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Tome 1, Chapitre 1 Tome 1, Chapitre 1
Mes pieds me font souffrir depuis quelques minutes. Je me laisse tomber au sol, Alex en profite pour s'asseoir et étendre ses jambes sur la route. Après avoir retirer mes baskets, je peux enfin voir les grosses ampoules qui ornent mon talon. Même spectacle de l'autre côté. Si seulement j'avais pu avoir des chaussettes...
    Alex ne s'était pas plainte du trajet, mais elle commençais à ralentir. Je peux la comprendre : ça fait deux jours qu'on marche, et bien que j'essaie de garder un cadence régulière, j'ai moi aussi perdu du rythme. Sans compter la pluie de cette nuit nous a empêché de dormir. Un coup d'œil vers son genoux m'indique qu'il a arrêté de saigner. On n'avait malheureusement rien pour le panser lorsqu'elle a chuté. Elle soupire.
    
    -Il nous reste combien de temps de marche ?
    
    Un coup d'œil rapide à ma montre m'indique que notre dernière pause remonte à une demi heure plus tôt.
    
    -Je ne sais pas trop. Si on accélère, peut être que dans une heure on y sera. En tout cas, notre prochaine nuit sera en Suisse, pas en France !
    
    -C'est rassurant. Au moins, l'alerte internationale ne sera peut-être pas encore lancée.
    
    Elle se mit à tousser. Elle crache ses glaires dans l'herbe, mais garde une main sur sa poitrine.
    
    -J'espère que quelqu'un pourra te guérir, là-bas.
    
    -Thomas, je t'ai déjà expliquer. Je vais mourir. Dans 59 jours. Et aucun médecin, qu'il soit Suisse ou Français, ne pourra me sauver !
    
    -Désolé de garder espoir, je raille.
    
    Je voudrais juste qu'elle reste plus longtemps avec moi. Deux mois, c'est court. Ça fait si peu de temps qu'on est en couple ! Et puis, à quoi aura servit cette fugue ? Je ne veux pas me retrouver seul dans un autre pays que le mien.
    Je me relève, puis me rassois aussitôt. Je suis épuisé, et cette pause m'a permis de m'en rendre compte. Mes jambes me font plus mal que je ne le pensais. Alex sourit devant mon exténuation.
    
    -Te moques pas ! Toi aussi t'es fatiguée !
    
    Elle prend un air accablé.
    
    -Mais je ne t'ai rien dit !
    
    J'éclate de rire devant son air exaspéré. Un vrombissement nous fait relever la tête, un voiture arrive. Alex rabat ses jambes sur le bas-côté. Le véhicule s'arrête à notre hauteur.
    
    -Vous avez besoin d'aide ?
    
    Je me lève sans retomber cette fois, et m'approche de la vitre. Le conducteur est brun, grand. Monsieur tout-le-monde.
    
    -Non, merci, ça v...
    
    «Alerte disparition : deux adolescent de dix-sept et dix-huit ans se sont échappés d'un hôpital hier matin. Ils sont recherchés dans toutes les régions. La jeune fille a les cheveux blonds et roses, le jeune homme est châtain. Ils portent des vêtements trop grands. Si vous les voyez, merci de nous contacter au...»
    
    L'homme sera la mâchoire et fronça les sourcils. Alex, qui est debout a côté de moi, cesse de respirer. Le gars nous a reconnus. Soudain, elle fait volte-face et se met à courir. Je la suis en attrapant mes chaussures au passage. Les cailloux s'enfoncent dans mes plantes de pieds, la terre s'infiltre entre mes orteils. Je me mort la joue quand un morceau me rentre dans le talon, en plein sur l'une de mes ampoules. C'est un champ, on ne peut pas être à l'abri. Arrivés au milieu, je vois que la voiture repart. Je m'assied, encore plus fatigué, et inspecte mes pieds. Ils ne sont pas ouverts, heureusement. Alex crache à nouveau des glaires. Je pose ma main sur son dos, pour lui montrer mon soutien. Elle s'assoit et regarde autour de nous.
    
    -Il faut trouver de quoi manger. J'ai faim. Et se mettre à l'abri, ce gars va sans doute appeler les autorités.
    
