avait pas refermé la porte en partant. Et puisque que tu m'as à moitié agressée, je ne voit pas pourquoi je serai venue te chercher.
    
    -Tu m'as quitté sans aucune raison, et pourtant, moi,  j'ai pris la peine de te chercher, alors que j'étais poursuivi !
    
    -Ils t'ont suivi jusqu'ici ? demande Salèmne.
    
    -Je ne sais pas. Ils sont sortit dans la cour, mais j'avais déjà passé les barbelés.
    
    Il regarde ma main ensanglantée. À croire que mon poignet a été plus qu'écorché. Il m'attrape par le bras et me conduis jusqu'aux escaliers, où il me lâche pour que je puisse monter. En haut, touts les murs sont blancs, mais pour contraster, les portes sont chacune d'une couleur différente. La orange est la salle de bain. Salème met mon bras sous l'eau, ça pique, mais je ne bronche pas. Il prend une trousse de secours, farfouille dedans. Il en sort pas mal de truc, je ne reconnait pas tout. Puis il retire ma main du jet d'eau. Il l'essuie avec une serviette, imbibe une boulette de coton d'un liquide, qu'il passe sur la blessure. Je sert les dents, ça brûle. Ça fait presque plus mal que quand je me suis ouvert. Puis il applique un autre produit. Après, il me tourne le dos pour faire je ne sais quoi. Alex détourne le regard. Je comprend quand il se tourne vers mon avec une aiguille et du fil. je n'ai jamais été recousu. Je lui tend ma main, il la pose sur un serviette propre.
    
    -Prêt ?
    
    J'hoche la tête, puis il pique. C'est horrible, j'ai l'impression que l'aiguille me déchire la peau. Je mets ma main valide contre ma bouche, pour ne pas crier. Il pique à nouveau, en avançant le long de l'ouverture. Je ferme les yeux, d'où commencent à perler des larmes de douleur, en essayant de ne pas compter le nombre de fois où il plante cette fichue aiguille. J'avais vu un reportage sur les requins un jour. Le plongeur avait été légèrement mordu, il avait eu moins de point de suture que moi. Je ne sais pas si c'est dans ce monde qu'ils en font plus, ou si c'est Tesslarun qui ne sait pas s'y prendre, mais dans tout les cas, j'aurais tout fait pour un anti-douleur.
    
    -C'est fini.
    
    Quand j'ouvre les yeux, il y a une autre femme dans la pièce. Elle porte une alliance, c'est sûrement la femme de Salèmne. Je regarde mon poignet, il est moche. Très moche. Avec son fil qui le traverse, et l'ouverture boursouflée qui suinte. Il reprend ma main, pose une gaze stérile, une compresse par dessus, et bande. Il sécurise le tout avec un morceau de sparadrap.
    
    -Bon, ça c'est fait. Ce que je ne comprend pas, c'est comment vous avez pu vous échapper de la prison ! Elle est hautement sécurisée.
    
    -Nous n'avons pas la même définition de sécurité, dans ce cas.
    
    Nous descendons tous dans le salon, nous installons sur les canapés et il explique à sa femme qui nous sommes.
    
    -Salèmne, tu vas les ramener dans leur monde. Je ne crois pas au hasard, et si ils sont ici, c'est que ce n'était pas leur destin de rester dans notre monde.
    
    -Oui, je le ferai demain. Mais pour le moment, je veux comprendre comment tu es sortit de là, Thomas. Parce que le fait que la porte d'Alex soit restée ouverte et qu'elle ai pu sortir par la porte principale sans encombre est une chose, mais le fait que tu ai trouvé une façon différente en est une autre.
    
    -J'ai été emprisonné pour avoir crocheté les serrures d'une banque. Celle de la prison n'est pas différente. Alors j'ai tordu ma fourchette, repéré le rythme de la caméra et je suis sorti. Puis, j'ai écarté les fils barbelés en prenant soin de ne pas m'y griffer. C'est en descendant de l'autre coté que je me suis blessé.
    
    Il fulmine. Je ne sais pas si il est en colère parce qu'il doit nous ramener ou parce que sa prison est tout sauf au point, mais dans tout les cas il n'a pas l'air heureux d'être avec nous.
    
    -Ça ne vous dérange pas de devoir dormir dans le même lit cette nuit ? demande sa femme, qui a l'air bien plus gentille que lui. Elle est brune aux cheveux lisses, rondelette, et elle porte un serre-tête rouge.
    
    Je me tourne vers Alex, elle hausse les épaules : ça ne la dérange pas. Je fais non de la tête, elle sourit.
    
    -Ça tombe bien, car on n'a pas d'autres chambres. Bon, qu'est-ce que vous voulez faire cette après-midi ?
    