    Je n'ai jamais faim, mais je sais que je dois manger aussi. Nous commençons à marcher vers le bois qui borde la route. J'espère qu'on y trouvera un arbuste avec des fruits. Mais soudain, un objet lourd tombe du ciel et s'écrase devant nous en un bruit sourd.
    
     C'est un humain, un homme.
    
    Il se relève, et je me place devant Alex pendant qu'il frotte ses mains. Il n'a pas l'air blessé.
    
    -Qui êtes-vous ?
    
    Je rêve ? C'est lui qui tombe du ciel et il nous demande qui nous sommes ?
    
    -Je vous retourne la question. Vous êtes tombé du ciel.
    
    J'essaie de défroncer mes sourcils, mais ils se sont figés.
    
    -Non, je suis tombé de l'arbre.
    
    Il regarde autour de lui, se retourne et se rend compte de sa bêtise. Il n'y a pas d'arbre à moins de deux cents mètres. Alex passe devant moi, s'exposant au moindre risque de se faire poignarder, tirer dessus, tuer. Je me retiens de l'en empêcher.
    
    -Qui êtes-vous ?
    
    Son ton est sec, menaçant. Elle le surplombe, je ne saurais dire si c'est parce qu'elle est grande ou si c'est parce qu'il est petit. Il se gratte la gorge, et nous fixe droit dans les yeux.
    
    -Vous n'avez pas le droit de savoir à condition d'y retourner avec moi.
    
    Alex ne recule pas, le fixe toujours.Il soupire, je n'arrive pas à savoir si c'est de gène ou d'hésitation.
    
    -Je viens de la Terre n°082. Ici, vous êtes sur la Terre n° 256. Nous sommes dans un multivers. Maintenant que je vous l'ai dit, je ne peux pas vous laisser sur cette Terre en sachant que vous fait partie des quelques mondes qui ne sont pas encore au courant.
    
    -Il est hors de question que nous partions, le prévint Alex, avant de tousser.
    
    Je me retiens de rire, cet homme est totalement fou. Un regard d'Alex me prouve qu'elle pense la même chose. Il pose ses mains sur ses hanches, bombe le torse, et la dépasse. Je cligne des yeux plusieurs fois. Il ne peut pas avoir poussé de deux têtes en une seconde !
    
    -Et bien si, jeune fille, parce que je n'ai pas le choix. Et puis, vous avez l'air malade, je peux vous soigner.
    
    -Personne ne peut me soigner, crache-t-elle.
    
    -Si la maladie viens de mon monde, effectivement, vous ne pouvez pas la soigner ici.
    
    -On ne va pas vous suivre sans connaitre votre nom, renchéris-je.
    
    J'essaie de gagner du temps. Et puis, s'il est fou, il ne peut pas connaitre son nom.
    
    -Salèmne Tesslarun. Et toi, quel est ton nom ?
    
    -Thomas. Et elle Alex.
    
    -Vous n'avez donc pas de nom de famille dans ce monde ?
    
    -Ravière. Et elle Petit. Mais je ne vois pas en quoi savoir notre nom fera la différence.
    
    -C'est vous qui me l'avez demandé en premier, monsieur Ravière. Maintenant, vous allez me faire le plaisir de venir devant moi.
    
    Il a pris cette voix que l'on utilise quand on montre notre carte Pokémon la plus rare à notre nouvel ami, ou quand on a un ragots que personne encore ne connait. J'hésite, Alex pince les lèvres. Elle non plus ne sait pas quoi faire. Alors, je m'approche, de toute façon, si il est fou, il ne pourra pas nous emmener sur la Terre je-ne-sais-combien. Il sourit, me tend la main. Je l'attrape, Alex m'imite en prenant l'autre paume, plus méfiante.
    
    -Vous ne pouvez pas former une chaîne, plutôt ? J'ai besoin d'au moins une main pour actionner le mécanisme, grimace-t-il.
    
    Je lâche sa main et m'empare de celle d'Alex, en m'essuyant la paume contre mon pantalon. Il fouille dans sa poche, cherche un objet rond et appuis dessus avant de le ranger au même endroit. Il nous sourit. Cette homme et vraiment fou, il agit comme un clown.
    
    Me tête commence à tanguer. Je profite d'avoir encore une main libre pour la poser sur mon front, espérant que mon vertige s'arrête. Je vois flou, très flou. J'ai l'impression de tomber. Et j'atterris violemment.
    
    Je me relève, Alex et Salèmne sont à côté. Je frotte mes mains ensembles, j'ai une bouffée de chaleur. Et je me rend compte avec stupeur que je ne suis plus dans le champ. Je suis sur un terrain vague. Des grands arbres aux troncs fins et aux grandes branches font de l'ombre sur tout le parc. Je n'ai jamais vu de plante pareille. Salèmne remarque que je les regardes.
    
    -Ils sont modifiés génétiquement pour créer un dôme, et baisser la température.
    
    Ma bouffée de chaleur n'est donc que la température ambiante. Je retire mon manteau, fait un pas. L'herbe glisse entre mes orteils, soulageant mes égratignures par son humidité. Merde. J'ai laissé mes chaussures là-bas. Et ce mec n'est pas fou. On est bien sur la Terre n°085. N°088 ? Je ne sais plus. Quelle idée de donner des numéros aux Terre ! Ce serai tellement plus simple de juste les nommer. Comme par exemple : le Terre de Jules César. Les personnages historiques ne peuvent pas avoir le même nom sur toutes les Terres.
    
    -Et maintenant ?
    
    Alex me l'a demandé à moi plus qu'a lui, pourtant il y répond.
    
    - Vous allez trouver un médecin. Après, tout, c'est pour ça que vous avez accepter de prendre ma main, non ?
    
    Non. C'est juste parce que je le pensais fou.
    
    -Et on en trouve où, des médecins ?
    
    -Je ne sais pas. Grâce a mes vaccins, je n'ai jamais eu recours a un médecin. Mais avec l'état de santé d'Alex, je vous conseil l'hôpital.
    
    -Mais on est où là ?!
    
    Elle a crié un peu fort.
    
    -Dans le parc périphérique. Bon, je vous laisses, parce que je dois aller sur votre Terre, et il n'est pas question d'être en retard a mon rendez-vous à cause de vous.
    
    Il ré-actionne son objet, nous fait un coucou de la main et disparaît.
    
    -Quelle enflure ! Qu'est ce qu'il t'as pris de prendre sa main ? On est coincés ici maintenant ! Bien joué, Thomas !
    
    Elle tourne les talons et part dans le parc. Je la rattrape, sa respiration est sifflante. Je lui attrape l'épaule, mais elle la roule pour se dégager. Elle reste devant moi, le regard tueur.
    
    -Désolé, Alex. Je croyais qu'il était taré, que c'était un malade mental ! Je pensais pas qu'on atterrirait dans un autre monde !  Tu aurais fait quoi à ma place ?
    
    -N'importe quoi, mais pas ça !
    
    Et elle s'en va. Je la rattrape à nouveau, mais sans lui prendre l'épaule. Elle ne veut pas me parler, mais n'accélère pas le pas pour autant. À la bordure des arbres, on peut enfin voir le monde extérieur. Tout est gris, sauf les vitres qui reflètent le bleu du ciel. Chez nous, c'était déjà l'automne et le ciel blanc. Je n'ose pas avancer, alors nous restons debout. Je tente un pas, le sol de béton est lisse et chaud. Aussi lisse que les sols dans les maisons. Je m'imagine les gens glisser dessus lorsqu'il pleut. Je fait un deuxième pas. J'ai les deux pieds dessus, maintenant. Les piétons nous regardent étrangement. Ils ne sont pas habillés comme nous. Déjà, leurs vêtements sont à leur taille, mais en plus, Les couleurs de tous leurs vêtements sont assorties, un peu comme quand on s'habille tout en une couleur dans les jeux vidéos. Peut-être qu'on st dans un jeu vidéo, et qu'il ne nous reste plus qu'à recevoir une mission de sauvetage de l'univers. Une femme habillée en noir et blanc passe devant nous et toise Alex. Les étrangers ne sont pas les bienvenus ici.
    