    Je ne sais pas quoi répondre, le fait qu'elle soit autant hospitalière me surprend. Et pourtant, elle vient d'accueillir deux fugitifs en quelques heures. Je me demande si les gardiens ont fait le lien entre le fait que ce soit nous deux qui nous nous sommes échapper, et si ils pensent qu'on avait tout manigancé. J'avais prévu de m'en aller, mais pas tout de suite, ni même de cette manière.
    
    -Puisque personne n'a d'idée, je propose de jouer au Stratuol.
    
    -Qu'est-ce que c'est que ça ? je demande.
    
    -C'est un jeu de société. Les règles sont assez compliquées, je ne pourrai te les expliquer qu'avec le plateau sous les yeux.
    
    Elle part du salon, monte les escaliers, je n'entends pas ce qu'elle fait à l'étage, mais quand elle redescend, elle à un petit boite métallique dans les mains. Après s'être assurée que tout le monde regarde la boite, elle en retire le couvercle, et les coté tombent et se déplient en un grand plateau. J'ai l'impression d'être devant des dominos qu'on aurait alignés et fait tombé le premier, mettant en marche la réaction en chaîne. Un fois le plateau entièrement déplié, elle s'assure à nouveau qu'elle a attiré toute l'attention. De toute évidence, ça lui plait de nous faire découvrir des choses. Elle prend un petit sachet, en verse le contenu au creux de sa paume et le jette sur le plateau. Ce sont de petites billes, qui, comme le ferait un obus, explosent après avoir rebondit. Enfin, elles n'explosent pas : il se déforment pour former des pions en forme de papillons. Je choisi le papillon bleu. J'hésite à le faire tomber par-terre, pour voir si il va reprendre sa forme originale de sphère, mais la femme de Salèmne -dont je ne connais toujours pas le prénom- lance une autre boule, plus grosse, blanche, qui devient un dé à 4 faces. Dessus, il y a des chiffres dorés. Puis elle prend, au centre du plateau, un paquet de carte. Elle les divisent en plusieurs tas, en fonction du dessin qui est en décore l'arrière. Je me demande à quoi on va jouer. Sur le plateau, il y a un labyrinthe, tellement compliqué que je ne trouve pas le sortie. Pourtant, j'ai toujours été le premier de la famille à trouver le bon chemin au dos des paquets de céréales. Je relève la tête, Alex fait de même, et Salèmne place nos pions à la queue-leu-leu sur une case verte : l'entrée du labyrinthe. Puis, pour nous montrer comment jouer, il lance le dé. La face contre terre est la quatre. Il nous explique que c'est celle la qui va compter. Il avance son pion de trois, mais arrive à une intersection. Il pioche une carte qui porte le même motif que la case où il s'est arrêté. Il nous montre la carte pour prouver qu'il ne triche pas, et va sur le chemin de droite.
    
    -Il y a écrit quoi dessus ?
    
    Moi non plus, je ne sais pas lire ces symboles.
    
    -Il y a écrit "droite". C'est un jeu de hasard. Mais il y a beaucoup de carte à connaitre, et de règles. Par exemple : on ne peut faire demi tour que si on est coincé tout au bout d'une branche du labyrinthe. Ce qui fait faire de sacrés détours. Puis, sur certaine carte, il y a des énigmes. Si la réponse est juste, on peut choisir sa direction. Sinon, ce sont les autres qui choisissent. Si vous tomber sur un carte blanche comme Salèmne, vous devez prendre la direction indiquée. Le cases rose, ce sont les énigmes de géographie. Le bleu, de SVT. Le jaune, de Math. Le rouge, de français. Le vert, d'histoire. Et le orange, ça vous fait reculer. J'espère pour vous que vous n'aurez pas beaucoup d'énigmes, parce que vous risquer de ne pas connaitre les réponses de cette univers. Le premier arrivé à la sortie à gagné. Seulement si il tombe juste. Sinon, il fait demi-tour jusqu'à pouvoir à nouveau retourner dans la branche de l'arrivée. Une partie peut mette des heures à se terminer. Donc même si on connait le chemin par cœur, on peut arriver dernier.
    