    Nous sommes arrivés sur une rue piétonne qui borde les grattes-ciels, et devant nous s'étend une rue droite, dont on ne voit pas bien la fin. L'extrémité devant nous forme un rond point, comme un gigantesque cul-de-sac. On avance  pour rejoindre le trottoir, et commençons à marcher sur cette longue avenue. Le sol est propre, et j'oublie presque que mes pieds sont nus. Tout les deux-cents mètres, une nouvelle rue s'ouvre sur le côté. Comme si cette ville était un quadrillage géant. Tout le monde nous lorgne, certains ont rasé les murs pour ne pas nous effleurer. Je sens du vent qui fait voleter mes cheveux. Ce souffle est chaud. Je n'ai plus aussi chaud que dans le parc, on dirai que je me suis habitué. Puis, un grand bruit résonne au dessus de nos têtes. Je regarde en l'air, et me rend compte que ce n'est pas le souffle du vent, mais celui de voitures volantes qui me décoiffait. Jamais je n'avais pensé voir des voitures volantes... Je ne peux pas détacher mon regard de ces engins. Ils sont silencieux, en plus. Tout en marchant, je laisse mon cerveau dissiper l'environnement pour observer ses machines qui se déplacent et l'étrange balai qu'elles forment dans les aires. Alex tapote sur mon épaule pour attirer mon attention, nous sommes à l'autre bout de l'avenue : devant nous, une gigantesque rond point, avec au centre, une tour deux fois plus haute que les autres qui se fond dans les nuages. Des route comme celle que nous avons parcourue s'étirent à chaque sortie. C'est maintenant que je comprend : la ville est organisée comme une toile d'araignée géante. Il y a les artères principales, qui se croisent en son centre, et des boyaux qui font se rejoindre les artères, un à chacun des carrefours qu'on a traversés. C'est juste...
    
    -Ouffissimement ouf. Je ne sais pas ou se trouve l'hôpital, mais on va avoir du mal à le trouver. Vraiment.
    
    Je sourit. Elle a l'air d'avoir remplacer sa colère contre moi par son étonnement.
    
    -Tu te rend compte, qu'on s'est échappés d'un hôpital pour aller dans un autre hôpital d'un autre monde ?
    
    -Ouais. J'ai faim. Tu penses qu'ils nous donnerons à manger là-bas ?
    
    -Toi, peut être, mais pas moi. Je ne serai pas hospitalisé.
    
    Son visage se rembrunit.
    
    -Ils vont nous demander des papiers. Qu'on a pas. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
    
    Je réfléchis quelques secondes a ce qu'elle vient de dire. Elle a raison.
    
    -On pourrait peut être trouver un médecin hors de l'hôpital ? Le gars qui nous a amenés là n'avait pas l'air très futé. Peut être qu'un passant sait.
    
    Elle acquiesce et coupe la route au premier venu.
    
    -Vous savez où je pourrai trouver un médecin ?
    
    L'homme la toise et prend un faciès dégoûté, faisant se tordre sa moustache. Il est habillé d'une sorte de combinaison marron, avec une ceinture bleue. J'aimerai lui faire remarquer que lui aussi, il a des habits de crotte jusque dans la couleur, mais je me tais et attend qu'il ai fini de prendre sa grande inspiration.
    
    -Avenue 16, rue 2. C'est un généraliste. Un généraliste est un médecin qui s'occupe de tout. D'où son nom.
    
    Ils nous prend pour des idiots ? On sait ce qu'est un médecin généraliste ! Il nous contourne et s'en va sans plus de manière.
    
    -Et on fait comment, pour trouver les numéros des avenues ?
    
    Alex, souffle du nez en signe de moquerie, puis me pointe l'angle des deux avenues qui nous surplombe : il y est inscrit, avec des flèches, que nous sommes avenue 8 et qu'à coté se situe la 9. Apres vérification, je remarque que sur chacun des angles d'avenue il y a écrit les numéros correspondants.
    
    -Il suffit de traverser jusqu'à arriver au numéro 16.
    
    Alors, c'est ce que nous faisons. Nous traversons la première avenue, pour arriver au numéro dix, puis encore une, et encore une, et encore une, et encore une, et encore une, et encore une. J'ai le réflexe de vérifier qu'aucune voiture n'arrive avant de traverser, puis me rappelle qu'elles volent. Nous contournons l'angle pour arriver à la seizième avenue, et j'ai l'impression que c'est la même que la neuvième. Tout les bâtiment sont de la même taille, de la même couleur, de la même forme. À la seule différence que sur chaque entrée, il y est écrit le nom des enseignes, que je suis bien incapable de lire, contrairement à la neuf qui devait être une avenue d'habitation. Heureusement, nous sommes à l'ombre grâce aux grands bâtiments. Sinon, je crois que la chaleur m'aurait déjà tuée, malgré que je me soit débarrasser de mon sweat. En quelques minutes a peine, nous arrivons à la deuxième rue. Les enseignes continuent de défiler au rythme de nos pas, mais aucun cabinet médical ni pharmacie. Pourquoi cet homme ne nous a pas donné plus de précision ? Sûrement qu'il nous trouvait trop étranges. Pourtant, nos vêtements sont propres, ils sont juste démodés. Puis, en sentant une feuille sous mon talon, je me rappelle que je suis pieds nus. C'est peu être aussi pour ça. Nous continuons d'avancer, de plus en plus lentement à cause de nos tendons qui crient défaite. Mais aucun médecin en vue, et nous arrivons à l'avenue n°15.
    
    -On s'est trompés de côté, laisse tomber Alex.
    
    J'essaie de me dire qu'on l'a juste raté, qu'on va le trouver en passant devant, mais ce qu'elle affirme me parait beaucoup plus probable. Franchement, il aurait pu nous dire de quel coté aller. Alors, nous faisons demi-tour. Le chemin n'est pas si long, mais j'ai quand même du mal à continuer. Ma doudoune et mon pull autour de ma taille me gènent, et mon pantalon est bien trop chaud. Je crois que je suis en sueur. Je remarque qu'Alex n'a pas retirer son manteau.
    
    -Tu n'as pas trop chaud ?
    
    Elle relève la tête et s'aperçois que j'ai retiré le plus de couches possible.
    
    -Non. J'ai froid.
    
    Je fronce les sourcils. Peut-être que c'est parce qu'elle a de la fièvre ? Il fait au moins vingt-cinq degrés à l'ombre. Je plaque ma main contre son front. Elle est bouillante.
    
    -Faut vraiment qu'on se dépêche, je la préviens.
    
    Sa toux me suffit comme réponse. J'essaie d'accélérer le rythme, mais mes mollets refusent. La lumière décline, on a toujours pas mangé de la journée. Je n'ai jamais faim, mais je sais qu'Alex si.
    
    -On peut peut-être trouver quelque chose à grignoter dans une supérette ? Comme on avait fait quand on s'étaient enfuis.
    
    Elle acquiesce et nous traversons pour rejoindre l'autre côté, où se trouve justement une petite épicerie. On y entre, et il n'y a personne. Ni au comptoir, ni dans les rayons. Un coup d'œil me permet de voir qu'il n'y a pas non plus de caméra. Alors, dans un rayon a l'abris des regards, j'attrape un sachet de quatre brioches. Je le tends à Alex, qui le glisse dans sa doudoune. Nous ressortons comme si de rien n'était, et continuons notre route, en avalant notre repas. Je jette l'emballage dans une poubelle, et nous repartons sur la rue d'en face. Au bout d'une vingtaine de minutes qui me paraissent comme des heures, une plaque sur le mur indique que nous sommes arrivés. Alex entre la première. A l'accueil, la secrétaire nous regarde avec autant de dédain que l'homme de l'avenue numéro 9.
    
    -Bonjour, je voudrais savoir si je pouvais voir le médecin s'il vous plait.
    
    -Bien sûr, vous avez rendez-vous ? demande-t-elle avec un sourcil haussé, comme si elle voulait savoir si elle devait oui ou non dépenser son énergie à sortir son agenda.
    
    -Non, mais je suis malade, et j'ai besoin de voir un médecin.
    
    Elle soupir, et lui tend une bande noire.
    
    -Prenez votre température, je vais voir si le médecin est libre.
    
    Elle se lève et disparaît dans le couloir. Je prend la bandelette des doigts d'Alex, et la plaque contre son front. Je retiens ma respiration jusqu'à ce que le nombre apparaisse. 85Vrs.
    
    -Alors ?
    
    Je décolle la bande de son front et lui montre. Elle pince les lèvres devant ce résultat.
    
    -Et quelle est la température normale dans cette unité ? ironise-t-elle.
    
    -76Vrs. Je suppose que vous n'êtes pas d'ici.
    
    Je me retourne pour faire face au médecin. Il porte un tablier rouge, avec un pantalon rouge et un débardeur de la même couleur. Il attrape le thermomètre pour voir la température d'Alex et grimace.
    