    Suivant toutes ses explications, nous commençons la partie. Ma premier question est une question géographie. Étant donné que je ne connais même pas le nom du pays où je me trouve, à condition que ce soit un pays, je ne peux pas répondre. Salèmne m'accorde quand même le point, et je choisis la direction qui me semble la meilleure. Nous jouons pendant deux heures, comme l'avait prévu Sania, à qui j'ai demander son prénom. Un fois la partie terminée, Salèmne nous propose d'apprendre à écrire. Nous avons de la chance : les lettres de nos univers sont les mêmes, seule leur fécriture diverge. Selon Sania, nos univers sont si proche que certains personnages historiques et pays portent le même nom, car l'évolution à été quasiment la même. À la seule différence qu'ils ont pu avancer plus en matière de technologie, sûrement car il n'ont pas eu deux guerres le siècle dernier. Nous écrivons notre alphabet sur la première ligne d'une feuille, il écrit le leur sur celle d'en dessous. Alors, il nous écrit des phrases que nous traduisons et inversement. Ils s'essaient aussi à l'exercice, pour déchiffrer notre alphabet. Puis, nous finissons la soirée à discuter, Alex et moi décrivons notre univers, Salèmne et Sania décrivant celui-là. Ils se ressemblent énormément. Ils nous expliquent que chez eux aussi, la plupart de leurs religions sont polythéistes. Ils nous explique que chez eux aussi, il y a eu une Révolution qui a renversé la royauté. Le fait que nous parlons la même langue est extraordinaire, c'est une coïncidence tellement énorme que je me demande si je ne suis pas en train de rêver depuis le début, où si ce n'est pas une simulation faite par le gouvernement pour vérifier je ne sais quoi... Je calme mon esprit imaginatif; je suis dans la vraie vie : quand je me pince, ça fait mal. Quand je bouge mon poignet blessé, ça fait mal. Et quand je me rappelle qu'Alex m'a quitté, ça fait mal. Nos ventres commencent à gargouiller, et nous rejoignons Sania en cuisine pour l'aider à préparer un plat traditionnel d'ici. En pleine après-midi, elle avait du aller faire des courses pour avoir de quoi le préparer. C'est un plat avec des légumes, des sorte de crêpes a base d'olive, des épices... Ça à l'air bon, rien que la vue des aliments. J'ai la tache de couper les poivrons, elle me donne un couteau. Il est fait d'une unique pièce, dans un métal que je ne connait pas. Elle le prend, le fait glisser sur sa paume. Ça ne la coupe pas. J'essaie aussi, appuis, mais Ce couteau n'attaque pas mon épiderme. J'appuie sur le légume, il se tranche comme du beurre. La prouesse de ce bout de métal m'étonne, si j'avais eu ça, j'aurais évité bon nombre de coupures. Alex découpe en carré les carottes, et plus le tas de légumes coupés augmente, plus l'odeur de la pièce est alléchante. Puis, Sania termine le travaille en mettant les carrés de viande, de poivrons, de carotte, de tomate, et de plein de choses dont je ne connais pas le nom dans la sauce qu'elle a préparé. Ça crépite, je m'éloigne pour ne pas recevoir une goutte de sauce brûlante sur le bras. Quelques minutes plus tard, on déguste sans aucun doute meilleure chose que j'ai jamais goûté. Même si en apparence, ça ressemble à des fajitas, c'est tout sauf ça. Nous ne mangeons pas de dessert, le plat était tellement lourd que mon estomac ne peut plus rien absorber. Sania prête une chemise de nuit à Alex, moi je vais dormir en caleçon. Je choisis le côté gauche du lit, c'est de ce côté la que je me couchais toujours quand, la nuit, à l'hôpital, je traversais les couloirs pour rejoindre celui d'Alex, et me blottir contre son dos. Elle s'installe de l'autre côté, mais ne se colle pas à moi. Je me demande si elle m'en veut toujours. Si elle attend de moi des excuses, ou si je doit en attendre de sa part. Mais parce que je ne sais pas, je ne dit rien. Sania nous borde ça me rappelle ma mère.
    
    -Vous avez des enfants ? je demande.
    
    -Non, je n'ai pas eu cette chance !
    
    Elle dit ça sur un ton enjoué, son visage toujours aussi souriant, mais pendant une seconde, j'ai eu l'impression que l'étincelle de sa pupille s'est éteinte. Elle en voulait.
    
    -Bonne nuit, demain il va falloir que vous partiez ! Avoir hâte de revoir sa famille n'est pas une excuse pour se coucher encore plus tard qu'il ne l'est déjà !
    
    Elle dépose un baiser sur nos fronts, sentir cette chaleur maternelle me rassure. Ça fait des années que je ne l'avais pas ressentit, je l'avais même oubliée. Puis elle éteint la lumière, et je ferme les yeux, j'ai envie de dormir. J'ai envie d'être demain, de retourner dans le champ, de retrouver mes chaussures, de brûler cette affreuse combinaison jaune qui est en train d'embaumer la poubelle de Sania avec son odeur de sang. J'ai envie d'être à nouveau chez moi.

Texte publié par OOLynetteOo, 20 novembre 2019 à 15h21
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