    -C'est assez élevé. Quels sont vos symptômes ?
    
    -Je tousse beaucoup, j'ai des glaires. Je crois que c'est un problème aux poumons. J'étais hospitalisée dans mon monde. Mais ils ne connaissaient pas la maladie.
    
    -Et vos médecins on jugé qu'elle venait sûrement de cette Terre ?
    
    -Non, on est arrivés ici par accident.
    
    -Accident ?
    
    Il hausse le sourcils, mais se retourne et part dans on couloir sans demander d'explication.
    
    -Suivez-moi. Jeune homme vous pouvez rester là.
    
    Je fais comme il m'a dit de faire, et je reste planté là. La secrétaire revient, mais ne me porte aucune attention, et commence a se limer les ongles. Je regarde les miens : ils sont coupés courts, c'est comme ça à l'hôpital. Je m'assieds sur l'un des fauteuils que je viens tout juste de remarquer, et reste dans cette salle d'attente fade. Les murs sont blancs, un parquet de bois clair recouvre le sol, des fauteuils gris et un bureau brun meublent la pièce. Il n'y pas la moindre affiche qui nous conseille de manger 5 fruits et légumes, pas la moindre affiche qui nous explique le mal de la cigarette. Juste une horloge qui va jusqu'à 24, et trois aiguilles qui font la course. Et elles tournent, tournent, tournent... C'est seulement quand la moyenne à quasiment un tour complet qu'Alex émerge du couloir. Le médecin est derrière elle, le visage fermé. Elle m'a l'air normale, comme si rien n'avais changé.
    
    -Il ne peut rien faire. Je n'ai plus que 59 jours à vivre.
    
    Après avoir remercié le médecin qui nous à décidé de nous faire l'intervention gratuitement pour "ne pas vous faire payez alors que je ne peux rien faire et qu'il vous reste si peu de temps". Il donne un cachet à Alex et nous sortons. Il fait très sombre, mais le ciel est encore très bleu. Je comprend que ce sont les grattes ciels qui empêchent la lumière de passer, alors qu'il fait encore jour.
    
    Je lui propose de passer la nuit dans le parc périphérique. Elle se mord la joue pendant quelques secondes. Par réflexe, je passe ma langue sur mes propres cicatrices. Mes joues sont défoncées, faute à toutes ces heures de stress. Elle finit par se décider, et marche en direction de l'avenue seize. J'ai pu reposer mes jambes, mais les faire travailler devient encore plus dur. Je n'ai plus envie de marcher, je n'ai plus envie de bouger. Mais je le fait quand même, et avance un pied après l'autre, plie mes genoux dans un démarche mécanique. Les voitures volantes reprennent le contrôle des airs quand nous rejoignons l'avenue seize. Devant l'étendue du chemin à parcourir, je soupir et ferme les yeux. Il faut que j'y arrive. Je n'ai pas le choix. Je ne peux pas dormir par terre. Je gênerai les piétons et j'aurais l'air d'un mendiant. J'ouvre les yeux. Alex m'attends. Je remarque à quelle point elle est blafarde. J'ai l'impression que son visage creux, que ses traits anguleux peuvent me couper. Les coins de ses lèvres toujours aussi rouges se soulèvent, et je me délecte de son sourire. Il est beau, chaleureux. J'en oubli presque cette longue marche. Alors, nous continuons. J'ai mis mon bras sur les épaules d'Alex, et elle a calé sa tête au creux de mon aisselle. Nous nous baladons presque, la sentir contre moi m'aide à faire taire la fatigue. Un bruit résonne soudain au dessus de nos têtes. Je découvre une grand embouteillage au dessus du croisement, une des voitures est en plein milieu, alors les gens se mettent à klaxonner. Je trébuche et me rattrape, mon pied à buté contre le bord du trottoir. Je masse mes orteils endoloris, j'aurais vraiment aimé penser à mes chaussures. Nous observons pendant plusieurs secondes le bouchon, et la voiture finit par descendre au niveau des piétons. Une sorte de très grosse porte s'ouvre à son approche, et elle rentre dans le bâtiment. Je m'approche pour regarder ce qu'il y a à l'intérieur. Mes yeux s'écarquillent devant l'immensité du parking souterrain. Nous reprenons le chemin du parc, et je voit plusieurs de ces portes de garage sur les bâtiments. Certaines enseignes prennent jusqu'à cinq étage. On m'a toujours parlé de la surconsommation, mais alors là, c'est plus qu'exagéré. À côté, je pense que nous sommes minimalistes. On passe devant une crêperie, les odeurs parviennent jusqu'à mes narines. L'odeur des crêpes, des gaufres, du chocolat, du sucre, de la confiture empli l'atmosphère. C'est presque écœurant. L'une des portes d'une librairie est grande ouverte, laissant la musique se répandre dans la rue. C'est de la musique classique, peut-être que les gens d'ici écoute cela. Mais certains instruments ne sont pas ce de note monde. L'un d'entre eux, qui entame son solo, fait un étrange bruit de clapoti, comme une rivière dont on réglerai la vitesse. Je décide d'y entrer. Comme pour la supérette, il n'y a personne. Je lache Alex pour m'emparer du premier livre venu. J'ouvre la page, et me rends compte que ce n'est pas notre alphabet. C'est ce que je voulais savoir. Ils sont reliés en plastiques, et il n'y a aucune écriture sur la couverture. Juste des dessins. Tout est écrit à l'intérieur, mais je suis incapable d'en connaitre le titre. Je le repose à sa place, et quitte la boutique.
    
    -Si tu es piégé là pour toujours, tu penses que tu devras apprendre leurs lettres ?
    
    Je n'y avais pas pensé. Oui, sûrement. Je serai obligé de lire pour continuer mes études et avoir un travail quelque part. Mais je préfère ne pas penser à quand elle ne sera plus là, alors j'hausse le épaules. D'ici, on peut apercevoir le rond point en fin d'avenue, qui ne sert à rien en l'absence de voiture terrestre. 
    
    Des lumières commencent a apparaître au rond point. Elles se rapprochent de plus en plus de nous. Quand elles ont assez près, je distingue que ce sont les lampadaires qui s'allument deux par deux. Ceux qui sont au dessus de nous s'allument à leur tour, et nous baignent dans la lumière. Alors cette fois, le soleil se couche vraiment, ce n'est plus la faute au bâtiments. Je lève la tête vers le ciel, quelques étoiles commencent à briller. J'aurai aimé voir si leur ciel était aussi orangé lors des couchés de soleil. Je cherche du regard les quelques constellations que je connais, mais les immeuble ne me permettent pas d'avoir une vision périphérique des cieux. Je me rend compte que si je n'avait pas vus  les lampadaires s'allumer, j'aurai pu croire que l'astre du jour nous éclairait toujours tant leur lumière est naturelle. Je me mis à compter les lampadaires qui nous séparaient de la fin de l'avenue.
    
    -Qu'est ce qu'on va faire, maintenant ?
    
    -Je ne sais pas. On pourrai rester ici, ou partir. Mais je ne me rappelle plus le numéro de notre planète.
    
    Elle m'a fait perdre le nombre de lampadaires que j'avais. J'arrête de les compter, ça ne sert plus à rien. On est bientôt arrivés.
    
    -On vient de la Terre 256.
    
    256. Le double de 128. Le quadruple de 64. Huit fois 32. 16 au carré. L'opposé de -256, l'inverse de 1/256.
    On y est. Devant nous, le parc avec sa fraîcheur. Nous nous engageons un sentier entièrement lisse, comme le sol de la ville. Quelques feuilles craquent sous nos pieds, se collant à ma peau nue. Ce ne sont plus mes ampoules qui me font souffrir, mais mon talon qui frappe le sol depuis que l'on a atterri ici. Nous marchons deux minutes tout au plus. On descends sur la pelouse et rejoignons l'un des rares troncs d'arbres. Ce que j'aime dans les balades en forêt, c'est le fait d'être entouré de plante en tout genre. Ici, on peut voir chaque personne qui se balade à moins de cinq cents mètres de nous. Je ne comprend pas trop comment on peut se ressourcer dans un endroit pareil, dépourvu de la moindre intimité. On s'allonge contre le tronc, je met ma doudoune sous ma tête. Alex se blottit contre moi. La lune diffuse assez de lumière pour qu'on puisse voir les alentours, même avec le filtre de feuillage.
    
    -Thomas, je veux rentrer.
    
    

Texte publié par OOLynetteOo, 16 novembre 2019 à 15h35
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